Mons, 1975. Je suis dans ma chambre. Une télé noir et blanc s’y trouve !
J’étais arrivé du Maroc deux ans auparavant, précédemment c’était l’Algérie pour huit ans. Ici, à Mons, débutait ma connaissance de la musique classique… pour l’écoute.
Je regarde un film en noir et blanc, une sorte de polar dont j’ai oublié le titre, le nom, l’histoire. Dans un passage, une dame apparaît en tutu, une énorme dame, ridicule peut-être mais pas vraiment, amusante et joyeuse. Ça oui. Elle danse, sautille sur un chant… une voix… Mes oreilles furent alors plus attentives, bien plus que mes yeux. Quel est ce chant ?
Je déplace ma chaise pour être au plus près de l’écran et j’attends le générique du film et ses enseignements.
Pendant ce temps, la dame danse dans un rythme qui n’a rien à voir avec le chant, elle s’éclate en pointes, pirouettes, chutes et trébuchements.
Le générique arrive… enfin… Mais que retenir, que lire dans toutes ces infos… Mes yeux captent un truc… “la mort de Didon”, rien de plus ! C’est quoi ce truc ? “La mort de Didon”… À l’époque, pas d’internet, que le QUID où je ne trouve aucune piste. Et me voilà donc passant les ans en ne me rappelant que cela : “la mort de Didon”.
Et les années passent… et elles passent… Études, photographe, Marine nationale, mariage, Algérie encore, enfants, retour, et ça tourne et retourne.
Me voici travaillant à Marseille en 1988 ou 89, dans un garage Total près de la Timone dans la mécanique. Travail que je maîtrise… gentiment, pas vraiment, mais je suis présent…
Une dame se pointe avec sa petite R5 rouge : “Monsieur, monsieur, mon câble de vitesse est cassé, déboîté et je ne sais pas passer les vitesses, aidez-moi !” La seule aide que je puisse lui conférer est “Patientez, mon collègue va venir !” ou bien “Madame, sauvez-vous”. Il n’y a pas de collègue en vrai, mais comment lui dire que je ne peux pas l’aider ?
En fait, je me débrouille sur mes voitures. Dans un garage, on me payait à démonter et à remonter des embrayages, des carburateurs, des vis platinées réglées à l’oreille, mais je ne suis pas mécanicien.
La veille, j’ai déchiré le pneu d’une roue de secours avec une machine de démontage que je ne maîtrise pas non plus. Le propriétaire m’a dit “STOP, je me casse…”, il n’a rien dit à la direction… ouf !
Revenons à la dame du jour et à sa R5. Je papote avec elle pour passer le temps, je regarde sa voiture, l’intérieur et je vois des livres sur la banquette arrière… dont un, blanc à lignes oranges : “Didon et Énée” écrit sur la couverture. Didon… ? WHAT… !!! Didon… !!! J’en suis à des années-lumière de Didon… je n’y pense jamais. C’est la deuxième fois de ma vie que je vois ce nom, ce mot. J’assure mon regard, cherche d’autres infos, “livre de chant… Purcell…”. Je demande à la dame de la R5 “C’est quoi votre livre ?”, “Un livre de répétition”, la dame est chanteuse classique. Waaaa…
J’avais maintenant des d’infos, en clair “Didon et Énée, Purcell”. Il faudra un retour en Belgique et encore quelques années (96 ou 97) pour qu’à la médiathèque de Mons je loue enfin “Dido and Æneas - Henry Purcell (Dido’s Lament)”. Puis de là, j’ai découvert le travail de Purcell, le baroque anglais, français aussi !
J'avais 18 ans, comment un chant pareil, une voix pareille a pu m'accrocher, evidement je ne sais pas qui chantait dans le film, mais l'air reste le même.
Et voilà, en 2024, je vous gonfle avec ce récit et ce chant ! Moi, je n’ai pas aidé la dame à la R5, elle… elle m’a aidé… et comblé cette lacune, enrichi mon savoir bien maigre.
D’autres fois dans ma vie, des airs ont traîné avant de revenir : Tchaïkovski pour un concerto, huit ans d’attente de 67 à 75. Mozart, un air entendu dans un film (La Maison de Bories), 68 à 75. Une chanson de Laura Moore de 84 à 2002 et surtout, surtout un morceau de trompette entendu à Rabat en 73 retrouvé par hasard, mais quel hasard, je suis presque tombé de ma chaise en… 2024.
Cela sera pour un autre récit.
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Le voila l'air de Didon :
Marianne Beate Kielland sings Dido's lament:
https://www.youtube.com/watch?v=wI2Jrxx2ou0