#2 : L’affaire Dupont de Ligonnès
Tout le monde a des secrets. Chaque famille a sa propre histoire, plus ou moins complexe, bien cachée du monde. Celle de Xavier Dupont de Ligonnès dépasse ce stade et va susciter l’intérêt de plus d‘un et poser de multiples questions.
Cette histoire commence par une mystérieuse disparition. Celle de six membres d’une même famille à Nantes en avril 2011. Xavier Dupont de Ligonnès, sa femme Agnès, leurs enfants Arthur, Thomas, Anne et Benoît ne donnent plus signe de vie. Alertés, leurs voisins signalent ces disparitions. Quand la police pénètre dans la maison familiale, elle la trouve vide, nettoyée et rangée. De plus, les volets sont fermés depuis plus d’une semaine. La maison est longuement examinée et les proches interrogés. On découvre ainsi que des lettres de démissions et de clôtures de comptes, mentionnant une mutation professionnelle en Australie, ont été envoyés aux employeurs d’Agnès et d’Arthur et directeurs des écoles des quatre enfants. Or, aucun des destinataires des courriers ne reconnaît ni le style et ni la signature des concernés. Les personnes entendues font tous état d’un silence soudain de tous les membres de la famille et l’impossibilité de les joindre. De plus, un étrange courrier signé du père de famille destiné aux proches fait état d’un départ aux États-Unis dans le cadre d’un programme de protection de témoin.
Ces découvertes sont suffisamment troublantes pour qu’un avis de recherche soit lancé. Ce qui n’était en apparence qu’une disparition se transforme vite en enquête pour meurtre lorsque cinq corps, ceux de la mère et des quatre enfants, sont retrouvés sous la terrasse de la maison, précisément l’endroit que Xavier mentionnait dans sa lettre. Ils sont en tenue de nuit, enveloppés dans des draps et des sacs de jute et recouverts de chaux vive, utilisé pour accélérer la décomposition et camoufler les odeurs de putréfaction des cadavres. Les deux chiens de la famille ont aussi été abattus et le corps de Thomas a été placé à part des restes de sa famille. Les autopsies ont déterminé qu’ils ont été drogués avec des somnifères puis abattus à bout portant pendant leur sommeil, avec une carabine du même calibre que celle acquise par Xavier trois semaines plus tôt. Agnès, Arthur et Anne ont chacun reçu deux balles dans la tête, Thomas deux balles dans la tête et une balle dans le thorax, Benoît trois balles dans la tête et deux balles dans le thorax. Un mandat d’arrêt international à l'encontre de Xavier est alors donné.
Plus l’enquête avance, plus les éléments troublants s’enchaînent. On ne tarde pas à découvrir d’intrigants achats effectués par Xavier quelques jours avant le crime. Ceux d’un silencieux, de cartouches de carabine, de sacs de chaux, de ciment, d'une bêche et d’une houe. Les enquêteurs apprennent également que Xavier a pris des cours de tirs peu avant le drame. Des courriers inquiétants du père de famille sont retrouvés. On déterre des publications internet du couple qui témoignent du désespoir d’Agnès et des questionnements de Xavier. Le profil du principal suspect est établi. Il apparaît vite que Xavier menait une vie dissolue, bien loin de l’image du mari idéal qu’il s’était forgé. Sa profession est floue. Décrit comme commercial, il n’a pas connu de succès avec les activités qu’il a tenté de lancer. Endetté, il contracte des crédits, emprunte à ses amis et maîtresses qu’il ne remboursera jamais. La piste religieuse, de par la proximité de sa mère d’une secte, est un temps envisagée en plus de la piste financière avant d'être rapidement écartée. De plus, le passage d’un huissier chargé de recouvrer une dette aurait pu précipiter le passage à l’acte.
On reconstitue les derniers jours des victimes et du père de famille. La famille est vue pour la dernière fois ensemble le 3 avril, sans Thomas toujours à l’internat, au cinéma et dans un restaurant de Nantes. Le soir, Xavier laisse un message vocal laconique et décontracté à sa sœur. Le lendemain, celui-ci prétexte un accident de vélo d’Agnès pour faire revenir Thomas. Ils sont tous deux vus en train de dîner. Le soir, Xavier passe un dernier coup de téléphone à sa sœur. Par la suite, aucun des enfants ni Agnès ne donnera signe de vie. Xavier est aperçu pour la dernière fois à Nantes en train de charger des sacs dans sa voiture. Puis il parcourt la France pendant 5 jours. Il passe la nuit du 11 au 12 avril dans un hôtel de Blagnac, puis la nuit du 12 au 13 avril à Le Pontet. Il est filmé par une caméra de vidéosurveillance retirant de l’argent à un distributeur automatique à Roquebrune-sur-Argens où il passe la nuit. Le lendemain, il retire une nouvelle fois de l’argent et quitte l'hôtel en abandonnant son véhicule, sa carabine sous le bras.
La presse s'empare vite et se passionne pour cette affaire hors-norme. Dès la disparition de la famille, elle est largement médiatisée et relayée par les médias. Les recherches et différentes pistes se succèdent sans donner de résultats. La thèse du suicide refait surface en juin 2013 lorsqu’un corps est retrouvé non loin du lieu où Xavier a été vu pour la dernière fois. Elle est une nouvelle fois ravivée en avril 2015 lors de la découverte d’ossements dans une forêt proche de l’endroit. En juillet 2015, un courrier adressé à une journaliste nantaise contenant une photo d’Arthur et de Benoît ainsi qu’un mot signé du fugitif affirme qu’il est encore vivant. Pourtant, rien ne peut identifier l’expéditeur de façon certaine. En janvier 2018, une nouvelle piste est explorée suite au signalement de deux témoins dans le monastère de Roquebrune-sur-Argens. Malgré une intervention policière, les fouilles sont restées vaines.
Un autre élément troublant s’ajoute. Celui d’une affaire étrangement similaire, de par le procédé et au profil du suspect, aux États-Unis. En novembre 1971, John List abat froidement sa femme, sa mère et ses trois enfants avant de disparaître et d’être retrouvé 18 ans plus tard. Or, Xavier se trouvait aux États-Unis au moment de son arrestation. Il aurait donc pu en avoir connaissance et s’en inspirer. Une de ses connaissances interpelle également, Gérard Corona, fournissant des comptes bancaires et des cartes de paiement anonymes à l'étranger depuis les États-Unis. Xavier aurait pu faire appel à lui dans sa fuite.
Personnellement, je ne crois pas à la thèse du suicide. Plusieurs éléments me le font penser. Notamment la façon dont les victimes ont été assassinées, leur absence couverte, le fait que la maison ait été minutieusement nettoyée et vidée et que tous les comptes de la famille ont été clôturés. Pourquoi s’embarrasser avec tout ça si la finalité est le suicide ? De plus, la dernière trace que l’on a de lui c’est le retrait de liquide à un distributeur de billets. Je ne pense pas que l’on ait besoin d’argent si on s’apprête à mettre fin à ses jours. De mon point de vue, il a probablement été aidé, soit par un membre de sa famille, soit par un proche. Il a sans doute fui en Europe ou aux États-Unis. On peut aussi se demander pourquoi sa famille ne semble pas manifester de sympathie pour les victimes. Elle profite des approximations pour tout remettre en cause et prôner la contrainte ou le complot. Son obstination à prendre sa défense est compréhensible mais douteuse.
Dès le départ, on constate que le passage à l’acte a été longuement préparé, mûrement réfléchi et planifié. Les exécutions ont été méthodiques et tout fait penser à une mise en scène. Sa seule erreur fut d’être découvert trop tôt, chose à laquelle il ne s’attendait pas. Même si Xavier est présumé innocent jusqu’à preuve du contraire, tous les éléments le désignent comme auteur de la tuerie. Tant qu’il sera introuvable, cette affaire restera une énigme et un véritable mystère.














