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Chronique n°2
LES ENFANTS DâHERACLES
DU 7 au 15 novembre 2015
 âLa vie rĂ©elle se porte mieux si on lui donne ses justes vacances d'irrĂ©alitĂ©.â                                                                                          Gaston Bachelard
Prendre des vacances dâirrĂ©alitĂ©.
Assise devant le jet dâeau Bleu/Blanc/Rouge. Câest la nuit. Et le silence qui ne vient pas. Et cela me prend par surprise. Jâaimerai ne pas avoir regardĂ© la mise en place de la terreur dans les arcanes de lâĂ©tat français, applaudie par les dĂ©putĂ©s. Jâaurais aimĂ©.
Jâaurais tellement voulu finir lâannĂ©e chargĂ©e du discours de Merkel ouvrant la porte, garder en moi ce souffle (enfin!) lĂ . Tout au fond, qui se loge. LĂ . Dans le creux du cĆur. LĂ .
Mais ce mĂȘme jour, les bombes humaines terrorisaient, les hommes tuaient les hommes, la peur, la peur, la peur s'en prenait Ă ce petit creux, lĂ , dans le cĆur.
© Claire de Stoutz
Lorsquâil a fait la critique de Mein Kampf, en mars 1940, George Orwell a confessĂ© quâil nâavait âjamais Ă©tĂ© capable de dĂ©tester Hitlerâ. Quelque chose chez lui percevait lâimage dâun outsider, mĂȘme si ses objectifs Ă©taient lĂąches ou dĂ©testables. Le fascisme, poursuivait George Orwell, est âpsychologiquement bien plus solide que nâimporte quelle conception hĂ©doniste de la vie. [âŠ] Le socialisme et mĂȘme le capitalisme, Ă contrecĆur, ont affirmĂ© au peuple : âJe peux vous offrir du bon temps.â De son cĂŽtĂ©, Hitler a dĂ©clarĂ© : âJe vous propose la lutte, le danger et la mortâ, Ă la suite de quoi une nation tout entiĂšre sâest jetĂ©e Ă ses pieds. [âŠ] Nous ne devons pas sous-estimer son attrait Ă©motionnel.â
www.theatlantic.com
"La vie réelle se porte mieux si on lui donne ses justes vacances d'irréalité." - Gaston Bachelard
Kind of illustrates whoâs the real threat here. #cdnpoli #immigration #refugeeswelcome
C est pas faux...
Should know better
La confĂ©rence d Evian se dĂ©roule de beaux jours de juillet 1938. Hitler et ses fractions viennent de prendre leurs quartiers en Pologne et la communautĂ© internationale s interroge sur la question juive, ces pauvres migrants qu il faut aider mais que personne ne peut prendre. Vous comprenez monsieur, vous savez bien madame, on est solidaire mais on ne peut pas accueillir toute la misĂšre du monde, il faut penser Ă nos enfants, Ă nos emplois. Et puis ils ne sont pas tout Ă fait de notre culture. Ils ne pourront pas s Ă©panouir ici. Alors la communautĂ© internationale a bien compris. Elle crĂ©e l ICR, sans doter cette institution de moyens ( tiens, tiens) , fut incapable de se mettre d accord sur d Ă©ventuels quotas, ferma ses frontiĂšres, endurci les procĂ©dures d obtention de visa entre autre en Palestine et aux Ătats-Unis. Nous Ă©tions en 38. Encore trĂšs loin de la solution finale. Nous Ă©tions en 38 et 600 000 juifs allemands auraient pu vivre. Ce matin 4 fois sur rfi j ai entendu un journaliste parler de l arrivĂ©e des premiers migrants issus des nĂ©gociations de fin septembre .... 19 19 Ă©rythrĂ©ens et la France tremble. Je vis dans un pays qui a cette annĂ©e a accueilli Plus d un million de migrants. Seul pays dans tout un continent qui pourtant " should know better". Et tout va bien. Il faudra au moins avoir la dĂ©cence quand le langage ne pourra plus Ă©crire l horreur, quand il faudra dĂ©tourner le regard, de reconnaĂźtre qu on aurait pu les sauver. Mais vous comprenez mon bon monsieur...
Ca démarre...
Ca y est, ça dĂ©marre. AprĂšs lâexcitation, le dĂ©marchage, le racolage mĂȘme parfois AprĂšs lâĂ©criture, la réécriture, la dĂ©sĂ©criture aussi AprĂšs la jungle, Mare Nostra, Merkel AprĂšs tout ça et la montagne devant soi, jâavoue je ne savais plus vraiment pourquoi.
Lundi et mardi nous avons reçu dans les murs de lâabri une trentaine de jeunes de 15 Ă 25 ans. On s'est habituĂ© au lieu, pas Ă©vident le bunker On sâest habituĂ© Ă lâodeur, pas Ă©videment la basquette dâadolescent mĂąle dans un bunker On sâest habituĂ© aux uns les autres, mon Ă©quipe et moi on se connaissait pas.
Il a fallu convaincre, se faire comprendre en farsi, en syrien, en malien, en toutes les langues quâon ne savait mĂȘme pas quâelles existaient. Croyant parler anglais, jâai parfois parlĂ© allemand, appris des rudiments dans toutes les langues, et il se peut que je dise "en avant" quand je veux dire âdoucement" en farsi quand je crois parler arabe. Pas grave. On finit par utiliser la seule chose qui soit juste pour tous. Le regard. Et on se comprend.
Mercredi arrive et on a une journĂ©e de chant, de danse, de jeu pour apprendre Ă connaĂźtre le premier groupe. Peu de gens pouvait venir le mercredi, on a du ouvrir des journĂ©es de travail le 7 et le 8 novembre. 5 filles et 1 garçon. Diana commence. Les voix restent coincĂ©es au fond des gorges. Câest dur. Diana et moi forçons un peu lâimagination pour les lĂącher. Rien ne se passe. Et puis je propose de travailler sur les consonnes, puis les mots et les vocaliser. Laure une jeune fille de 14 ans ayant participĂ© aux ateliers dâĂ©criture, se saisit du mot rage et le choeur comme par magie se met en branle. On a une premiĂšre image des directions que nous pouvons prendre. Lâimagination se met en branle. LâaprĂšs-midi  nous attaquons avec AĂŻcha et nous "kiffons la musique". On lache les corps: on ouvre, on respire, on se roule par terre. Câest lĂ encore trĂšs difficile. Puis vient  le jeu. on travaille les fondamentaux. Il sâagit de savoir qui prend en compte lâespace, les rapports, oĂč se pose le regard, la voix, comment utiliser lâimaginaire, comment ils se raccrochent intĂ©rieurement au spectacle. Beaucoup. En 2 heures seulement. Une des consignes est dâinscrire son rapport Ă GenĂšve Ă travers une Ă©motion. On rentre dans lâintime dâun coup. Au bout de 7 heures dâatelier, je vois enfin quelques fissures, aspĂ©ritĂ©s. Ă la fin, je parlerai longuement avec eux pour les mobiliser et les remercier aussi pour tout ce quâils ont donnĂ©. Ils Ă©taient Ă©puisĂ©s. Une jeune femme de 17 ans se met Ă pleurer. Alors on parle. On rectifie le tir pour le lendemain avec lâĂ©quipe. Jeudi, nous attendons 10 jeunes du centre des mineurs non accompagnĂ©s de Saconnex. Vous savez, les orphelins de guerre. On doit les mĂ©langer Ă 7 jeunes « suisses » et frontaliers. ProblĂšme du nombre dans lâespace Ă disposition, problĂšme des langues (farsi, tunisien, arabe, malien), et surtout comment gĂ©rer tous ces bagages diffĂ©rents.
Le jeudi arrive. Je suis lĂ trĂšs tĂŽt, je passe et repasse lâaspirateur sur le tapis de danse. On se prĂ©pare comme on peu. Au final, ils ne seront que cinq du centre. Les autres ne sâĂ©tant pas levĂ©s Ă 9h30. Eux, ce sont 5 jeunes afghans de 15 Ă 17 ans, incroyablement motivĂ©s. On arrive au final Ă un groupe Ă©quilibrĂ©. Câest la premiĂšre bonne surprise du jour. Diana, comme la veille se lance en premier et si on a senti un peu dâhĂ©sitation, trĂšs vite ils se mettent tous Ă improviser Ă ouvrir les cages thoraciques, respirer, chanter. Il y a des consonnes quâils nâarrivent pas Ă prononcer, alors nous passons dans leur langue. Une des « suissesses » , une trĂšs belle jeune femme de 17 ans porte un slim avec un top sâarrĂȘtant au dessus du nombril. Ă chaque fois quâelle lĂšve les bras en l'air nous voyons son soutien gorge et les yeux hallucinĂ©s de mes cinq adolescents afghans. Respire. Je redemande une quatriĂšme fois. Non elle nâa pas de t-shirt plus long. Il faudra faire comme ci. Et cela ne posera aucun problĂšme au final. Comme quoi. Pendant la pause de dĂ©jeuner je demande Ă lââafghan expressâ sâils aiment danser. Le chef de groupe et mon traducteur anglais par la mĂȘme occasion me rĂ©pond quâils ne savent pas car la musique nâexiste pas lĂ -bas. Jâavais oubliĂ©.
Pendant les 2h30 que durera lâatelier de danse jâai vu des corps sâanimer avec une telle force, un tel plaisir, une telle Ă©nergie quâAĂŻcha et moi sommes restĂ©es paf. Un groupe hĂ©tĂ©roclite et homogĂšne a aussi fait surface. Au bout de 6h dâatelier, jâai donnĂ© une pause avant dâattaquer le jeu. 6 autres « enfants dâHĂ©raclĂšs » doivent nous rejoindre pour travailler le jeu. Je veux dire Ă lâafghan express que leur journĂ©e se termine lĂ , quâils ont dĂ©jĂ assez donnĂ©, quâil faut quâils se reposent, que je vais travailler sur des textes et que cela ils ne peuvent pas faire. Ils se lĂšvent alors tous les 5, croisent les bras et de concert me rĂ©pondent quâils veulent faire du théùtre et ne rentreront pas au centre. Je suis prise de court mais leur propose que pendant la pause nous faisions quelques exercices prĂ©paratoires en attendant que les autres nous retrouvent. Ils ont bien eu raison de me faire changer de trajectoire. Au moins 3 dâentre eux ont vĂ©ritablement quelque chose Ă faire sur scĂšne. Ils bouffent le plateau littĂ©ralement. Je vous passe l'impro sur les talibans, sur les magasins quâon ne peut que regarder, du ipod quâon vole, etc⊠leur imaginaire sâappuie dĂ©finitivement sur un autre vĂ©cu. Je les ai finalement renvoyĂ©s chez eux Ă 18h30 tandis quâils ne tenaient quasiment plus debout, des Ă©toiles pleins leurs yeux.
Avec les autres, ils nous restaient encore 1 heure et demi pour travailler quelques extraits. Il me faut  trĂšs vite savoir qui peut tenir un des dix rĂŽles encore Ă distribuer. La journĂ©e sâest terminĂ©e Ă 20h Ă 3, avec une jeune comĂ©dienne surprenante et un jeune homme de 20 ans, Ă©tudiant en gĂ©nie civil, pompier volontaire et qui fait des sketchs avec ses cousins pour les repas de famille. Chaque minute est une rencontre.
Le vendredi, je lâai passĂ© Ă prendre du temps avec mon Ă©quipe et les comĂ©diens, Ă prĂ©parer la suite.
Prochain rendez-vous : les 7 et 8 novembre. Toujours Ă lâabri. Premier rendez-vous de travail avec les ainĂ©s. PremiĂšre cession de slam avec Pablo.
Pour tirer un premier bilan. Jâai vu 45 personnes. 6 ont abandonnĂ© Encore une bonne dizaine abandonnera. Ceux qui resteront seront le noyau fort des hĂ©raclides. En fĂ©vrier le choeur se complĂštera. Des ateliers d'Ă©criture Laure, Bakary, Ibrahim, Latcheen, Alexandre, Alexandra et Daryoush continuent lâaventure avec nous. Bakary devra retourner au Mali ou passer dans la clandestinitĂ© lâautomne prochain. Les autres ont le droit de rester. Latcheen rentre en septembre prochain Ă lâHESS. Il y a deux mois encore, elle croyait impossible pour elle de pouvoir reprendre des Ă©tudes. Elle fait un stage en ce moment Ă Saint Gervais, et rejoindra les Enfants dâHĂ©raclĂšs en tant que stagiaire. Alexandra et Daryoush sâaiment toujours profondĂ©ment et prĂ©parent leur matu, tout comme Alexandre.
Das Erdbeben in Chili
La Vérité du Choeur
Nouveau modÚle de solidarité entre les théùtres berlinois
et pas des moindres (SchaubĂŒhne, Gorki, Parkaue, Deutsche Theater, die Berliner Festspiele, Ballhaus NaunynstraĂe, das Grips-Theater, et das JugendtheaterbĂŒro). Non seulement ils HEBERGENT, ils trouvent des emplois, ils proposent des COURS et des SPECTACLES pour les enfants, ils DEBATTENT, ils construisent, ils OUVRENT, ils crĂ©ent, ils sont LA. Ils font ce quâils savent faire, ensemble.
Parce quâon peut aller plus loin. RĂ©agir plus vite. Etre plus nombreux.Â
Et ce nâest pas un numĂ©ro de charitĂ©. Cela existait avant, ils se sont juste mis Ă travailler ensemble, devant lâurgence, lâunion fait la force avait dit lâautre.Â
ici tout est dit!
http://www.tip-berlin.de/kultur-und-freizeit/das-ist-keine-charity-nummer
(via http://www.tip-berlin.de/kultur-und-freizeit/das-ist-keine-charity-nummer)
http://interventionen-berlin.de/interventionen/
Je suis prĂȘte Ă tout dĂ©truire pour tout reconstruire. Tout oublier, tout changer, tout refaire selon vos contraintes, votre idĂ©al. Je vais vous donner la plus grande chose que je possĂšde, ma vie. Jâaimerais rester un moment, construire une base solide, mĂȘme des Ă©tages et si vous me le permettez y ajouter des meubles.
Laure-Macarie / second épisode
(via GenÚve, 8-10 octobre 2015 | Conférence Exodus | Vivre ensemble)
J - 209/ composition des choeurs
Pour le projet nous recherchons 60 jeunes de 15 Ă 25 ans rĂ©sidents sur GenĂšve et environs ainsi que 15 hommes et femmes de 60 ans et plus pour former les deux choeurs.Â
Si vous ĂȘtes intĂ©ressĂ©(e)s, retrouvez toutes les infos sur: http://tcag.ch/le-theatre-et-vous/les-enfants-dheracles/
A Syrian mother on the border between Serbia and Hungary tells Sky News all she wants is for her daughter to go to school.
(via Mi petit, mi grandâŠ)