WNTR 25
Encore dur dur pour moi de pratiquer le ski ou le snowboard sans douleur alors on a sorti les pioches. On connaissait pas grand chose à la pratique du mixte / dry alors on y est allé piano piano avec pour objectif le mythe Heckmair 1938. ✔️ La casa de papel - Tour d'Aï (à vue) ✔️ Goulotte de Trélesreilles - Aiguille de Pertuis avec Pierrot ✔️ Pour une poignée de spits en plus - Falaise du Dar (à vue) ✔️ No dry, no fun - Little Breitwang / Mauvoisin (à vue) ✔️ Inachevée Conception - Cogne (à vue) ✔️ Cascade de Bonatchiesse - Mauvoisin ✔️Eiger Sanction - Glacier 3000 (à vue) ✔️Bachi-Bouzouk - Roche Parnal (❌ Faut y retourner pour tout enchaîner propre) ✔️Voie Heckmair 1938 - Eiger (artifage à foison)
En bonus, 3 D10 aux Nazes / Quintal / Salève. Merci à Mél, Caro, Matou, Eddy et Pierrot pour les bonnes vibes et le partage de corde ;) Comment ne pas remercier aussi Simon Chatelan pour les idées et le travail d'équipement titanesque.
Une liste, c'est tout beau tout propre mais ça ne reflète pas grand chose de l'expérience ! On adoré la découverte d'une nouvelle pratique (pour nous) qui permet de parcourir de parois bien verticales ou déversantes en hiver avec ou sans glace. Quel pieds d'aller chercher des glaçons suspendus ! L'intensité des émotions est toujours au RDV ! La Face Nord de l'Eiger faisait rêver Mél depuis un moment. Et je dois dire que l'idée de passer dans ce monument de l'alpinisme ne me laissait pas indifférent non plus. A partir de mars, on a surveillé l'évolution des conditions grâce aux webcams et aux retours sur Instagram. Quand les voyants sont passés au vert, on se sentait prêt. Restait à trouver le créneau et à définir la stratégie. Comme pour tous nos sommets, c'est du bas ou rien. On avait prévu de monter à skis depuis Grindelwald pour un bivouac tranquille avant d'attaquer la Face à la journée avec un mini fond de sac en cas de bivouac intempestif. Au final, des obligations pro nous obligent à revoir la copie. On attaque finalement skis aux pieds vers 22h depuis Grindelwald. Je vous passer les détails de ascension mais la première journée sera très très dure pour moi. Les chevilles lacérées par les pompes de ski dans l'approche sont douloureuses. Le passage aux grosses ne sera d'aucun soulagement. Lesté par le gros sac, en souffrance dans les traversées, c'est une vraie purge et je suis très lent là où on devrait courir. Cheminée difficile / Traversée Hinterstoisser / Les deux premiers névés (une torture) ponctué par l'Ice Hose (superbe longeur) Finalement c'est quand ça grimpe que ça va mieux et à partir du Bivouac de la mort je souffre moins. La rampe, les vires délitées. On est au musée de l'alpinisme. Au fur et à mesure de l'escalade, on réalise la prouesse et la folie de nos aînés. C'est raide, le caillou est glissant et la pose de protection souvent délicate. On arrive au pied de la traversée des Dieux vers 15h30. On est tous les deux bien éclatés et on se dit que la bivouac est l'option la plus safe. On n'aura pas porter tout ça pour rien ! On terrasse, on mange, on boit, on profite des belles lumières et des températures clémentes. La rêveries est interrompue par le passaged'un sosie d'Edlinger avec l'accent de Milan. La nuit est réparatrice malgré l'étroitesse des couchages. Le lendemain, mes douleurs aux pieds ont disparu et je me sens bien. On attaque par une longueur de caillou qui réveille bien. Ensuite c'est parti pour la traversée des Vingt Dieux ! L'Araignée, la fissure de Quarz (le pseudo crux qu'on s'efforcera de libérer tous les 2). Les Cheminées de sortie monstre sèches et bien engagées où Mél fera du solo. On fait chauffer les cuisses sur la dernière pente de glace. Une courte arête et on summit en larmes. Voilà ce qu'avait ressenti Lionel Terray au sommet:
Nulle émotion violente ne m'étreint : ni l'orgueil d'avoir réalisé un exploit envié, ni la joie d'achever une tâche difficile. Sur cette arête perdue dans le brouillard, je ne suis plus qu'une bête fatiguée que la faim tenaille. J'éprouve seulement la satisfaction animale de sentir que je viens de "sauver ma peau".
Pour nous c'est un peu différent. Pas d’orgueil mais quand même énormément de joie. La Heckmair de l'Eiger est devenue une classique parcouru par des dizaines de personnes chaque année. Elle chemine néanmoins de façon géniale à travers une face immense. L'itinéraire a été heureusement laissée dans son jus hormis quelques cordes fixes élimées mais salvatrices. Les protections ne sont pas toujours possibles et celles en place ne donnent pas toujours envie d'être testées ;) Pour le dire simplement, l'engagement reste bien présent. Encore aujourd'hui, le sentiment décrit par Terray de mettre en jeu son existence dans cette face est d'actualité: en sortir décuple le bonheur. Il fait beau, on connaît la descente pour l'avoir skiée avec Steph il y a quelques années. On partage juste le sentiment d'être au bon endroit, au bon moment avec la bonne personne. Un plaisir ultime qu'il faut savoir savourer car tellement rare en alpinisme où comme dans la vie, les choses se passent rarement comme prévu...














