Villa me désarçonne

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Villa me désarçonne
je vais bouger de tumblr j'ai besoin de changer d'air ici j'étouffe
c'est le moment merveilleux des nouveaux départs
j'ai enfin entamé le carnet qu'une chère amie m'a offert (et je me rends compte que ma hantise de l'accord des objets directs ou que sais-je est toujours présente, que l'on pardonne mes fautes)
j'écris mes rêves dedans, on dirait que j'ai de la fièvre
j'ai pas de cases en moins mais des cases en plus
faudrait que je tienne un blog sur mes rêves, peut-être
enfin bon, voilà... Submergée par un vif élan créatif aujourd'hui
Appel à projet : Our Memory Fest
Hey!
Comme vous ne le savez pas, je suis étudiante aux beaux-arts et travaille en ce moment sur un projet qui sans doute va prendre de l’ampleur.
En guise de première et fondamentale étape, j’aimerais recenser des témoignages de tous types de personnes venant de partout (que ce soit en français, anglais, peu importe). Le but est d’entendre la voix de chacun.e, d’avoir des points de vue divers sur la question.
C’est à propos d’internet, de sa culture, de sa place dans nos vies, de ce que ça nous apporte… Je suis personnellement à un âge où je peux dire que Internet m’a en grande partie construite, et me considère tout bonnement comme une “enfant d’internet.”
C’est peut-être vague pour l’instant mais vous pourrez en apprendre davantage sur le compte Instagram dédié à ce projet, ainsi que sur mon autre blog. Merci d’avance et n’hésitez pas à me contacter à ce sujet, ainsi qu’à partager ! Je serais ravie d’échanger avec quiconque souhaite y participer, que ce soit d’une manière ou d’une autre.
Pour l’instant, voici une première enquête :
Salut ! Tout d’abord, merci de prendre le temps de répondre à ce questionnaire ! :) Il vise à recueillir des informations permettant l’élab
https://www.tumblr.com/ourmemoryfest
https://www.instagram.com/ourmemoryfest
Il y a les belles surprises de l’écriture pour contrer le tout. Les mots se prélassant dans l’inaptitude du courant et qui attendent le jaillissement de mon doigté. C’est toujours ça de disponible. Mieux vaut s’engouffrer dans leur clameur que s’attarder sur la profondeur du précipice. Un jour, peut-être, l’envie de conter reviendra. Pour l’instant, il n’y a que le vain chahut des saisons et l’hiver tardant à venir.
Un texte lu à voix haute devant des inconnus.
Garder le meilleur du réel, l’écrire, patauger dans les ombres situées entre souvenir et accrochage… Écrire et se rendre compte que l’on ne retient pas grand chose, enfin, peut-être que pour moi, le meilleur du réel, c’est le pire.
Mais j’aime mes zones de flou, demeurer dans le brouillard. Il y a quelque chose qui me plaît dans les constellations se dessinant à travers mes moments, souvent de nuit, les plus sordides. Ou justement tristement ordinaires.
La honte de moi, la honte de mon passé, est-ce que j’en tire un sentiment révolutionnaire ? Je préfère dire que je garde ça loin, et même que je le jette, plutôt, parce qu’il faut que ce soit révolu. Je ne suis pas sûre d’en tirer grand chose parce que ma révolution, c’est avant tout un amas de plans, de stratagèmes qui s’éternisent et qui, hélas, ne causent pas de grand « boum ». Ce n’est pas impressionnant. À vrai dire, c’est carrément pathétique. Ça me déçoit, en fait. Je m’en rends bien compte quand je suis forcée d’admettre que le temps est passé, un peu trop de temps, même. Tellement que je n’ai plus l’impression d’avoir l’âge des révolutions, ouais, j’ai l’âge de ce qui est révolu. Irrévocable. Le temps est passé, perdu.
Pour moi, c’est si vain, la honte. J’en ai plein en moi, je ne déborde que de ça. J’ai la poitrine creusée comme le fond d’une poubelle. Ça ne me donne pas spécialement envie de bouger. Mes déchets, j’essayais d’en faire quelque chose jusqu’à ce que ça me fasse pourrir avec et que le come-back tant attendu me paraisse finalement trop dur à tenter. Quand on a un truc aussi lourd ancré en soi, on a du mal à réagir de nouveau, on se fossilise avec. En tout cas pour ma part.
Néanmoins, il se peut qu’un rayon de lumière émane de ma déchèterie. Ce n’est qu’une fraction volée, une étincelle surgissant et faiblissant aussi vite que la braise, mais c’est tout de même là ; et parfois, ça me donne suffisamment de force pour tenir. Ça doit être ça, ma révolution à moi. Ce vacillement de l’obscurité.
Je peux percevoir une secousse du fin fond de mes entrailles quand je me dis que ça y est, ça devrait suffire. Marre d’être un objet, une poupée qu’on touche et sur laquelle on crache. La honte de ne pas avoir su dire non, de ne pas avoir su défendre la gamine apeurée qui se fige sous le regard encombrant d’un homme. Encore une fois où je ne me suis pas interposée. La honte de s’être laissée faire, d’avoir eu autant de mordant qu’un agneau face aux scintillants crocs du loup. Le loup qui, après t’avoir déchiqueté, décide de te caresser la peau comme pour te consoler.
Dans ces moments-là, il y a comme une envie de frapper, et l’envie se mue alors en besoin, en force. Je me regarde et je m’insulte. Il faut que je m’insulte pour m’activer, et la violence de mes propos est bien minime face à la cruauté du peu d’estime que j’ai pour cette bâtisse de rouille et de chair. Je me demande pourquoi je me suis, encore une fois, laissée salir. Ta queue peut être récurée jusqu’à l’os, franchement, je m’en fous. Elle aura toujours quelque chose de sale. Et le dégoût, ma façon d’exécrer, est alors si fort qu’il m’assomme, le temps de me donner l’envie de me relever.
Je ne sais écrire qu’à propos du drame parce que je passe déjà trop de mon temps à rire. J’essaie d’être drôle, d’abord pour moi-même, et j’apprécie mon humour, mes propres mimiques, mes expressions. Cette capacité de rebondir sur tout et n’importe quoi parce qu’il faut que ça continue, que le temps doit me fendre les poumons quitte à ce que j’étouffe. Crever de rire est une belle mort, après tout. Ce serait une démonstration, un tour de force face à ceux qui ont voulu m’imposer le sérieux des enjeux de l’existence. Peut-être que tout n’est pas si grave, finalement, en tout cas dans mon petit monde, seulement animé par des malheurs d’une banalité dont il faut aussi, parfois, rire. J’ai vraiment besoin de rire, même d’un rictus insignifiant, mais je ris souvent aux éclats, il faut que quelque chose sorte de moi, c’est mon côté grinçant qui, continuellement, cherche l’émotion, la prochaine secousse. Alors, j’oublie presque ce à quoi je ressemble lorsque je souris, cette déformation laide, abominable, celle qui fait saillir mes pommettes, ma dentition jaunissante, le grain de riz peut-être coincé dedans, et lime mon regard déjà acéré. Je hais mes petits yeux, enfin, la plupart du temps, mais le rire aide, il forge l’oubli. L’oubli de soi, de sa propre laideur jusqu’à confirmer l’annihilation. Rire pour éviter la gêne et affirmer avec audace que je suis plus forte que la réalité dans laquelle je suis ancrée : celle qui nous voue tous au néant et qui me condamne, moi, à mon pathétisme.
Je m’attache à des objets, des trucs vraiment cons, des trucs que l’on fabrique à foison dans des usines. Je garde des paquets de chips, des emballages, des bouts de tissu, je ne me suis jamais sentie aussi matérialiste, je n’arrive à rien jeter. Je mange un paquet de nouilles instantanées et j’en garde le plastique parce qu’il me rappelle mon grand-père. Je conserve précieusement des bouts de rien du tout parce qu’il y a des mots vietnamiens dessus, et même si je ne suis pas sûre de comprendre exactement ce qu’ils veulent dire, je les range je ne sais où car j’ai besoin de me rappeler d’où je viens. Je garde mes origines dans un tiroir et des boîtes éparpillées lorsqu’il n’y a pas un reflet pour me le rappeler, ou bien évidemment dans l’absence que je subis, entourée de gens à qui je ne ressemble pas du tout, de gens qui sont chez eux, certainement.
C’est lors de ces trois semaines, de juin à juillet, que j’ai vu des choses que je trouve vraiment, vraiment parfaites. Dans un pays dit pauvre, à la chaleur tropicale et dont la cacophonie ambiante est un baume pour l’âme, la perfection a pris vie. Ici, mon âme est épuisée par le silence. Elle s’étiole, j’ai besoin de la nourrir par des sons qui s’accordent à mes besoins.
Ma mère parle fort, crie presque, c’est comme ça, c’est naturel chez elle. Alors, quand elle n’est pas là, je l’entends autant que je le ressens. Souvent, je lui ai reproché la portée de sa voix. Mais je connais son timbre, sa justesse et sa résonance. Ma mère séduit les oreilles de tout le monde quand elle chante, les gens en redemandent, on l’applaudit à l’église quand bien même on est censé rester silencieux et écouter Dieu. Ma mère chante si bien qu’elle fait venir les anges, et sa voix est une parade de notes si captivante qu’elle distrait l’esprit autant qu’elle le porte jusqu’au sommet des cieux.
Au Vietnam, on parle fort. Dans le sud, du moins, car c’est surtout Sài Gòn que je connais. On tait ses sentiments mais on les vit dans un bruit pas possible. Dès cinq heures du matin, tout s’active déjà. On entend les scooters, les klaxons, les commerçants déambuler dans les rues. Bánh mì, bánh mì thịt, bánh mì nem nướng, banh mi ốp la. Les trottoirs sont des échoppes. Les maisons sont des échoppes, en fait, et tout est ouvert. Des bâtiments aux cœurs des gens.
10 000 kilomètres, c’est la distance séparant mon présent du rêve. Ça ne fait que trois mois depuis mon retour en France mais je ressens le poids des semaines comme celui des années, et le temps, lorsqu’il se manifeste, dissocie chaque particule de la réalité. Ainsi, le Vietnam semble appartenir à une dimension onirique. Je ne suis même plus sûre d’y avoir été, moi qui ai tant aimé ses terres, qui les ai vécues comme une indicible, délicieuse sensation, et qui ai mis du temps à en revenir.
Courir partout. Pas le temps de rêvasser, seulement de filer dans les secondes. Revoir des visages familiers et dont le souvenir n’a survécu qu’à travers de vieilles photos ou des publications Facebook. Revenir dans la maison où a grandi ma mère et me rendre compte qu’elle est en fait minuscule, bien qu’identique à ce dont je me rappelle. Véritablement tendre l’oreille dès que mes parents parlent de leur histoire et savourer chaque pas effectué sur les parcelles de rues qu’ils ont foulées.
Samedi 1er juin 2024,
Je me souviens de toi. Tu me paraissais immense. Homme de soixante-et-onze ans aux signes d'âge apparents. Des rides et des cheveux blancs. Une longue barbe. Tu cristallisais l'hiver en un faciès, alliant le ciel et la neige. Pourtant, aucune preuve de faiblesse ne transparaissait. N'importe quel mot sortant de ta bouche semblait décuplé par ton savoir. Tu m'as parlé de communisme, de tes œuvres architecturales. De ton fils. Je buvais tes paroles et ne refusais jamais ton vin, et encore moins tes cigarettes. Tu remplissais toujours mon verre, je finissais tes bouteilles. Mon cœur débordait de ta générosité, affûté par ta tendresse. Encore aujourd'hui, j'arrive à te trouver un air affable.
Que m'as-tu fait ? Ce soir-là, qu'est-ce que Mehdi a mis dans mon verre ?
De ses yeux aussi, je me souviens. De grands yeux. Globuleux, certainement. Comme s'ils avaient beaucoup à regarder et à transmettre, incapables de tenir en place. Son expression me hante. Personne ne m'a observé avec tant de lubricité. Il y avait quelque chose de véritablement pervers dans sa façon de me sourire et m'observer.
Un an après, j'ai lu Lolita. Peut-être que j'essayais de comprendre ce que tu pouvais voir chez moi. Je me suis projetée sur Dolorès. J'ai cru que je t'avais provoqué, que c'était ma faute. On me l'a souvent dit.
—
Lundi 3 juin 2024,
L’idée que les monstres possèdent un même et répugnant visage est fausse. Au contraire, ils ont l’air sympathiques. Ils le sont aussi. Le diable ne séduit pas en étalant ses mauvais plans. Il sait prendre son temps et jouer de sa musique. C’est son charme, l’envahisseur. Le début de tout anéantissement, la raison de finir par tout craindre.
Le mal est habile et rôde sur les traits des anges. Ce n’est pas pour rien qu’il est si divinement représenté. Regarde le tableau de Cabanel. On aurait presque envie de se jeter dans ses bras, de le sentir tout entier. Lorsque je suis allée le voir l’an dernier, j’ai de suite compris que Lucifer en personne pourrait me tenter, surtout avec une telle gueule.
C’était pareil pour toi. Les vieillards sont souvent pardonnés pour leur lubricité. Je suppose que leur apparence fait serment de faiblesse, mais toi, tu ne m’as jamais paru inoffensif. À quinze ans, je me doutais de tes penchants, et quand je regarde des types comme Matzneff, l’horreur me frappe du coup de l’évidence. Toi, tu semblais sortir d’une carte postale. Une caricature du père Noël, mais avec un bagage plus lourd, plus intéressant. J’aimais les gens intelligents, me sentir petite et bête. Je pense que c’est en partie pour ça que tu m’attendrissais et que je niais tant les faits se présentant à moi.
Je pense souvent à toi. Peut-être tous les jours. Et à ton fils et à ses amis et à mes anciens amis et aux hommes qui n’ont jamais cessé de me malmener. Quand j’ai peur de marcher dehors, je me rappelle que le vrai danger réside au plus près. Qu’il suffit d’un instant de confiance pour tout chambouler.
J’ai voulu croire que tu voulais mon bien.
Un baiser, c’est doux. Les lèvres sont comme deux petits coussins, deux parcelles de paradis. Nuageuses et veloutées.
Et puis, derrière, il y a trente-deux dents. Des bouts d’émail fixes et toujours prêts à déchirer, voire liquider. Une stature qui réduit aisément en bouillie.
Quand tu me faisais la bise, une certaine chaleur émanait de toi. La chaleur de ton corps, celle qu’il contient et qui menaçait de prendre l’intégralité du mien. Ça a quelque chose de dégoûtant, au fond. Déborder ainsi sur quelqu’un. Sur moi. Sur la petite amie de ton fils. Son ex, ensuite.
J’ai lu Ma Sombre Vanessa. Immédiatement, j’ai trouvé Jacob Strane affreux et prévisible. Nabokov a de nombreuses fois été cité au cours de cette lecture, dont son œuvre la plus connue, Lolita, et quelques vers de Feu pâle.
« Ma sombre Vanesse, aux zébrures carminées, Mon papillon adorable et béni… »
Je ne sais plus trop. Disons que Nabokov m’a toujours rampé sous la peau. C’est la première plume qui m’a transcendé de par sa virtuosité. Lolita m’a hanté, aussi. Il… Elle, m’a fait questionner la légitimité de ma position, et à quel point j’ai pris part à tout ça. Est-ce que je me rendais compte que c’était une sorte de jeu ? Oui. J’avais quinze ans et j’ai toujours été précoce, alors je m’en doutais bien. Je pense que j’aimais les hommes plus âgés, le fait de plaire. J’avais besoin d’une échappatoire, de trouver une utilité à ce qui faisait de moi une adolescente triste et franchement pitoyable. Il m’est arrivé de préférer te parler plutôt que traîner avec ton fils. Trouves-tu que je t’ai provoqué ? Et est-ce que ça fait de moi le problème ?
Mais jamais, jamais je n’aurais cru qu’il m’arriverait ça. Que je serais forcée dans cette spirale qui, je suppose, m’a retourné le cerveau. D’abord, il y a eu l’autre, deux semaines plus tôt. Qui avait mis ses doigts en moi, s’est tordu entre mes jambes. Qui a dit qu’il m’aimait, qu’il n’avait jamais vu de fille aussi parfaite que moi. J’avoue avoir été flattée. Moi, je me détestais.
Je n’avais envie de rien, pourtant. Ce que l’on pense être une réaction positive n’est qu’une façon de faire glisser la chose plus facilement. La mouille devient alors comme de la rouille. Horripilant, n’est-ce pas ? Pour surmonter la peur, je sais que le corps se raidit. Au fil des années, j’ai aussi vu jusqu’où ma mémoire allait pour me détourner de la honte et de la répression.
Ton locataire… Ah, je ne sais pas. Je ne sais pas ce qu’il m’a fait. Je ne sais pas ce que tu m’as fait non plus. Ni toi, ni les autres. Vous êtes une image floue dans mon esprit, un nombre d’heures que je me passe encore et encore. Un épisode en replay ? On n’oublie rien de rien, finalement. Cette peur gravée dans mon ventre, cette éclipse qui sous mes paupières s’imprime à peine on me touche. Je suis encombrée.
La mécanique du viol, je dois dire qu’elle est vraiment spéciale. Elle m’étonne sans cesse.
Les années se sont écoulées et qu’est-ce que j’en ai perdu, du temps. Tellement à essayer de me réparer, d’enfouir ce souvenir et même à l’accabler d’autres impasses. On a dû me voir comme une fille facile mais moi, j’ai surtout cherché à recréer quelque chose. Rejouer la scène et me convaincre que ce n’était pas si désagréable. J’ai cru à ma mascarade, cru à l’idée que moi, ce que j’aimais, c’était les monstres.
Je n’ai jamais su dire non, ni penser à moi. Longtemps, j’ai véritablement cru que mon corps était un objet qu’il fallait user. Un torchon fait pour essuyer des marées de foutre et d’illusions. Tu sais, il m’arrive encore de penser que mon destin est scellé sur les trottoirs et que je pourrais tout foutre en l’air n’importe quand, mais je crois que ça a changé.
Aujourd’hui, j’ai vingt-et-un ans. Ça va faire six ans depuis, et j’ai envie de te le dire : non, tu ne m'as pas eue. Ni toi, ni les autres. Ni la mort, ni les envies de suicide, ni les tentatives, ni l’échec. La gamine que j’étais, je l’ai prise par la main pour la foutre à la porte. Je n’ai plus de temps à accorder à ce que vous m’avez fait, et mon cœur n’essaie plus de vous pardonner.
J’avance enfin. Mon existence ne s’est pas arrêtée et c’est franchement marrant de le constater. Quand je me réveille et que je me sens à peu près bien, je me surprends. Ça me révolte presque. Combat acharné qui a pris plus de la moitié de mes jours. Je ne suis peut-être pas vouée au déclin, ni condamnée à vendre mon corps. Je vais enfin bouger. Je vais partir loin de vous. Ne plus passer devant ta maison, ne plus redouter de vous croiser. Je vais vivre près de la mer et entendre les vagues me mener partout où vous ne pourrez jamais m’atteindre.
J’ai plusieurs fois écrit à votre propos. Désormais, ma plume dépeindra des miracles. Et quand je serai au sommet, j’humilierai votre condition un par un. Tout ce que vous avez tu, je le révélerai. Je vais éclore des milliers de fois. Ce sera ma vengeance.
Je regarde des photos de toi. Je n’ai même plus envie de te sauver. Gamine aux yeux d’argent ne m’attendrit plus. Je n’ai la preuve de ton existence que sur des vidéos, tes rires perdurent dans un écho lointain. Une boucle scellée et facile à ignorer. Les CD gravés prennent vite la poussière, après tout.
Je n’ai plus la force de te traîner. Tu n’as qu’à mourir, je ne te retiendrai plus. Je ne suis que ce que la vie t’a fait devenir. Un sac à merde. Des entrailles injectées de venin. Parfois, j’ai envie de te dire que je suis désolée. Peut-être que c’est en partie de ma faute. J’aurais dû prendre de meilleures décisions. Chaque infime action avait sa conséquence. Je ne m’en rendais pas compte. Il y a des choses qui étaient prévisibles. Qui ne seraient sans doute pas arrivées si je t’avais davantage protégée, mais je suis un être imparfait.
On se regarde droit dans les yeux et, soudain, je suis à genoux en espérant que tu me pardonnes. Je ne suis personne. Je n’ai rien accompli et je suis même réduite à une moitié. Je n’ai pas assez pensé à toi.
Baisers de cyanure
m’éclaboussent de bleu.
Ta semence est la rouille me suintant entre les cuisses.
Ce rapport sain à la sexualité me fascine tant. Celui que je n’ai pas, que je n’ai jamais eu et que je n’ai plus la force de chercher à avoir. Souvent, je me demande pourquoi il me faut tant lutter. Travailler sans relâche pour le minimum. Un regard de mes parents, un mot d’affection. Un signe de reconnaissance, une amitié sincère. Je suis à un âge où j’ai fini par accepter la perte. Ça ne me fait plus rien. Je n’attends plus, ni des autres, ni de la vie. C’est peut-être ça, être usée. Être un jouet cassé à l’aube de mes vingt-deux ans, ça ne m’importe même plus. Je vois la vie très clairement, désormais. Le suicide n’est pas une solution désespérée mais réfléchie parce que je ne vois aucune raison de poursuivre tout ça. Cette course effrénée contre moi-même, cette survie. Fatiguée d’être tant accablée.
C’est ça, en effet. L’épuisement. Je n’ai pas l’impression d’abandonner mais d’entendre raison, parce que je n’ai pas à supplier l’existence de m’accorder le minimum. Moi aussi, j’aimerais faire l’amour sans me sentir brisée de l’intérieur. Ne pas craindre la présence d’un homme et me sortir de la tête l’idée qu’il pourrait me tuer. J’aimerais m’accorder de l’amour, et laisser de la place à mes souhaits. Avoir des enfants sans avoir peur de les contaminer. Penser à l’avenir avec un sourire et une lueur d’espoir entre les dents, mais non. Je n’agonise même pas, je soupire simplement. Ce n’est contre personne. Il faut croire que j’en ai marre. La vie m’agace. Je ne supporte plus ce qui ne m’est pas proposé. Devoir grandir et accepter que tout est fait pour m’être arraché.
Tant pis, je me répète.
juste envie de me plaindre quelque part parce que l’enchaînement de situations merdiques me fait autant sourire que larmoyer : j’ai appris que j’étais enceinte il y a quelques jours (des heures avant mes derniers oraux de concours) mais que cette première grossesse était extra-utérine et nécessitait donc l’ablation de ma trompe gauche ! 6 échographies en 4 jours, j’ai filé au bloc opératoire après la deuxième sans avoir eu le temps de comprendre ce qu’il se passait et ai frôlé le malaise lorsque j’ai enfin réalisé que j’allais perdre une partie de moi. réveil difficile, la morphine agit à peine, j’ai déjà du mal à me réconcilier avec la sexualité après un nombre considérable de traumatismes et voilà que l’on m’arrache de moi-même lorsque j’avance enfin… à minuscules pas. sans prévenir, pendant ma seconde échographie, l’interne m’a fait entendre les battements cardiaques de l’embryon qui se développait depuis un mois et demi en moi. je comprenais pas d’où venaient tant de saignements (ils ont commencé dès le début de la grossesse) et c’est là que l’on m’a dit que ma trompe menaçait de se rompre, d’où les douleurs croissantes. c’est un fouillis incompréhensible mais j’ai en deux trois mouvements appris que j’aurais pu crever de ça, que la seule solution était de me retirer une partie de mon « appareil reproductif » et qu’il fallait faire attention à ne pas perdre mon autre (et dernière !) trompe puisque les risques d’une autre grossesse extra-utérine sont présents.
je me prépare depuis petite à me faire enlever les seins et les ovaires à cause d’une anomalie génétique mais tout s’est passé si soudainement que j’ai du mal à réaliser. merci à la vie et ses épreuves, merci de clôturer cette année d’acharnement avec un bouquet final aussi grandiose ! merci ! maintenant, finito les rapports sexuels, désolée boyfriend mais il va falloir t’y faire ! (envie de clamser, je n’ai même pas mentionné le soudain passage à l’hôpital hier, la maltraitance gynécologique, les désastres de la sncf pour mon retour à lyon étant donné que j’ai dû me faire opérer loin de tous à paris, ni le grotesque sens des priorités de ma mère, qui préfère aller faire la fête avec ses amis plutôt que venir me chercher à la gare… alors qu’elle avait dit oui)
Du feu tressaillant de ses membres résonnait l’éloge d’un sanctuaire.
Dans la fibre même de ses muscles, dans la soutenance impartiale de son regard,
on voyait qu’il cherchait seulement à s’adonner au sacré.
Revêtir l’effort puis l’écorcher,
fièrement répandre cette pellicule de nitrate
gorgée de brume et faite à l’image du soleil
… cela relevait de son devoir
Non pas sans difficulté,
il allait et venait,
faisant remuer le sable et trembler la terre.
La lutte était pataude.
Les deux garçons semblaient se noyer sous l’eau.
(Ils n’étaient même pas sûrs de faire l’amour.)
Mais chaque son incitait à recommencer.
Ils ne poursuivaient pas d’idéal,
n’avaient pas regardé de film ni suivi d’instructions,
fous de la rage qui n’éclot que dans l’instant.
Chaque baiser mourant,
faisait surgir de leurs entrailles
un besoin plus pressant que le précédent.
Pour des cœurs nouveaux,
vivre ressemblait à cela.
Il faut prier pour la bénédiction de ton regard
(pour ne pas trépasser entre tes syllabes)
Les plus fous sont ceux qui cherchent à rallumer la flamme
en se barbouillant de cendres
J’ai les lèvres encrassées,
épuisées par quelques fragments de Toi.
Mes supplications ont l’amertume du crachat mais
Ta parole est le glaive qui répand sur chaque coupure Un peu de ta semence
L’éloge de mon désir ne se fait qu’à genoux
Tu es mon Dieu et je suis l’ange vulgaire, austère,
se flagellant sous le rayon de ta faux.
J’aime tes parfums
humés jusqu’au sang
J’aime l’éclipse
se couchant sur mon dos quand tu le touches.
Un mot et je m’enivre
Il n’y a que le son de ta bouche
qui parvient à mes narines.
You tell me you dream of summer so I
dedicate you plenty of songs I
never heard on the radio.
There is a shirt that swells under your sweat,
hanging on a thin string in my backyard and
all I can feel in my heart is the wind tickling my neck
as if my very soul was swaying with it.
I want to hear more about you. I want to know
more about the sadness that tears your eyes out
of your face when you
try to look at me with the love
I can’t ever get.
(But I’m an animal and I forget everything whenever you slip inside my body.)
Because
—oh, my love, there are so many “because”.
your tongue against my tongue resembles satin bedsheets
and overflows with the roughness of a peach.
Making me crave more, more and more.
Every kiss
bursts out with liquor that seems to have fallen off a cherry tree
whereas your fingers
wire me up with
the realness of your need.
Belladonna of Sadness (1973) dir. Eiichi Yamamoto
Deleted Scene for IN THE MOOD FOR LOVE 花樣年華 (2000) — dir. Wang Kar Wai