Métamorphoses
Tous les vivants sont, d’une certaine manière, un même corps, une même vie et un même moi qui continue à passer de forme en forme, de sujet en sujet, d’existence en existence. Cette même vie est celle qui anime la planète, elle aussi née, échappée d’un corps préexistant - le Soleil - et engendrée par métamorphose de sa matière il y a 4,5 milliards d’années. Nous en sommes tous une parcelle, un éclat de lumière. Énergie, matière solaire qui tente de vivre autrement que ce qu’elle a fait dans ses innombrables existences antérieures. Et pourtant, cette origine commune, ou pour mieux dire, le fait que nous soyons la chair de la Terre et la lumière du Soleil qui réinventent une nouvelle manière de dire moi, ne nous condamne pas à une identité. Au contraire, c’est à cause de cette parenté beaucoup plus profonde et intime (nous sommes la Terre et le Soleil, nous sommes leurs corps, leur vie) que nous sommes destiné.e.s à nier, à chaque instant, notre nature et notre identité et forcé.e.s d’en façonner des nouvelles. La différence n’est jamais une nature, elle est un destin et une tâche. Nous sommes obligé.e.s de devenir différent.e.s, nous sommes obligé.e.s de nous métamorphoser.
Emmanuele Coccia, Métamorphoses, Rivages, 2020.












