Porte du Kruger, le 20 juin 2014
J'ai une vision habituellement plutôt phacochèrienne de la communauté : il n'y a rien que j'évite autant que les repas de groupe sinon les cousinades, les anniversaires surprises (ce non sens qui laisse à penser que quelqu'un puisse être étonné de voir rassemblés chez lui des gens plus ou moins proches à la seule date qu'il retient), et bien sûr les voyages organisés.
Brassens disait : "A partir de deux, on est déjà une bande de cons".
Heureusement j'ai épousé un homme qui comprend à défaut de partager ce trait de caractère, et qui ne me force à rien. C'est la moindre de ses qualités.
Justement, larguer les amarres pour un an, loin de la communauté, m'a forcée à de nouvelles compétences : créer des amitiés rapidement + savoir quitter + entretenir le lien.
Il y a vraiment un avant/après sur la photo.
Nous avons rencontré de multiples familles en tour du monde et le lien s'est créé (ou parfois pas) et nous avons appris quelque chose de chacune de ces familles : de leur style de vie, de leur discipline avec les enfants ou avec eux mêmes, de ce qu'elles osent faire ou pas en voyage, de leurs projets de retour ou du premier jour du reste de leur vie.
Nous venons de rencontrer les "Six on the way", une famille originaire de Lyon avec 4 filles de 2 à 11 ans, Faustine, Rose, Bertille et Zélie et les parents Aurélie et Bastien.
Ils étaient garés dans une station service à l'ancienne, dans la ville des chercheurs d'or de Pilgrim's Rest en Afrique du sud, avec Baloo, leur Landrover équipé pour contenir toute la famille et ce qui leur est utile, jour et nuit. Autant dire qu'on les remarquait, et je suis allée à leur rencontre avec Nell.
Partis en août 2013 en mettant Baloo dans un container vers l'Amérique Latine, ils passeront encore une année entre l'Afrique du sud et l'Asie du sud est avant de rejoindre une nouvelle maison dans la Drôme achetée sur un coup de coeur pendant qu'ils étaient en Argentine. Comme quoi tout peut arriver pendant qu'on voyage, même préparer son retour différemment car ils vont troquer un appartement citadin contre une maison dans la prairie avec chevaux, poneys, chiens...
Nous sommes bluffés par leur organisation, au millimètre avec leurs 4 enfants tant au niveau des horaires que de la logistique : dès l'arrivée au bivouac (ils ont abandonné le camping en pleine nature en arrivant en Afrique du Sud, la sécurité étant plutôt un sujet complexe), chacun a sa tâche : rangement, installation des couchages superposés, sortie du repas cuisiné le matin, vaisselle ou lessive puis douche, repas...les devoirs ayant eu lieu chaque matin et la route et les visites l'après-midi.
Le véhicule comprend des équipements de folie : mini-tente pour bébé, triple filtre à eau, batteries électriques pour une autonomie complète, frigo, machine à laver africaine (caisse noire à couvercle installée sur le toît, avec des balles de golf : on met de l'eau, un peu de lessive, et les pistes africaines se chargent de battre le linge !)...
Je vous mets en comparaison notre organisation : après le départ de Gab qui mine de rien avait fait une tentative de structuration des corvées (deux respos vaisselle, un respo miche et pose dépose du campement, une respo appros alimentaires et cheveux longs), année chez les Jésuites oblige, nous avons lentement laissé dériver les choses vers une sorte d'organisation molle.
Nous sommes assez propres, nourris et abreuvés (pour ça il y a de la motivation) et distraits grâce à une planification des étapes au cordeau. Tout ce qui a trait au ménage se fait assez rapidement et de façon naturelle. Notre seule contrainte est que les placards et les coffres soient fermés pour éviter un déluge de vaisselle, bouquins et autres babioles sur la route.
Le camping-car a plutôt des allures de yatch roulant, avec cuisine équipée, salle de douche, placards et frigos remplis. Le midi, nos picnics sont cuisinés sur place grâce à une place de folie pour stocker des denrées. Les lits sont moelleux et deviennent salle à manger ou bureau dans la savane.
Nous partons quand ça nous prend, plus ou moins douchés, et avalons du kilomètre pour ne rien manquer ou éviter de rouler de nuit.
Nous vivons, moins "roots" que nous ne voudrions, mais ça a son charme.
Nell a noué très rapidement des liens avec les filles, et Faustine promet qu'on se reverra dans un an.
Le soir, après être allée dîner avec la joyeuse famille, Nell nous informe qu'on devrait aussi avoir chacun ses corvées. Elle est aussi bluffée par le fait que chacun dit ce qui lui a plu dans la journée, après la prière du soir, ce qui est nouveau pour elle.
Je m'aperçois qu'en dehors de l'aspect religieux, je fais aussi cet exercice de lister les petits bonheurs de la journée ou de la semaine par écrit, et que je ne lui en ai jamais parlé. C'est pourtant une façon de voir la vie de façon gratifiante.
Certaines choses ne peuvent pas s'apprendre avec les parents ou l'école, et le fait de partager ces moments avec d'autres familles est précieux.
Au plaisir de vous revoir, les Six on the way.