Ah, enfin te voilà , Morteflamme. Il y a bien longtemps que j'attends ta visite, reclu en ces lieux difficiles d'accès. Rengaine cette épée, voyons, je n'ai pas l'intention de me battre contre toi. Non, je veux au contraire te souhaiter la bienvenue. Toi qui a bravé maints dangers pour arriver jusqu'ici, tu mérite bien un répis, aussi mince soit-il. Tu veux me forcer à rejoindre mon trône, je le sais, mais la force n'aura pas à être employée: je te suivrais de mon plein gré. Pourquoi avoir refusé de rejoindre la place qui m'était destinée et t'avoir ainsi forcé à braver la Mort à de nombreuses reprises? Mais voyons, Morteflamme, je n'allais pas te faciliter la tâche, il faut bien que tu mérite de devenir Héritier du Feu. Tu as prouvé ta valeur, me battre ne rajoutera que peu de gloire à ce que tu as déjà amassé. Je ne suis en quête ni du pouvoir, ni de l'éternité, Morteflamme. Ce que je désire au plus profond de mon coeur corrompu, c'est le repos. Tourne ton esprit vers ton parcours, qu'as-tu vu? Un monde désolé, en proie aux Ténèbres grandissants, incapable de survivre par lui-même. Ce monde à l'agonie a besoin des Seigneurs des Cendres pour subsister. Mais regarde-moi, Morteflamme, et dis-moi oú, dans mon visage décharné et mon corps las et en lambeaux, oú vois-tu un Seigneur? Il n'existe pas de Seigneurs des Cendres. Nous ne sommes pas Seigneurs, nous sommes Esclaves. Le Feu, alors même qu'il se meurt et que le trépas nous offre un repos amplement mérité, nous rappelle à la vie de force, pour rejoindre nos trones et désigner un héritier digne de ce nom, capable de se lier au Feu à son tour, et de faire perdurer l'Âge du Feu. Mais ce n'est que malédiction, Morteflamme. L'éternité de notre repos n'est qu'un mythe, car jamais nous ne pouvons reposer en paix. Le Feu a besoin de dévorer l'âme d'un nouveau Seigneur pour subsister... Mais il faut l'en empêcher, Morteflamme. Ne te lie pas au Feu, il causera ta perte. Tu sera voué à souffrir, comme moi, comme les autres Seigneurs que tu as vaincu, et à revenir encore et encore d'entre les morts, sans jamais pouvoir aspirer au réel trépas que tout guerrier mérite un jour. Non, Morteflamme, il faut laisser le Feu s'éteindre. L'Âge du Feu n'est plus qu'un souvenir, tu l'as bien vu lors de ton périple. Il faut laisser place à l'Âge des Ténèbres. Alors enfin, nous connaîtrons la douce mort, et toi aussi. Le monde souffrira, certes, mais ce n'est que ponctuel. Le monde suit un cycle infini et permanent, celui de la Vie qui laisse place à la Mort, puis la Mort qui laisse place à la Vie. Appelle ces deux entités comme tu le souhaites, Morteflamme: Lumière et Pénombre, Feu et Ténèbres... Peu importe. Mais sache que le Feu se meurt. À quoi bon s'acharner à le ranimer, alors qu'en le laissant s'éteindre, le Cycle pourra suivre son court inexorable? Les Ténèbres engloberont toute chose qui est, mais un jour, un crépitement commencera, quelque part, et le Feu reviendra, plus vif et puissant qu'aujourd'hui, plus aveuglant et chaleureux que jamais. Morteflamme, fais preuve de pitié pour nos pauvres âmes tourmentées. Laisse le Feu s'éteindre, que nous puissions enfin reposer. Laisse les Ténèbres reprendre ce qui leur revient de droit. Ce sera un acte de bonté envers nous tous, mais aussi un acte de foi, envers le Feu, et envers l'espoir qu'il incarne, qu'un jour il renaîtra. Ah, mais enfin... Assez discuté. Allons, à présent, ramène-moi à mon trône, que nous puissions te rendre honneur en te sacrant notre héritier. Allons, Morteflamme, ton destin n'a que trop patienté pour cet instant.