La popularisation de lâachat de vĂȘtements de seconde main devient-elle un problĂšme?
La friperie comme on en entend de plus en plus parler est âun commerce de dĂ©tail qui vend des vĂȘtements d'occasion, les fripes (de l'ancien français frepe, « chiffon », issu du bas latin faluppa, « fibre, petite chose sans valeur »).â
Lâessor relativement rĂ©cent de ces commerces, câest aussi lâessor du marchĂ© du vĂȘtement dâoccasion, qui est aujourdâhui Ă©valuĂ© Ă plus dâun milliard dâeuros par Lâinstitut Francais de la Mode. Ce mĂȘme institut estime que les français-e-s achĂštent de moins en moins de vĂȘtements neufs et que prĂšs dâun-e français-e-s sur trois achĂštent rĂ©guliĂšrement des vĂȘtements de seconde main.
Aussi, selon Monique large, âLes jeunes gĂ©nĂ©rations ont moins de rĂ©ticences Ă acheter des choses dĂ©jĂ portĂ©esâ, idĂ©e renforcĂ©e par une Ă©tude de ThredUp qui met en avant que les millennials (selon les sociologues amĂ©ricains William Strauss et Neil Howe, ces derniers reprĂ©sentent l'ensemble des personnes nĂ©es entre 1985 et l'an 2005) reprĂ©sentent 33 % du total de consommateurs de seconde main et ils sont 37% de plus quâil y a deux ans. Les 18-24 ans, eux, composent 16% du total et sont, par rapport Ă 2017, de 46% plus nombreux.
Tout en ayant en tĂȘte lâimportant poids des contenus multimĂ©dias des influenceurs sur les choix de consommations des nouvelles gĂ©nĂ©rations, nous pouvons nous demander si lâessor de contenu qui met en avant la seconde main et lâachat de vĂȘtements dans des friperies (que ce soit dans des boutiques rĂ©elles ou virtuelles) a un impact sur le marchĂ© de la seconde main.
Est ce que lâessor de contenu sur les rĂ©seaux sociaux sur lâachat de vĂȘtements de secondes mains Ă un impact nĂ©gatif sur les friperies dont un des buts premier est de donner accĂšs Ă des produits de premiĂšre nĂ©cessitĂ© Ă des personnes qui en auraient besoin? Autrement dit, cet essor du marchĂ© de la seconde main mĂšne t-il a une forme de gentrification de ce marchĂ©, qui empĂȘcherait son accĂšs aux personnes qui en auraient besoin?
Histoire de la friperie
Pour faire un rapide tour dâhorizon de lâhistoire de la friperie, un marchĂ© de la fripe existait dĂ©jĂ au Moyen Age et semblait ĂȘtre un moteur important de la mode. Les fripiers possĂ©daient des boutiques ou Ă©taient des marchands ambulants et porter des fripes nâĂ©tait pas toujours synonyme de prĂ©caritĂ©, au 15Ăšme, on ornait les bords des vĂȘtements de freppes, des bandes de tissus dĂ©coupĂ©es. Ă partir du 19Ăšme et notamment entre 1809 et 1811, les carreaux du Temple Ă paris constituent le marchĂ© aux vieux linges divisĂ©s en plusieurs secteurs en fonction de ce qui y est vendu. AprĂšs lâessor des Grands Magasins sous la troisiĂšme RĂ©publique qui permet de possĂ©der du neuf pour moins cher ainsi quâavec lâessor de l'hygiĂ©nisme, les revendeurs des carrĂ©s du Temple sont dĂ©laissĂ©s.
Anonyme, A la teÌte noire, Pavie, marchand fripier, impression sur carton, vers 1820, Paris, musĂ©e Carnavalet
(un podcast ici trÚs détaillé sur le marché de la fripe au 19Úme et 20Úme, durée: 1h20, https://www.ifmparis.fr/fr/podcasts/le-marche-de-la-fripe-aux-xixe-et-xxe-siecles)
Essor du marché de la seconde main
PrĂšs de 100 milliard de vĂȘtements sont vendus dans le monde et la production Ă doublĂ© entre 2000 et 2014. On consomme quatre fois plus vĂȘtement quâil y a trente ans et 2.5 milliards de piĂšces sont mise en vente en France sur le marchĂ© ce qui reprĂ©sente environ 600 000 tonnes. Pour autant, plus de 55% des Français-e-s rapportent leurs produits textiles Ă des associations (Emmaus, La Croix Rouge, Le Secours PopulaireâŠ). En 2016, en France, prĂšs de 210 000 tonnes de textiles et chaussures usagĂ©s ont Ă©tĂ© collectĂ©es et triĂ©es contre 90 000 en 2009. Impossible donc de nier le changement d'habitude en cours quant aux achats de vĂȘtements.
La mode de maniĂšre gĂ©nĂ©rale remet aussi Ă lâhonneur de nombreuses tendances dâune mode passĂ©e et permet notamment ces derniĂšres annĂ©es dâaugmenter la volontĂ© de possĂ©der une piĂšce unique, ou presque: âLe vintage est un marqueur fort. Ces piĂšces rendent uniques les gens qui les portentâ explique Marine Martinetti dans un article des Echos. Ces derniĂšres annĂ©es font une belle part Ă la volontĂ© de possĂ©der quelque chose d'unique et de propre Ă soi. Le plaisir de chercher ( et de trouver!) la piĂšce que l'on souhaite autre part que dans un magasin de fast-fashion ultra normĂ© et codifiĂ© est l'argument, aprĂšs l'argument Ă©conomique, qui est le plus citĂ© quant au choix de ne se fournir en vĂȘtement qu'en friperies et lieux dâachats de seconde main. Le sac Baguette de Fendi, lancĂ© en 1997, par exemple a donnĂ© d'autant plus d'intĂ©rĂȘt aux plateformes de seconde main virtuelles et a fait passĂ© le sac de 150⏠sur les sites de seconde main il y a trois ans Ă un prix qui tourne aujourd'hui entre 300⏠et 400âŹ. Le Timeless a lui aussi vu son prix prendre prĂšs de 20% en deux ans. Bref, le rapport au vintage, Ă l'unique et donc l'intĂ©rĂȘt portĂ© aux friperies se trouve dans une certaine mesure particuliĂšrement liĂ© Ă une forme de contestation de l'industrie de la fast-fashion. Entrer dans un Zara ou un H&M ne semble plus provoquer chez les acheteureuses des sensations de dĂ©couvertes. La friperie, bien qu'elle l'ai toujours Ă©tĂ©, devient un lieu de contestation, consciente ou non, dans lesquels on refuse dans une certaine mesure de rentrer dans les moules stylistiques imposĂ©s par la fast-fashion. Contestation qui promet des avantages Ă©cologiques et Ă©conomiques, la friperie et plus gĂ©nĂ©ralement le marchĂ© de la seconde main, sĂ©duit de plus en plus et semble s'imposer comme un marchĂ© majeur pour les annĂ©es Ă venir.
Aussi, plusieurs Ă©tudes mettent en avant que prĂšs de 34% de français-e-s rapportent les vĂȘtements auprĂšs de services dâentreprises privĂ©s, tel celui que propose H&M. La multinationale explique sur son site: âDĂ©posez votre sac de vĂȘtements dont vous ne voulez plus dans la boĂźte de recyclage de votre magasin local. Nous acceptons tous les articles textiles â de toutes marques et dans tous les Ă©tats â mĂȘme des chaussettes dĂ©pareillĂ©es, des t-shirts usĂ©s et des vieux draps. Ces articles sont ensuite expĂ©diĂ©s vers l'usine de recyclage la plus proche oĂč ils sont triĂ©s Ă la main. Pour chaque sac d'articles textiles dĂ©posĂ©, vous recevez un bon pour un nouvel achat.â En proposant une telle initiative, la marque tend Ă mettre en avant son positionnement sur ce nouveau marchĂ©. Elle a aussi, en 2017, investit 2 millions dâeuros dans la plateforme de revente en ligne suĂ©doise Sellpy avant dâen acquĂ©rir en 2019, 70% du capital.
Cette marque nâest pas la seule Ă surfer sur lâessor de la seconde main, Patagonia ouvre par exemple un pop-up store de vĂȘtements de seconde main dans le Colorado ou bien CamaĂŻeu propose en 2018 un vide dressing en ligne et Zalando tend Ă sây mettre ces derniers mois. Les marques redorent leurs blasons grĂące Ă ce marchĂ© et semblent lâintĂ©grer Ă leurs stratĂ©gies sur le long terme. Cela pose Ă©videmment la question de la sincĂ©ritĂ© des dĂ©marches de ces grandes firmes, qui constituent pourtant le second secteur le plus polluant dans le monde. Est-ce Ă©thique de fĂ©liciter ces entreprises pour ce quâelles font alors mĂȘme quâelles sont responsables dâinnombrables dĂ©gĂąts sociaux et environnementaux? Tout marchĂ© de la seconde main est-il absolument Ă©thique par le simple fait qu'il propose de mettre en place ce qui pourrait s'apparenter Ă une forme d'Ă©conomie "circulaire" ? Devons nous nous en satisfaire, nous dire que c'est mieux que rien ? Il est absolument nĂ©cessaire de garder un esprit particuliĂšrement critique quant Ă ces dĂ©marches.
Il faut cependant admettre que si mĂȘme les grandes firmes reines du Greenwashing se mettent Ă la seconde main, c'est que le travail effectuĂ© en amont dans le changement de conscience est Ă©norme.
Esthétisation de la pauvreté et friperies
On peut se demander si deux thĂšmes sous-jacents ne portent pas cet essor de lâachat de seconde main: l'esthĂ©tisation de la pauvretĂ© dans la mode de maniĂšre gĂ©nĂ©rale ainsi que la gentrification de la friperie en tant quâespace physique.
Dans quelle mesure lâesthĂ©tisation de la pauvretĂ©, tendance qui se retrouve particuliĂšrement dans la mode de ces vingts derniĂšres annĂ©es, a un impact direct sur le marchĂ© de la seconde main?
Pour partir dâun exemple plutĂŽt marquant, la marque Neith Nyer organise son dĂ©fiĂ© automne-hiver 2017-2018 lors de la fashion week dans un magasin Guerrisol Ă Paris, une des friperies la moins chĂšre de Paris. Cette idĂ©e que lâespace de la friperie devient lieu dâexpression artistique va de paire avec lâidĂ©e que câest un espace qui se transforme. La mode en vient donc parfois Ă jouer avec les limites Ă©thiques et viennent Ă crĂ©er une forme dâesthĂ©tisation de la pauvretĂ©. Le dĂ©filĂ© de John Galliano, rĂ©sumĂ© par le terme âhomeless-chicâ en 2000 fait particuliĂšrement parler de lui.
Capture d'écran, instagram @neithyer
Impossible de nier la maniĂšre dont lâethos populaire rĂ©sonne de maniĂšre particuliĂšrement forte dans certaines tranches de la population, alors que la mode initiĂ©e par John Galliano reprend du poids ces derniĂšres annĂ©es.
Lâappel de la mode du âmocheâ, revalorise des objets courants dâun certain ethos populaire et se les rĂ©approprient. Lâexemple du sac Tati en vichy rose et blanc repris entre autre par Balenciaga est tout Ă fait parlant. Demna Gvasalia, directeur artistique de cette maison, propose pour la collection automne-hiver 2016-2017, son cabas quâil appelle âRefugees Bagâ, trĂšs clair rĂ©fĂ©rence au sac Tati. Ce dernier se vend plus de 1500 euros.
La revalorisation de ce qui Ă©tait considĂ©rĂ© comme moche par les classes bourgeoises consommatrices des marques de luxe propose une nouvelle vision Ă©videmment complĂštement fausse de ce quâest Ă leur yeux la prĂ©caritĂ©. Lâenseigne Tati, créée en 1948, est en effet une des premiĂšres chaĂźnes de magasins Ă proposer des prix trĂšs bas sur le marchĂ© du textile.
Se réapproprier des codes, des habitudes, des objets, envers lesquelles cette classe qui les reprend pour son compte était particuliÚrement méprisante est tout à fait symptomatique de cette esthétisation de la précarité.
Il en va de mĂȘme pour les crocs, reprisent elles aussi par Balenciaga rĂ©cemment, qui se sont retrouvĂ©es trĂšs rapidement en rupture de stocks et qui Ă©taient vendues pour environ 600 euros. Le moche devient beau et acceptable Ă la minute oĂč la bourgeoisie sâen empare, dans le fond, ils renvoient le message que rien de bourgeois nâest moche et ce mĂȘme lorsque ces objets Ă©taient moquĂ©s et tournĂ©s en dĂ©rision il y a dix ou vingt ans.
Capture d'écran, site internet Balenciaga
DĂšs lors comment pouvons nous lier cette esthĂ©tisation de lâethos populaire, cette gloire du ânĂ©o-pauvreâ pour reprendre les mots du Magazine Antidote, au changement direct des marchĂ©s physique de la seconde main?
Peut-on admettre que le phĂ©nomĂšne de mode qui entoure la friperie et le marchĂ© de la seconde main est un phĂ©nomĂšne de gentrification? Originairement, la gentrification est un phĂ©nomĂšne observĂ© dans le domaine de la gĂ©ographie et reprĂ©sente âles transformations de quartiers populaires dues Ă lâarrivĂ©e de catĂ©gories sociales plus favorisĂ©es, qui rĂ©habilitent certains logements et importent des modes de vie et de consommations diffĂ©rentsâ. Par analogie, on peut peut ĂȘtre considĂ©rer que le phĂ©nomĂšne de mode qui entoure le marchĂ© de la seconde main et donc qui entoure aussi les friperies amĂšne dans ses derniĂšres une population nouvelle qui nâĂ©tait pas la population qui y venait il y a une dizaine dâannĂ©e.
Quand une nouvelle population arrive dans un lieu, il est Ă©vident quâelle apporte avec elle de nouvelles maniĂšres de faire et de nouvelles idĂ©es. Ainsi, on peut se demander si cette nouvelle population qui afflue aujourdâhui dans ces lieux de vente de seconde main transforme les lieux et les habitudes de ventes de ces derniers.
Comment expliquer lâinvasion des classes plus aisĂ©s des lieux de revente peu cher de seconde main? Alice Pfieffer, ancienne rĂ©dactrice en chef de Antidote explique Ă Slate que la friperie «c'est un phĂ©nomĂšne de safari oĂč les gens veulent, un court moment, vivre une expĂ©rience populaire.» LâidĂ©e de lâexpĂ©rience est une notion centrale pour analyser lâĂ©volution du rapport entre territoire du magasin de seconde main et la population qui sây rend. De trĂšs nombreux articles font lâĂ©loge de âlâexpĂ©rienceâ que permet lâachat de vĂȘtements en friperies. LâidĂ©e de âfouillerâ dans un grand bac, de âchercherâ un vĂȘtement, dâĂ©ventuellement ne pas le trouver, devient un jeu, un plaisir et un divertissement. Or, on rĂ©alise bien quâil nây a pas quâune seule expĂ©rience du magasin de seconde main et dâailleurs, ces derniers nâont pas une forme unique.
Les populations des friperies dĂ©pendent en partie de la friperie elle mĂȘme. Le magasin sur les pentes de la croix rousse Ă Lyon, ou les friperies qui se sont dĂ©veloppĂ©es trĂšs rapidement comme la marque Kiloshop par exemple n'accueillent pas toujours la mĂȘme population que les associations caritatives telles que la croix rouge, ou EmmaĂŒs. Pourtant, ces derniers lieux de ventes ne sont pas exclus dâune forme de transformation.
Par exemple, Kiloshop, de part ses prix, présent dans Angers, Lille, Nantes, Nice, Paris, Tours, Le Mans, Brest, exclut nécessairement une partie de la population.
De mĂȘme, lâapparition ces derniĂšres annĂ©es, de magasins de seconde main Ă thĂšme, dont les prix Ă©levĂ©s sont en parti justifiĂ© par lâeffort de tri, de mise en avant des vĂȘtements, de classement par taille ou par couleur, excluent eux aussi de facto certaines populations.
Mais au delĂ dâune question purement sĂ©miologique, autrement dit au delĂ dâune interrogation qui viendrait questionner le terme de friperie pour ce genre de lieux de ventes, il y a quelque chose autour de ces nouvelles friperies qui posent problĂšme: elles se fournissent dans les mĂȘmes lieux que dâautres friperies qui maintiennent leurs prix abordables et elles capitalisent ce qui peut ĂȘtre ne devrait pas lâĂȘtre. Le droit Ă des vĂȘtements dĂ©cents, pour toustes, Ă toutes les tailles, pour toutes les saisons se revoit largement remis en question par la capitalisation des vĂȘtements de seconde main.
Internet et contenus multimédias
On a beaucoup parlĂ© de marchĂ© physique, mais quâen est-il du marchĂ© dĂ©matĂ©rialisĂ©? Le marchĂ© de la seconde main sâest structurĂ© sur internet trĂšs rapidement, entre autre grĂące Ă des plateformes de revente en ligne, dont Vinted avec 12.5 millions de membres en France. Le marchĂ© de la seconde main sâest donc aussi dĂ©veloppĂ© grĂące Ă ces-dites plateformes. En revanche, dans quelle mesure le contenu multimĂ©dia disponible sur internet et plus prĂ©cisĂ©ment sur les rĂ©seaux sociaux, en dĂ©veloppant ce rapport nouveau Ă la seconde main, a aussi participer de cette gentrification du marchĂ© de la seconde main?
Autrement dit, lâessor de vidĂ©os Youtube, de Tiktok, de personnes spĂ©cialisĂ©es dans la crĂ©ation de vidĂ©os sur les vĂȘtements dâoccasion, nâest-il pas un des facteurs de la transformation du marchĂ©? En effet, il est aisĂ© de constater, dans les tendances Youtube par exemple, que le nombre de vidĂ©os sur le sujet ne cesse dâaugmenter.
Via youtube
Ăvidemment, cet essor rĂ©pond sĂ»rement Ă un besoin et Ă une prise de conscience des enjeux Ă©cologiques dâabord ainsi que des enjeux de surconsommation et propose sans aucun doute des alternatives particuliĂšrement intĂ©ressantes. CrĂ©ativement parlant, on ne compte plus le nombre de vidĂ©os qui expliquent comment remettre un jean Ă sa taille, comment transformer une chemise en haut ou comment on nettoie des tĂąches sur une veste. Au delĂ de ces vidĂ©os explicatives, on ne compte plus non plus le nombre de vidĂ©os qui donnent des conseils sur les friperies les moins chers, les plus rentables, les plus originalesâŠ
Lâinfluence des contenus multimĂ©dias de maniĂšre gĂ©nĂ©rale nâest plus Ă prouver, ce genre de contenu attire, pour le meilleur, si lâon considĂšre que cela permet de proposer des alternatives Ă la fast-fashion, mais aussi Ă©videmment pour le pire.
C'est aussi reprĂ©sentatif de la maniĂšre dont les vĂȘtements, mĂȘme de seconde main sont consommĂ©s. Est-ce rĂ©ellement plus durable de surconsommer des vĂȘtements en friperie? Vouloir trouver toujours plus beau ou plus original pour toujours moins cher est sans doute un des facteurs expliquant le nombre de vidĂ©os toujours croissant de crĂ©ateurices de contenus collectionnant les vĂȘtements dits âvintageâ, en les accumulant.
En rĂ©alitĂ©, et ce surtout dans les grandes villes, les associations caritatives de reventes de vĂȘtements croulent sous les dons, le problĂšme est moins de devoir laisser ces vĂȘtements aux personnes qui en ont besoin que de reconsidĂ©rer la maniĂšre de consommer des vĂȘtements. Au delĂ de lâaspect esthĂ©tique, avons nous rĂ©ellement besoin de vingt manteaux pour lâhiver?
Est ce rĂ©ellement plus Ă©thique dâacheter des vĂȘtements dont nous nâavons pas rĂ©ellement besoin puis de les revendre ensuite car finalement, nous en avons trop?
Cette dĂ©marche nâexclut Ă©videmment pas lâidĂ©e de se faire plaisir, dâavoir de beaux vĂȘtements dans lesquels on se sent bien mais permet plutĂŽt de se demander si il est rĂ©ellement nĂ©cessaire de possĂ©der un pull de chaque couleur et dâavoir tous les manteaux assortis. La surconsommation de vĂȘtements de seconde main nâest Ă©videmment pas durable, comme toute forme de surconsommation et ce, mĂȘme si elle reste moins pire que les autres.
De plus, la revente des achats sur des plateformes internet mĂšnent invariablement Ă une forme de gentrification, comment peut on accepter âprofiterâ des bas prix des associations caritatives sans rendre la pareil. Ces derniĂšres fonctionnant sur le systĂšme des dons, il paraĂźt presque incohĂ©rent de ne pas donner la pareille?
Revendre sur Vinted, lorsque lâon pas nĂ©cessairement besoin de cet argent, en donnant Ă©videmment une commission Ă la plateforme, tout en profitant du systĂšme de dons qui soutient le marchĂ© de la seconde main, câest aussi ĂȘtre un acteur de cette gentrification. Loin de moi lâidĂ©e de remettre en question lâutilisation de Vinted pour les personnes qui en ont besoin et de leur faire porter le chapeau pour un mouvement qui les dĂ©passe trĂšs largement. En revanche, voir des crĂ©ateurices de contenus, qui de toute Ă©vidence ne sont pas Ă dix euros prĂšs, faire des vides dressing sur le Leboncoin ou sur Vinted tout en profitant des prix encore trĂšs bas dans certaines associations en adoptant un pseudo discours Ă©cologique et Ă©thique paraĂźt presque incohĂ©rent.
Alors que les prix des friperies ne cessent dâaugmenter rĂ©pondant Ă©videmment Ă la loi de la demande, ces lieux se ferment Ă une partie de la population, qui elle, nâest pas Ă la recherche dâun Ă©niĂšme Levis 501.
Via youtube
Depop et Tiktok
La condensation du problÚme est particuliÚrement parlante sur Tiktok avec, non seulement de nombreux utilisateurs qui filment leurs (trÚs gros) achats de seconde main en vidéo mais aussi des utilisateurs qui utilisent leur plateforme Tiktok pour faire connaßtre leur compte Depop, équivalent anglophone de Vinted.
La volontĂ© de viser les utilisateurs directement qui produisent ce genre de contenu et dâen faire une affaire personnelle est loin dâĂȘtre la mienne, il faut simplement considĂ©rer que ces vidĂ©os restent une figuration intĂ©ressante du problĂšme de la surconsommation des marchĂ©s de seconde main, menant inĂ©vitablement Ă une forme de gentrification des lieux de ventes physiques de ces derniers.
En effet, les vĂȘtements proposĂ©s sur les comptes de revente sont achetĂ©s directement dans les magasins de seconde main. Nombre dâentre eux en font une activitĂ© particuliĂšrement rentable, en achetant une jupe par exemple 4 dollars et en la revendant 65 comme sur les captures dâĂ©crans. Ce nâest pas un cas isolĂ©, et on retrouve sur les hashtags recensant ces vidĂ©os prĂšs de 5 millions de vidĂ©os.
Il apparaĂźt Ă©vident quâun phĂ©nomĂšne de mode entoure le marchĂ© de la seconde main. Ce dernier se retrouve pris dâassaut par une population qui nâa pas besoin de revendre un vĂȘtement 5 fois le pris quâelle lâa achetĂ©.
Via tiktok, capture d'écran Twitter
La mode dâavoir une piĂšce unique et lâimportance des contenus multimĂ©dias dans la crĂ©ation dâune mode vont de paire. Evidemment, si les âtrendsâ tiktok vont dans le sens de la consommation excessives de piĂšces provenant du marchĂ© de la seconde main, câest encore une fois que la prise de conscience entourant la consommation et notre maniĂšre dâhabiller, mais encore une fois, il est impossible de sâen satisfaire.
Il paraĂźt compliquer de rĂ©gler un problĂšme dâordre capitaliste en reproduisant des schĂ©mas capitalistes. Comment se dĂ©faire alors, de toute maniĂšre de penser qui va dans ce sens? Comment empĂȘcher de se faire reproduire un schĂ©ma qui entrainerait un consommation sans Ă©thique dans un marchĂ© qui se dĂ©crit comme tel? Il existe Ă©videmment un grand nombre de contenu sur la couture, notamment, permettant de rĂ©utiliser des vĂȘtements que nous avons dĂ©jĂ pour en faire de nouveaux, mais est ce rĂ©ellement suffisant?
Trouver un nouveau moyen de consommer, ou plutĂŽt de dĂ©-consommer, semble, dans les grandes lignes, pouvoir se rĂ©sumer Ă la question, âde quoi avons nous rĂ©ellement besoin?â
Sources:
-https://magazineantidote.com/mode/la-gloire-du-neo-pauvre/
-https://www.grazia.fr/mode/fashion-saga-l-histoire-de-l-imprime-tati-635680#img4
- https://www.toutestpolitique.fr/2020/01/02/discours-mode-ecologie/
-https://www.telos-eu.com/fr/societe/la-sublimation-de-lethos-populaire-dans-les-quarti.html
-https://www.lesechos.fr/industrie-services/mode-luxe/le-cours-du-vintage-en-plein-essor-sur-le-marche-de-loccasion-1124498
-https://www.ifmparis.fr/fr/podcasts/le-marche-de-la-fripe-aux-xixe-et-xxe-siecles
-http://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/gentrification












