#RDC #Pinkshasadiapora #RDC #Lipanda #RdcElokoYaMakasi #Neocolonialisme #NoNego #KeepYourLies #LGBT #LesbiansOfColor #LéléRdc
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@joellesambi
#RDC #Pinkshasadiapora #RDC #Lipanda #RdcElokoYaMakasi #Neocolonialisme #NoNego #KeepYourLies #LGBT #LesbiansOfColor #LéléRdc
Writing by night @maiporennes. #flouartistique #inakale #slampolitique #slampoetry #lesbianofcolor https://www.instagram.com/p/Bxf46ajCfKMw2bpWe3GkpNDc_06LwDg-dtmH340/?igshid=8w47rir5lyfs
Je suis la somme d'une banale sélection. Erreur volontaire. oubliée dans un systÚme qui s'étouffe et attaque nos mémoires, sans honte. Aucune.
Je suis dans la file des condamnĂ©s, ceux que lâon croit crever en les astreignant au choix, en les obligeant Ă prendre parti.
Mais si les éclats de fer atteignent les pourris comme les bons, à quoi bon ?
Je suis les débris collatéraux, la rage irriguée.
Je suis chaque jour qui se lĂšve violemment sur les cadavres de nos rĂȘves embaumĂ©s.
Oh ne vous y trompez pas, nous sommes forcément des citoyens douteux. Méticuleux et hardis poseurs de bombes sur vos illusions de carton et de verres.
Rage, O ma rage ! Laisse donc mûrir les raisons de ma colÚre, laisse donc grandir mon implacable non-retour.
Jâignore depuis si longtemps les voix qui jettent la pierre...
Attentat poétique du mobilier quotidien. @maiporennes #sololabien #poésie #poetry #slamevabien https://www.instagram.com/josambi/p/BwmBHdlAmszycbC-Qu5T80oitt-_SD1r-0JFFQ0/?utm_source=ig_tumblr_share&igshid=cirllgjgofr1
Retour, plongĂ©e, apnĂ©e...les mots et les images comme des wagons qui sâaccrochent. #ResiRennes @maiporennes https://www.instagram.com/josambi/p/Bv9NdolAZMoXI29E8T7aQpgcYl7aoWIP5nNtSo0/?utm_source=ig_tumblr_share&igshid=1awvjs98qij0
Il y a des murmures dans les fissures, des cris inaudibles, des effondrements sourds et la lumiĂšre qui ne jaillit de nulle part.
Alors je nâai rien dit.
Je nâai rien dit, rien
Rien de la douleur qui goutte comme un robinet cassé.
Rien dit rien de la peur, de laisser mon Ăąme sortir, mĂȘme atrophiĂ©e.
Rien dit rien des brÚches, des scissures, des pores et des gerçures
Je suis de MytilÚne, Amazone matriarche, féministe indomptée.
Entre-deux inavouable et jâai une bĂȘte qui grossit dans la poitrine.
Il y a le bruit sourd des silences et les non-dits qui remplissent mes restes dâespace. Et le passĂ©, les histoires, les on dit, les lĂ©gendes et les colĂšres.
Il y a les histoires qui sâinventent, les fictions au casting flamboyant de mensonges, les mots qui dĂ©bordent pour te pousser dans le vide.
Nous sommes. Nous sommes la voix sourde, une déferlante. Militants LGBT+ de la diaspora congolaise. Nous sommes de ces minorités des minorités qui levons le poing rageur, majeur.
Nous sommes communautĂ©. MĂȘme sâil y a des bĂȘtes dans chacune de nos bĂ©ances. MĂȘme si le monstre nourrit chacun de nos os. MĂȘme si les lumiĂšres qui brillent mangent nos ombres.
âUn monstre !â quâils disent. Un monstre, un enfant mal fini, miniature inachevĂ©e. Je suis un monstre quâils disent ni mĂšre ni sĆur ni homme ni femme
Je suis le corps sous les dĂ©combres de lâignorance. JâĂ©touffe la gorge serrĂ©e, les yeux en feu, le cĆur charnier.
Alors je nâai rien dit.
Je nâai rien Ă ma mĂšre pour ne pas mâarracher les lĂšvres.
Devine
Ca y est, ça y est les tambours tonnent. Frottement des cuivres et bruits de bottes. Câest la Grande marche de lâautomne Ca y est, ça y est ! Câest la cadance, la vaste fĂȘte, lâignoble transe Ils ont sorti les boucliers, ils les ont mĂȘme briquĂ© pour la rentrĂ©e Nos amisâŠnos amis... Ca y est, ça y est Ils se taisent les oiseaux Pendant quâon casse de lâarabe, du gitan et du nĂ©gro PosĂ©s tout fiers, ils annoncent haut PosĂ©s tout beaux, ils dĂ©blatĂšrent Mais quand mĂȘme, mais quand mĂȘme⊠La ferme ! La ferme aux femmes, fiente prolo, malfrat travelo, PD, homo, islamo-bobo, pauvres-gaucho ! La ferme !
Câest la grande enchĂšre des droits-misĂšre Le fiel, la fiente entre les crocs, le fiel, la fiente de leurs mots Tout est serrĂ©, trop bien rangĂ© Comme la boucle des Weston, des militaires et leurs treillis Comme les glaçons de leur Jameson Tout est serrĂ©, trop bien rangĂ© Ca y est, ça y est Seuls croassent les corbeaux Ils annoncent la fin de la paix. Ils annoncent la fin de la paix
Mais alors devine qui scrute le blanc de tes yeux ? Devine qui soudain te regarde dans la file feignant dâĂȘtre un ami ? Devine qui se surprend Ă vouloir ĂȘtre comme toi, prĂšs de toi, tout Ă fait subitement, soudainement frĂšre ? Devine qui lĂšve le poing, la matraque et lâurne pour te frapper un peu plus fort Tandis que tu lĂšves le tien pour fendre la gueule et le cul, saboter les efforts de ceux qui sâobstinent Ă te maintenir Ă terre ? Te maintenir Ă terre...vulgaire poussiĂšre, loin de la cour de ces hommes.
Mais qui un homme souhaite devenir ?
Devine. Devine qui tâencule, qui tâemmerde, qui tâenferme, qui tâenfoire ? Qui te propose, tâannonce, te dĂ©finit , te dit ce que tu es, doit ĂȘtre ou devenir ? Ătre, devenir, ĂȘtre devenir...
Qui te respecte si peu, si peu, si peu�
Devine qui fixe ses pupilles et te dénonce, te regarde de haut, te soumet ?
Qui te dit que tu nâes rien, te dit que tu nâes pas Pas assez, suffisamment suffisant, trop, trop peu ? Devine ! Qui te prend et qui te jette ?
Qui te marche dessus, sâessuie les pieds, efface sa merde et pointe du doigt ta colĂšre ? Ta lĂ©gitime rage ?
Qui te crache dessus et pointe du doigt ton enfer explosif ? Qui tâaccuse ? Qui abuse ? Qui te tient, te retient, te soutient ? Si peu, si peu⊠Qui sâabstient quand ça arrange ? Qui tâĂ©gorge quand tu dĂ©ranges ? Quâest-ce qui te perdâŠ? Qui sâabreuve de ta misĂšre ? Qui pense que tu nâes pas assez une sĆur pour ĂȘtre une amie ? Pas assez frĂšre pour ĂȘtre ami ? Qui te dis que tu es vendue pas un alliĂ©, pas une alliĂ©e, pas assez forte, assez soudĂ©e ? MaisâŠdevineâŠdevine qui a froid comme toi ? Les cantonniers du bleu trĂ©pas. Qui comme toi a le cĆur froid ? Sculpture cimetiĂšre au fond des eaux ! Ăde funeste dans les avions ! Qui comme toi bientĂŽt, pourrit dĂ©jĂ ? Mort pour une vie qui ne sera pas. Place Ă©ternellement vide dâune nation qui ne verra jamais le jour ! Alors devine ma colĂšre, devine ma colĂšre... Ma rage mĂȘme Ă©teinte ou tamisĂ©e qui Joue les notaires et les huissiers Et qui compte chaque frĂšre broyĂ©s, chaque sĆurs noyĂ©s. Et si nos noms sont tourbillon pour chaque vie mal nourrie, chaque vie mal traitĂ©e, nous serons la nuit noire de vos culpabilitĂ©s absentes. Nous serons les Ă©closions partagĂ©es, La solitude et la tourmente de vos cĆurs charognĂ©s !
Devine la bĂȘtise, la foudre, lâinhumain. Le sang qui coule et les rigoles dĂ©bordantes. Devine la haine qui charrie les ablutions Devine le fleuve qui coule les insultes, les bannissements Et les priĂšres des hypocrites et les programme des hypocrates-charlatans Et la foule qui trace, nette et prĂ©cise, la collective mĂ©moire bien propre sur elle. Et la foule qui trace, nette et prĂ©cise, la collective mĂ©moire bien propre sur elle... Qui proscrit ? Qui dĂ©finit? Qui tranche ? Ca y est, ça y est Ils se taisent les oiseaux Seuls croassent les corbeaux Mais qui meurt Ă la fin ? Devine.
Reportage photographique : Ambiance Ă J-7 - RĂ©publique DĂ©mocratique du Congo - Ălections gĂ©nĂ©rales 2006 - © JoĂ«lle Sambi Nzeba
Entre le marteau et lâenclume, la peste et le cholĂ©ra. Entre la corde, la lame ou le ravin. Il faut choisir
Et ĂȘtre,
Tout Ă fait correspondre.
Correspondre.
Entre le marteau et lâenclume, la peste et le cholĂ©ra.
Il faut choisir.
Choisir lâaiguille profonde qui distille son ivresse, dessine des Ă©changeurs, des carrefours et des rings pour exploser le cĆur.
Entre le marteau et lâenclume, la peste et le cholĂ©ra. Entre la corde, la lame ou le ravin
Entre lâaiguille ou le fusil, il faut choisir.
Ătre
A la virgule prĂšs.
Ătre et correspondre.
Ătre
Au poil, au millimĂštre. A la douille. Au poil.
Correspondre aux attentes. Non, pas les tiennes, tu nâen as point.
Correspondre
Correspondre aux attentes des uns, puis des autres. Ici.
Correspondre aux attentes, aux fantasmes, aux désirs, aux lubies, aux clichés.
Correspondre aux statistiques, aux analyses, aux pourcentages, aux études,
Corresponde aux images, aux projections, aux infos, aux nouvelles, Ă lâactu, aux buzz
Correspondre,
Correspondre
Convenir, composer.
Entre le marteau et lâenclume, la peste et le cholĂ©ra. Entre la corde, la lame, le ravin
Lâaiguille ou le fusil
Il faut ĂȘtre.
ApparaĂźtre
Se glisser. Exister.
Trouver une place, un bout dâun projecteur
Exister
Et ĂȘtre
Lâexotique, lâĂ©rudite, lâafrofĂ©ministe,
La joie dâune famille,
La noire en colÚre : Paria de la métropole, messie de la colonie,
Ătre la fille sourire tellement sympa
Et ĂȘtre lĂ .
Ătre lĂ ,
Ătre lĂ , face cam,
Ătre lĂ ,
Le reflet fixe dans vos miroirs
Lâombre mouvante derriĂšre vos pas
Ătre.
Lâautoportrait palpable, en chair, permanent,
LâĂ©chantillon adĂ©quat
Ătre et demeurer
Le bleu de travail, lâardoise effacĂ©e, lâinfidĂšle, lâeffrontĂ©e
La poussiĂšre sous le tapis
Et qui tientâŠet qui tient.. et qui tientâŠ
Puis disparaĂźt.
Ecrase la peine, torture-lĂ , triture les passions et dissĂšque ton Ăąme.
Explose. Expose ce quâil reste dâhumain et de fiertĂ©.
Dégage le coeur et ses lambeaux.
Regarde, ca fait de reflets brillants sur les murs gris de la ville !
PiĂ©tine la rĂ©tine de lâoeil innocent.
Evacue les choses et les souvenirs, tout ce qui te rappelle un autre monde, qui lui ressemble bien trop. Trop proche de nos rĂȘves et idĂ©auxâŠde merde.
LĂšche le sucre de mes doigts, ceux-lĂ mĂȘme qui trancheront dâun geste vif et enserreront bien fort, le moment venu. Efface le goĂ»t de mes lĂšvres et avec lui,la tendresse des matins Ă attendre un regard ouvert sur le mien.
Rien nâest digne, nâest bon, nâest pire ou moins bien. Câest juste vaporeux. Evanescent.
Nous sommes ce que nous sommes : de petits ĂȘtres Ă©troits qui pensons crĂ©er des mondes, inventer des univers par la simple force de nos rĂȘves amoureux. Nous pensons franchir des ocĂ©ans, les plus brutaux par la simple volontĂ© de nos coeurs Ă la chamade. Nous peignons les cheveux de lâavenir qui se balade au fond des mers et boude la force de notre petit bonheur.
Dieu nâexiste pas.
Que reste-t-il alors ? DâĂ©troits couloirs a traverser et des murs a raser de plus prĂšs.
Ne reste que le temps Ă attendre que passe lâenvie de me voir flotter au-dessus de mon propre corps. Dieu nâexiste pas. Il nâa pas ma rage. Ne connaĂźt pas ma colĂšre. Nâa souffert aucune passion.
Dis-moi que tu mâaimes, que tu mâaimes bien morte. Inerte. DĂ©finitivement Ă©teinte.
Aimer câest arracher le ciel Ă ceux qui ne le mĂ©ritent pas et lâoffrir dans une petite boĂźte pour voir que les petites choses sont bien les plus fortes.
Aimer câest idolĂątrer nos propres faiblesses, construire son malheur, bĂątir des contradictions et dĂ©couvrir enfin que lâon nâinvente rien. Rien dâautre quâun amour qui a le parfum et la couleur de milliers dâautres.
Aimer câest dĂ©truire les forteresses des ennuis, câest lancer des flĂšches Ă nos ennemis, ceux qui dessinent pour nous ce qui doit ĂȘtre. Etre dit, ĂȘtre fait. ParaĂźtre. Pour refaire le mĂȘme trajet, la sempiternelle transhumance vers lâabsurde.
La trahison nâa de sens que lorsque les liens sont aussi uniques que les dessins tribaux sur un sac Ikea.
Poitrines rugissantes de colĂšre.
Nous sommes la foudre.
De petites gens, couleur suie
 Nous sommes la colÚre,
Les gouttelettes qui annoncent la pluie.
La lumiĂšre de la lame qui brille dans la nuit.
Nous sommes le sang Les traces de sang qui creusent des sillons
Sur le bitume tĂȘtu.
Nous sommes un rĂȘve.
Pour tout un peuple, tout un pays.
 Nous sommes une illusion
Une génération mal assise.
La vie comme un mirage, un désert sans oasis.
Pourtant il faut sourire.
 Accepter dâĂȘtre apatrides, assassins et ignorants
Et apaiser ses colÚres, décevoir, en vouloir
Recommencer sans cesse
Sisyphe contemporains.
Petits dieux comptant pour rien.
Perdus sur les terres dâOccident.
 Ballotées entre deux mondes.
Nous sommes lâillusion aveugleante
La grande blague. Le tracas.
Pourtant, il faut sourire.
Nous sommes les larmes vénéneuses qui finiront pas nous brûler les yeux.
Pour ne voir ni la perte, ni la fin
 Nous sommes lâAutre
Contaminés
La peste et le choléra
 Nous sommes la colÚre
Nous sommes ceux qui grincent des dents
Nous sommes coupables, assassins, esclaves, soumis
Pourtant, il faut sourireâŠ
Accueillir chaque insulte comme une aubaine.
Enfin on nous parle
Ressentir chaque coup, comme une caresse,
Enfin, on nous touche.
Aimer la souffrance comme on aime la musique, la biĂšre et la danse
AprĂšs tout nous sommes coupables.
Dâavoir pris la tangente et ignorĂ© lâorage qui gronde en sourdine
Parce que tu espĂšres encore, ce sera le chaos.
Une claque, un torrent, une vague qui te laisse lĂ , seule.
Tu nâes plus sensible, tant mieux, tu abrĂšgeras.
Tu nâes rien, tu nâas rien et rien, câest dĂ©jĂ beaucoup.
Beaucoup de miettes et de petits morceaux en poussiĂšre.
Tu es le banc public, par excellence.
Tu crois ? Mais tu nây Ă©chapperas pas.
Nous sommes des acquis précaires.
Tu verras, ça fait mal, au contact de la peau, mais ta gifle,
tu la prendras au moment venu. Comme le commun des mortels,
La majoritĂ© dâentre nous. Non, lâamour ne rend pas immortel.
Câest ton tour. Bombe le torse et serre les dents.
Nâoscille donc pas comme ça , entre rires et larmes,
Tu verras, tu appartiendras Ă la harde des invisibles,
des raseurs de murs. Il y aura un avant et un aprĂšs.
Avance.
Dans ta poitrine lâorage, pour tes pas, le tourbillon, en cercle, en mal, en pis.
Tu verras.
Envie. DĂ©sir. Passion. Besoin. Flots. Escapade. Torrents. Draps. Chambre. Nuit. Jour. Larmes. Sel. Poivre. Points. Noirs. Courbes. Etoiles. Elans. Expiations. Cris.Cantates. Cambrures. Perles. Sueurs. Foutre. Aigus. DĂ©ferlante. Accrocs. Crocs. Sombre. Plaies. Sang. RiviĂšre, torrents, tornade. Chutes. Couleurs. Scalpel. BarriĂšre. FrontiĂšres. RiviĂšre. Rives gauches, rives droites. Amont, avale! Menottes. Bougie. Flamme. Lueur. LumiĂšre. EternitĂ©. Factice. Ongles. Crampes. DĂ©chirures. Passages. Souhaits. RĂȘves. RĂȘveries. RĂąles. Amour. Aine. Baisers. Dos. Seins. Reins. Tortures. Nus. Doigts. Sucre. Morts. Petites. Immenses. Grandes. Effroi. Chaines. Tintements. Chuintements. Murmures. Froissures. Lits. Couloir. Banc. Odeurs. Champs. Corps. Notes.  Retenues. Va-et-vient. Langues et poings. EnvolĂ©es. EnlacĂ©es. Poils. RĂąles. Risque. Peurs. Lueurs. Longueurs. Langueurs. Drogue. Duperies. Ecstasy. Blanc. Cheval. Amour. Baise. Tourbillons.
Musala le travail
C'est qu'il faut marcher dans les clous, sourire toutes dents au vent : à ses collÚgues attroupés autour de la machine à café.
Trois fois par jour. Trois fois.
MĂȘme si c'est dĂ©jĂ la fois de trop, mĂȘme si ce sont les mĂȘmes collĂšgues et que tu les as dĂ©jĂ croisĂ©s dans l'ascenseur, dans le couloir, au 3e Ă©tage, en rĂ©union et parfois - pas de chance - Ă la sortie des toilettes.
MĂȘme si tu nâas pas envie,
Que tu nâas plus envie.
Et que tu nây crois pas Ă ce teambuilding permanent.
 Parce que câest trop et tu nâen as plus grand chose Ă foutre de ces discours arbitraires. Coupe taillĂ©e - perfecto pour convenir aux patrons. Asseoir la conscience satisfaite des dominants.
Tu nâen veux plus de cette famille au socialisme lointain dont lâodeur fĂ©tide de la trahison Ă©clabousse nos idĂ©aux. Elle fait de toi et de tous les autres, un amas de travailleurs militants. NĂ©vrosĂ©s. GentrifiĂ©s.
Il faut marcher dans les bandes blanches qui traversent les open-space des ruches vitrĂ©es scintillantes au soleil : jouer des coudes, pour garder sa place, souligner ses rĂ©ussites plus que de raison. Et dans la jungle câest le plus fort qui a raison. Un powerpoint colorĂ© ? C'est moi ! Une introduction ciselĂ©e ? C'est encore moi ! Ătre le meilleur, c'est ça l'enjeu. Ătre l'esclave moderne le plus averti, le plus intelligent certes, et le plus asservi mais surtout, le plus fier de l'ĂȘtre !
 Sala musala qu'ils disent ! Travaillez, prenez donc un peu de peine.
Câest quâil faut suivre les lignes blanches. Celles qui virevoltent en tornade dans ton billet de 50⏠pour se poser en paillettes dans tes narines prolĂ©taires. Soigner lâaspiration et faire place Ă la dĂ©esse LĂ©thĂ©.
Pour oublier.
Oublier les ordres, les abstentions, les injonctions contradictoires, les batailles perdues, la pagaille, le dĂ©sordre, la petitesse, la vulnĂ©rabilitĂ©, les misĂšres, la sĂ©cheresse, le dĂ©sarroi, lâinjustice et le pouvoir. Les staffs, les Ă©chĂ©ances, les budgets, les courriels, les pourriels, les agrafeuses et les post-it, les tweet, les buzz, les posts Facebook. Les salamalec, les « aaah », les « ooh ! ». Les courbes en rouge, en bleu, montantes, descendantes. Les tapes dans le dos, les promotions, les primes, les fins dâannĂ©e, les vĆux, les sourires, les rancĆurs, les hypocrisies, la dĂ©crĂ©pitude, les fardes, les badges, les rĂ©unions, les nuits, les jours. Le froid,  le mĂ©tro, la STIB, les vĂ©los, les bandes pour vĂ©los, les « Ca va ? », les « Mhm mhm ! ».
La douleur.
Pour oublier la douleur.
La douleur
Oublier lâimpression de ne servir Ă rien, inutile petit matricule presque rĂ©voltĂ©.
 Sala Musala quâils disent, prenez donc un peu de peine !
Tout le monde nâest pas arrivĂ© ici dans un bateau rempli dâespoirs déçus, prĂȘts Ă craquer ! Certains de nous sont Ă©trangers Ă la vie des morts qui plongent loin dans lâoubli bleu.
Tout le monde nâa pas dâhistoire tragique au goĂ»t de sel.
Pourtant certains, beaucoup partagent le mĂȘme ADN de dĂ©placĂ©s, le mĂȘme pedigree de sans racines, de cent racines.
Racisme, violence & crypto feminisme
Les gens font chier. Pas souvent que je lĂąche du âjeâ bien perso ici. Il y a un dĂ©but Ă tout.
Samedi 4h55 du matin, la journĂ©e commence comme elle a fini : mal. Bruits de pas, cris, pleurs. Quatre jeunes dans ma rue, deux filles, deux garçons. La premiĂšre pleure Ă chaudes larmes, son amie tente de calmer le jeu, le copain de la pleureuse lui hurle dessus et le 4e qui a fini de garder la voiture attend que ça se calme. Puis, le copain hurle de plus belle et force son amie Ă rentrer dans la voiture, elle refuse. Jâouvre ma fenĂȘtre, jâinterviens : âMaintenant ça suffit, si elles ne veulent pas venir avec vous messieurs, partez et laissez-les tranquilleâ. FermetĂ© et sang-froid, les quelques conseils de Garance ancrĂ©s en tĂȘte. Je mâadresse directement aux jeunes filles en leur demandant si elles vont bien, etc.
Ăa dĂ©gĂ©nĂšre, le chauffeur, la mĂȘme tĂȘte que mon petit frĂšre, sâemballe et je me prends dans la tronche : guenon, macaque, rentre dans ton pays ! Câest donc possible.
Plus tĂŽt. Vendredi 19h18 : Bourse direction Churchill. Le tram Ă Bruxelles, un agglomĂ©rat de fin de journĂ©e, de dĂ©but de Weekend. Nous sommes serrĂ©s. Lemmonier. Stop. Les gens descendent, on respire un peu. Au dĂ©but, des baragouinages, forts mais incomprĂ©hensibles. Et puis, cela devient plus clair, plus ciblĂ©, plus prĂ©cis. Le volume bloquĂ© sur âfort et trĂšs fortâ, casquette vissĂ©e sur la tĂȘte, lâhomme crache sa haine : ces femmes voilĂ©es qui sont de vraies fascistes, les Ă©trangers qui lâempĂȘchent de respirer, dâapprĂ©cier le trajet dans son tram, ces profiteurs qui ne travaillent pas ! Jâai le cĆur qui accĂ©lĂšre. Jâinterviens ? Non, il ne me parle pas Ă moi prĂ©cisĂ©ment, il a bu peut-ĂȘtre et puis jâai mal a dent...
Porte de Hal, ça rĂ©sonne de plus belle. Bruxelles lui appartient bien plus Ă lui quâĂ nous. Si on est pas content, on Ă quâĂ repartir chez nous. Il quadrille, cherche du regard un mec, une meuf bien diffĂ©rent de lui et harponne Ă coup de âcasse-toiâ ou de âbuitenâ. En bon bruxellois bilingue. Ăa me fout la gerbe. Je dois rĂ©agir. Je desserre Ă peine les dents, il lance : âJâai un flingueâ. Direct ça me calme. Je rĂȘve ou il nây a que moi qui aie entendu? Je regarde autour de moi. Nous sommes lĂ©gion Ă peut-ĂȘtre avoir un âchez nousâ quelque part. Sifflements, regards de colĂšre, hĂ©sitations. Et lâautre qui vocifĂšre toujours. Parvis de Saint-Gilles, le chauffeur vient voir ce qui se passe. Lâhomme se barre vite fait. Le silence.
Plus tĂŽt encore. Vendredi 13h06. Je bosse. PrĂ©paration du festival Massimadi Bruxelles. Il faut avancer. AprĂšs deux semaines dâarrĂȘt maladie, les choses sâentassent. Bonne humeur, il fait beau, ça aide. Puis jâenvoie un mail pour demander une information, Ă une des intervenantes au dĂ©bat quâon organise, au passage, je file quelques liens pour lecture. Me casser un bras aurait Ă©tĂ© plus sage. Retour de flamme de la militante afro fĂ©ministe qui me rĂ©pond en mode âjâai pas de temps Ă perdre mais je vais quand mĂȘme prendre le temps de te dire Ă toi et aux autres Ă quel point je vous apprĂ©cieâ. En gros : sa journĂ©e a mal commencĂ©, mon mail est celui de trop, et je me mange un tartine dâ1m50 de frustrations, de condescendance et de colĂšre. A tord ou Ă raison. Soit. Sur le coup, je me dis, heureusement quâAudre Lorde est passĂ© par lĂ Â car âJe ne peux pas cacher ma colĂšre (...) ni rĂ©pondre Ă la colĂšre parce quâagir ainsi, câest insulter et banaliser tous nos effortsâ. Trois ans que Massimadi existe. Hard work. Je ne banaliserais pas nos efforts. Alors jâĂ©crase...
Sauf quâon est Samedi 7h48 du matin. Ăa fait 3h que je ne dors plus et je ne dĂ©colĂšre pas. AprĂšs trois coups de bĂ©lier, trois Ă©chappĂ©es entre violence, racisme et crypto fĂ©minisme, Jâen ai juste un peu marre dâĂȘtre si souvent, si constamment aux prises avec diffĂ©rentes oppressions.
Mais je me dis, heureusement que Donna Kate Rushin est passé par là ...
Ma journée commence. Que la vÎtre soit belle.
Laissez tomber
Jâen aimarre
Jâen aimarre de compenser vos manques
Marre dâĂȘtre votre assurance contre
Lâisolement des limitations que vous vous imposez vous-mĂȘmes
(âŠ)
Trouvez une autre connexion au restant du monde
Trouvez quelque chose dâautre pour vous lĂ©gitimer
Trouvez un autre moyen dâĂȘtre politique et branché·e
Je ne serai pas le pont vers votre féminité
Votre masculinité
Votre humanité
Jâen ai marre de vous rappeler de ne pas
Vous enfermer trop étroitement pour trop longtemps
Je suis fatiguée de négocier avec votre pire moi
Au nom de vos meilleurs moi
Jâen ai marre
Dâavoir Ă vous rappeler de respirer
Avant que vous vous étouffiez
Bouffon-ne-s
Laissez tomber
Etirez-vous ou noyez-vous
Ăvoluez ou mourez
Extrait du poĂšme âThe Bridge Poemâ de Donna Kate Rushin (trad. Paola Bacchetta & Jules Falquet)