Le sommeil (compliqué) de notre fille...
Allez, on va attaquer ce premier article, en plongeant dans le vif du sujet, en prenant ce que je vis au quotidien le soir, et mĂȘme la journĂ©e avec ma fille, Ă chaque fois quâelle tente de sâendormir.
Je vais poser ici une question (allez, dont je ne me cache pas avoir la réponse au fond de moi), qui ouvrira le débat je pense :
Est-ce le droit chemin, que de coucher ma fille de 10 mois dans sa chambre, en la contraignant Ă sâendormir, -parce quâelle est fatiguĂ©e, je prĂ©cise- ; chambre dans laquelle elle se rĂ©veille la nuit, une fois, trois fois, jusquâĂ six fois, en nage, dĂ©semparĂ©e, parfois tout en cauchemardant Ă moitiĂ© endormie, difficile Ă calmer?
Et bien tout le problĂšme est lĂ pour moi. Oui câest ce genre de cheminement, dââapprentissageâ du sommeil solitaire, mĂȘme dirons certains, qui est acceptable dans notre sociĂ©tĂ© moderne, pour nos bĂ©bĂ©s. Acceptable pour qui? Pour la clique du corps mĂ©dical, qui ne me semble pas toujours bien informĂ©e sur comment fonctionne le cerveau du bĂ©bĂ©, et ses besoins des premiers mois de vie. Acceptable pour les anciennes gĂ©nĂ©rations et pour les plus jeunes qui ont suivis ce qui est le bon chemin pour eux, sous lâinfluence de certaines personnes ou par choix personnels.
AprĂšs avoir passĂ© dix mois maintenant Ă Ă©prouver ce que câest que dâĂȘtre maman, une maman se voulant ĂȘtre bien-veillante, Ă lâĂ©coute des besoins de son bĂ©bĂ©...aprĂšs avoir passĂ© dix mois Ă ressentir cet instinct maternel couler dans mes veines ; lâĂ©coutant parfois. Le refoulant dâautres fois, en Ă©coutant les conseils de mon conjoint se voulant bien-veillant lui aussi, et me faisant prendre un chemin oĂč on voit plus loin pour le bĂ©bĂ©, en pensant Ă oĂč il devra en ĂȘtre dans quelques temps ; en pensant Ă son autonomie, Ă son entrĂ©e future en crĂšche, au dodo qui devra ĂȘtre solitaire... Je peux vous dire que non, Ă mes yeux, ce nâest pas plus acceptable pour moi dâavoir le sentiment quotidien dâaller contre ma fille, dâavoir loupĂ© quelque chose avec elle, quand je lui demande dâessayer de sâendormir dans sa chambre, pour dormir seule.
Pourtant, avec son pĂšre on a essayĂ© de faire au mieux, de chercher Ă la comprendre, de lui apporter ce dont elle avait besoin. Quâest ce quâon a pu la bercer, pour quâelle arrive Ă sâendormir. Et je ne compte plus les fois oĂč elle a pu dormir sur nous. Elle a dormi en cododo, elle a Ă©tait allaitĂ©e jusquâĂ six mois et câest elle qui a dĂ©cidĂ© de sauter des tĂ©tĂ©s, elle a beaucoup Ă©tĂ© portĂ©e en Ă©charpe. on a quasiment toujours suivi son rythme...
Certains nous diraient, câest du caprice, vous avez fait tout ce que vous pouviez. MĂȘme, vous avez certainement trop fait, trop donnĂ©. Elle sâest habituĂ©e...Il faut lui apprendre Ă rester seule. Laisser la pleurer un peu. Nây allez pas de suite...
Il me semble au contraire, quâelle avait besoin dâĂȘtre encore plus sĂ©curisĂ©e, de dormir avec nous, de rester dans notre chambre, dans notre lit. DâĂȘtre plus portĂ©e. Je pense que les fois oĂč on sâest Ă©coutĂ©s un peu plus quâon ne lâĂ©coutait elle, cela lâa beaucoup destabilisĂ©e. Je pense notamment à ces fois oĂč on a voulu quâelle reste dans son cododo pour dormir, alors quâelle avait clairement besoin dâautre chose, Ă cette fois oĂč je lâai passĂ©e dans sa chambre. Quand je repense Ă ces situations, avec tout lâamour que jâai pour elle, jâen suis maintenant malade. Je me demande comment jâai pu faire ces choix lĂ .
Lorsque notre fille est arrivĂ©e dans notre vie, naturellement, jour aprĂšs jour, je me donnais corps et Ăąme pour elle. Et les fois oĂč je ne me suis pas Ă©coutĂ©e et que je lâai du coup encore moins Ă©coutĂ©e, je me suis cruellement Ă©loignĂ©e de ce dont nous avions besoin toutes les deux. Et je crois que nous avons, mon conjoint et moi bien envenimĂ© la situation en pensant, quand on en pouvait plus : âça suffit elle ne va pas toujours dormir sur nous, ou en Ă©charpe, ou elle ne doit pas sâendormir au sein...ça suffit son comportementâ etc. Mais quel comportement? Un bĂ©bĂ© nâexprime que ses besoins naturels. Pas de caprice.
Je crois que si je mâĂ©tais laissĂ©e aller Ă mon instinct, totalement, on en serait pas lĂ aujourdâhui ; dans un rapport conflictuel pour le dodo, avec un bĂ©bĂ© luttant encore et toujours pour ne pas dormir. Je dis bien je crois. Car trĂšs dur dâĂȘtre sĂ»re. Entre les fois oĂč je mâen veux de ne pas avoir rĂ©ussi Ă taper dans le mille par rapport Ă ce dont elle avait besoin et les fois oĂč je me demande si jâai eu tord en lui donnant encore et toujours plus, en ne mettant pas un cadre strict...Je suis perdue.
Finalement, pour rĂ©pondre au titre...Sommeil (compliquĂ©), oui...mais compliquĂ© parce que je nâai pas fait tout le temps au plus naturel, au plus Ă©vident, me dis-je. Il y a quelques mois de ça, alors quâon me demandait si ma fille faisait ses nuits... Je rĂ©pondais que oui...Elle ne se rĂ©veillait jamais totalement, tĂ©tait et se rendormait... Jâaurais aimĂ© ĂȘtre que dans la douceur. Lui donner pas forcĂ©ment plus, parce que quâest ce que je donne de moi! Mais mieux, de façon plus juste.
Quand je repense Ă ce que je mâempĂȘchais de faire alors quâelle nâavait que quatre mois, quâun mois mĂȘme, pour ne pas trop lâhabituer...Et quand je vois comment je peux ĂȘtre encore avec elle alors quâelle va sur ses un an. Tout ce que je voulais lui donner ce nâĂ©tait que de lâamour et de la sĂ©curitĂ©. Je me sens mal et je me sens faible de ne pas nous avoir plus Ă©coutĂ©e.
Plus je lis des Ă©cris sur le maternage proximal, plus je me rends compte que je ne suis pas dingue, que tout ce que jâai dans la tĂȘte, dans le cĆur et dans les tripes va de soit. Certes, câest tout autre chose que de faire le choix que de materner Ă ce point, plutĂŽt que de laisser pleurer bĂ©bĂ©, de tout faire pour quâil ne sâhabitue Ă rien, etc...Mais sans y avoir pensĂ© avant lâarrivĂ©e de notre fille, ĂȘtre parent, câest ça pour moi : se donner. Et nâoublions pas, entres autres rĂ©flexions, le bĂ©bĂ© a passĂ© 9 mois dans un nid douillĂ©, dans sa mĂšre, ne connaissant rien de lâextĂ©rieur...Et nous sommes les adultes, Ă nous de nous raisonner, pas lâinverse,...Et on a jamais vu un ado Ă la sortie du collĂšge venir tĂ©ter sa mĂšre, bien quâil ai profitĂ© dâun allaitement long... Pour finir sur une petite touche dâhumour.
Je veux bien des retours de mamans pratiquant le maternage proximal, notamment sur lâĂ©volution au fil des mois de leur relation avec leur bĂ©bĂ© et lâautonomie prise par ce dernier.
Merci.













