drama(queen)
Mon Roi, Maïwenn
Des spots balayent un club parisien où s'agite Georgio devant Tony qui ne le quitte pas des yeux. La musique rebondissant le long des néons fluorescents distrait un court instant de cette apparente rencontre entre Tony, l'avocate en quête de sensation et Georgio autoproclamé roi des cons. Alors, le frein est desserré et le montage nous assène une relation en accéléré, où l'amour est dépeint comme un caprice d’enfant pour combler le vide entre les moules et le vin blanc au cœur des petites vies bourgeoises des personnages de Maïwenn. Car derrière Tony se cache en fait Marie-Antoinette dont l'insouciante fulgurances révèle un goût pour la destruction et non pas pour l'amour. Son attachement obsessionnel à Georgio est composé de plaisirs simples ; ils mangent des sucettes, poussent des cris d'animaux et font des crises de larmes. Lorsque Marie-Antoinette va s’encanailler auprès de Georgio, elle se fait un gros bobo au cœur puis au genou qui font basculer son regard sur son existence car sa blessure est symptomatique de sa peine au "je / nous" comme l'analyse sa psychologue. Alors on s'assagit un peu, le temps de guérir, tout devient sensible. Tony, blessée psychologiquement et physiquement, devient le parfait prétexte au film thérapie. Il m'a semblé arracher le journal intime d'une adolescente pour en déchirer les pages afin d'en faire un petit monticule de cliché sentimentaux et sociaux. Encore que la prestance des acteurs principaux maintient le récit sur pied ; la douleur des maladresses de la réalisation est si pénible que le plaisir de l'action s'efface vite laissant grimacer. L'image et le texte ne dialoguent aucunement ; ce ne sont que de tristes redondances. Le cadrage ordinaire instaure une mollesse sans discours entre la caméra et son sujet. Il est vrai que Vincent Cassel derrière l’excitation enfantine de Georgio, nous a annoncé assez tôt l'enjeu de cette histoire : « Ensemble séparément ». Ceci semble s'appliquer brillamment à la place des spectateurs face au brouillon fictif de la réalisatrice. Maïwenn fait face à un défaut de langage, peut-être, malgré son soin quant à l'incarnation des personnages l'affaire projetée ne ressemble pas à du cinéma. Son discours autocentré n'est pas complètement assumé, comme s'il fallait la prendre par la main. La démarche de Pardonnez-moi était plus frontale dans son dispositif de fiction à la manière d'un documentaire. On y trouvait une sincérité poignante. Mon Roi dégage, lui, la mise en scène maladroite d'un amour adolescent entre deux bobos capricieux et excessivement dramatiques.
Barbara H.













