Ming Wong, « Next Year / L'AnnĂ©e Prochaine / æćčŽ Â» © Ming Wong
Au Festival Extra! 2023
#La Reprise 12
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trying on a metaphor

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Ming Wong, « Next Year / L'AnnĂ©e Prochaine / æćčŽ Â» © Ming Wong
Au Festival Extra! 2023
#La Reprise 12
Nina Beier et Marie Lund, New Novels, New Men (Jealousy, Jalousi, La Ceiosia, Die Jalousie oder Die Eifersucht), 2009, banc, traductions de la Jalousie d'Alain Robbe-Grillet en cinq langues.
#La Reprise 11
Sinziana Ravini, exposition "The Chessroom", Atelier Rouart, mai 2013
La Reprise #10 / Cérémonies de Catherine #3
Entretien croisĂ© dâArlĂšne Berceliot-Courtin et Sinziana Ravini
Lâune est une fidĂšle lectrice dâAlain Robbe-Grillet. Lâautre est une lectrice passionnĂ©e de Catherine Robbe-Grillet. Lâune a intitulĂ© lâune de ses expositions dâaprĂšs le titre dâun film dâAlain. Lâautre a fait de Catherine un personnage important de son roman. Un intĂ©rĂȘt commun pour le couple Robbe-Grillet en guise de point de dĂ©part dâune discussion foisonnante entre deux curatrices qui pensent lâĂ©criture autant que lâexposition, font un usage jubilatoire de la rĂ©fĂ©rence interdisciplinaire, interrogent lâautoritĂ© du curateur, la dictature du white cube comme la dĂ©mocratie dans lâexposition et lĂšvent un coin de voile sur leurs dĂ©sirs dâexpositions futures.
Par Ămeline Jaret et Lison NoĂ«l
Florian Viel, Sculpture pour fenĂȘtre ou sculpture pour observer discrĂštement la piscine de ses voisins, 2015, courtesy de lâartiste
La Reprise #9
Membre fondateur de The Tropicool Company, Florian Viel travaille sur un thÚme unique : les tropiques et la maniÚre dont le regard occidental les perçoit.
Câest en mĂȘme temps quâil lisait La Jalousie d'Alain Robbe-Grillet quâil a conçu la Sculpture pour fenĂȘtre ou sculpture pour observer discrĂštement la piscine de ses voisins (prix MAIF 2015), accompagnĂ©e dâune vidĂ©o dans laquelle une voix off lit un extrait du roman.
Un roman vers lequel il sâest tournĂ© pour ses descriptions de lâĂźle qui en est le dĂ©cor et dans lequel il a puisĂ© lâobjet quâallait reproduire la sculpture ainsi que la structure formelle de sa vidĂ©o.
Entretien par Julie Mendez et Lison Noël.
Philippe Rahm architects, The Effusivity pool, installation view at Istituto Svizzero, Milan, 18 April â 9 May 2018. Courtesy: Philippe Rahm architects and Istituto Svizzero, Milan. Photo © Giulio Boem
La Reprise #8 Grand lecteur dâAlain Robbe-Grillet pendant des annĂ©es, lâarchitecte Philippe Rahm lâa rencontrĂ© en 2006 aprĂšs lui avoir commandĂ© des textes pour accompagner son installation « MĂ©tĂ©orologie dâintĂ©rieur » (Canadian Centre for Architecture, 2006). Une collaboration fertile, sous la forme dâun exercice de subjectivitĂ© que lâĂ©crivain a poursuivi dans la construction son dernier livre, Un roman sentimental (Fayard, 2007). Discussion avec Lison NoĂ«l sur la place de la lecture de lâĆuvre de Robbe-Grillet dans une rĂ©flexion Ă la fois dense et limpide qui sâattache moins aux murs, aux sols et aux plafonds quâau vide quâils entourent ; qui sâinterroge sur lâobjectivitĂ© et la neutralitĂ© possibles des espaces ; et qui propose dâabandonner le style moderne pour un style « anthropocĂšne » en accord avec notre Ă©poque, ses enjeux climatiques et la pensĂ©e du Nonhuman turn.
La Reprise #7
Le duo formĂ© par Pia RondĂ© et Fabien Saleil est lâauteur dâune exposition rĂ©cente dont le titre, « CitĂ©-FantĂŽme », est empruntĂ© au roman Topologie dâune citĂ© fantĂŽme. Notre attention dâabord retenue par cet emprunt, la proposition dâune dĂ©ambulation labyrinthique dans lâexposition, son Ă©rotisme latent et le vocabulaire gĂ©omĂ©trique dont est parcouru le discours des artistes ont fourni plusieurs points dâaccroche pour la regarder avec eux sous un prisme robbe-grilletien.Â
Entretien par Emeline Jaret et Lison Noël
La Reprise #6
"Selon Gilles Mora, commissaire de l'exposition, Gibson, nĂ© en 1939 en terre de cinĂ©ma, Ă Los Angeles, fait partie des "derniers hĂ©ros de la photographie" amĂ©ricaine et a cherchĂ© Ă crĂ©er "une Ćuvre littĂ©raire sans Ă©crit", fortement influencĂ©e par le cinĂ©ma de la Nouvelle Vague française (Jean-Luc Godard ou Alain Resnais), le Nouveau Roman (Michel Butor, Alain Robbe-Grillet...) ou encore par les nouvelles fantastiques de l'Ă©crivain argentin Jorge Luis Borges."
Suite de lâarticle.
Exposition âLa Trilogieâ du 18 octobre 2017 au 7 janvier 2018 au Pavillon Populaire de Montpellier.
La Reprise #5
Ămilie Pitoiset, ĂlĂ©ment de cĂ©rĂ©monie 1, romans caviardĂ©s, La Maison de Rendez-vous, Alain Robbe-Grillet, Ăditions de Minuit, 2012
Exposition Vous arrivez trop tard dâĂmilie Pitoiset, Les Ăglises, Chelles, en collaboration avec Catherine Robbe-Grillet et Jean-Max Colard.
En janvier dernier au BAL #4
Le 7 janvier dernier Ă©tait lancĂ© au BAL le numĂ©ro 5 du fanzine Gomme intitulĂ© Studios from nowhere, conçu par Mathilde Veyrunes et Jean-Max Colard et Ă©ditĂ© Ă lâoccasion de lâexposition âBelvĂ©dĂšreâ au Lieu-Commun, Artist-un Spaces de Toulouse (septembre - dĂ©cembre 2015)
La Reprise #4
Jusquâau 13 mars prochain, lâexposition "Last Year in Marienbad: A Film as Art" à la Kunsthalle de BrĂȘme sâintĂ©resse Ă lâinfluence de lâesthĂ©tique de la Nouvelle Vague sur les arts visuels.
Avec des Ćuvres de Vito Acconci, Kenneth Anger, Richard Artschwager, EugeÌne Atget, Vanessa Beecroft, Blur & David Mould, Marc Brandenburg, Pablo Bronstein, Pavel BuÌchler, Giorgio de Chirico, David Claerbout, Paul Delvaux, Kota Ezawa, Patrick Faigenbaum, Yang Fudong, FORT, Alberto Giacometti, Douglas Gordon, Rodney Graham, Marie Harnett, Howard Kanovitz, Alex Katz, Jeff Koons, Kurt Kranz, Karl Lagerfeld/Chanel, Robert Longo, Bruce Nauman, ReneÌ Magritte, Roman OpaĆka, Manuel Outumuro, Georges Pierre, Gerhard Richter, Sam Samore, Cindy Sherman et Cerith Wyn Evans.
Commissaires : Christoph Grunenberg et Eva FischerâHausdorf.
http://www.kunsthalle-bremen.de/home-en/exhibitions-2/current-exhibitions/marienbad-en/
Vendredi dernier Ă la BnF #3
Pour la session 4 de LâHYRG, Philippe Rahm Ă©tait en discussion avec Jean-Max Colard autour de son livre MĂ©tĂ©orologie des sentiments (Les petits matins, 2015).
La Reprise #2
A lâoccasion de la sortie du numĂ©ro III de la revue Turpentine, Jean-Luc Blanc dĂ©plie comme une saliĂšre les constructions mondrianesques des deux films anagrammes dâAlain Robbe-Grillet, LâEden et aprĂšs et N a pris les dĂ©s.
Palais de Tokyo, 01/07/2015
La Reprise #3 Entretien avec ArlĂšne Berceliot-Courtin, curatrice de lâexposition âN a pris les dĂ©sâ
Lison Noël : Pourquoi avoir repris un titre de film d'Alain Robbe-Grillet pour intituler ton exposition ?
ArlĂšne Berceliot-Courtin : Ăa fait longtemps que je connais et vis avec lâĆuvre d'Alain Robbe-Grillet. Elle mâest restĂ©e en tĂȘte un moment, avant que l'idĂ©e d'une exposition nâapparaisse. J'ai d'abord dĂ©couvert lâĆuvre littĂ©raire, puis cinĂ©matographique Ă la biennale de Lyon en 2013 : les deux films LâĂden et aprĂšs et N a pris les dĂ©s Ă©taient diffusĂ©s en boucle. C'est ce qui m'a le plus sĂ©duit dans cette biennale, j'y suis restĂ©e un certain temps, peut-ĂȘtre quatre ou cinq heures. J'ai eu un rĂ©el choc face Ă ce miroir, ce long mĂ©trage double. C'est ensuite restĂ© dans mes pensĂ©es sans prendre immĂ©diatement forme. Petit Ă petit, ça s'est dĂ©veloppĂ© en tant quâexposition avec l'idĂ©e de reprendre les notions de double, de suite, de film sĂ©riel et alĂ©atoire. C'est pour cette raison que j'ai choisi N a pris les dĂ©s et pas LâĂden et aprĂšs comme titre, parce que c'est celui-ci qui interroge vĂ©ritablement les statuts de narration et de ses hasards. Je trouvais que ça s'appliquait parfaitement au format de lâexposition car finalement elle est aussi cette combinaison alĂ©atoire dâĆuvres sous le regard d'un commissaire qui devient narrateur Ă part entiĂšre.
Le narrateur c'est toi ?
Le narrateur c'est moi mais c'est aussi l'exposition en tant que telle.
N a pris les dés était un point de départ ou l'alimentation d'une idée d'exposition qui était déjà là ?
C'Ă©tait vraiment le point de dĂ©part mais j'ai mis du temps avant de trouver la forme sous laquelle j'avais envie de le prĂ©senter. Je travaille comme curatrice et critique d'art depuis quelques annĂ©es et ça m'a toujours intĂ©ressĂ©e de montrer la mĂȘme Ćuvre dans deux contextes diffĂ©rents pour crĂ©er une sorte de collage temporel. Je pense qu'il y a quelque chose de fascinant dans l'idĂ©e de gĂ©nĂ©rer un passage entre les expositions et entre les Ćuvres d'un mĂȘme artiste, voire la mĂȘme Ćuvre d'un mĂȘme artiste. J'ai eu l'impression que dans ce double film, ça avait trouvĂ© un Ă©cho qui pouvait paraĂźtre subtil, fin et intellectuel, mais qui m'a tout de suite fascinĂ©e.
Je rebondis sur la question de l'exposition comme collage dâĆuvres : comment conçois-tu tes collages dâĆuvres ?
Personnellement, jâentends lâexposition avant tout comme un collage liĂ© Ă une temporalitĂ© et Ă un lieu donc beaucoup plus fini, dĂ©terminĂ© (ou accompli) qu'un collage au cinĂ©ma.
Pourquoi plus accompli qu'au cinéma ?
Parce quâil ne dure quâun temps prĂ©cis et prend place dans un lieu dĂ©terminĂ©. C'est Ă la fois du live et du collage. D'une certaine maniĂšre, ce serait comme du surplace. Pour utiliser une mĂ©taphore liĂ©e Ă Alain Robbe-Grillet et au Nouveau Roman, c'est une sorte de rĂ©cit ayant lieu dans un temps et un lieu prĂ©cis. Ce mĂȘme rĂ©cit se dĂ©veloppe et s'empĂȘche Ă la fois de sâĂ©panouir, parce qu'il ne peut se dĂ©rouler que dans ce lieu-lĂ .
Mais tu as tenté de développer ce récit ailleurs puisqu'il y a une seconde exposition. Est-ce que le fait d'en faire une seconde vient de l'envie de ne pas rester dans ce lieu unique et de continuer le récit, d'une certaine maniÚre ?
J'ai utilisĂ© le mĂȘme titre : selon moi c'est la mĂȘme exposition. Certes, on ne peut pas visiter les deux en mĂȘme temps, mais idĂ©alement il faudrait que les deux soient simultanĂ©ment dans ton esprit. Dans le cycle prĂ©cĂ©dent que j'ai organisĂ© pendant un an dans lâartist-run-space Moins Un Ă Paris, il y a eu trois expositions qui duraient chacune dix jours, Ă trois ou quatre mois d'intervalle. CâĂ©tait dĂ©jĂ la mĂȘme exposition dĂ©ployĂ©e dans le mĂȘme espace, mais en trois temps diffĂ©rents, avec trois titres diffĂ©rents chapeautĂ©s par une appellation commune. Ici, c'est plus pur et notamment par lâemprunt du mĂȘme titre, mais les expositions ont existĂ© dans deux lieux diffĂ©rents, avec des artistes en commun, mais pas seulement.
Tu t'inscris dans une recherche pour sortir du cadre classique de lâexposition dans un lieu unique et pendant un temps dĂ©fini.
Oui. C'est en tout cas le fantasme que j'aimerais rĂ©aliser - toute modestie gardĂ©e. Les questions relatives au format de l'exposition sont abordĂ©es depuis de nombreuses annĂ©es et particuliĂšrement depuis le dĂ©but des annĂ©es 1990. Ce nâest donc pas une rĂ©flexion trĂšs novatrice. En effet, il faut sans cesse redĂ©finir et interroger ce que signifie le temps de l'exposition, au mĂȘme titre que le choix de l'espace, des Ćuvres et des artistes Ă©videmment⊠Il est nĂ©cessaire dâinterroger ce temps-lĂ et cet espace-lĂ . L'idĂ©e d'avoir deux fois le mĂȘme titre, mais un lieu diffĂ©rent Ă©tait comme crĂ©er une sorte d'espace paradoxal, une forme de rĂȘve. Quelque chose qui existe, mais reliĂ© Ă une autre histoire. Cependant, le spectateur, le regardeur, le visiteur ou l'amateur n'est pas contraint de connaĂźtre toutes ces informations.
Quelle est lâĆuvre de l'exposition Ă Air de Paris la plus Ă©vidente dans son rapport Ă N a pris les dĂ©s ?
Je pense que celle dont le lien paraĂźt le plus Ă©vident est lâĆuvre de Guy de Cointet parce que cet artiste a vĂ©cu en mĂȘme temps que Robbe-Grillet et parce qu'elle joue sur plusieurs dimensions en se plaçant notamment entre 2D et 3D, avec son absence de titre et de date exacte, elle reste trĂšs Ă©nigmatique. Il y a un petit systĂšme d'accroche derriĂšre, donc on peut supposer que Guy de Cointet souhaitait lâexposer au mur, mĂȘme sâil ne lâa jamais vraiment fait. De fait, elle garde beaucoup d'informations secrĂštes sur son contexte de production. Elle est apparue comme une sorte de rĂ©vĂ©lation. Ensuite, je lâai aussi choisie car elle me rappelait une scĂšne du film qui se dĂ©roule dans l'usine Ă sucre (mais je suis peut-ĂȘtre la seule Ă le voir). Alain Robbe-Grillet a dĂ©couvert ce lieu en se promenant sur les bords du Danube pendant ses repĂ©rages. Il a transformĂ© cette usine en recouvrant tous les tuyaux avec des couleurs primaires. Il en a fait une sorte de mini Beaubourg exactement Ă la mĂȘme pĂ©riode, câest devenu un lieu de tournage incroyable dans lequel il a filmĂ© Catherine Jourdan en pleine poursuite. Elle cherche sans cesse une issue, mais en fait câest plutĂŽt comme si elle se courait aprĂšs. Il y a une vraie idĂ©e de surplace. Vis-Ă -vis de l'histoire de l'art, on se sent privilĂ©giĂ© en dĂ©couvrant cette scĂšne parce que ce clin dâĆil semble nous ĂȘtre adressĂ©. Cette scĂšne est aussi emblĂ©matique, car elle est parmi les seules ayant lieu en intĂ©rieur. Ici, nous ne savons plus sâil fait jour ou nuit. La petite peinture de Guy de Cointet me rappelait en quelque sorte ce flou, ce mystĂšreâŠ
Pour revenir aux couleurs primaires, tu as fait le choix aprĂšs Robbe-Grillet de ne pas mettre de vert dans ton exposition. C'est une transposition en exposition d'un aspect du film ?
C'est une information qui est un peu secrĂšte. Il faut se documenter, ce n'est pas quelque chose qui a Ă©tĂ© mĂ©diatisĂ© - le film ne l'Ă©tait pas non plus dâailleurs. Ce qui m'a fascinĂ©, c'Ă©tait le parallĂšle avec d'autres artistes et aussi avec une certaine approche de l'histoire de l'art, en l'occurrence Mondrian qui n'utilisait aucun vert dans ses compositions. C'est un peu comme si Robbe-Grillet s'inscrivait dans cette histoire-lĂ . Dans une sorte d'histoire du nĂ©o-plasticisme version cinĂ©ma.
Et toi tu t'y inscris version exposition ?
J'aimerais bien. Robbe-Grillet raconte qu'il est allĂ© sur les lieux de tournage Ă la fin de l'Ă©tĂ©. Ă ce moment prĂ©cis, toute la vĂ©gĂ©tation Ă©tait complĂštement brĂ»lĂ©e par le soleil. Ă Djerba, les maisons Ă©taient toutes peintes en blanc et bleu. C'est, soi-disant, ce qui lui a donnĂ© le stimulus de dĂ©part pour faire le film. C'est Ă dire l'absence d'une couleur. Ce qui, Ă©videmment, pour quiconque ayant Ă©tudiĂ© d'histoire de l'art paraĂźt complĂštement fou. Que ce soit juste l'absence d'une couleur qui donne l'envie Ă un Ă©crivain et rĂ©alisateur de faire un film. C'est assez amusant. C'est en quelque sorte un portrait en creux. Lâabsence de quelque chose l'a vĂ©ritablement motivĂ© Ă faire son film. C'est ce qui m'a le plus fascinĂ© lors de mes recherches. Dans la premiĂšre exposition, il n'y avait pas de vert mais ça n'apparaissait pas autant dans le texte, parce que ce n'Ă©tait pas encore aussi prĂ©cis, je n'avais pas encore Ă©tabli les contours.
L'absence de vert comme principale motivation du film Ă©voque la thĂ©orie des gĂ©nĂ©rateurs de Robbe-Grillet, qu'il a notamment mis en Ćuvre dans ses fictions "gĂ©nĂ©rĂ©es" par la cible de Jasper Johns ou une toile de Jackson Pollock.
C'est exactement ça. Je ne connaissais pas le nom de cette thĂ©orie, mĂȘme si avant de faire un passage entre l'entitĂ© Robbe-Grillet, j'ai lu tous ses textes sur l'art contemporain et l'art moderne et c'est assez dĂ©routant.
Oui, on s'attend à lire un texte critique mais c'est une fiction. Tu t'es énormément documentée sur ces films : tu connais les anecdotes de tournage, le point de départ du film etc⊠jusqu'à en devenir presque une spécialiste.
J'ai une fascination pour ses films, donc il Ă©tait difficile - comme dans un rapport amoureux - de prendre du recul sans tout connaĂźtre. Je vis avec depuis quelques annĂ©es. Je ne sais pas si ça fait de moi une spĂ©cialiste, mais je pense qu'il est difficile de ne pas avoir ce rapport-lĂ avec les auteurs de textes. C'est tout de mĂȘme un sujet qui se prĂȘte Ă beaucoup de fantasmes. Avant Robbe-Grillet, j'Ă©tais complĂštement fan - je le suis toujours mais de façon distanciĂ©e Ă prĂ©sent - de Duras, mais le lien entre Marguerite Duras et les arts visuels est moins Ă©vident. C'est un peu Robbe-Grillet qui m'a sevrĂ©e de sa littĂ©rature. Je travaille avec des artistes, des formes plastiques et visuelles, câest ma matiĂšre intellectuelle. Et lui a le gĂ©nie de pouvoir rĂ©unir tout ça.
Est-ce que tu conçois lâexposition comme un art ?
Oui, ça me paraßt évident.
Es-tu une artiste ?
Non.
Tu fais de l'art, mais tu n'es pas une artiste ?
Je ne me considĂšre pas du tout comme une artiste, dĂ©jĂ parce que j'invite des artistes et que sans eux, rien nâest possible. Sans Ćuvres, il nây a pas d'exposition. Je pense que la mise en exposition dĂ©veloppe plutĂŽt un statut d'auteur. C'est peut-ĂȘtre un peu jouer sur les mots mais lâexposition est vĂ©ritablement le rĂ©sultat de cette mise en mots et en espace(s).
Parlant de mise en mots, Ă la lecture des textes accompagnant les deux expositions, on observe bien l'attention que tu y accordes. Dans ces textes, tu expliques l'idĂ©e des expositions mais tu ne parles pas des Ćuvres. Pourquoi ?
Avant je rĂ©alisais cet exercice, mais je crois quâil faut avant tout : venir voir, expĂ©rimenter, sentir, pour pouvoir ensuite parler des Ćuvres. Elles sâinscrivent dans un contexte entier. Il est difficile de les isoler, d'Ă©crire deux ou trois lignes sur chacune. Finalement, je pense que ça ne sert pas les Ćuvres. Le cadre d'une visite en revanche - donc face aux Ćuvres - reste le meilleur contexte pour donner quelques informations sur lâĆuvre et lâartiste. Les communiquĂ©s de presse restent souvent assez superficiels voire « sucrĂ©/salĂ© ». Ce sont souvent des textes Ă la frontiĂšre, mĂ©dians donc peu intĂ©ressants. Par exemple, ils situent les Ćuvres ou l'exposition entre « visible » et « invisible » etc⊠ Le format du communiquĂ© de presse est un format complĂštement boiteux, parce que ce n'est pas une notice, ni une lĂ©gende, mais cela doit tout de mĂȘme livrer trois ou quatre lignes sur les Ćuvres. Avant, j'essayais de les « engluer » dans un texte, mais maintenant je me rends compte que cela ne sert Ă rien. Je crois plus au texte en tant que tel.
Est-ce que l'écriture de Robbe-Grillet a un écho dans ton écriture ?
Je n'aurais certainement pas cette prĂ©tention, mais par exemple dans mon texte, j'ai fait exprĂšs que ses paroles, ses mots soient attachĂ©s directement au corps du texte. C'est donc plus de la mise en page. Reprendre son jeu de « Qui parle ? Qui est en voix-off ? Qui est le narrateur ? ». « Ă quel moment j'interpelle le lecteur ? Est-ce que je parle Ă la premiĂšre personne ? Est-ce que je parle de quelqu'un d'autre Ă la premiĂšre personne ? ». Jâai collĂ© sa citation directement dans le texte, alors que normalement jâaurais dĂ» la mettre Ă la ligne entre guillemets. Câest donc une interprĂ©tation personnelle mais dâordre grammaticale.
Comment expliques-tu que lâĆuvre de Robbe-Grillet et ces deux films en particulier t'ait donnĂ© envie de concevoir cette exposition ?
Je ne saurais te dire exactement, mais par exemple, j'ai vu tous les films de Duras et cela ne m'a pas du tout fait le mĂȘme effet. Plusieurs personnes ont essayĂ© de faire le lien entre Duras et l'art contemporain, mais cela ne me semble pas Ă©vident alors que Robbe-Grillet nous laisse plus de place. Il est davantage dans l'invitation Ă continuer quelque chose, Ă s'emparer des choses.
Peut-ĂȘtre parce que lâĆuvre de Robbe-Grillet laisse des portes ouvertes pour que d'autres s'y immiscent. Alors que Duras prend toute la place dans son Ćuvre. Elle ne laisse pas la place Ă d'autres.
Je crois aussi. Et dâailleurs, câest ce quâil laisse entendre Ă travers les premiĂšres pages du Miroir qui revient quand il dit quâil est plutĂŽt comme une sorte de compagnon de route. (1)
(1) « Je ne suis pas un maĂźtre Ă penser, mais un compagnon de route, dâinvention, ou dâalĂ©atoire recherche.» Le Miroir qui revient, p.13, Paris, Ăditions de minuit, 1984
La Reprise #1
âN a pris les dĂ©sâ, une exposition dâArlĂšne Berceliot-Courtin Ă la galerie Air de Paris, 28-32 rue Louise Weiss, Paris. 27 juin 18 juillet 2015.
Cérémonies de Catherine #2
La Cérémonie, un film de Lina Mannheimer.
Cérémonies de Catherine #1
DĂźner Noir, un film de Catherine Robbe-Grillet, Beverly Charpentier, Tristan Bera et Dominique Gonzalez-Foerster.
La semaine derniĂšre Ă la Maison Rouge #2
Le 22 mai sâest tenue la deuxiĂšme session de LâHypothĂšse Robbe-Grillet dans le cadre des MAD Ă la Maison Rouge. LâHYRG recevait Julien Carreyn, Christophe Bier et Camille Vivier pour une discussion autour de lâĂ©rotisme expĂ©rimental.