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@karen-uriot
Aujourdâhui, lâingĂ©nierie gĂ©nĂ©tique permet de sâabstraire dâannĂ©es de sĂ©lection naturelle des animaux. Mais quid de lâĂ©thique et de la santĂ© ?
Lâargent : parasite ou symbiote de lâespĂšce humaine ?
En ce dĂ©but dâannĂ©e 2017, annĂ©e Ă©lectorale importante pour les citoyens français, jâai lâimpression dâassister Ă un virage dĂ©terminant dans le dĂ©bat politique. Pour la premiĂšre fois, les candidats qui Ă©voquent la nĂ©cessitĂ© de dĂ©corrĂ©ler « subsistance » et « salariat » sont Ă©coutĂ©s, voire pris au sĂ©rieux. La mise en place dâun revenu universel devient crĂ©dible.
Tous, nous nous apitoyons devant la chute vertigineuse du nombre dâemplois salariĂ©s qui se profile Ă lâhorizon, aspirĂ©s par la digitalisation, lâautomatisation, la robotisation. Les machines nous dĂ©barrassent des tĂąches ingrates et les accomplissent avec flegme. Elles font mieux que nous, plus vite, travaillent 24h/24 et 7jours/7 sans jamais se plaindre de maux de dos ou de burn-out. Elles ne reçoivent pas de tickets resto ou de rĂ©ductions pour des spectacles. Elles ne quittent pas leur poste en pleine journĂ©e parce que le petit dernier a une gastro ⊠Dâailleurs, elles nâont jamais la gastro, elles non-plus. Employer des machines câest se sĂ©parer de ses ressources humaines pour plus dâefficacitĂ©, et par la mĂȘme occasion du dĂ©partement Ressources Humaines, pour plus dâĂ©conomies. Et il ne sâagit pas que des mĂ©tiers industriels, les services sont Ă©galement touchĂ©s. On apprenait, par exemple, la semaine derniĂšre, que la sociĂ©tĂ© japonaise Fukoku Mutual Insurance envisageait le licenciement de 34 de ses salariĂ©s courant 2017 pour les remplacĂ©s par Watson, lâintelligence artificielle dâIBM qui devrait amĂ©liorer de 30% la productivitĂ© du service. ĂlĂ©mentaire, mon cher.
En toute logique, on se projette dans des scenarios plus catastrophiques les uns que les autres. Mais, un aspect semble faire lâunanimitĂ© : le CDI, câest fini. La plupart des prospectivistes expliquent que les carriĂšres rectilignes de nos pĂšres font dĂ©jĂ parti de la prĂ©histoire : les jeunes doivent apprendre la flexibilitĂ©, la polyvalence. Ils pratiqueront une multitude de mĂ©tiers qui, pour beaucoup, nâexistent pas encore. Ainsi, nous alternerons entre pĂ©riodes de travail rĂ©munĂ©rĂ© et pĂ©riodes sans emploi. A ces nouveaux modes de vie doivent venir se greffer de nouveaux modes de subsistance : Serons-nous payĂ©s de maniĂšre irrĂ©guliĂšre ? Exit alors lâaccĂšs au crĂ©dit. Serons-nous protĂ©gĂ©s par une assurance comparable Ă celle des intermittents du spectacle ? Serons-nous livrĂ©s en pĂąture Ă un systĂšme oĂč seuls ceux qui sont nĂ©s avec de lâargent pourront survivre ?
Peine Capital. Lâargent ⊠cette « substance » ⊠ce « concept » ⊠ce « virus » ?
Jâai longtemps cru, naĂŻvement, que la monnaie Ă©tait une ressource comme une autre, comparable Ă un fluide. Je pensais que, comme lâeau, il en existait une quantitĂ© finie et que cette quantitĂ© pouvait circuler de mains en mains ou ĂȘtre retenue par certains. Je constatais que ceux-lĂ pouvaient lĂ©galement le transmettre Ă leur descendance qui en accumulait encore un peu plus. Tel un immense barrage hydraulique, lâĂ©nergie serait libĂ©rĂ©e par le contrĂŽle du dĂ©bit : un infime filet de monnaie sâĂ©chapperait, irriguant tant bien que mal le bas de la vallĂ©e et, contraints par la raretĂ©, stimulerait les esprits cupides et conquĂ©rants qui voudraient dĂ©vier le cours vers eux. Remarquons quâen 2016, 1% des plus riches humains dĂ©tenaient lâĂ©quivalent du patrimoine des 99% autres. Il sâagissait donc dâun trĂšs gros barrage.
Et puis je pensais que, pareil au cycle de lâeau, la monnaie, suĂ©e par les pauvres, sâĂ©vaporerait, pour aller pleuvoir Ă nouveau sur les riches. A cette Ă©poque, je me contentais de croire quâil suffisait dâĂȘtre le plus malin pour ne pas mourir de soif. Que la sĂ©lection naturelle avait quelque chose Ă voir avec tout ça.
RĂ©cemment jâai appris que lâargent nâĂ©tait pas comparable Ă quoi que ce soit qui ait une existence physique palpable. Lavoisier disait « rien ne se perd, rien ne se crĂ©e, tout se transforme ». Or, on peut crĂ©er de lâargent, le façonner Ă partir du nĂ©ant. Pour fabriquer de lâargent, la recette est finalement assez simple : prenez une banque centrale, offrez-lui des reconnaissances de dettes de pays en crise, et abracadabra ! Elle injectera de la monnaie fraiche dans le circuit. Câest donc la dette qui crĂ©e lâargent : câest lâabsence dâargent qui permet de crĂ©er de lâargent. Je suis subjuguĂ©e. Lâargent, malgrĂ© son nom dâĂ©lĂ©ment chimique, nâest pas physique mais mĂ©taphysique. Lâargent nâest pas un matĂ©riau mais une information : quâon lâimprime sur du papier ou sur les pixels dâun Ă©cran, lâargent nâexiste que si lâon considĂšre quâil existe.
Câest un concept, un peu comme la vie. Finalement, la matiĂšre aussi est un concept. Mais jâavoue malheureusement ne pas assez maĂźtriser la physique quantique pour philosopher sur une Ă©ventuelle analogie entre dette/argent et antimatiĂšre/matiĂšre. Comme je connais un peu mieux la biologie, je mâinterroge : y a-t-il dans le monde vivant quoi que ce soit de comparable Ă la relation que lâHomme entretient avec lâargent ?
GrossiĂšrement, selon la thĂ©orie de la sĂ©lection naturelle de Charles Darwin, les individus portant un caractĂšre avantageux dans un environnement donnĂ© auront un taux de reproduction favorisĂ© par rapport aux individus ne portant pas ce caractĂšre. Cet avantage sĂ©lectif leur permettra de gĂ©nĂ©rer une descendance abondante Ă laquelle le caractĂšre sera transmis et ce caractĂšre se rĂ©pandra au fur et Ă mesure des gĂ©nĂ©rations pour finalement sâimposer. Exemple de caractĂšre ayant avantagĂ© les ancĂȘtres dâhomo sapiens : le pouce prĂ©hensile de votre main (qui aujourdâhui permet dâinsĂ©rer aisĂ©ment une carte bancaire dans un distributeur de billet).
En 1976, le biologiste britannique Richard Dawkins publie un ouvrage de vulgarisation trĂšs influent intitulĂ© « Le GĂšne Ă©goĂŻste ». Il y propose de rĂ©flĂ©chir Ă la sĂ©lection naturelle comme Ă une compĂ©tition molĂ©culaire et non plus seulement Ă une compĂ©tition entre organismes. Selon lui, la pression de sĂ©lection sâapplique directement sur les gĂšnes, Ă savoir sur les sĂ©quences dâADN codant pour les caractĂšres avantageux ou dĂ©savantageux. En dâautres termes : sur de lâinformation gĂ©nĂ©tique. Lorsquâun gĂšne apporte un avantage, il se dissĂ©mine dans la population jusquâĂ sâimposer. En Ă©tant finaliste on pourrait dire que cette information tend Ă se reproduire abondamment jusquâĂ sâimposer dans la population et ĂȘtre partagĂ©e par tous. Lâargent nâest pas ce type dâinformation : il nâa clairement pas vocation Ă ĂȘtre partagĂ© par tous. En effet, pour prĂ©server les richesses, mieux vaut ne pas Ă©clater le patrimoine familial. Il est donc prudent dâavoir une descendance restreinte, voire de sâaccoupler avec les membres de sa famille afin de sauvegarder les biens. Au contraire, si lâargent se rĂ©pandait au point dâĂȘtre partagĂ© par tous, le besoin disparaĂźt, les Ă©changes cesseraient et la notion dâĂ©conomie, et donc dâargent, sâĂ©vanouirait. Une stratĂ©gie reproductive contre-intuitive qui nâarrangerait pas les fameux 1%.
Lâargent est peut-ĂȘtre un parasite qui cherche Ă ĂȘtre dĂ©sirĂ© de tous. Par exemple, Toxoplasma gondii, le micro-organisme provoquant la toxoplasmose, aime sâinstaller dans le corps des animaux Ă sang chaud (humain compris) mais ne se reproduit que dans le tube digestif des fĂ©lidĂ©s. Des chercheurs ont remarquĂ© que lâinfection par Toxoplasma rĂ©organisait les circuits neuronaux du plaisir et de la peur chez le rat au point que celui-ci soit attirĂ© par les chats plutĂŽt que de les fuir pour Ă©viter une mort certaine. Une fois digĂ©rĂ©, le pauvre rat nâayant Ă©tĂ© quâun moyen de transport pour Toxo, libĂ©rerait les microbes dans lâintestin du matou. De maniĂšre intĂ©ressante, il a Ă©tĂ© proposĂ© que notre passion pour les fĂ©lins soit Ă©galement liĂ©e au microbe. En effet, celui-ci nous aurait incitĂ© Ă domestiquer les minets afin de pouvoir mieux les conta ⊠miner. Une explication biologique toute simple aux millions dâheures de vidĂ©os de chats disponibles sur YouTube.
Les virus ne sont pas Ă proprement parler des ĂȘtres vivants mais devraient plutĂŽt ĂȘtre assimilĂ©s Ă de lâinformation gĂ©nĂ©tique mobile, capable de se rĂ©pandre dâun individu Ă lâautre sans attendre que celui-ci nâait une descendance. En effet, ils ne peuvent pas se multiplier par eux-mĂȘmes car ils ne disposent pas de la machinerie molĂ©culaire nĂ©cessaire pour copier leur gĂ©nome. Ainsi, ils doivent infecter un organisme vivant pour profiter de ses capacitĂ©s de rĂ©plication. Ensuite, ils quittent leur esclave molĂ©culaire en grand nombre pour se diriger vers un autre. Il est ironique, mais ainsi va la nature, de constater que certains virus doivent sacrifier la vie de leur hĂŽte pour se propager. Dans le cas dâune pandĂ©mie oĂč lâhumanitĂ© toute entiĂšre serait infectĂ©e puis Ă©liminĂ©e, le virus responsable resterait lĂ , sans aucun moyen de reproduction. Lâargent est peut-ĂȘtre un virus alors, aprĂšs que tous les hommes se soient tuĂ©s Ă la tĂąche pour lui, il ne resterait personne Ă infecter.
A dire vrai, je ne crois pas que lâargent soit un parasite. Aussi surprenant que cela puisse paraĂźtre, je pense quâhumanitĂ© et argent entretiennent une relation de symbiose comparable Ă celle qui lie certains poissons abyssaux aux bactĂ©ries bioluminescentes de leur lanterne. Lâargent est un leurre. Depuis des siĂšcles il a conduit lâhumanitĂ© Ă donner le meilleur dâelle-mĂȘme pour approcher la lumiĂšre sans que celle-ci ne sâaperçoive quâelle sâapprĂȘte Ă ĂȘtre dĂ©vorĂ©e. AveuglĂ©e, peut-ĂȘtre. LâhumanitĂ© est ce quâelle est car elle est envieuse de lâargent que possĂšde lâautre, et lâargent est ce quâil est parce que lâhumanitĂ© en avait besoin.
La vĂ©ritĂ© câest quâil y a toujours un plus gros poisson. La vĂ©ritĂ© câest que, bien quâil y ait assez de place dans lâocĂ©an pour nous tous, nous prĂ©fĂ©rons convoiter la place du voisin. La vĂ©ritĂ© câest que, notre descendance, si abondante soit-elle, ne sera jamais que le garde-manger dâune famille dĂ©jĂ plus avantagĂ©e depuis longtemps.
Offrir le revenu universel câest distribuer de la nourriture en paillette Ă des poissons dâaquarium. Il donnera sans doute lâillusion de permettre dâĂ©chapper Ă la famine, voire de protĂ©ger des requins, mais il fera perdurer la dĂ©pendance. Cela Ă©tant dit, y a-t-il une autre solution ?
Nous connaissons tous des « presbytes ». La presbytie est une dĂ©gradation du sens de la vue liĂ©e Ă lâĂąge (du grec presbys, ÏÏÎÏÎČÏ Ï signifiant âvieil hommeâ) rendant difficile la vision de prĂšs et nĂ©cessitant dâĂ©loigner les objets afin de mieux les discerner. TrĂšs rĂ©pandue Ă©galement â et, Ă condition ⊠Lire plus
Smells like octogenarian spirit. LâĂąge nâa pas dâodeur. DamnĂ©s du nez. Ăa sent le sapin. Mon article sur la perte de lâodorat avec lâĂąge mâa ... inspirĂ©e.
Partageons ensemble le repas du saigneur. Ce que nos réactions devant la barbarie du festival de Yulin dit de nous.
Chaque année un peu plus, les réseaux sociaux s'émeuvent autour de carcasses canines grillées. Un festin pour les uns, un sacrifice blasphÚmatoire pour d'autres. Manger le meilleur ami de l'Homme, c'est un peu manger l'Homme.
(c) Paris Match
Si on dit que tous les goûts sont dans la Nature c'est bien pour souligner que tous les goûts ne sont pas dans la culture. Tel un commandement divin, on fait perdurer les habitudes alimentaires comme un rituel inaliénable : "Ce que ta mÚre ne t'a pas un jour préparé, tu ne mangeras point". Le frigo est la sacristie intouchable du temple familial.
Cette fidĂ©litĂ© Ă la gastronomie patriotique crĂ©e des aberrations qui ne semblent apparaĂźtre qu'aux vĂ©gĂ©tariens. Lors d'une discussion autour d'une table je constatais, pour la cent-uniĂšme fois, que l'Ă©vocation des protĂ©ines d'insecte provoquait des nausĂ©es Ă ceux qui ont, pourtant, l'eau Ă la bouche face Ă un cochon de lait embrochĂ© de part en part, laissant fondre son tissu adipeux sur les braises. J'implore volontiers les bons sentiments en insistant : "et les agneaux mignons ?" mais rien n'y fait. L'estomac des carnivores est programmĂ© pour rĂ©gurgiter les sauterelles et s'Ă©moustiller dans un bain de sang de bĆuf. Il paraĂźt que les veaux sont nĂ©s pour ça.
Donc les insectes non, les poissons oui, les oiseaux oui, les humains non, les mammifĂšres oui ... Ă l'exception de ceux que l'on trouve suffisamment jolis pour survivre voire figurer sur l'Almanach du facteur. Toute proportion gardĂ©e pour les agneaux. Autre prĂ©-requis Ă la survie en milieu carnivore occidental : savoir rattraper une balle ou faire ses besoins dans une litiĂšre adaptĂ©e, sans quoi vous pourriez finir sur le bord d'une route Ă attendre le premier Chinois qui vous changera en casse-croĂ»te. Somme toute, si les addicts Ă l'hĂ©moglobine continuent d'affirmer que "le gras, c'est la vie" (pouvant ĂȘtre aisĂ©ment traduit par "la mort, c'est la vie") on constate que les temps changent et que, Ă grand coup de vidĂ©os dĂ©nonciatrices des conditions d'abattage, certains s'aventurent dans les paysages bucoliques de l'alimentation rĂ©flĂ©chie sous le nom nouveau de "flexitarien". Appellation d'origine non contrĂŽlĂ©e.
(c) Google Trends
Mais en ce jour noir pour lâUnion EuropĂ©enne qui dĂ©plore le Brexit, je propose que nous ayons une pensĂ©e pour la panse de brebis farcie.
AccusĂ©e de bienveillance ... Un conseil aux demandeurs dâemploi ? Be bad !
Les quelques paragraphes qui vont suivre font Ă©cho Ă un travail plus global que jâeffectue sur lâempathie (voir : Partager la tristesse, câest-Ă -dire ? Quelques mots sur lâempathie.) et que je complĂšterai trĂšs prochainement. En attendant, je voulais Ă©voquer une expĂ©rience personnelle que jâaurais prĂ©fĂ©rĂ© qualifier de âsurprenanteâ mais qui, malheureusement, Ă©tait dâune Ă©crasante banalitĂ©.
Etat des lieux
Depuis fin janvier 2016, je suis Ă la recherche dâun emploi. Je dis âemploiâ parce que je parle de contrat de travail : dâune activitĂ© qui me serait confiĂ©e par un employeur, en Ă©change dâune rĂ©munĂ©ration. Eh oui ... derriĂšre, il faut bien payer le loyer.
Je ne suis pas - je le rĂ©pĂšte - sans activitĂ©. La rĂ©alitĂ© de mon quotidien câest lâironie du sort : bien quâayant Ă©tĂ© Ă©lĂšve, puis Ă©tudiante, non-stop, entre mes 3 ans et mes 27 ans, je nâai jamais autant appris que ces 3 derniers mois, sur la vie en tout cas. Lecture, lettre de motivation, cinĂ©ma, entretiens dâembauche, Ă©criture, lecture, confĂ©rence, entretiens dâembauche, entretiens dâembauche ... La vie, la vraie.
A visionner jusquâĂ la fin ;)
Mais je serais malhonnĂȘte de me prĂ©senter en victime puisque je suis responsable de ma situation. Je suis atteinte de bienveillance.Â
Ouf ... câest dit !
Ăa fait lâeffet dâune bombe, hein ?
Moi, ça mâapaise la conscience.
VoilĂ , câest dit, câest gravĂ© dans le silicium, ça se propage dans lâinextricable Internet, ça contamine votre mĂ©moire vive, ça sâagrippe Ă vos neurones Ă vous, lecteurs ... Vous ne me verrez plus jamais comme avant maintenant que vous savez. Je suis bienveillante.Â
Mais ... Oops la boulette !!
Maintenant plus aucun employeur ne voudra mâemployer !! me faire signer un contrat de travail !! me confier une activitĂ© en Ă©change dâune rĂ©munĂ©ration !! maintenant que mon nom est associĂ© Ă la bienveillance !! cette tare !!
Bienveillance, quoi de neuf Doctissimo ?
On pourrait la voir comme une maladie rare, cette bienveillance, tant le diagnostic fĂ»t tardif.Â
On me disait, avec hĂ©sitation, que jâavais du potentiel mais que je risquais de mâennuyer dans un emploi commercial.Â
âDes mĂ©tiers qui sont parfois redondants voire rĂ©barbatifs.â
Merci de vous en ĂȘtre inquiĂ©tĂ©. Moi, je restais dubitative. Ăa fait 27 ans que je mâennuie, je connais.
On mâa expliquĂ© aussi :Â
âVous savez, les clients ont besoin dâavoir confiance. Et vous, on voit tout de suite que vous ĂȘtes quelquâun de confiance. Et câest trĂšs bien ! ... Mais avoir lâesprit commercial demande parfois dâĂȘtre un peu opportuniste. Et je pense que cet aspect du mĂ©tier serait peut-ĂȘtre plus frustrant pour vousâ
Blablabla ... Jâai compris, il y a un truc qui cloche chez moi ...
Et puis, un âtest de personnalitĂ©â rĂ©alisĂ© Ă lâoccasion dâun entretien dans un cabinet de recrutement fit le jour sur mon handicap.Â
Pragmatique, direct, Ă©vident ... Comme un test de grossesse. Sauf que tâas encore tes rĂšgles.
LâĂ©lectrochoc
Câest une jeune femme, nouvellement intĂ©grĂ©e dans l'entreprise, qui eut lâimmense peine de mâexposer lâatroce vĂ©ritĂ©.
âHmmm ... Mademoiselle Uriot, je ne sais pas si Monsieur Biiiip vous a donnĂ© les rĂ©sultats du ... du test ?âÂ
... Raclement de gorge.Â
GĂȘne palpable.Â
Sa voix traduit son impuissance.Â
Elle sâexcuserait presque de ce quâelle va mâannoncer ...Â
Je mâaccroche Ă mon stylo.Â
Je rougis.Â
Jâai mal pour elle, qui a mal pour moi (ah lâempathie ...).
Allez miss, balance les notes, jâai bon ou jâai pas bon ?
âLorsque les rĂ©sultats sont moyens partout, on ne sây intĂ©resse pas vraiment car ça ne laisse pas ressortir de caractĂšre particulier. Mais disons que vous ... il y a deux notes trĂšs hautes et ... je dois avouer que ça sâest plutĂŽt confirmĂ© lors de notre discussion ...â
Ăa a lâair grave ... Elle prend son temps, ça doit ĂȘtre grave ! Aaaaaah le stress ! Elle va me dire que je suis sĂ©ropositive ! Que je nâai plus que 5 minutes Ă vivre ! Pire ??? Elle va me dire que jâai un trou Ă lâarriĂšre de mon pantalon ?!!!! Aaaaaaaaaaaah (respiration) aaaaaaaaah (toux) aaaaaaaah (toux toux)* aaah. Alors ?
âVous avez 10/10 en ouverture dâesprit et 9/10 en ...âÂ
Elle baisse le regard. Je crois que câest vraiment trĂšs trĂšs grave. Ma carriĂšre est fichue.Â
Mais je mâen tape, je suis trop contente, jâai 10/10 !!! ouhhhhhh
Ouah trop cool !!! jâai aussi un 9/10 !!!
Mais ...
Mais en quoi ?
â9/10 en bienveillanceâ
Je suis perplexe.
Je pensais que câĂ©tait bien dâĂȘtre bienveillant. Et mal dâĂȘtre malveillant. Et sĂ»r dâĂȘtre surveillant ...Â
On mâaurait menti ?!Â
Parce que câest pas trĂšs bienveillant de mentir !! Ou peut-ĂȘtre que si alors ... Je ne sais pas, je ne sais plus, je suis perdue.
âBon, sur ce, on vous recontactera dâici quelques jours. Au revoir Mademoiselle Uriot.â
Serrage de mains moites (jâai mis un âsâ parce que sa main ET ma main Ă©taient moites).
Je mâattendais presque Ă ce quâelle me donne une petite tape sur lâĂ©paule en guise de soutien, mais rien ... Ăa aurait donnĂ© lâimpression quâelle Ă©tait devenue bienveillante aussi, beurk. Câest peut-ĂȘtre contagieux.
Câest vrai que, maintenant que jây pense, câest probablement contagieux ! Jâai le sentiment que tous les gens autour de moi sont bienveillants eux-aussi ! Incroyable ... ça ne peut vouloir dire que deux choses :Â
- soit câest effectivement contagieux et il y a une personne bienveillante parmi mes proches qui mâa rendue bienveillante ... et jâai ensuite, moi-aussi, contaminĂ© dâautres personnes ... Je parie que câest ma mĂšre ! Jâen suis sĂ»re, câest elle ! elle nous disait dâĂȘtre polies, gentilles, de respecter les autres ... Bullshit ! ... Mais du coup câĂ©tait plutĂŽt malveillant de sa part de tous nous condamner au chĂŽmage ! Quâon la punisse ! AprĂšs tout, il y a bien un type qui a Ă©tĂ© condamnĂ© pour avoir transmis le SIDA !
- soit les gens bienveillants et les gens malveillants ne se mĂ©langent tellement pas (dâailleurs, maintenant on sait quâils ne peuvent pas travailler ensemble) que tu nâen as jamais dans ton cercle dâamis. Un peu comme lâhuile et lâeau quoi ... tu peux secouer le shaker Ă vinaigrette tant que tu veux, ça ne se mĂ©lange pas : ils sont non miscibles, ils se sĂ©parent en deux phases ..
Et bim 10/10 en chimie de premiĂšre S !
En fait non, ça ne peut vouloir dire que trois choses ! trois :
- soit ... soit des gens bienveillants de mon entourage sont des malveillants suffisamment malveillants pour se faire passer pour des bienveillants. Des connards quoi. Câest assez probable ... Passons, si ça les amuse.
Bon ... quatre choses en fait ... :
- soit il y a beaucoup plus de gens bienveillants que de gens malveillants sur Terre ... Mais uniquement dans la sphĂšre privĂ©e. Et ces gens se transforment en gens malveillants pour satisfaire la sociĂ©tĂ©, et particuliĂšrement leur hiĂ©rarchie, qui leur impose dâĂȘtre malveillant pour aller gratter des parts de marchĂ©. CoĂ»te que coĂ»te. En mode pie voleuse ou nâimporte quelle bestiole qui prend des choses (qui ne lui appartiennent pas forcĂ©ment) pour aller les accumuler dans un coin et Ă©viter que dâautres nâen profitent.
Y a-t-il un médecin dans la salle ?!
Bref ... ça ne me dit pas comment je vais soigner ça. Je suis trop bienveillante pour avoir envie de faire semblant dâĂȘtre malveillante, jâai pas envie de devenir nonne, jâai pas envie de rester au chĂŽmage non plus ... Quelle plaie !
Non mais sérieusement, il doit bien exister un métier pour les bienveillants ? non ?
Vous voyez, câest pour ça que jâaime autant les livres, la science, apprendre ... Le savoir, câest la seule chose que lâon peut accumuler sans en priver les autres. On peut le partager sans sâen priver soi-mĂȘme.
Mieux encore, câest en le distribuant quâon en rĂ©colte le plus.
Merci.
*Petit jeu, complĂ©tez ma phrase : âToux toux toux vous saurez toux sur le ...â
Partager la tristesse, câest-Ă -dire ? Quelques mots sur lâempathie.
Triste hasard, je préparais cet article sur les sentiments partagés avant de partager la tristesse de nos amis belges. Courage à eux ...
(c) Plantu
Le 4 dĂ©cembre 2015 je vivais une double expĂ©rience qui me poussait Ă mâinterroger sur mes ressentis et ce quâils pouvaient avoir de biologique. En effet, entre 10h et 13h je jouais au cobaye pour des neuroscientifiques, mâamenant Ă passer le premier IRM (Imagerie par rĂ©sonance magnĂ©tique) de ma vie. Une expĂ©rience des plus dĂ©sagrĂ©ables qui me conduit Ă une premiĂšre pensĂ©e : âje plains les gens qui sont dans lâobligation de faire ça souvent, pour cause de santĂ©â. Le mĂȘme jour, Ă partir de 19h et jusquâĂ minuit, je jouais Ă la marchande pour le TĂ©lĂ©thon oĂč je vendais hot-dogs, frites et autres victuailles. Une expĂ©rience des plus folkloriques qui me conduit Ă une seconde pensĂ©e : âje plains les gens qui ont besoin quâon fasse tout ça pour que la recherche avance, pour cause de santĂ©â. Quelques semaines plus tard, alors que je lisais âChangeons de civilisationâ de GeneviĂšve BouchĂ©, je dĂ©couvrais entre ses pages que notre aptitude Ă mutualiser les avantages comme les inconvĂ©nients serait, selon le prospectiviste JĂ©rĂ©my Rifkin, lâun des piliers structurant nos futures sociĂ©tĂ©s. Un talent qui reposerait sur notre capacitĂ© Ă ressentir de lâempathie pour nos prochains.Â
âEmpathieâ ? QuĂ©sako ?
Les émotions sont contagieuses
On sâen aperçoit rarement mais on passe beaucoup de temps Ă se mettre Ă la place des autres, Ă Ă©prouver leur tristesse et Ă partager leur joie. Parmi les exemples les plus parlants : on fond en larmes devant une scĂšne Ă©mouvante au cinĂ©ma, pourtant elle ne nous affecte pas directement ! on sourit en voyant quelquâun sourire et mĂȘme, on baille lorsque notre voisin baille [1] ... On appelle cela lâempathie : littĂ©ralement âdans, Ă lâintĂ©rieur deâ et pathos qui se rĂ©fĂšre Ă la souffrance, Ă la douleur. On parle effectivement dâentrer dans la souffrance de lâautre. Fort heureusement, lâeffet miroir fonctionne Ă©galement pour les Ă©motions positives [2].
Au cours de lâexpĂ©rience Ă laquelle je participais [je ne citerai le laboratoire que lorsque les rĂ©sultats seront publiĂ©s] on me prĂ©senta des dessins de visages pour lesquels je devais quantifier lâintensitĂ© des Ă©motions, Ă©valuer si lâĂ©motion communiquĂ©e par un visage Ă©tait plus forte ou similaire Ă celle dâun autre visage, quâils soient heureux ou malheureux, peu importe. Et je me surprenais Ă ĂȘtre capable de dire si cette femme inconnue ressentait une peur extrĂȘme ou si cet homme, avec lequel je nâavais aucun lien, Ă©tait apaisĂ©. Plus Ă©tonnant encore, je rĂ©pondais aux sourires des joyeux et fronçais les sourcils devant les colĂ©riques. Je me mettais, tout simplement, Ă la place de ces personnes bien quâelles aient Ă©tĂ© plaquĂ©es en 2 dimensions sur une feuille de papier, et quâils nâaient finalement dâhumain que les grimaces.
La biologie derriĂšre lâempathie
En fait, cette capacitĂ© dâempathie a une origine biologique maintenant bien dĂ©crite. La chercheuse franco-allemande Tania Singer du dĂ©partement de Neurosciences sociales du Max Planck Institute de Leipzig, a mis ses hypothĂšses Ă lâĂ©preuve de lâimagerie mĂ©dicale, lui permettant de dĂ©tecter que la simple vue de personnes en souffrance activait des zones du cerveau caractĂ©ristiques de la douleur. En dâautres termes : souffrir soi-mĂȘme ou voir souffrir, mĂȘme combat.
Notons Ă©galement que lâhormone ocytocine, dite âhormone du bonheurâ voire âhormone du plaisirâ, jouerait un rĂŽle important dans les relations aux autres, en tout cas chez lâhumain. Si elle Ă©tait avant tout connue pour ĂȘtre sĂ©crĂ©tĂ©e en forte dose lors de lâaccouchement, la dĂ©couverte de son action sur la sociabilitĂ© des individus en fait dĂ©sormais lâobjet de tous les fantasmes. En effet, il semblerait que l'injection d'ocytocine dans le cerveau de certains mammifĂšres produise des modifications de leur comportement. De plus, il a Ă©tĂ© remarquĂ© que des mutations dans le gĂšne OXTR codant pour le rĂ©cepteur de lâocytocine Ă©taient accompagnĂ©es de variations de la capacitĂ© dâempathie[3] laissant spĂ©culer que lâagilitĂ© Ă crĂ©er des liens interpersonnels puissent ĂȘtre hĂ©ritĂ©es gĂ©nĂ©tiquement [4].Â
On imagine toutes les implications que ces dĂ©couvertes peuvent avoir en terme de dĂ©veloppement technologique. Par exemple, lâune des applications Ă©videntes dĂ©coulant de ces observations serait de pouvoir moduler la capacitĂ© Ă construire des relations sociales par traitement Ă lâocytocine. Un premier pas dans ce sens a dâailleurs Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© par une Ă©quipe australienne fabriquant le premier spray nasal Ă base dâocytocine qui permettrait dâamĂ©liorer la sensibilitĂ© sociale dâenfants autistes. Ces mĂȘmes inhalateurs que Paul J. Zak, chercheur en neuroĂ©conomie, a utilisĂ© pour tester la capacitĂ© de lâocytocine Ă stimuler des dĂ©cisions âmoralesâ [5] ... La neuroĂ©conomie ? un domaine de recherche dont lâintitulĂ© mĂȘme inspire la mĂ©fiance.
Utilisant l'inhalateur d'ocytocine, nous avons réalisé plus d'études. Nous avons montré que l'injection d'ocytocine augmentait la générosité dans les transferts d'argents unilateraux de 80 pour cent. Nous avons montré qu'elle augmentait les dons aux organismes caritatifs de 50 pour cent. Nous avons également étudié les moyens non pharmacologiques d'augmenter l'ocytocine. Notamment, les massages, la danse et la priÚre. Oui, ma mÚre était contente de ce dernier moyen. Et chaque fois que nous faisons monter l'ocytocine, les gens acceptent volontiers d'ouvrir leur porte-monnaie et partager leur argent avec des inconnus.
On pourrait se dire que tout ceci part dâune bonne intention : celle dâamĂ©liorer le âvivre ensembleâ, mais je mâinterroge ... Est-il Ă©thique de forcer les comportements Ă©thiques ?
Lâempathie aide la biologie
Il va de soi que tout ceci est plus complexe que quelques gĂšnes et que notre capacitĂ© Ă sâinquiĂ©ter du sort de nos congĂ©nĂšres est en grande partie influencĂ© par notre environnement familial, notre culture, notre Ă©ducation voire ... aux Ă©missions de tĂ©lĂ© qui ont bercĂ©es notre enfance ! Vous me voyez venir ? Le TĂ©lĂ©thon !
Lorsque je pense au TĂ©lĂ©thon, ce sont des tas de sentiments aussi incompatibles quâintenses qui mâinondent : une exquise joie lorsque jâaccompagnais ma famille dans lâorganisation du bal qui devait permettre de rĂ©colter des dons, une infĂąme tristesse face Ă lâinjustice vĂ©cue par ces enfants nĂ©s victimes de leur ADN, une Ă©trange fiertĂ© lorsque lâassociation BGA du MagistĂšre EuropĂ©en de GĂ©nĂ©tique entretenait la mobilisation sur le campus de lâuniversitĂ©, un profond dĂ©goĂ»t lorsquâon mâaffirmait ...
âĂa devrait ĂȘtre Ă lâEtat de financer la recherche, pas Ă nous !â
Câest arrivĂ© plusieurs fois, alors que je tenais la caisse du stand restauration du village TĂ©lĂ©thon de la gare Montparnasse, dâessuyer ce type de remarques. Impuissante que jâĂ©tais face Ă ce manque dâempathie manifeste, je rĂ©pondais que lâAFM - lâAssociation Française contre les Myopathies - avait tant fait pour la recherche française quâon aurait trĂšs difficilement pu sâen passer. Et pour cause, le livre âOn peut changer le monde en vendant des crĂȘpes et des ballonsâ de Serge Braun dĂ©voile tous les aspects de ce combat qui a commencĂ© par une poignĂ©e de familles de malades pour devenir aujourdâhui lâinstitution que lâon connait. Avec Ă la clĂ© des malades enfin considĂ©rĂ©s. GrĂące notamment Ă la mise en place dâaccĂšs handicapĂ©s plus systĂ©matiques, grĂące Ă la crĂ©ation du GĂ©nĂ©thon (laurĂ©at 2015 du concours mondial de lâinnovation 2030) et GĂ©nĂ©thon BioProd (premier laboratoire créé par une association de malades et financĂ© grĂące Ă la gĂ©nĂ©rositĂ© publique Ă obtenir le statut dâĂ©tablissement pharmaceutique accordĂ© par lâAgence nationale de sĂ©curitĂ© du mĂ©dicament), grĂące Ă ce â14 juillet hivernalâ qui rĂ©unit des foules autour des maladies rares.
Concernés plutÎt que consternés ?
Serge Braun sait de quoi il parle, il est directeur scientifique de lâAFM depuis 2005 mais toute sa carriĂšre scientifique sâest construite avec lâassociation qui, dĂšs sa thĂšse, a financĂ© quelques uns de ses travaux. Je reviendrai surtout, parce que câest mon propos ici, sur lâimportance du TĂ©lĂ©thon dans le paysage caritatif français. En effet, Serge Braun rappelle les diffĂ©rentes controverses qui ont vaciller le TĂ©lĂ©thon depuis sa crĂ©ation : la jalousie de la part des autres associations, le scepticisme des scientifiques eux-mĂȘmes, lâimpact nĂ©gatif de lâaffaire ARC (Fondation ARC pour la Recherche sur le Cancer dont lâancien prĂ©sident Jacques Crozemarie a purgĂ© une peine de prison pour gestion douteuse) etc. Mais câest sans manquer de rappeler que pour bon nombre de jeunes français, le TĂ©lĂ©thon est la premiĂšre expĂ©rience de solidaritĂ©. Et face Ă la mauvaise foi des dĂ©tracteurs, il mentionne une Ă©tude de Recherche & SolidaritĂ©s qui mettait en Ă©vidence que le TĂ©lĂ©thon Ă©tait ...
âune Ă©cole du don : [...] cette dynamique crĂ©e un environnement pour une gĂ©nĂ©rositĂ© active et partagĂ©e, quâaiment tout particuliĂšrement les plus jeunes.â âLe TĂ©lĂ©thon constitue un dĂ©clencheur incomparable de la gĂ©nĂ©rositĂ© : il rappelle, en temps utile, que des besoins existent et que dâautres sont en grande difficultĂ©.â
Dâailleurs, il est intĂ©ressant de remarquer que la gĂ©nĂ©rositĂ© appelle la gĂ©nĂ©rositĂ© puisque les personnes qui donnent Ă une cause donnent gĂ©nĂ©ralement Ă plusieurs causes. Ainsi, en motivant la gĂ©nĂ©rositĂ© en grand bruit, le TĂ©lĂ©thon est un facilitateur pour dâautres oeuvres caritatives. Notons Ă©galement que 40% de la collecte est permise par les centaines de petites manifestations organisĂ©es partout en France - les fameuses crĂȘpes et les ballons - et les promesses de don tĂ©lĂ©phoniques sont, pour moitiĂ©, faites par des personnes aux revenus modestes et ne conduisent pas Ă rĂ©duction dâimpĂŽt. Encore une belle leçon !
Il est mathĂ©matiquement clair que les personnes qui sâĂ©meuvent devant la duretĂ© des maladies rares ne sont pas elles-mĂȘmes atteintes. Il faut de lâempathie pour se mobiliser de la sorte et contribuer Ă faire avancer la recherche et, avouons-le, participer Ă la renommĂ©e française en matiĂšre de gĂ©nĂ©tique. Cependant, nâoublions pas que les maladies rares sont nombreuses (il en existerait 7000) et donc ... frĂ©quentes. Ainsi, on estime qu'en France ce seraient 3 millions de personnes qui seraient concernĂ©es (dont plus de 100 000 pour les seules maladies neuromusculaires). Personne nâest Ă lâabri donc nâattendons pas que la maladie nous touche pour ĂȘtre touchĂ©. Cela vaut, bien-entendu, Ă©galement pour les maladies dites frĂ©quentes.
Ensuite, contribuer câest avant-tout donner de soi, il nâest pas uniquement question dâargent. On peut vendre des crĂȘpes ou lĂącher des ballons. Et, puisque la nature est bien faite, on peut se dire Ă©goĂŻstement que lâaltruisme est lui-mĂȘme bon pour la santĂ©, tout bĂ©nĂšfâ !
Il paraßt que construire une meilleure société est difficilement possible, parce que "la nature humaine n'est pas vraiment altruiste, seuls les bisounours pensent le contraire"... Eh bien, nous allons voir ça de plus prÚs ! Par DanyCaligula
Pour aller plus loin :
[1] NâhĂ©sitez pas Ă visionner Pourquoi bĂąiller est contagieux et l'origine des civilisations dâe-penser qui explique trĂšs bien le phĂ©nomĂšne : https://youtu.be/01DbzuIrn6k
[2] Le webdocumentaire dâArte Future sur lâaltruisme donne de nombreuses pistes sur la comprĂ©hension de nos rapports aux autres http://future.arte.tv/fr/altruisme
[3]Â Oxytocin receptor genetic variation relates to empathy and stress reactivity in humans, Rodrigues et al., PNAS, 2009.
[4] Voir Common polymorphism in the oxytocin receptor gene (OXTR) is associated with human social recognition skills, Skuse et al., PNAS, 2013 oĂč les auteurs ont Ă©tudier les variations du gĂšne OXTR et leurs liens avec la reconnaissance des visages. Ils proposent que le rĂŽle de facilitateur de la reconnaissance sociale jouĂ© par lâocytocine ait Ă©tĂ© conservĂ©, donc probablement sĂ©lectionnĂ©, au cours de lâĂ©volution.
[5]Â https://www.ted.com/talks/paul_zak_trust_morality_and_oxytocin/transcript?language=en#t-427607
Soutenez le film Palinopsie sur Ulule ! https://fr.ulule.com/palinopsie/
Palinopsie est un projet de court-mĂ©trage fantastique corĂ©alisĂ© par mon ami Mathieu CAIGNARD (qui mâavait beaucoup aidĂ© dans la rĂ©alisation des vidĂ©os de mon projet Steam !) et son pote JĂ©rĂŽme EVRARD (qui est Lorrain !!) Un projet trĂšs original et prometteur ! Teaser-Palinopsie from Mathieu Caignard on Vimeo. Synopsis :
Christelle et Bastien, un jeune couple emménage dans une résidence.
Peu de temps aprÚs leur installation dans l'immeuble, Bastien est victime d'un accident dû à sa plomberie, ce qui provoque chez lui les symptÎmes de la Palinopsie (une maladie oculaire bénigne).
Lors de sa convalescence, Bastien va progressivement développer une perception altérée de la réalité.
Alors que la fille des voisins a disparu sans laisser de traces depuis plusieurs semaines, le sixiĂšme sens de Bastien va malgrĂ© lui lâamener Ă sâintĂ©resser Ă cette affaire.
Il va finir par dĂ©couvrir, que cet accident nâest peut-ĂȘtre pas uniquement dĂ» au hasardâŠ
PS : On voit ma tĂȘte dans le teaser :) PS : Pour les curieux : la palinopsie est un trouble visuel https://fr.wikipedia.org/wiki/Palinopsie
Plats préparés : Is the cake a lie ?
Je mâindignais rĂ©cemment de la place croissante que prenaient les plats prĂ©parĂ©s dans les rayons des supermarchĂ©s.Â
Dâabord parce que la quantitĂ© de dĂ©chets quâils gĂ©nĂšrent me rĂ©volte.Â
Imaginez par exemple cette boĂźte repas Bonduelle lorsquâelle aura Ă©tĂ© consommĂ©e :
Cette formule magique est composĂ©e de plastique plus que de poulet grillĂ© ou de crĂšme caramel. Tout finira jetĂ© Ă la poubelle, sans autre forme de procĂšs. Ce ne sera probablement pas triĂ© : ça prendrait trop de temps et serait donc incompatible avec la philosophie de lâhomme pressĂ©.Â
Un peu de respect pourtant ! ce contenu et son contenant ont sĂ»rement fait beaucoup de chemin en container pour arriver jusquâĂ vous ! câest vrai ce quâon dit, la technologie ça rapproche ...
Je vous laisse saliver en lisant la description du produit rĂ©digĂ©e par la marque. Il faut lâadmettre, quand câest bon, câest Bonduelle. Digne dâun critique gastronomique, faites pĂ©ter les Ă©toiles Michelin !
DESCRIPTION ET BIENFAITS DĂ©couvrez la Formule DĂ©jeuner au poulet grillĂ© : une formule complĂšte & gourmande. Les ingrĂ©dients de la salade sont dĂ©licatement cuisinĂ©s et disposĂ©s les uns Ă cĂŽtĂ© des autres pour prĂ©server leurs saveurs. Pour finir sur une note sucrĂ©e, la salade est accompagnĂ©e d'une crĂšme caramel Bonne Maman. CONDITIONNEMENT Poids net : 400g INGRĂDIENTS Traces de celeri, Traces de crustacĂ©s, Traces de fruits Ă coques, PrĂ©sence de gluten, PrĂ©sence de lait, Traces de moutarde, PrĂ©sence d'oeuf, Traces de poisson, Traces de sĂ©same, Traces de soja, PrĂ©sence de sulfites IngrĂ©dients salade (67%) : PĂątes alimentaires (39%)(semoule de blĂ© dur, oeufs), courgettes (23%), aiguillettes de poulet marinĂ©es cuites rĂŽties (13%)(aiguillette de poulet (96%), stabilisant : E451, Ă©paississant : E407, sel, dextrose, arĂŽmes naturels (dont arĂŽme de fumĂ©e)), poivrons (12%), aubergines grillĂ©es (5%), tomates mi-sĂ©chĂ©es, huile d'olive vierge extra, huile de colza, ciboulette, sel, arĂŽme naturel de poivre, Ă©pice, conservateur : E202. IngrĂ©dients vinaigrette olive balsamique (5%) : Huile de colza (59%), vinaigre balsamique (25%)(vinaigre de vin, moĂ»t de raisin cuit, colorant : E150d) (sulfites), huile d'olive vierge extra (16%). IngrĂ©dients petit pain grillĂ© au blĂ© complet (3%) : Farine de blĂ© complet (45%), farine de blĂ©, huile vĂ©gĂ©tale (colza), sucre, levure, extrait de malt d'orge, sel, gluten, agent de traitement de la farine : acide ascorbique. IngrĂ©dients crĂšme caramel (25%) : Lait entier frais, crĂšme (13%), caramel (10,5%), sucre, jaune d'oeufs frais, oeufs entiers frais (6,7%). FabriquĂ© dans un atelier utilisant Ă©galement : cĂ©leri, lait, oeuf, moutarde, poisson, crustacĂ©, fruit Ă coque, sĂ©same, soja. Source
Jâadmets que la fin fait moins rĂȘver. Mais la faim ... justifie les moyens.
Ensuite parce que le prix est tout bonnement scandaleux.Â
10 serpentini, 2 broccoli, 5 morceaux de poulet, une mignonette de vinaigrette, un dessert, plein dâarĂŽmes naturels et Abracadabra ! Elle est lĂ la formule magique ! votre argent a disparu ! Comptez 4,41⏠au Carrefour du coin pour la boĂźte de Pandore gourmande et croquante.
Mais au moins câest un repas Ă©quilibrĂ©.
Et surtout, vous ne serez pas obligĂ© de passer votre soirĂ©e aux fourneaux Ă cuire des pĂątes (7 minutes de gagnĂ©es, câest 7 minutes de gagnĂ©es !) et Ă griller des lĂ©gumes et de la volaille pour remplir un Tupperware dont vous avez perdu le couvercle. Vous ne serez pas contraints de sortir vous-mĂȘme une crĂšme caramel du frigo ... des gens se sont froissĂ©s un muscle pour moins que ça !
Vous me direz ... cette salade (rassurez-vous, elle porte bien son nom car on en raconte de bonnes, des salades) a Ă©tĂ© reconnue de la trĂšs emblĂ©matique distinction âSaveur de lâannĂ©e 2015âł ! Dans un pays qui a fait inscrire sa gastronomie au Patrimoine immatĂ©riel de lâUNESCO, ce nâest pas rien ! Et il faut bien reconnaĂźtre que le doux fumet de lâescalope fumĂ©e, ça ne sâinvente pas !
Ah ? Si ça sâinvente ? Ah ...
Par exemple :
ArÎme alimentaire Fumé
LâarĂŽme alimentaire fumĂ© peut ĂȘtre utilisĂ© pour rĂ©aliser des pĂątisseries, macarons, ganaches, crĂšmes desserts, mousses, confiseries, confitures, cocktails ou sauces, crĂšmes, soupes ...
Le dosage moyen de nos arÎmes est de 0.5 % (5g par kg ou 5ml par litre de préparation) néanmoins chaque arÎme possÚde son propre dosage indiqué au dos de la bouteille.
Caractéristiques ArÎmes Fumé :
Goût : Fumé ArÎme naturel : Non ArÎme Hydrosoluble 4 conditionnements proposés : 58 ml, 115 ml, 500 ml et 1000 ml Flacon d'arÎme équipé d'un compte-gouttes et d'un gobelet doseur (sauf pour les flacons de 58 ml sans gobelet doseur) Cuisson : Nos arÎmes sont adaptés à la cuisson. Pensez à adapter le dosage de l'arÎme en fonction du temps de cuisson et de la température. On estime qu'il faut généralement doubler le dosage. Les arÎmes proposés sur Cuisineaddict.com sont des arÎmes de qualité professionnelle. Source
Notez que les utilisations possibles sont variĂ©es et trĂšs ... innovantes. Genre le cocktail, qui y aurait pensĂ© au cocktail ?! Un Mojito au jus de poulet ça tente quelquâun ?
Ce qui mâagace plus encore, câest que la loi est en faveur de cet abus.Â
Ca mâĂ©nerve ! Ca mâirrite que les chĂšques/tickets/titres-restaurant fournis aux salariĂ©s des entreprises afin de participer Ă leurs frais de repas soient utilisables dans les commerces de vente alimentaire sous conditions ! Evident me direz-vous. Voici ce que dit la-dite loi :
Le salariĂ© ne peut utiliser les titres-restaurant en sa possession que pour rĂ©gler la consommation dâun repas ou un achat de prĂ©parations alimentaires assurant au salariĂ© une alimentation variĂ©e. La consommation du repas, ou lâachat de prĂ©parations alimentaires, au rĂšglement duquel le titre est consacrĂ© doit ĂȘtre effectuĂ© au cours dâune journĂ©e de travail du salariĂ©, gĂ©nĂ©ralement pendant la pause accordĂ©e au salariĂ© par le contrat de travail pour sa restauration.Â
Une premiĂšre consĂ©quence de ces prĂ©conisations est de permettre aux grandes surfaces de nâaccepter les titres que lorsque le client se ravitaille en plats prĂ©parĂ©s ... AllĂ©luia ! Je vous salue Marie plein de graisse !
Par ailleurs, la monnaie ne pouvant ĂȘtre rendue, les prix grimpent pour se caler sur la valeur des titres : une version soft du calcul du prix des lunettes par les opticiens qui se voient pousser des ailes Ă la vue des largesses permises par les complĂ©mentaires santĂ©.
Epilogue
Plus concrĂštement, je suis avant-tout choquĂ©e de la distance que lâon prend avec notre alimentation. Il sâagit de la tĂąche la plus fondamentale quâun humain, en tant quâĂȘtre vivant, ait Ă accomplir durant sa journĂ©e. Elle est Ă©galement un vecteur culturel, elle maintient le lien entre les membres dâune famille, elle est garante de notre santĂ©. Pourtant on cherche Ă y engager le moins de temps possible ? Au profit de quoi ? Comment est-ce possible que lâon fasse une confiance aveugle Ă des fournisseurs que lâon ne connaĂźt ni dâEve ni dâAdam pour se charger de ce qui devrait ĂȘtre notre principale prĂ©occupation ? Et câest sans Ă©voquer les scandales rĂ©guliers qui agitent lâindustrie agro-alimentaire.Â
De quoi pouvons-nous espĂ©rer ĂȘtre responsables si nous ne sommes pas mĂȘme responsables de notre propre subsistance ? On oublie les traditions, on oublie les grandes tablĂ©es dominicales, on oublie quâun fruit pousse sur un arbre avant de fleurir sur les Ă©tales ... BientĂŽt, les enfants sauront fabriquer un Airbus avant de savoir cuire un oeuf.
Câest cadeau :Â
Un florilÚge de plats virtuellement appétissants mais réellement répugnants sur le site http://www.photos-non-contractuelles.fr/
Human versus Bacteria - Episode III : Réconciliation
Rubrique 7iĂšme Art de Bouillon de culture
A tous les cinĂ©philes, le dernier film Ă dĂ©couvrir est un biofilm. Si vous lâignoriez encore, nous sortons de lâĂšre de la Science Frisson oĂč nous avions peur de lâinvasion bactĂ©rienne pour entrer dans celle de la Science Friction. Et nous pourrions bien finir par nous frotter volontairement Ă toutes les sources de microbes possibles et inimaginables pour renforcer notre flore. Sur les traces de E. coli, un ami qui vous veut du bien ; je vous prĂ©sente lâacte III de la saga Human versus Bacteria. Mais dâabord, un rappel des Ă©pisodes I et II.
Human versus Bacteria - Episode I : Fusion
Ce premier opus est réputé assez lent et plutÎt descriptif. Il est généralement ignoré par le public qui lui a préféré une histoire plus anthropocentrique : L'Ancien Testament.
Au dĂ©part il y avait ... pas grand chose. Il y a 3,8 milliards dâannĂ©es et quelques brouettes, la vie naquit sur Terre. Et elle ne ressemblait pas vraiment à ça ...
... mais peut-ĂȘtre plutĂŽt, Ă©ventuellement, Ă mon avis, à ça ...
Et encore que ...
Bref. En tout cas, quelque chose avec vaguement de lâADN, libre Ă lâintĂ©rieur dâune membrane. Et qui Ă©tait capable de se diviser.
Brusquement, entre -3,8 milliards avant maintenant et maintenant (mais ça devait probablement ĂȘtre il y a 2 milliards dâannĂ©es) se produisit un Ă©vĂšnement fondateur, au doux nom dâendosymbiose. Une petite bactĂ©rie, qui pourrait ĂȘtre une alpha-protĂ©obactĂ©rie, fĂ»t incorporĂ©e par un organisme unicellulaire qui, lui, avait probablement un noyau rudimentaire. Et paf, ça a fait des ancĂȘtres dâhumains ! Lâentente parfaite, lâalpha et lâomega. Au point que des gĂšnes de lâalpha ont Ă©tĂ©, au fil des gĂ©nĂ©rations cellulaires, intĂ©grĂ©s dans lâADN de son hĂŽte, la rendant dĂ©pendante de lui. Au point surtout que lâalpha se positionne en premiĂšre ligne de toute lâartillerie Ă©nergĂ©tique de lâhĂŽte. En effet, ainsi installĂ©es, elles contribuent dorĂ©navant Ă lâessentiel de la production dâAdĂ©nosine triphosphate (ou ATP : Ze molĂ©cule Ă©nergĂ©tique) des cellules qui nous composent. Les cellules avec noyau furent appelĂ©s Eucaryotes, leur organe Ă©nergĂ©tique fĂ»t nommé Mitochondrie. Il y eut un soir et il y eut un matin, ce fĂ»t le deuxiĂšme acte.
Human versus Bacteria - Ăpisode II : Purification
Les siĂšcles se sont Ă©coulĂ©s depuis la Fusion et la branche des eucaryotes s'est diversifiĂ©e. Bon an mal an, les bactĂ©ries elles-aussi bien-sĂ»r, accumulaient les innovations. Une seconde endosymbiose eut lieu, avec une cyanobactĂ©rie cette fois-ci : un microorganisme capable de photosynthĂšse, c'est-Ă -dire capable d'utiliser l'Ă©nergie solaire pour fabriquer de la matiĂšre. La classe. Lâorgane ainsi créé prit le nom de Chloroplaste et de son squatte naquirent les vĂ©gĂ©taux. GrĂące Ă eux, le champs des possibles s'Ă©largit soudainement. Les organismes pluricellulaires pouvaient Ă leur tour se faire une place au soleil. Des espĂšces de tous rĂšgnes cohabitaient tant que faire se peut Ă la surface de la Terre. Des milliards d'annĂ©es de co-Ă©volution qui virent de nombreuses relations se nouer : symbiose, commensalisme, parasitisme.
Des extinctions survenaient réguliÚrement, laissant libre le gßte et le couvert pour que des organismes téméraires lancent leur propre lignée. Parmi eux, un primate imberbe imposait, jour aprÚs jour, sa divine volonté sur l'avenir des vivants.
ObnubilĂ© par sa petite personne, il se dĂ©clara digne dâĂ©radiquer tout ce qui lui causait quelconque inconfort. Alors qu'il commençait Ă automatiser ses productions, Ă maĂźtriser la fermentation, l'homme inventa la Pasteurisation. Les bactĂ©ries et autres microorganismes furent renommĂ©s "germes". Une guerre centenaire Ă©tait dĂ©clarĂ©e. Que dis-je "une guerre" ? Une croisade ! Au nom du dieu Monsieur Propre et de son ange St Marc. Les armes se nommaient aseptique, antibiotique et hydroalcoolique dans le camps humain. Telle une vague purificatrice anti-naturelle, il inventa la salade Standard sauce Monsanto, les arĂŽmes artificiels et les colorants obscurs.
L'illusion de contrĂŽler les Ă©lĂ©ments et de pouvoir se dĂ©solidariser de la biosphĂšre conduisait peu Ă peu Homo hygienicus Ă dĂ©truire et s'auto-detruire.Â
Ce fût sans compter sur l'indomptable agilité des adversaires : pendant ce temps, la résistance s'organisait cÎté bactéries.
Il y eut un soir et il y eut un matin. Encore un matin, un matin pour rien. Ce fût le troisiÚme acte.
Human versus Bacteria - Episode III : Réconciliation
Nous sommes en 2010, Homo sapiens sait enfin quâil a Ă©voluĂ© avec les bactĂ©ries, quâelles Ă©voluent plus vite que lui et quâil ne pourra dĂ©finitivement pas Ă©voluer sans elles. Mieux, il a compris que certaines Ă©taient ses alliĂ©es contre les pathogĂšnes et les empĂȘchent de sâinstaller. Et pour cause, lâhumain serait dĂ©jĂ peuplĂ© de 10 fois plus de cellules bactĂ©riennes que de cellules humaines, appartenant Ă jusquâĂ 100 000 espĂšces diffĂ©rentes. Il dĂ©couvre aussi leur impact sur son propre comportement. Est pris qui croyait prendre : celui qui se prenait pour le nombril du monde ignorait quâil y avait un monde dans son nombril.
Le nouvel organe tendance dans les 2010âČs, câest le cĂŽlon, oĂč le microbiote est roi. Au XXIĂšme siĂšcle on entretient sa flore intestinale comme on entretenait ses biceps 30 ans auparavant. Les notions de probiotiques - aliments riches en microorganismes vivants - et de prĂ©biotiques - fibres qui serviront de nutriments Ă ces microorganismes - se combinent en synbiotiques et sâexportent hors des congrĂšs hippies. Et les antibiotiques ? câest pas automatique.
« Que lâaliment soit ton premier mĂ©dicament »,Â
disait Hippocrate. Il Ă©tait temps quâon capte.
Quand on pense Retour Ă la Nature, on pense Permaculture et AgroĂ©cologie et on finit par penser aux microbes pour remplacer les engrais et on sâaperçoit que ça marche.
Qui sait si on verra émerger la profession de Bactericulteur ou si les médecins nous prescriront une cuillÚre de Lactobacillus matin, midi et soir. En tout cas, il y aura un soir et il aura un matin, ce sera le quatriÚme acte.
A lire sur le sujet :Â
Je travaille donc ... je suis ? - RĂ©cit du jour oĂč je me suis posĂ©e la bonne question.
Il nous arrive Ă tous, de temps Ă autres, de chercher Ă comprendre pourquoi on a attribuĂ© tel nom Ă un concept. Pourquoi une feuille sâappelle-t-elle une feuille ? Pourquoi on utilise un seul mot pour âfeuille dâarbreâ ou âfeuille de papierâ alors que les anglophones distinguent âleafâ pour la premiĂšre et âsheetâ pour la seconde ? Pourquoi appelle-t-on une feuille de calcul informatique, une âfeuille de calculâ alors quâelle nâa plus rien dâune feuille ? ... La tĂąche incombe aux linguistes de remonter lâarbre gĂ©nĂ©alogique des vocables et bien souvent, pour nous-autres francophones, les racines se trouvent en terres romaines. Un exemple parmi dâautres : le mot âtravailâ (et sa loi attitrĂ©e, actuellement en dĂ©bat).
Tripalium
Câest lâexcellente sĂ©rie dâanticipation Trepalium, diffusĂ©e sur Arte en fĂ©vrier dernier, qui a fait la lumiĂšre sur ce qui paraĂźtra une Ă©vidence Ă certains : âtravailâ vient de tripalium en latin qui consistait en un ... âinstrument de tortureâ.
A cette dĂ©couverte, je ne pouvais mâempĂȘcher de reconsidĂ©rer tous les discours qui avaient longtemps fonctionnĂ©s sur moi comme des Mantras : âTravaille bien !â, âSi tu as de bonnes notes, tu auras un bon travail !â ... A mes yeux, le âfruit du travailâ me semble aujourdâhui tout avoir de la pomme empoisonnĂ©e. Dâautant plus que je suis dĂ©sormais sur le marchĂ© du travail, au milieu dâune Ă©tale de chair fraĂźche issue de lâindustrie diplĂŽmante Made in France, qui peine Ă trouver son public. RĂ©munĂ©rĂ©s en tant que âDemandeurs dâemploiâ, ne tendons-nous pas le bĂąton pour nous faire battre ?
Poursuivant mes Ă©lucubrations vocabuliques je constatai quâĂ la question âQue fais-tu dans la vie ?â on rĂ©pondait âJe suis ...â Autrement dit, ce seraient nos activitĂ©s qui dĂ©finiraient qui nous sommes ? Je le conçois, Ă un âQue fais-tu dans la vie ?â on ne lancera pas un âJe fais des pĂątisseriesâ mais âJe suis pĂątissierâ car telle est notre profession (Du latin professio « dĂ©claration, dĂ©claration publique, action de se donner comme » d'oĂč « Ă©tat, condition, mĂ©tier »), notre mĂ©tier (Du latin ministerium « service »). Plus quâune activitĂ©, il sâagirait dâune auto-proclamation, un terme qui engloberait ce que lâon se dĂ©clare capable de faire.
Le métier devient travail
Lâimaginaire est en marche. A lâĂ©vocation du pĂątissier, câest un univers entier qui apparaĂźt : farine, sucre, odeur de vanille ! mais aussi crĂ©ativitĂ©, invention ! puis ... boutique, vente et fidĂ©lisation de la clientĂšle ... âEtre pĂątissierâ ce nâest pas seulement faire des pĂątisseries, câest âfaire des pĂątisseriesâ puis âgagner sa vie grĂące Ă ellesâ. A lâopposĂ© dâun amateur qui les fabriquera par amour. En revanche, nul nâindique lequel aura la technique la plus prĂ©cise ou produira les gĂąteaux les plus appĂ©tissants. La diffĂ©rence entre un professionnel et un amateur tient au fait que lâun la considĂšre comme son activitĂ© principale et lâautre comme une activitĂ© de loisir. Mais quid de la torture ?!
Notons quâaucune notion de rĂ©munĂ©ration nâĂ©tait au dĂ©part intrinsĂšquement accolĂ©e Ă âtravailâ, âprofessionâ ou âmĂ©tierâ. Pourtant, dans le langage courant, on ne saurait les en dĂ©tacher. Tant quâĂ aimĂ© la pĂątisserie, lâargent quâelle rapporte aurait pu ĂȘtre le glaçage sur la tarte, la cerise sur le gĂąteau ! Mais il a fallut quâil devienne le fouet. On ne peut plus passer dâamateur Ă professionnel sans une part de torture, celle de courir immanquablement aprĂšs les euros : le mĂ©tier devient travail. Or, la courbe du chĂŽmage Ă©tant ce quâelle est : un prĂ©cipice plus quâune pente, dans lequel lâautomatisation, il ne faudra bientĂŽt plus espĂ©rer quâon nous paye quoi que ce soit pour faire ce quâun robot aurait pu faire mieux, plus vite, pour moins cher et sans se plaindre de la torture infligĂ©e.
Changeons de civilisation
Dans le mĂȘme temps, je lisais Changeons de civilisation de GeneviĂšve BouchĂ©, publiĂ© en 2015 aux Editions Kawa. Un des livres les plus inspirants quâil mâait Ă©tĂ© donnĂ© de dĂ©vorer.
GeneviĂšve BouchĂ© est futurologue, elle Ă©tudie le futur, tout simplement. Comme elle lâexplique dans son blog que je vous invite Ă consulter :
SâintĂ©resser Ă lâavenir est une prĂ©occupation pour les dĂ©cideurs, depuis la nuit des temps. La divination a Ă©tĂ© lâapproche privilĂ©giĂ©e durant les derniers millĂ©naires.
à présent, nous nous tournons vers des méthodes plus rationnelles :
Pour le court terme (3 ans), nous faisons des prĂ©visions, Ă partir de donnĂ©es chiffrĂ©es et ajustĂ©es avec des donnĂ©es stratĂ©giques, Pour le moyen terme (10 ans), nous faisons de la prospective. Avec, ou sans Ă©tudes de scĂ©narios, nous recherchons les « futurs souhaitables » et leurs conditions dâaccĂšs, Pour le long terme (30 Ă 50 ans, câest-Ă -dire 1 Ă 1,5 gĂ©nĂ©rations), nous faisons de la futurologie.
Elle y aborde des sujets aussi divers que passionnants et nous amĂšne Ă reconsidĂ©rer notre vision du prĂ©sent pour sâinterroger sur le futur, le monde dans lequel vivront ceux quâelle nomme âla gĂ©nĂ©ration montanteâ.
Un constat : nous ne percevons pas toujours les changements qui sont en marche alors quâils sâarticulent autour de nous et avec nous. En revanche, lorsque nous en prenons conscience, nous pouvons enfin nous autoriser Ă prendre part au dĂ©bat et Ă envisager des solutions. GeneviĂšve propose des axes d'analyse, entre autres :
la migration dâune culture obnubilĂ©e par le âtoujours plusâ vers le âtoujours mieuxâ ;
les monnaies complĂ©mentaires, le crowdfunding, lâĂ©conomie circulaire ;
la spiritualitĂ©, les valeurs fĂ©minines, lâempathie et lâaccomplissement personnel ;
la famille, les générations et les temps de vie ;
la place du digital et notamment de nos données ;
lâemploi et le travail, bien-sĂ»r.
Elle décrit notre modÚle socio-économique comme se développant autour de 5 pÎles :
la famille, quâelle place au centre, assure le renouvellement de la population et des savoirs, produit et consomme, aspire Ă donner le jour Ă des personnes Ă©panouies ;
le rĂ©galien (lâĂ©tat) assure la qualitĂ© de vivre et dĂ©fend le territoire ;
le marchand produit les biens et services et les distribue ;
lâassociatif dĂ©veloppe la culture, le sport, le militantisme, la spiritualitĂ©, la politique ;
le prĂ©-marchand : lâinnovation.
Elle simplifie ces 5 domaines en 3 en regroupant le marchand et le rĂ©galien dans la vie productive, lâassociatif et lâinnovation dans la vie contributive quâelle appelle Ă©galement terreau et elle maintient la famille au coeur.
Or, elle met en Ă©vidence quâactuellement seules les activitĂ©s dites âproductivesâ sont valorisĂ©es dans la sociĂ©tĂ©. Autrement dit les activitĂ©s directement crĂ©atrices de richesses Ă lâinverse des activitĂ©s contributives dont on pourrait dire quâelles sont avant-tout des catalyseurs.Â
Ainsi, nâen dĂ©plaise Ă certains, de mĂȘme quâon peut ĂȘtre retraitĂ© et trĂšs actif, on peut ĂȘtre chĂŽmeur ET en activitĂ©.Â
GĂ©nĂ©ralement, les activitĂ©s du terreau sont bĂ©nĂ©voles ou financĂ©es par le don ou la fiscalitĂ©, en faisant des activitĂ©s prĂ©caires et parfois dĂ©considĂ©rĂ©es. Pourtant, comme elle le prĂ©cise, ces actions participent directement Ă lâattractivitĂ© dâun pays : une recherche de qualitĂ©, des sportifs de haut-niveau, la possibilitĂ© dâaccĂ©der aux savoirs et de sâinstruire Ă tout Ăąge. Ainsi, elle prĂ©conise que les activitĂ©s contributives entrent rĂ©ellement dans le nouveau pacte social en insistant sur la nĂ©cessitĂ© de repenser la fiscalitĂ© afin quâelle permette le financement du terreau.
Je pense, je fais, jâaime, je prouve, je hais, je dĂ©fais, je repense ... donc je suis
Jâaime entendre âIl a de lâor dans les mainsâ ... cette expression rĂ©compense le talent dâune personne a transformer une masse informe de nâimporte quoi en quelque chose de beau, en quelque chose dâutile, mais surtout en quelque chose de valeur. Nâest-il pas temps de pousser Ă avoir de lâor dans le coeur ou de lâor dans la tĂȘte ? La bienveillance et les idĂ©es ne sont-elles pas, elles aussi, porteuses de rĂ©ussite pour la sociĂ©tĂ© ?
En prime :
Extrait du film sociologique Comment vis-tu ? de Jean Rouch et Edgar Morin, sorti sur les Ă©crans en 1961, Ă lâoccasion duquel ils donnaient la parole Ă des parisiens issus de diverses classes sociales. A dĂ©couvrir sur Kaizen Magazine !
Et un photo-montage à méditer :
Le Biomimétisme discuté au Conseil Economique, Social et Environnemental
A lâoccasion de la rĂ©daction dâun article sur ma page LinkedIn : BiomimĂ©tisme : « Vers la rĂ©conciliation de la biosphĂšre et de la technosphĂšre », jâai souhaitĂ© revenir sur l'avis du Conseil Economique, Social et Environnemental publiĂ© en septembre dernier, intitulé « Le biomimĂ©tisme : sâinspirer de la nature pour innover durablement ».
Je profite de cette occasion pour revenir sur cette institution que lâon connaĂźt gĂ©nĂ©ralement mal.
La « troisiÚme assemblée »
Pour rappel, le Conseil Ă©conomique, social et environnemental - que lâon connaĂźt sous le nom de « troisiĂšme assemblĂ©e » - rĂ©unit des reprĂ©sentants des diffĂ©rents groupes sociaux (patronat, syndicats, associations) au palais d'IĂ©na Ă Paris. Il comprend actuellement 233 membres, reprĂ©sentants des forces vives de la Nation, dĂ©signĂ©s pour un mandat de 5 ans (ils ne peuvent accomplir plus de deux mandats consĂ©cutifs). Il a une fonction consultative et permet aux acteurs de lâĂ©conomie dâintervenir et de communiquer dans le cadre du processus lĂ©gislatif.Â
Historiquement, le Conseil national Ă©conomique fut créé en 1924. SupprimĂ© par le rĂ©gime de Vichy, il est restaurĂ© durant la VIĂšme RĂ©publique alors que Charles de Gaulle souhaitait sa fusion avec le SĂ©nat. En 1958, la Constitution de la Ve RĂ©publique le renomme « Conseil Ă©conomique et social ». Le 27 avril 1969, le gĂ©nĂ©ral de Gaulle organise un rĂ©fĂ©rendum sur « le projet de loi relatif Ă la crĂ©ation de rĂ©gions et Ă la rĂ©novation du SĂ©nat » oĂč il propose Ă nouveau la fusion du Conseil Ă©conomique et social et du SĂ©nat. On retient de ce rĂ©fĂ©rendum, rĂ©sultant sur un « Non » Ă 52,41%, quâil provoquera la dĂ©mission du gĂ©nĂ©ral de Gaulle dĂšs le lendemain.Â
Câest la loi constitutionnelle du 23 juillet 2008 qui ajoute la compĂ©tence environnementale et permet la saisine par voie de pĂ©tition. Par exemple, en juin 2014 le tribunal administratif de Paris a annulĂ© une pĂ©tition du collectif « La Manif pour tous » qui avait rassemblĂ© plus de 500 000 signatures et que le CESE avait dĂ©clarĂ© irrecevable.Â
Depuis 2012 il est composĂ© de neuf sections, dont la section des affaires sociales et de la santĂ©, la section du travail et de l'emploi, la section de l'Ă©ducation de la culture et de la communication ou encore la section de l'environnement. En plus dâĂȘtre saisi par pĂ©tition, le CESE peut ĂȘtre saisi par le gouvernement ou les parlementaire. Il peut Ă©galement rendre un avis sur les projets de loi, notamment, il est obligatoire pour les projets Ă caractĂšre Ă©conomique, social ou environnemental. Enfin, il peut, de sa propre initiative, appeler l'attention du Gouvernement et du Parlement sur les rĂ©formes qui lui paraissent nĂ©cessaires.Â
« La relation entre le biomimĂ©tisme et la transition Ă©nergĂ©tique aurait pu ĂȘtre approfondie »
En outre, le CESE produit entre 25 et 30 avis par an. Ils sont dĂ©battus en assemblĂ©e plĂ©niĂšre et soumis au vote puis les travaux adoptĂ©s sont publiĂ©s au Journal Officiel et transmis au gouvernement et au Parlement. Câest par sa capacitĂ© dâauto-saisine que le CESE a pris en charge la prĂ©paration de lâavis sur les apports du biomimĂ©tisme au nom de la section de lâenvironnement prĂ©sidĂ©e par Anne-Marie Ducroux qui a dĂ©signĂ© Patricia Ricard, PrĂ©sidente de lâInstitut ocĂ©anographique Paul Ricard, comme rapporteure.Â
Lâavis a Ă©tĂ© votĂ© Ă lâunanimitĂ© par les diffĂ©rents groupes, Ă savoir :Â
- le groupe Agriculture ;Â
- le groupe Artisanat ;Â
- le groupe Associations ;Â
- le groupe CFDT & UNSA, malgrĂ© quâil lâait jugĂ© insuffisant, mentionnant que la relation entre le biomimĂ©tisme et la transition Ă©nergĂ©tique aurait pu ĂȘtre approfondie ;Â
- le groupe CFE-CGC qui encourage Ă©galement Ă enrichir les travaux ;Â
- le groupe CFTC ;Â
- le groupe CGT-FO ;Â
- le groupe CoopĂ©ration ;Â
- le groupe Entreprises ;Â
- le groupe Environnement et nature ;Â
- le groupe MutualitĂ© ;Â
- le groupe Organisations Ă©tudiantes et mouvements de jeunesse qui prĂ©cise quâil faudra « trouver le bon Ă©quilibre entre une nĂ©cessaire adaptation des formations aux nouveaux emplois et le souci de ne pas alimenter une bulle » ;Â
- le groupe Outre-mer, bien quâil regrette que la biodiversitĂ© ultramarine nâait pas Ă©tĂ© Ă©voquĂ©e ;Â
- le groupe des personnalitĂ©s qualifiĂ©es ;Â
- le groupe Professions libĂ©rales ;Â
- le groupe UNAF.Â
« On a jamais eu autant besoin du CESE mais il faut le réformer en profondeur... ou le supprimer. »
Comme le GĂ©nĂ©ral de Gaulle en 1969, le groupe de travail sur l'avenir des institutions a proposĂ©, en 2015, la fusion du CESE avec le SĂ©nat dont lâaction serait davantage orientĂ©e vers lâĂ©valuation et le contrĂŽle. En effet, la lĂ©gitimitĂ© du CESE est rĂ©guliĂšrement remise en cause et pour beaucoup, supprimer le Conseil Economique permettrait de faire ⊠des Ă©conomies. En 2013, 37 dĂ©putĂ©s UMP proposaient une loi constitutionnelle visant Ă supprimer le CESE en rappelant quâentre 2010 et 2013, alors quâil disposait dâun budget de 38 millions dâeuros, le CESE « nâa Ă©tĂ© saisi quâĂ 11 reprises par le gouvernement » et que ses membres touchent une rĂ©munĂ©ration brute mensuelle qui « sâĂ©lĂšve Ă 3 768 ⏠» (Article de La Croix).Â
En 2015, la Cour des Comptes remarquait des dysfonctionnements dans la gestion du personnel avec un temps de travail des agents infĂ©rieur Ă la durĂ©e lĂ©gale et lâoctroie de primes « sans Ă©quivalent dans la fonction publique » (Article des Echos). A la fin de son mandat au sein de la section du travail et de l'emploi, Sophie de Menthon, prĂ©sidente dâETHIC, publiait une rĂ©flexion sur le conseil oĂč elle a siĂ©gĂ© 5 ans en prĂ©cisant « On a jamais eu autant besoin du CESE mais il faut le rĂ©former en profondeur... ou le supprimer. »
Notons quâune pĂ©tition pour lâabolition du CESE adressĂ©e Ă François Hollande et portĂ©e par le Think Tank « GĂ©nĂ©ration Libre » est actuellement ouverte sur le site Change.org.
« Faites-vous mieux connaĂźtre, comme ça on dira moins de bĂȘtises sur le CESE, sur la qualitĂ© de vos travaux »
Le Premier Ministre, quant Ă lui, vantait lâutilitĂ© du CESE en janvier dernier et souhaite rehausser son rĂŽle en lui confiant lâĂ©valuation des politiques publiques quâil juge « trop souvent Ă une Ă©valuation financiĂšre » (Article sur gouvernement.fr). Plus particuliĂšrement, Manuel Valls aurait saisi le CESE sur la question du dialogue social le 24 fĂ©vrier dernier (Blog de Michel Noblecourt, Ă©ditorialiste au Monde).
(via https://www.youtube.com/watch?v=weXy1QkbAVE)
Un vent dâĂ©quitĂ© pourrait souffler sur notre avenir. Une utopie pour certains, un objectif pour dâautres. Jonathan Brun explique sa vision du revenu de base : offrir les mĂȘmes opportunitĂ©s Ă tous, offrir le droit de choisir, offrir la dignitĂ©.
Liberté, égalité, sororité.
Je ne suis pas fĂ©ministe. Je suis Ă©galitariste. Mais vouloir lâĂ©galitĂ© dans une sociĂ©tĂ© oĂč âle masculin lâemporteâ demande parfois de taper le poing sur la table plus fort que le sexe fort.Â
Lorsque mes soeurs et moi sommes nĂ©es, nos parents, bien quâen couple depuis plus de 10 ans, nâĂ©taient pas mariĂ©s. Nous portions donc le nom de notre pĂšre et notre mĂšre portait le nom de son pĂšre. Selon ce schĂ©ma et les lois patriarcales qui subsistent, notre ... patronyme ... disparaĂźtrait de notre famille. Mes aĂŻeux ! heureusement que la testostĂ©rone nâest pas garante de lâattachement familial ! mon nom est un ... patrimoine ... que je souhaite lĂ©guer.Â
Rendons-nous Ă lâĂ©vidence, ĂȘtre une femme câest ĂȘtre un sous-homme. Comme le relĂšve intelligemment une publicitĂ© pour les protections pĂ©riodiques, lâexpression pĂ©jorative âcomme une filleâ - courir âcomme une filleâ par exemple - relate parfaitement le handicape que nous transportons. Et nous vivons avec depuis toujours ! on nous accable depuis le plus jeune Ăąge de ne pas avoir les mĂȘmes capacitĂ©s de rĂ©ussite que les garçons, de ne pas avoir besoin de se projeter dans des carriĂšres contraignantes voire mĂȘme, dâĂȘtre inconsciente de le tenter. Combien de fois, en 3 ans de thĂšse, ai-je entendu âet les enfants câest pour quand ?â car telle aurait due ĂȘtre mon aspiration.
Jâai mes idĂ©es sur le genre, je fais partie de ceux qui pensent quâon peut ĂȘtre victime de ses chromosomes qui nous piĂšgent dans un idĂ©al dĂ©terminĂ© pour nous, par nos sociĂ©tĂ©s, sans que lâon nây puisse plus rien. Et pourtant, rien ne devrait-ĂȘtre si manichĂ©en quâune paire de XX ou un XY, quâune rose ou quâun chou, quâun tutu ou un ballon de foot.
En effet, une Ă©tude a Ă©tĂ© menĂ©e rĂ©cemment par lâĂ©quipe de Daphna Joel (UniversitĂ© de Tel-Aviv) sur 1 400 cerveaux, tous genres confondus. Elle a montrĂ© quâil nâĂ©tait pas possible de discerner un cerveau mĂąle dâun cerveau femelle en comparant des marqueurs morphologiques (taille de certaines rĂ©gions, volume de matiĂšre grise, rĂ©partition de la matiĂšre blanche, etc.). En dâautres termes, prenez un cerveau au hasard, rĂ©alisez quelques mesures, rĂ©sultat ... pas de rĂ©sultat. Ce cerveau est un maillage de neurones ni masculin ni fĂ©minin. Si vous cherchiez une zone du repassage ou un sillon du barbecue, ce nâest pas dans le cerveau que vous le trouverez !
Car voilĂ des dizaines dâannĂ©es quâon excuse les prĂ©jugĂ©s par des preuves biologiques qui viennent dâexploser grĂące aux techniques modernes comme le rappelle la neurobiologiste Catherine Vidal (Institut Pasteur) au micro de lâĂ©mission La tĂȘte au carrĂ© le 31 dĂ©cembre dernier sur France Inter. Elle explique que les diffĂ©rences comportementales qui distinguent les hommes des femmes sont avant-tout la consĂ©quence de nos environnements prĂ©fabriquĂ©s et de notre merveilleux pouvoir de plasticitĂ© cĂ©rĂ©brale. En effet, Ă lâannonce du sexe du foetus, une avalanche de dĂ©cisions vont ĂȘtre prises pour lâavenir du bĂ©bĂ© et modĂšleront Ă jamais sa conscience de ce quâil est et de ce quâil doit ĂȘtre, Ă lâintĂ©rieur de son cerveau. Ces actions parentales, le plus souvent involontaires, iront du choix de la couleur de la chambre Ă celui des jouets, du ton de la voix en sâadressant Ă lâenfant Ă la maniĂšre dâapprĂ©hender ses chutes et bien-sĂ»r Ă la maniĂšre de lâimaginer adulte. Un clivage qui rend de grands services aux services marketing !
Alors, est-ce un vrai problĂšme ? Les avis sont partagĂ©s sur la pertinence de ces questions et surtout sur lâapport sociĂ©tal des rĂ©ponses. LâidĂ©e selon laquelle les hommes et les femmes auraient une place Ă tenir pour le bien de lâhumanitĂ© est tenace, dâautant plus dans certaines cultures. Lâavenir nous dira peut-ĂȘtre si lâĂ©galitĂ© des sexes fait sombrer les sociĂ©tĂ©s dans un chaos existentiel.Â
En tout cas, des femmes se sentent lĂ©sĂ©es. En rĂ©percution, elles crĂ©ent des associations et des mouvements pour que les petites filles nâaient pas Ă traverser les mĂȘmes plafonds de verre que leurs aĂźnĂ©es. Encouragement au leadership dans les sciences, dans lâentrepreneuriat, en politique ... un rĂȘve de paritĂ© portĂ© par lâassociation Social Builder qui mâa offerte la chance de participer Ă son programme Etincelles.
Concernant lâappĂ©tence des filles pour les sciences, il semblerait que le pari soit en passe dâĂȘtre gagnĂ©. Une Ă©tude rĂ©alisĂ©e aux USA sur des enfants de 1 Ă 10 ans Ă qui il a Ă©tĂ© demandĂ© ce quâils souhaiteraient faire plus tard rĂ©vĂšle que 41 % des filles souhaitent travailler dans les sciences, technologies, ingĂ©nieries et mathĂ©matiques contre 32 % des garçons. Bien que rassurĂ©e par ces observations, je regrette que la sĂ©paration des rĂ©sultats selon le sexe ait encore de beaux jours devant elle.
Mon mot de la fin sera âsororitĂ©â, lâĂ©quivalent fĂ©minin de âfraternitĂ©â qui nâexiste pas pour nos correcteurs orthographiques.
Mais que fait la police !? ... de la Pensée.
Pourra-t-on un jour ĂȘtre condamnĂ© pour âcrime par la pensĂ©eâ ? Et serait-ce une si mauvaise chose ?
A chaque clic, Ă chaque Ă©cran que lâon visionne, Ă chaque inscription sur un site, on sâaventure dans un univers auquel on regrettera peut-ĂȘtre dâavoir donnĂ© des donnĂ©es. Ceux quâon appelle les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) ont Ă leur service les cerveaux les plus efficaces de cette planĂšte. Des personnes si intelligentes quâelles inventent lâintelligence. Le secret de la rĂ©ussite des GAFA câest que vous ne puissiez plus avoir de secrets pour eux.
Et ils y parviennent si bien quâils savent gĂ©nĂ©ralement avant vous ce dont vous avez besoin. Google sait ce qui vous intĂ©resse mais aussi Ă qui vous Ă©crivez des mails lorsque vous ĂȘtes chez vous et Ă qui vous Ă©crivez lorsque vous ĂȘtes loin de la maison. Amazon sait ce que vous aimez, câest simple, vous aimez la mĂȘme chose quâune myriade dâautres consommateurs qui vous ressemblent. Facebook a remarquĂ© que vous vous arrĂȘtiez plus longtemps sur les posts de Untel et quâUnetelle retenait votre attention. Apple a vu passer toutes vos photos, toutes.
Les GAFA se souviennent de que vous aimeriez oublier. Votre intimitĂ© est la propriĂ©tĂ© de ces grandes entreprises. Accepteriez-vous quâelle soit utilisĂ©e par votre gouvernement ? MĂȘme pour vous protĂ©ger ? Arriverons-nous au jour oĂč cliquer sera pĂ©nalement punissable ?
Sâil vaut mieux prĂ©venir que guĂ©rir ...
Lâhumain a parcouru des dĂ©serts pour aller polluer lâeau, il a creusĂ© des mines dâor, des puits de pĂ©trole ... Et les a Ă©puisĂ©s. Lâhumain aime la conquĂȘte, il aime sâattribuer ce qui de prime abord ne lui appartient pas et puis il le gĂąche, le salit.Â
La prochaine grande ressource, ce seront les donnĂ©es. Les outils dâextraction de ces mines dâinformation ce sont les algorithmes. Mais pour en faire quoi ? Pour vous faire consommer plus ? Cette sociĂ©tĂ© a le sens des prioritĂ©s. On peut ĂȘtre contre les renseignements mais ne peut pas ignorer lâopportunitĂ© dâune sĂ©curitĂ© accrue.
Jâaurais souhaitĂ© continuer Ă croire quâil existait un monde oĂč on pourrait vivre en paix, sans mĂ©fiance permanente, je disais ĂȘtre une incorrigible utopiste. Mais de toute Ă©vidence, ma maladie dâamour nâĂ©tait pas incurable.Â
1) Je nâai pas aimĂ© â1984âł dâOrwell. Et 2) Je parle encore de Big Data.
VoilĂ câest dit. Je nâai pas aimĂ© Orwell. Je nâai rien ressenti pour Winston, je nâavais que faire de Julia et je nâai pas eu peur de Big Brother. Mais quâest-ce qui va mal chez moi ?!
Il y a quelques temps je publiais un article sur le Big Data (celui-lĂ ) et la passion naissante que je lui vouais. Le parallĂšle avec Big Brother ne se fĂźt pas attendre. JâĂ©tais, de toute façon, bien loin dâĂȘtre la premiĂšre Ă lâĂ©voquer. Mais lâerreur, impardonnable, Ă©tait que je nâeusse jamais lu â1984âł et que je nâeusse donc quâune vague idĂ©e de qui fĂ»t ce Big Machin. Un ami me convint dâen faire ma principale rĂ©solution de 2015, et, courageuse et volontaire je mây attela ... en septembre.
AprĂšs une pĂ©riode tumultueuse (celle-lĂ ), je me disais quâil me fallait un bon bouquin, passionnant, engageant, envoĂ»tant. Avec tout le foin que Big Brother avait su crĂ©er dans les esprits, je le pensais Ă la hauteur.
Ă rage, ĂŽ dĂ©sespoir ! Les pages avançaient et je ne parvenais pas Ă saisir la profondeur philosophique de lâoeuvre, je nâĂ©tais pas subjuguĂ©e par le gĂ©nie dâOrwell ... jâĂ©tais sans doute nĂ©e 20 ans trop tard. LâidĂ©e dâun avenir oĂč nous serions surveillĂ©s ne mâinquiĂ©tais pas plus que ça ... JâĂ©tais peut-ĂȘtre dĂ©jĂ rĂ©signĂ©e ... Quoi quâil en soit je ne pouvais pas remettre en cause la qualitĂ© du rĂ©cit, sa notoriĂ©tĂ© Ă©tait gage de qualitĂ© ! Nâest-ce pas ? Ce devait ĂȘtre moi ... CâĂ©tait forcĂ©ment moi ... Alors je luttais, avalais une page ici et lĂ , digĂ©rais difficilement certains passages rĂ©barbatifs ... commettais le Crime par la PensĂ©e de me dire que câĂ©tait tout simplement imbuvable.
Jâai mĂȘme envisagĂ© dâallumer une bougie Ă la gloire dâHermĂšs, messager des dieux, divinitĂ© de la communication et de lâĂ©criture, dans lâespoir quâil me pardonne mon hĂ©rĂ©sie et quâil mâaide Ă capter la grandeur de Big Orwell.
Peut-ĂȘtre me faudra-t-il du temps pour commencer Ă approcher la puissance avant-gardiste de lâauteur. En attendant, je poursuis des investigations plus pragmatiques sur le Big Data et je tente dâidentifier des actions, ça et lĂ , qui parviennent Ă en extraire un objet positif et responsable.Â
Par exemple, Epidemium lancĂ© rĂ©cemment par La Paillasse et financĂ© par Roche qui a pour objectif de rĂ©unir des Ă©quipes interdisciplinaires autour de lâexploration des data dans le cadre de la recherche biomĂ©dicale (je suis fan :D)
Et on se doit de citer Paul Duan, un jeune français expatriĂ© aux USA pour mettre son talent de Data Scientist au service de nobles causes. Sâil tente, petit Ă petit, de rapporter ses idĂ©es chez nous, il semble quâil se frotte Ă quelques blocages institutionnels dont on a fait notre spĂ©cialitĂ© ... parce que la baguette et le bĂ©ret, câĂ©tait sur-fait. Pour plus dâinfos : ici ou carrĂ©ment lĂ . En plus, je connais quelquâun qui connait quelquâun qui le connait ! :D
(LâEchappĂ©e VolĂ©e 2015, HuffingtonPost)
Sur ce ... je vais retourner Ă ma lecture.
Si certains dâentre vous pensent que je ne fais que lire, Ă©crire, manger et dormir ... ils nâont pas tort. Mais je vais au cinĂ© aussi, parfois. :)
Câest un beau roman, câest une belle histoire que je raconte sur le blog Les poissons nâexistent pas.
Câest lâhistoire des cils :
Saviez-vous que le terme « cil » venait de « cilium » en latin venant de « kylĂs » en grec qui se rĂ©fĂšre Ă lâĆil, Ă lâimage d â « oculaire » par exemple ? Câest par comparaison Ă leur morphologie allongĂ©e plutĂŽt quâĂ leur position que le terme « cil » est utilisĂ© pour parler de structures de quelques dizaines de nanomĂštres Ă plusieurs dizaines de micromĂštres prĂ©sentes Ă la surface de certaines cellules. LĂ encore il existe diffĂ©rentes catĂ©gories de cils : les stĂ©rĂ©ocils, les cils primaires et les cils motiles qui incluent les flagelles. Jetons-y un Ćil ;)
Profitez-en pour scroller un peu, le site parle de cils, mais pas queue :P
Ca câest pour les gens qui pensent que leurs cours de statistiques au lycĂ©e ne serviront jamais ! :D
(via https://www.youtube.com/watch?v=vgTr7_a4bjk