Le Conte de Noël        par Mimi Gwastell
Cette annĂ©e, Mimi Gwastell vous raconte un joli conte de NoĂ«l. Une histoire comme on les aime, pleine dâaventures, de surprises et de tendresse : un bel hommage Ă la PĂątisserie de Voyage !
Entre la Bretagne et les gĂąteaux de voyage, câest une vieille histoire. Lorsque les marins partaient pour des courses lointaines, ne prenaient-ils pas avec eux Ă cĂŽtĂ© des indispensables vivres quelques douceurs leur faisant goĂ»ter le plus longtemps possible aux saveurs de la maison ? Entre la Bretagne et les Ă©pices, câest Ă©galement une vieille histoire. Moins connue mais aussi passionnante.  Au 17Ăšme et 18Ăšme siĂšcles,  les bateaux de la Compagnie des Indes orientales partaient de Lorient pour aller chercher Ă PondichĂ©ry, Chandernagor, Yanaon, Karikal ou MahĂ©  du poivre noir, du gingembre, de la cannelle et tant dâautres produits aromatiques. Et derriĂšre cette « route des Ă©pices », que dâaventures pour ces hommes embarquĂ©s pour plusieurs mois, voire des annĂ©es !
A bord du « Florissant », un bĂątiment de 600 tonneaux,  lâexpĂ©dition avait Ă©tĂ© particuliĂšrement longue avec une escale Ă lâĂźle Bourbon aprĂšs avoir dĂ©mĂątĂ© au  cap de Bonne espĂ©rance et une autre au YĂ©men pour laisser passer la mousson, mais, passĂ©e Cadix,  de forts vents de sud-ouest allaient permettre Ă lâĂ©quipage de passer Ă terre le prochain NoĂ«l 1711. Iwan, lâun des mousses, en rĂȘvait le soir Ă la coupĂ©e. Il lui semblait que les embruns dessinaient au loin les flammes de lâĂątre quand le soleil des tropiques fondait dans lâocĂ©an.
 Et voici, en cette soirĂ©e de NoĂ«l, la maison basse protĂ©gĂ©e du vent  par des sapins centenaires.  Quelques coups sur la porte. Les meubles de bois alignĂ©s contre le mur. Sa mĂšre seule devant la cheminĂ©e.  La chaleur du feu. Les larmes de joie. Puis,  soudainement, la honte. Elle ne lâattendait pas ! Il Ă©tait parti depuis si longtemps. Elle nâa rien prĂ©parĂ© pour NoĂ«l, cette nuit devant ĂȘtre comme lâan passĂ© celle de lâabsence.  Elle a bien quelques ingrĂ©dients dans le garde-manger mais ni les pruneaux, ni lâanis, indispensables  au traditionnel gĂąteau que lâon faisait pour la NativitĂ© dans le pays de Languidic.
Quâimporte ! On raconte quâ Iwan sortit alors de son sac de toile quelques trĂ©sors quâil a ramenĂ© de son voyage : des bĂątonnets de cannelle, des racines de gingembre, des grains de poivre noir venus des comptoirs indiens ; des amandes, des raisins secs  et des graines de coriandre venues dâAndalousie. On raconte aussi quâavec quelques Ćufs, du sucre, du miel (et beaucoup de tendresse), sa mĂšre composa en cette nuit de NoĂ«l une pĂątisserie si moelleuse, Ă la croĂ»te si craquante et aux goĂ»ts si subtils que sa renommĂ©e est venue jusquâĂ nous. Nous avons reconstituĂ© la recette pour votre plus grand plaisir !