putain de b.oulimie mh ?
On m'a déjà parlé de ma dépendance affective. Pas qu'une fois d'ailleurs, c'est sûrement ce qui la rend d'autant plus réelle. Ce besoin obsessionnel d'aimer et d'être aimé. De le montrer autant que le sentir. Fort, intensément. Je l'ai vécu plusieurs fois oui, à m'en mordre les doigts parfois. Jusqu'à arriver à un point de rupture. Alors quand elle m'a parlé de gérer mes relations, peu importe leur nature, de façon boulimique, j'ai tiqué. J'ai appuyé sur un bouton pause… et j'ai dissocié. Je l'entends parler. Du moins, je savais qu'elle parlait. Je voyais ses lèvres remuer, et ses mains qui accompagnaient le son de sa voix dans des gestes doux. J'étais là, je l'entendais mais ne parvenais pas à l'écouter. Intérieurement, je me refaisais déjà le film de ma dernière relation. Ses débuts intenses, son milieu encore plus intense et ponctué de ces moments plus doux et plus calmes… et cette fin brutale.
" Vous finissez par vomir vos relations à trop les avoir ingurgitées "… Hein ? Quoi ? Ca, je l'ai entendu. Parce que c'est violent de dire ça. C'est foutrement violent. Vomir ? Ingurgiter ? T'avais pas un autre vocabulaire à employer, dis ? Toi qui es professionnelle. Me réponds pas, c'était rhétorique. Je sais très bien pourquoi tu as dit ça. De la même manière que quand je gère mes émotions, c'est ça ? J'ai besoin de ressentir pleins de choses pour me sentir vivant, et quand c'est trop il faut que ça sorte parce que j'arrive pas à les gérer… ou plutôt à les digérer. Mais moi je veux pas de ça. Je veux pas me gaver jusqu'à plus en pouvoir. J'veux pouvoir prendre et donner en retour sans même réfléchir à " est-ce que c'est trop ? " parce que moi j'en ai jamais eu assez, avant. J'avais besoin de ça, j'avais besoin qu'on me fasse comprendre que je vaux quelque chose et que je suis nécessaire et utile sur cette planète. Sinon à quoi bon ?
Je l'avais trouvé ma place avec elle. C'était un équilibre qui m'allait bien. Qui nous allait bien. On se rassurait l'un l'autre, on s'écoutait, on s'entendait. Je me sentais vu et entendu. Dis-moi, à quel moment j'ai paniqué ? C'est ces séances avec toi ? Parce que si c'est ça, on arrête. On arrête, parce qu'à quoi bon remuer la merde quand elle, elle avait réussi à la balayer aussi facilement ? A quoi bon maintenir ces séances si c'est pour recouvrir de merde tout ce qu'on avait crée de beau ensemble ? Ouais j'avais peur. Bien sûr que j'avais peur qu'à un moment donné je suffise plus, ou que j'avais jamais suffisamment fait ci ou ça, été comme ci ou comme ça. Je finis toujours pas ne plus suffire de toute façon. Mais je voulais être quelqu'un de bien pour elle. Je voulais être pour elle ce qu'on n'a jamais été pour moi. L'écouter quand personne n'avait jamais tendu l'oreille. L'aider à panser ses plaies qu'on lui avait égoïstement infligé. La rassurer quand on l'avait laissé dans ses doutes et ses peurs. Dis-moi comment j'ai réussi à faire tout l'inverse de tout ça, exactement ? " J'espère que je ne te rassure pas comme ça quand tu es angoissée, parce que putain… ". Dis-moi juste comment j'ai été foutu de lui dire ça ? Et me sors pas de mécanisme de défense à la con, c'est trop facile ça. C'est vu, vu et revu. Elle m'a jamais laissé tomber, elle. Même quand elle avait mal, elle était là. Elle a fait comme elle a pu, autant qu'elle a pu et quand elle le pouvait. Alors dis-moi pourquoi c'est elle qui a pris pour les autres ? Elle a toujours été là, contrairement aux autres.
Dis-moi s'il te plaît. Parce que je comprends pas ce putain de cerveau qu'est le mien. Parce que je sais que j'ai merdé… je sais comment. Je commence à comprendre pourquoi. Mais je comprends pas comment il est possible que ça se soit produit.
C'est comme ce putain de réflexe de me terrer dans le silence. Juste… pourquoi ? Pourquoi je trouve jamais les mots ? Pourquoi il me faut quelques heures, jours pour être foutu de m'exprimer correctement ? C'est parce que j'ai du mal à me comprendre moi-même ? Parce que c'est tellement brouillon dans ma tête que ça reviendrait à lâcher des mots, faire des boulettes de papier et les jeter par la fenêtre ? A quel moment ça me ferait mal de parler ? C'est l'inverse qui fait mal. C'est tout garder pour moi, et il n'y a pas qu'à moi que ça fait du mal. Ces maux que je ne sais pas formuler, ils restent, ils stagnent et ils empoisonnent chaque fibre de mon être. Ca me fait mal de rester dans le silence. Ca me fait encore plus mal de savoir que je fais mal en retour à cause de ça. Alors je fais quoi ? Je lâche tout, quitte à être blessant sans le vouloir ? Been there, done that. Y a rien de bon qui en découle.
Silence après silence, j'ai fissuré tout ce qu'on avait construit autour de nous. J'ai laissé mes maux me bouffer à défaut de trouver les bons mots pour les exprimer, pour les dégueuler. On parlait boulimie, mh ? Ca veut dire quoi de se gaver de maux si j'arrive pas à les dégueuler ? Parce que c'est d'eux que je veux me débarrasser, moi. C'est eux que je veux faire sortir de ma vie.
Pas elle.
Jamais elle.















