âElle Ă©tait le plus bel exemple de la douleur illisible. Les jours oĂč elle avait la force, je l'observais peindre son visage de couleurs nacrĂ©es, s'habiller de ses vĂȘtements les plus Ă©lĂ©gants et enfiler son plus beau sourire ; Ă travers le couloir elle dispersait son rire et elle dansait jusqu'Ă en perdre l'Ă©quilibre. La faille Ă©tait peu visible. Pourtant, une dĂ©chirure dans son regard laissait entendre qu'elle avait Ă©tĂ© encore plus prĂ©sente avant. Ses yeux appelaient souvent Ă l'aide mais il Ă©tait impensable de l'approcher. Elle donnait cette impression d'ĂȘtre toujours parfaitement ordonnĂ©e, pourtant dans sa tĂȘte elle ne savait plus ranger. Elle racontait mais elle ne pleurait jamais, comme si elle faisait part d'une histoire Ă©loignĂ©e, quelque chose de lointain qui ne pouvait pas la toucher. Elle est rapidement passĂ©e de libre Ă enfermĂ©e, elle Ă©tait jeune mais se sentait condamnĂ©e, elle Ă©tait la preuve qu'en quelques secondes, tout pouvait s'effondrer. Ses gestes quotidiens lui semblaient de plus en plus lointains ; autrefois elle les prenait pour acquis, elle dĂ©ployait toute son Ă©nergie pour les accomplir fragilement aujourd'hui. Elle ne savait plus quoi dire, ne savait plus ce qui intĂ©ressait, ne savait plus trier, luttait contre ses dĂ©mons pour se lever. Elle avait perdu le manuel pour vivre, puisqu'elle survivait. J'ignorais que la limite entre confort et peur nous frĂŽlait tous les jours, j'ignorais qu'il Ă©tait si facile, pour n'importe qui, de passer de l'autre cĂŽtĂ©, de plonger dans l'obscuritĂ©, d'ĂȘtre complĂštement tĂ©tanisĂ©. Je ne sais pas si elle a perdu pied, mais jusqu'au bout, je tenterai de la sauver.â