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@lecorcure
Les voici donc rĂ©unis pour lâĂ©ternitĂ©.
Simone a rejoint Henri. Simone et Henri Jean, « un plus un Ă©gale trois » comme ils le disaient tous les deux en Ă©voquant ce « Nous » absolu quâils avaient su crĂ©er ensemble, en laissant toute sa place Ă chacun pour rĂ©vĂ©ler Ă quatre mains toute lâĆuvre dâune vie, baignĂ©e dâune hypnotique poĂ©sie bleue.
So long, Simone. Et quâun bain cĂ©rulĂ©en Ă©ternel puisse accueillir la danse de ces deux Ăąmes sous la pluie dâĂ©toiles quâils ont si souvent gravĂ©es âš
Dans le bleu fouillis des nues de lâautomne
Une fois ça a cassé trÚs trÚs fort.
Mais câest beau et trĂšs classe les coutures dâor sur le cristal, hein.
Deux drĂŽles dâoiseaux
Cavalier chevauchant un dragon sous les alizés
Dance, donât you wanna dance⊠đ€
(Allez, Shauf Andy !)
Tout est lĂ , autour de cette photo, dans les dĂ©bordements extravagants, hors du cadre. LâĂ©ternelle beautĂ© de la grande fougĂšre aigle, le pied - unique dans la rĂ©gion, le seul rĂ©pertoriĂ© par les naturalistes - dâune petite mousse qui sâest toujours « littĂ©ralement » prise pour un arbre (climacium dendroĂŻde), le bedon bleu roi moirĂ© dâun gĂ©otrupe qui me chatouille la paume de la main, les scores en grains de beautĂ© sagement alignĂ©s dans les crosses naissantes des polypodes de Manton, deux salamandres aux couleurs hypnotiques, le doux tapis Ă©toilĂ© des polytrics Ă©lĂ©gants, la feuille soyeuse du nĂ©flier du bout de la pulpe des doigts, les longues hampes florales des nombrils de VĂ©nus qui sont lâĂ©cume de la forĂȘt (et ramĂšnent VĂ©nus Ă son Ă©cume originelle), le goĂ»t multipliĂ© dâune mini-pomme sauvage explosant en bouche⊠Dans les dĂ©bordement de cette photo, pousse aussi un poirier sauvage aux fruits dont le goĂ»t indĂ©finissable est si merveilleux quand ils flirtent avec le blet.
Le ruisseau bouillonnant sous ce chaos de granite joue les alchimistes : au hasard de la rencontre des molĂ©cules dâacides humiques et fulviques, une raretĂ© Ă©phĂ©mĂšre que lâon ne voit que quelques heures au printemps, au moment encore incomplet de la biodĂ©gradation de tout ce fatras organique, colore lâeau dâun rouge irrĂ©el. Le cycle menstruel du ruisseau.
Au sommet de lâun de ces gĂ©ants ballons de granite quâil faut escalader, un rond parfait dâune quinzaine de centimĂštres de diamĂštre. Une lĂ©gende. Celle de la trace du sabot du bĆuf de lâermite sauvĂ© ici de la maladie par les bienfaits de ces eaux. Et une incroyable vĂ©ritĂ© Ă travers le temps fissurĂ© : quâimportent les saisons, quâimportent les sĂ©cheresses, cette petite excavation parfaite creusĂ©e dans le rocher est invariablement remplie dâeau.
Un engoulevent est venu planer au dessus de mon crĂąne et a dĂ©versĂ© ses stries chantantes sur tout ce secret paradis comme pour saluer cet instant dâinfini aux parfums dâĂ©ternitĂ©.
Au-delĂ de lâĂ©nergie de lâeau qui bouillonne et gronde sous ce chaos jusquâĂ faire vibrer lâĂąme et la peau dans une danse incroyablement sensuelle, il est un vrai bonheur ici bas, dans ce vert paradis. Personne nâose sâaventurer jusquâa ces profondeurs - hormis quelque loup en dispersion. Le discret sentier qui grimpe jusquâĂ la plus haute table de granite - gigantesque plateau avec vue imprenable sur la canopĂ©e - est protĂ©gĂ© par des ronciers qui se dressent haut en gardiens de la forĂȘt. On ne ressort pas indemne - au propre comme au figurĂ© - de ce coffre-fort. Mais le trĂ©sor quâil recĂšle confine au divin. Sauvage, libre et bien Ă lâĂ©cart de lâespĂšce humaine.
Est-ce que ça existe, les soirs à la Sergio Leone ?
Un truc qui te serre le ventre et embaume le parfum dâĂ©ternitĂ© ?
Avec lâamour qui poudroie Ă travers les fissures de timiditĂ© ?
Les derniers frimas de lâhiver, entre lune furibonde et soleil timide, nây peuvent rien.
Aussi glacial soit ce ciel hirsute sur ma vieille hutte, il nâa toujours pas Ă©teint les braises de novembre.
Un moment que je les pistais. CâĂ©tait Ă La Maroquinerie, leur seule date en France sur une quinzaine de concerts pour leur premiĂšre tournĂ©e en Europe. Bonny light horseman (oui, je sais, encore un post avec eux).
Une bonne biĂšre et quelques mots Ă©changĂ©s avec eux - et elle - dans le petit cafĂ© adossĂ© Ă la salle de concert avant leur set⊠Et la magie de ces talents sur scĂšne a enflammĂ© les petits fantĂŽmes parisiens. Lâun des meilleurs concerts de mes douze vies (et demi ^^).
Quatre mois depuis La Maroquinerie. Tout un hiver. Et la lune furibonde et le soleil timide nâont rien refroidi.
Oh mais quelle splendeur métissée !
Ce titre ouvre le deuxiĂšme album « Hymns of Bantu » dâAbel Selaocoe dans lequel il livre notamment une « Suite pour violoncelle NÂș6 » (la touchante Sarabande BWV 1012-IV pour les puristes) sur la corde dâune Ă©motion harmonique dâune rare finesse. Lâimpro sur Marin Marais vaut aussi le dĂ©tour. Bref, gros-gros coup de cĆur du jour.
AprĂšs « Where is home » (« Hae Ke Kae ») en 2022, le violoncelliste sud-africain poursuit ses explorations des notions de foyer et de racines. Câest dâune beautĂ© pure.
Komorebi đ€
Radiographie des frissons dans le ventre