Rappeur, métier à  hauts risques ?
                       Ăcrit par nate
                Publié le 31/03/2020
 à l'occasion de la sortie et du grand succĂšs de la sĂ©rie ValidĂ©, sĂ©rie Ă©vĂšnement  sur le rap rĂ©alisĂ©e par Franck Gastambide avec Canal Plus, les dĂ©bats Ă la question sont ouverts : est-ce quâĂȘtre rappeur est un mĂ©tier Ă hauts risques ?
La sĂ©rie aux 6 millions de spectateurs en 5 jours dĂ©crit lâunivers du rap avec un rĂ©alisme jamais vu auparavant entre les hauts et les bas du rappeur, ses pĂ©ripĂ©ties, lâargent, le succĂšs et surtout lâancienne vie de rue vĂ©cue ou racontĂ©e dans les textes de beaucoup d'artistes rap.Â
On ne peut ignorer le lien historique du Rap et de la rue, musique nĂ©e dans les ghettos noirs amĂ©ricains dans les annĂ©es 70. Câest une musique qui sâest popularisĂ©e pour connaitre une premiĂšre explosion dans les annĂ©es 80 avec les groupes : Public Enemy ou RUN DMC. Tout en restant aux Etats-Unis, il Ă©tait impossible de ne pas parler de ces assassinats aussi emblĂ©matiques quâĂ©nigmatiques, ceux de Tupac et the Notorious B.I.G. (Biggie).
La rivalitĂ© entre la cĂŽte Est et Ouest prend un nouveau tournant lorsque Tupac accuse, dans un entretien avec le magazine Vibe en avril 1995, le nommĂ© Diddy aujourdâhui, et Biggie de lui avoir volĂ© des bijoux et avoir tirĂ© 5 coups de feu sur lui, dans la nuit du 30 novembre de la mĂȘme annĂ©e. La suite est connue de tous, câest dâabord Tupac qui sera assassinĂ© dans un drive-by shooting (fusillade au volant) le 7 septembre 1996 puis Biggie, soupçonnĂ© dâĂȘtre impliquĂ© dans la mort de ce dernier, qui sera lui aussi assassinĂ© de la mĂȘme maniĂšre au soir du 9 mars 1997. Une culture Rap liĂ©e tragiquement a la rueâŠ
Ces faits auraient pu arriver de nouveau, mais cette fois-ci dans lâhexagone. Oui, la France a failli connaitre ces mĂȘmes dĂ©boires en 2007 suite aux tensions Ă©normes qui rĂ©gnaient entre Rohff, grand rappeur français, et Bob Djani & son Ă©quipe (Bob Djani est un ancien animateur radio, notamment sur GĂ©nĂ©rations). Câest la vidĂ©o de la pelle, vidĂ©o qui a marquĂ© lâhistoire du rap français oĂč Rohff filmĂ© par Booska-p parle de ses dĂ©tracteurs de façon remontĂ©e. Une fois la vidĂ©o mise en ligne, câest le dĂ©but dâun conflit devenu public dans le rap. Dans cette vidĂ©o quelque peu sortie de son contexte, on y voit Rohff sâexprimant mais surtout jouant avec une pelle et du sable. Historiquement câest ce qui fera sâenflammer le monde du rap car le public y voit une mise en scĂšne totalement assumĂ© vĂ©hiculant lâidĂ©e « dâenterrements » pour ses enemis.
A la suite de cela, on arrive à ce que Fif de Booska-P (co-fondateur du média) appellera étrangement « un mal pour un bien ».
Le soir du 24 juillet 2007, Rohff est mis en garde Ă vue avec cinq proches dont Kery James. Sous le siĂšge de sa Mercedes, les enquĂȘteurs y trouvent un Revolver 357 ainsi quâun bon nombre de balles. Alors en sursis, il se verra incarcĂ©rĂ© pour quelques mois.
Toute cette montĂ©e de tension sur un mois arrive Ă son comble lorsque Rohff est mis en prison. Dans le 94, son dĂ©partement des clans sâĂ©taient créés  et de lâautre cĂŽtĂ© de Paris aussi. Selon Fif sans lâincarcĂ©ration de Rohff : « on aurait eu notre Biggie ou Tupac dans le Rap français».
« Les roses sâarment dâĂ©pines,  la rue a armes et bolides, lâun finit par piquer et lâautre par tâamener Ă tomber ou Ă ta tombe.»
Plus actuellement, Le rap et la rue gravitent toujours lâun autour de lâautre, tels des aimants ou amants incompatibles.
Bon nombre de rappeurs ont dĂ©jĂ fait leur dĂ©claration Ă celle que lâon appelle la rue. « Elle mâa eu », de Ninho ou encore « TombĂ© pour elle » de Booba sont tous deux des sons oĂč la rue est personnifiĂ©e telle la plus belle des femmes, mais des problĂšmes viennent avec.
-99 problĂšmes mais cette fois-ci, cette s***** en est un.
Ă travers ces textes on observe la relation conflictuelle que nos deux rappeurs ont avec la rue. Une relation tumultueuse ou peu Ă peu les protagonistes prennent conscience que sĂ©paration doit ĂȘtre faite.
Le rappeur Lacrim est dâailleurs, comme on pourrait considĂ©rer, lâun des plus forts exemples pour illustrer lâimportance de faire un choix avant quâil ne soit trop tard. En mars 2015, au pic du succĂšs de son album Corleone, il se voit condamnĂ© Ă 3 ans de prison. Ses empreintes viennent dâĂȘtre retrouvĂ©es sur des kalachnikovs dans un entrepĂŽt Ă Marseille. AcculĂ© par la situation et lâidĂ©e dâeffectuer une nouvelle peine de prison juste aprĂšs sa rĂ©cente libĂ©ration, il choisira cette fois-ci de ne pas se laisser enfermer. Câest le dĂ©but dâune cavale qui passera par le Maroc puis lâAlgĂ©rie, son pays dâorigine, oĂč il ne pourra ĂȘtre extradĂ©. Mais une cavale nâa rien de joyeux et coĂ»te cher, il finira par se rendre aux autoritĂ©s peu aprĂšs.
Ces histoires ont un lien et ne font que se répéter en partie. Maes, poids lourd des ventes du rap français qui a connu un séjour en prison lié au trafic de drogue, rappe : « passer la trentaine devient un exploit », (Dragovic).
« Etre rappeur est plus dangereux quâĂȘtre sur le front en Iraq.» - Jim Jones (aussi connu sous le nom de Dipset)
Ce sont les propos qui ont Ă©tĂ© tenus par le cĂ©lĂšbre rappeur new-yorkais et qui ont causĂ© dĂ©bat. Le 25 fĂ©vrier dernier, Jim Jones repostait sur son compte Instagram la rĂ©ponse dâun vĂ©tĂ©ran ayant connu lâIraq qui a trouvĂ© les propos du rappeur ignorants et irrespectueux.
Selon ses dires, au sein de lâunitĂ© Ă laquelle il Ă©tait affectĂ© en Iraq, ils ont perdu plus de marines en deux mois sur le front que de « rappeurs » sur les trois derniĂšres annĂ©es.
Il serait difficile de ne pas le croire lorsque que lâon connaĂźt la situation au Moyen-Orient, mais Jim Jones a tout de mĂȘme souhaitĂ© rĂ©pondre et donner son avis Ă travers son vĂ©cu.
Le rappeur constate avec regrets et recul que tous « ces n***** », avec lesquels il a grandi sont soit en prison soit mort. Il continue en prĂ©cisant que la blessure est plus profonde pour lui qui a grandi avec ces personnes depuis son enfance comparĂ©e Ă des soldats ayant forgĂ© leur fraternitĂ© en se rencontrant sur le terrain. Les soldats connaissent et reconnaissent leurs ennemis alors quâen tant que rappeur, le fait dâĂȘtre une personnalitĂ© publique rendrait la tĂąche plus difficile car toute personne peut ĂȘtre ton ennemi sans que tu ne le voies.
Il finira par prĂ©ciser quâun militaire fait le choix de sâenrĂŽler et partir en guerre mais quâen enfant du ghetto nâa pas eu le luxe dâun choix Ă faire.
Une fois de plus, sans direct lien mais avec une mĂȘme orientation, câest Booba qui se confiait dans un entretien avec le mĂ©dia en ligne BRUT par un simple : « câest les risques du mĂ©tier. » au sujet de la fusillade ayant Ă©clatĂ©e pendant le tournage de son clip Ă Aulnay-Sous-Bois.
Ce nâĂ©tait effectivement pas la premiĂšre fois de sa longue carriĂšre que lâartiste Ă©tait pris pour cible avec des armes Ă feu⊠lâhistoire dâun Rap criblĂ© de balles se rĂ©pĂšte donc sans limites ni frontiĂšres.
« La vie de bandit, les peines lourdes et les pleurs. Daronne apeurĂ©e, câest pas ma vie câest pas la mienne, pourquoi ils veulent toujours que je foute la merde ?» - Damso
Lâunivers rap aujourdâhui, est aussi interprĂšte, voire plus, que le Grand Ă©cran. Les qualitĂ©s dâinterprĂ©tation de nos rappeurs français ne peuvent dĂ©sormais plus ĂȘtre ignorĂ©es, ce sont les nouveaux hĂ©ros de notre Ă©poque.
Le rap, dĂ©sormais genre le plus Ă©coutĂ© en France, a donc bĂ©nĂ©ficiĂ© dâaugmentation de budget lui Ă©tant consacrĂ© par les maisons de disques et labels. Les artistes installĂ©s et Ă©mergeants se voient dorĂ©navant Ă©voluer dans un tout nouveau business musical.
Aujourdâhui plus que jamais, lâimage, un story-telling (ou scĂ©nario) et un univers auquel un public adhĂšre, sont devenus presque indispensables.
Dans cette nouvelle Ăšre du rap, les rappeurs sont aussi acteurs :  les court mĂ©trages rĂ©alisĂ©s par PNL pour leur clips « BĂ©né » ou « Onizuka » ont Ă©tĂ© reçus et visionnĂ©s par le public comme des sĂ©ries. Lâattachement Ă©tait tel que lâon pouvait retrouver sur les rĂ©seaux sociaux les fans dĂ©battre de leurs  personnages prĂ©fĂ©rĂ©s. On peut aussi citer le rappeur Dabs notamment avec « Narcos », son dernier clip en date qui  nous fait rentrer avec brio dans lâunivers des braqueurs de fourgon blindĂ© ou Sifax derniĂšre signature  du label de Sofiane : affranchis music,  lui aussi dans lâunivers du bandit de façon trĂšs bien maitrisĂ©e.
A la frontiĂšre du grand Ă©cran, certains lâont dĂ©jĂ franchi comme lâa fait Kaaris (Braqueurs, le film) ou mĂȘme Kery James en tant quâacteur, et rĂ©alisateur, avec son film Banlieusards.
A des fins marketings, certains artistes se servent de leur passĂ© de bandit, dâautres crĂ©ent un personnage de toute piĂšce. Le cas 6ix9ine est lâun dâeux, non reprĂ©sentatif de la plupart des artistes mais, cela a mal tournĂ© pour lui.
Lâaffaire concernant le rappeur, est une de ces affaires, oĂč comment prĂ©tendre de façon un peu trop « vivace » ĂȘtre un gangster peut se retourner contre vous.
Les hors-la-loi avec lesquels il sâĂ©tait impliquĂ© et avait construit son image mĂ©diatique, ont donnĂ© de quoi sâintĂ©resser au FBI en personne.
A la suite de lâapplication de la loi RICO et son incarcĂ©ration avec tout le gang autour, lui qui « nâest pas de cette vie-là » se retrouve Ă ĂȘtre le dĂ©lateur de lâhistoire. Lors de son procĂšs, il a dĂ©noncĂ© tous les mĂ©faits du gang quâil connaissait en Ă©change dâune rĂ©duction de peine. Il est actuellement toujours en prison mais sa vie nâen reste pas moins menacĂ©e pour le restant de ses jours, que ce soit en prison ou Ă lâextĂ©rieur (câest souvent le sort rĂ©servĂ© Ă ceux ayant dĂ©noncĂ©s leurs acolytes dâactivitĂ© illĂ©gale).
Pour dâautres artistes, ce sont des scĂ©narios partant de faits rĂ©els ou non qui sont minutieusement rĂ©flĂ©chis et Ă©laborĂ©s Ă coup de grosse production, et pour notre plus grand plaisir. Le clip de PNL, « Au DD » pourrait en ĂȘtre le parfait exemple. Le clip Ă©vĂ©nement sorti fin mars 2019, avait Ă©tĂ© financĂ© Ă hauteur de 80 000 euros par le Centre National du CinĂ©ma et de l'image animĂ©e.
Sans spoiler, câest aussi ce que la sĂ©rie Ă©vĂšnement ValidĂ© dĂ©voile, en dĂ©crivant Ă travers le personnage du rappeur Apash, lâindustrie du rap. On y trouve sans concessions les coups de communication, lâorientation de lâimage et la direction artistique dâun label et de son artiste.
Tout ceci pouvant ĂȘtre menĂ© afin de la faire aimer du public et faire parler de lui. Rien de plus vendeur que dâalimenter les fantasmes dâun public toujours plus demandeur.
Tout ceci nous permet enfin de nuancer quelques peu la dangerositĂ© dâun milieu rap si apprĂ©ciĂ© par le public et qui devient, depuis peu moins opaque quant Ă ce qui se passe en coulisses. Des exceptions subsistent nĂ©anmoins et nous ont dĂ©jĂ donnĂ© le change de plus, assez rĂ©cemment comme le cas Tay-K. A lâinverse de 6ix9ine câest une vĂ©ritable vie de gangster qui perdra ce jeune homme dâĂ peine 17 ans au moment des faits. RecherchĂ© pour meurtre et plusieurs vols avec violence, il est arrĂȘtĂ© le 30 juin 2017 aprĂšs une cavale de trois mois. Le jour de son arrestation sortira aussi le son qui le rendra connu, « The Race». Un bonheur de courte durĂ©e car il nâest pas prĂȘt de sortir de prison. En effet, le jeune rappeur a dâores et dĂ©jĂ Ă©tĂ© condamnĂ© en juillet de lâannĂ©e derniĂšre, Ă 55 ans de prison pour un premier meurtre et est en attente du prochain jugement pour un second meurtre dans lequel il sera vraisemblablement inculpĂ©. AgĂ© aujourdâhui de 19 ans, Tay-K a « fĂȘtĂ© » la certification platine de son single en prison et vit avec pour seul soutien quelques lettres de sa famille et de fans. La vie de gangster, une vie de loup solitaire.
Quelle serait donc votre position sur ce débat ? Rappeur, métier à hauts risques ?