Photographe : Mustapha Sellali
Elle : Mus, je veux partir. Machi m3icha. T’sais, Alger la blanche colombe, leur bla bla poétique, je n’y crois plus vraiment. Alger, c’est un train fantôme, tu longes ses rues, les monstres surgissent et tu dois attendre la fin de l’attraction pour reprendre ta respiration. Inspire, expire, Alger te regarde. Mus, tu me connais, je ne me plains pas souvent, mais je t’assure qu’Alger m’étouffe. Tu ne sens pas un regard constant braqué sur toi ? Tu vas dire que je suis parano, mais je ne le suis pas, tu le sais, toi aussi,tu le sens. Tout m’agace, la saleté, les meutes d’obsédés , les chichis, la pauvreté, les Klaxons, les terrasses réservées aux hommes, les potins des filles sorties de la fac centrale, les gouttes d’eau, échappées des climatiseurs qui coulent sur nos têtes. T’sais de quoi je veux parler Mus . Ça m’ennuie, je suffoque. Inspire, expire, Alger te regarde. Je deviens folle à lier, je ne supporte plus tout ce monde qui aspire le soleil d’Alger ,qui tue Alger de froid. Tu entends ce vacarme ? C’est le vacarme qui vient du néant, c’est le brouhaha des désoeuvrés. Mus, fais-les taire ou laisse-moi partir. Mus… Inspire, expire, Alger… Mus, tu marches trop vite. Où vas-tu Mus? Tu es comme eux, hein? Tu ne me comprends pas ? Tu m’abandonnes ? Tu sais bien que j’aime Alger, mais l’amour ne me suffit plus, les sentiments se sont allés , avec eux, ma patience! Alger n’est plus pour moi, qu’un corbeau qui siège sur une décharge. Tu crois que je suis trop dure? C’est parce que tu es comme eux Mus, tu ne pourras jamais détester ce corbeau, tu continueras à le flatter alors qu’il a abandonné sa proie depuis plus longtemps que tu ne veux te l’avouer. Avoue, Avoue, je ne dirai rien au corbeau. Alger ne te regarde pas Mus,crache le morceau ! Tu es offensé ? Je ne voulais pas te blesser. Ma vérité est sans doute plus amère que la tienne, pardonne-moi. Mus, arrête de courir, je suis fatiguée. Pourquoi tu t’arrêtes maintenant? Ne me tourne pas le dos, regarde-moi. Mus : Regarde, c’est Alger. Elle: C ’est beau !
- Asma Benazouz -












