Jour 6 - Ceci n'est pas la nature
« C’est un homme ou c’est une femme ? » est sans contexte la question que chacun s’est posée à la vision de cette personne au sourire angélique qui se balance doucement, auréolée de plumes orange en justaucorps moulant ses parties intimes ; à savoir un sexe masculin et une poitrine féminine.
Nos modèles de représentations scientifiques et linguistiques ne nous permettent pas d’appréhender la réalité de l’indétermination sexuelle. Certains parents, désarmés face aux questions de leurs enfants sur ce qu’il y a dans la cage, répondent poétiquement par un: « oui, mon chéri, c’est un oiseau ».
En début d’après-midi, une femme souhaite entrer en contact avec l’artiste en lui montrant un post-it avec ses coordonnées.
Il s’agit d’une maître d’enseignement et de recherche de l’université de Lausanne, Cynthia Kraus, spécialiste des questions d’intersexualité qui met en perspective l’avancement des recherches en neurobiologie et celles en sociologie sur la construction sociale des genres.  Elle confirme en effet que « la bicatégorisation est scientifiquement fausse et celle-ci véhicule pourtant les idéologies de notre société ». En Suisse, 40 enfants et leurs parents sont concernés chaque année par cette question et la législation commence à évoluer sur le plan médical et juridique pour une meilleure prise en charge des personnes concernées.
Bons nombres de clichés et de stéréotypes surgissent pour permettre l'assignation à un sexe, fondée sur une observation détaillée : « c’est un homme car une femme entretient ses pieds », « c’est une femme car son visage est doux et souriant », « c’est un homme car ses cuisses sont musclées », « c’est une femme parce que ses mains sont délicates ». Force et robustesse pour l’homme ; contre délicatesse et charme pour la femme.
Souvent, heureusement, les discussions dépassaient vite ses préjugés. Ainsi deux hommes discutent de leur « côté féminin », avant de remettre en cause quelques minutes plus tard, la nomination même de féminin. Et d’autres personnes concluent simplement : « peu importe, après tout, il s’agit d’un être humain. »
Un jeune homme, s'étant longuement attardé autour de la cabine, constate : « c’est bien, il faudrait plus de gens comme ça et on se poserait moins de questions ». Il rejoint ainsi les prévisions du médecin du CHUV Blaise Meyret : « Les cas d’intersexualité sont en augmentation, notamment en raison de l’alimentation et des produits pour le corps. La ‘chance’ étant que si le phénomène devient fréquent, il se banalisera. »