Prendre un café avec un infiltrateur du Parti conservateur du Canada
Ancien candidat conservateur dans Papineau qui sây prĂ©sente maintenant comme candidat indĂ©pendant, lâartiste montrĂ©alais dâorigine nĂ©oĂ©cossaise Chris Lloyd mâa joyeusement accompagnĂ© au Em CafĂ© sur lâavenue Bernard oĂč nous avons discutĂ© de politiques conservatrices et dâart. Nous nous sommes rencontrĂ©s vers 11 :00 dans ce petit cafĂ© de quartier, bien Ă lâabri de cette froide brise dâoctobre.Â
Menu sur ardoise, peintures placardĂ©es au mur, musique jazz et cafĂ© corsĂ©, lâambiance chaleureuse se prĂȘtait drĂŽlement bien aux idĂ©es que nous allions Ă©changer. PrĂ©sident de lâassociation conservatrice de Papineau de 2011 Ă 2015, Chris Lloyd reprĂ©sentait le Parti conservateur de sa circonscription depuis fĂ©vrier 2015 avant de donner sa dĂ©mission en mai dernier aprĂšs avoir Ă©tĂ© dĂ©masquĂ© par un journaliste de CBC. Lâironie est de constater que ce pĂšre de famille de 42 ans nâendosse aucune des politiques conservatrices. Il sâagissait plutĂŽt dâune expĂ©rience dâinfiltration rĂ©alisĂ©e dans le cadre de sa pratique artistique !Â
 CâĂ©tait lâamusante contradiction entre les politiques conservatrices en matiĂšre de culture et votre rapport Ă lâart qui vous aurait poussĂ© Ă entreprendre de telles dĂ©marches ?Â
Toutes les politiques conservatrices concernant les arts depuis 2006 ont jouĂ© un rĂŽle important dans ma dĂ©cision de mâamuser, en quelque sorte avec le parti. CâĂ©tait un gouvernement majoritaire qui gĂ©rait le pays un peu comme un dictateur. Il changeait les lois et introduisait des politiques qui ne faisaient pas lâunanimitĂ©. Les conservateurs ont jouĂ© avec le systĂšme comme ils voulaient alors jâai dĂ©cidĂ© de jouer avec le parti. Jâai dĂ©cidĂ© de proposer ma candidature dans Papineau, une faible circonscription faible pour les conservateurs oĂč il nây avait mĂȘme pas de reprĂ©sentant et elle a Ă©tĂ© acceptĂ©e sans quâaucune enquĂȘte ne soit menĂ©e sur mes intentions. Ils ne se sont mĂȘme pas demandĂ© si je partageais les valeurs du parti !Â
Le projet dâinfiltration sâinscrit dans un continuum artistique dans lequel il y a Ă©galement le plus gros morceau de votre Ćuvre, les lettres quotidiennes destinĂ©es au premier ministre Dear PM.Â
 En fait, le projet Dear PM Ă©tait le dĂ©but de quelque chose. Jâai commencĂ© Ă Ă©crire des nouvelles sur ma vie personnelle au premier ministre le 1er janvier 2001. Quand jâai commencĂ©, on me demandait ce que jâallais en faire et quand jâallais clore le projet. Câest une question Ă laquelle je nâai toujours pas de rĂ©ponse. Ăa fait quand mĂȘme 15 ans que jâĂ©cris au premier ministre presque quotidiennement et je nâai toujours pas reçu de rĂ©ponse.Â
 Je me disais que le premier ministre Ă©tait une figure qui devait reprĂ©senter tous les Canadiens, alors je voulais quâil sache ce que vivait rĂ©ellement la population dans la banalitĂ© de son quotidien. Je voulais comparer la vie dâun homme politique qui habite au 24 Sussex et la vie des vrais Canadiens, pour voir sâil Ă©tait rĂ©ellement Ă lâĂ©coute de ses citoyens. Ătant donnĂ© que jâĂ©crivais au premier ministre par courriel, jâai parfois testĂ© le systĂšme de courriel du gouvernement en utilisant des mots qui auraient pu ĂȘtre dĂ©tectĂ©s par un systĂšme de filtrage automatisĂ©. En voulant voir si jâaurais plus de chance de rĂ©ponse, jâutilisais des mots-clĂ©s comme lorsque je parlais des couches « explosives » de mon bĂ©bĂ©. Câest drĂŽle parce que ni ces hameçons ni les 365 lettres annuellement envoyĂ©es de la part du mĂȘme expĂ©diteur nâont soulevĂ© leur questionnement.
En fĂ©vrier, jâai Ă©tĂ© nommĂ© candidat et on mâa demandĂ© dâarrĂȘter de faire des tweets directs au premier ministre et de cesser lâenvoi de courriels peu de temps aprĂšs. Jâai rĂ©pondu que je cesserais de twitter directement le premier ministre, mais que jâavais tout de mĂȘme une pratique artistique avec mes lettres quotidiennes. Quel lien faites-vous entre la politique et lâart ? Sâagit-il de deux mondes complĂštement opposĂ©s ? Dans la pratique, il y a plus de ressemblances entre les deux quâon croit, mais câest certain que les communautĂ©s sont diffĂ©rentes. Je trouvais quâil y avait plus dâartistes politiquement engagĂ©s que de politiciens engagĂ©s dans lâart. Plus tĂŽt cette annĂ©e, jâavais un projet liĂ© avec les gobelets Tim Horton qui tourne autour de lâidentitĂ© canadienne et le nationalisme ; jâai ciblĂ© Tim Horton, la chaine de restauration, mais aussi lâancien joueur de hockey. Je me demande comment un cafĂ© peut gouter la mĂȘme merde dâest en ouest du Canada ; câest de lâuniformisation de cafĂ© sur 5000 kilomĂštres. Je fais un parallĂšle entre le mauvais cafĂ© de Tim Horton et la politique canadienne.Â
Comment peut-on avoir les mĂȘmes politiques et les mĂȘmes valeurs dâune cĂŽte Ă lâautre du pays ? Les petits cafĂ©s sont en train de disparaitre sous lâemblĂšme Tim Horton un peu comme les politiciens indĂ©pendants Ă lâombre des grands partis. Le problĂšme fondamental de notre systĂšme est quâil sâagit dâun concours de popularité : le but est dâarriver en premier Ă la fin de la course et non dâavoir des idĂ©es.Â
 Quel serait un systĂšme dĂ©mocratique idĂ©al, selon vous ?Â
 Je crois quâun systĂšme proportionnel serait idĂ©al et le modĂšle que je prĂ©fĂšre est celui ayant un barĂšme prĂ©fĂ©rentiel dans lequel on vote pour tous les candidats qui se prĂ©sentent en les plaçant en ordre de prĂ©fĂ©rence. Il y a une façon de dĂ©terminer qui fait le plus lâunanimitĂ© et pas seulement celui qui peut avoir le plus de votes. Ainsi, les gens ne voteraient pas seulement pour ou contre un parti, mais pour ceux quâils favorisent pour les reprĂ©senter. A
vec le systĂšme actuel, le pouvoir a toujours Ă©tĂ© trĂšs concentrĂ© autour des bureaux du premier ministre. Câest un fait que mĂȘme Justin Trudeau a confirmĂ© et sur lequel il prĂ©voit intervenir. Si on adopte un systĂšme avec une reprĂ©sentation proportionnelle, ça donnera plus de pouvoir aux petits partis et la composition parlementaire changerait.














