im rotting its fine
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im rotting its fine
How rude of me to bring my thoughts into your bedroom. Is it condescending to be so scared I might hurt you?
Portrait of Adele Bloch-Bauer (detail) by Gustav Klimt
(via @lonequixote)
Soie
Je suis un petit morceau de soie. Je suis un petit morceau de soie qui aime boire son café le matin, qui aime lire des livres pas trop longs et qui aime bien faire du vélo, et les choses belles en général. Je suis un petit morceau de soie qui cherche les questions crues, les vérités crues. Je suis un petit morceau de soie qui a un petit problÚme.
Câest lâhistoire dâune vraie soie, qui mange bien, qui brosse ses dents trois fois par jour. Câest lâhistoire dâune vraie soie qui prend son temps pour attacher ses souliers, pour faire les gestes lentement, pour donner une importance, une intensitĂ© spĂ©cifique, parce quâelle est malade, elle est trĂšs douce, un peu morose, un peu amĂšre. Câest lâhistoire dâun tout petit morceau de soie, un peu fragile, un petit morceau de soie qui ne raconte pas souvent ses cauchemars oĂč des gales apparaissent sur tout son corps, oĂč des parasites se promĂšnent dans sa peau, oĂč son corps pourrit littĂ©ralement de lâintĂ©rieur.
Câest lâhistoire dâun petit morceau de soie un peu brisĂ©. Elle souffre parfois dâĂȘtre venue au monde, quâon dĂ©finit comme un Ă©garement provisoire. Son existence ne se rĂ©sume quâĂ une continuelle contemplation du spectacle lĂ©ger, inexplicable, quâa Ă©tĂ© sa vie. Lâinsoutenable lĂ©gĂšretĂ© de lâĂȘtre.
Les symptĂŽmes de sa condition spĂ©cifique se situent entre ne pas savoir vivre dans la rĂ©alitĂ© et ne pas savoir vivre dans sa tĂȘte. Elle souffre des questions crues, des vĂ©ritĂ©s crues. Des questions crues, des vĂ©ritĂ©s crues qui se ressentent comme une gifle soulageant un quelque chose dâindescriptible envahissant. Elle souffre de lâabsurditĂ© continuelle. Elle souffre de ne pas vouloir avouer ĂȘtre dĂ©passĂ©e par la vie ou de ne pas la comprendre, mais elle attend les questions crues, les vĂ©ritĂ©s crues. Elle souffre dâun regret latent de vivre une vie inhabitĂ©e. Elle souffre aussi de la pesanteur de lâexistence. Elle souffre de ne pas ĂȘtre capable de tenir en Ă©quilibre pour sâĂ©garer, PlutĂŽt elle sâĂ©gare entre la solitude Ă©touffante et la proximitĂ© toxique.
Elle souffre du lien qui croĂźt et qui quitte lâĂ©piderme, elle se laisse tomber dans le vide comme elle aimerait ĂȘtre capable de se laisser tomber dans la proximitĂ© avec les autres ĂȘtres humains. Et qui ferait disparaĂźtre un besoin de disparaĂźtre.
Câest lâhistoire dâune vraie soie; Pas juste son histoire, mais plein dâhistoires que je ne raconterai pas.
Câest lâhistoire dâune dĂ©pressive chronique artificiellement disjonctĂ©e, Câest lâhistoire dâun bipolaire en phase dâhypomanie, Câest lâhistoire de la dame qui ne se rappelle plus quâelle a la maladie dâAlzheimer, Câest lâhistoire de la femme qui frappe Ă la porte de sa cellule dâisolement aux petites heures du matin et de la camisole de force, des calmants, des cauchemars, des psychoses, des intoxiquĂ©s, des suicidaires ratĂ©s, des nĂ©vrosĂ©s, des maniaco-dĂ©pressifs, des troublĂ©s.
Câest lâhistoire de la fille qui ne voulait pas mourir.
Lâhistoire commence on ne sait trop oĂč ni comment, mais elle sâamorce vraiment dans la rue, au moment oĂč elle appelle Ă lâaide, jâen peux plus dit-elle, tout me dĂ©passe, je ne sais pas ce qui se passe. Les deux mains crampĂ©es sur le guidon du vĂ©lo fendant lâair frisquet. Les larmes coulent de ses yeux mais on ne sait pas trop si câest simplement le vent et la vitesse. Aidez-moi.
Elle fait son nid en psychiatrie, dans lâurgence, dans lâhĂŽpital, derriĂšre les serrures sĂ©curisĂ©es, elle appelle Ă lâextĂ©rieur, un cri du cĆur dans le monde qui continue Ă tourner, vide envahissant le combinĂ© du tĂ©lĂ©phone de la salle dâattente, implorant silencieusement un pardon. Pardon dâĂȘtre tombĂ©e malade. Et tout est froid, la voix dans le combinĂ© est froide, froide, les murs sont froids et lointains, le lit quâelle trouvera est immense et inhospitalier, le sommeil est si loin, inhabitable, froid, lâair sous la robe bleue dans lâurgence psychiatrique me glace le dos. Frissons longeant lâĂ©chine sâĂ©teignant dans la nuque trempĂ©e de sueurs froides. Les yeux qui font mal ravagĂ©s par le flot lacrymal. Une voix qui ne sourcille mĂȘme pas Ă lâautre bout du tĂ©lĂ©phone. La route est longue. La route est longue pour peu importe ce qui sâen vient. Donnez-moi mon Ativan, la route est longue jusquâau printemps. Urgentologues, infirmiĂšres, psychiatres, encore psychiatres, psychologues, psychiatres. Cognitivo-comportement/Mens-moi pas en pleine face, thĂ©rapeute du comportement humain, psychanalyste nĂ©vrosĂ©, le petit morceau de soie Ă©tait allĂ© en Ă©pouvantail chercher sa vĂ©ritĂ© crue alors dis les mots crus, les vĂ©ritĂ©s crues, dit-elle.
Dis les mots vrais, vraie comme je mâoffre Ă toi, dit-elle au psychologue. Elle et moi, petit morceau de soie. Câest un petit morceau de soie et puis tâes pas vraiment malade, tâes juste limite, entend-elle rĂ©sonner la vĂ©ritĂ© crue Ă sa question crue.
Ăa aurait pu ĂȘtre poĂ©tique lâhistoire de la petite soie, petite fille pas vraiment malade, juste assez inconfortable dans lâexistence en gĂ©nĂ©ral, qui sĂ©journe dans lâunivers de la maladie mentale, mais câest pas poĂ©tique. LâhĂŽpital psychiatrique ça rend fou. Ăa aurait pu ĂȘtre poĂ©tique et si elle avait Ă©tĂ© capable de le transfigurer elle aurait Ă©crit les plus beaux poĂšmes du monde, elle aurait Ă©tĂ© belle comme un accident de char. Moi je fais juste raconter son histoire.
Ăa fait bizarre parce quâĂ part compter les minutes qui passent dĂ©pouillĂ©es de toute temporalitĂ©, tu peux juste penser, penser, penser, penser. Penser trouver le fond, te rendre compte quâil nây en a pas. Ăa fait bizarre dâĂȘtre hospitalisĂ© et de se dire encore quâon nâa pas sa place dans cet endroit lĂ oĂč on nous permet dâĂȘtre brisĂ©s. Ăa fait bizarre parce que je rĂ©alise que le stigmate est ancrĂ© bien plus loin quâon ne le pense. Le stigmate sur la maladie mentale nâest mĂȘme pas dĂ©construit chez le malade mental.
Ăa fait bizarre parce quâon parle de maladie mentale mais en fait, La maladie mentale câest aussi de temps en temps remettre en question son appartenance au monde rĂ©el. Pis câest correct. La folie câest quoi? Câest vivre en Sisyphe. Tout le monde est fou. Tout le monde est malade. Tout le monde est vivant.
La maladie mentale, câest apprendre Ă vivre dans sa tĂȘte. PrĂ©alable Ă vivre avec les autres individus. La maladie mentale ça fait mal en-dedans. Vraiment mal. Pis la maladie mentale ça fait foutument mal autour, aussi. Donc, comme ceci est, je vous fais lâapologie dâun petit morceau de soie pas vraiment malade qui a fait intrusion chez les malades, rĂ©cit du dĂ©partement de psychiatrie, matin frisquet, nâimporte quoi, comme ceci est, Câest un appel Ă lâabnĂ©gation, un appel Ă la rĂ©silience. Parfois câest difficile de comprendre. Parfois vous servez de bĂ©quilles. Parfois câest vous qui avez besoin de bĂ©quilles. Ceci est un appel non dissimulĂ© Ă faire un petit pas pour briser un stigmate. Une maladie mentale ça ne se guĂ©rit pas tout le temps tout le temps, mais ça peut se dompter.
La maladie mentale, aussi brutale quâelle puisse ĂȘtre, ne doit pas rester entre les murs des hĂŽpitaux. DerriĂšre les portes barrĂ©es, enfermĂ©e comme ses patients. Sur les lits clouĂ©s au sol, sur les murs criblĂ©s dâimplorations au divin, dans les hĂŽpitaux les gens sont croyants parce que le dĂ©sespoir prend fin quand tu remets le contrĂŽle que tâas perdu dans une force extĂ©rieure. Comme ceci est, sous les jaquettes bleues qui montrent les poignets dĂ©nudĂ©s, dans lâintimitĂ© perdue, la pudeur dĂ©pouillĂ©e des malades qui se font ouvrir le crĂąne Ă mains nues, qui sâinfligent parfois eux-mĂȘmes ce purgatoire, dans les questions crues et les vĂ©ritĂ©s crues, Que certains sont malades, que certains sont dĂ©connectĂ©s. Que certains guĂ©riront et que certains dĂ©pĂ©riront, Que certains ont envie de mourir, que certains ont peur de mourir, et surtout que ces deux-lĂ ne sont pas mutuellement exclusifs, Que câest correct de lâadmettre, de laisser tomber les armes, de se laisser aider.
La maladie mentale guette un peu tout le monde, à différents niveaux, mais elle est vraie. Dans les questions crues et les vérités crues, vraies comme je viens de vous offrir un tout petit bout de soie.
Petit morceau de soie a un petit problĂšme, de rien de tout. Petit morceau de soie boit son cafĂ© le matin, lit des livres pas trop longs, aime faire du vĂ©lo et les choses belles en gĂ©nĂ©ral. Petit bout de soie ce nâest pas moi, câest nâimporte qui. Petit bout de soi câest moi, mais je suis ailleurs.
Granada Cathedral by Yulia Podol'skaya
Blue Is the Warmest Color (2013)
Egon Schiele (Austrian, 1890-1918), Town among Greenery (The Old City III), 1917. Oil on panel. Neue Galerie, New York.
via ufansius
no offense but I want to fall asleep in a field and I want the earth to swallow me whole