Installation Murmures

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Installation Murmures
FlipHugs
… écritures et traces réflexives
Ce projet est né à Issoire, lors de ma résidence à Vidéoformes. L’enjeu était pour moi d’intégrer le plus possible le lieu et les êtres. Vidéoformes proposant une résidence ancrée sur le territoire il m’était important de considérer la mémoire et les projections de ce dernier.
Depuis plusieurs années, l’écriture de la relation articule mon travail. Relations homme — machine, relations sociales, et relations intrapersonnelles (v. Solitudes). Je crois qu’un artiste agit en tant qu’un capteur sensible des évolutions et des tensions d’un milieu. Et les milieux d’étude sont étendus…
Dans une société où le rapport à la nature est distant, la culture reste ce qui relie les hommes entre eux et ce qui permet la communion au-delà des cultes et des croyances. Aussi, travailler à explorer un milieu : une communauté, un objet de recherche, etc. exige une distanciation de l’ego. La préoccupation principale n’étant pas de donner au partage ce que ressent l’artiste, mais plutôt ce qu’il suppose être une réalité tangible. La vérité dans l’art n’a aucune valeur problématique : si l’artiste est lui-même un capteur il interprète le moins possible ; son rôle est de restituer sous forme de données abstraites ou concrètes des états constatés, par nature éphémères et mouvants.
Parce que l’homme est imparfait, il déforme au prisme de sa culture et des influences qu’il a bien voulu subir, les différentes données perçues.
C’est en multipliant les rapports entre des cultures personnelles qu’un dénominateur commun peut apparaître sans perdre l’essence d’un propos ou d’une réflexion. Ce qu’il reste après de multiples transferts, vecteurs et formations conceptuelles reste le substrat de l’œuvre.
Mais revenons à Issoire…
Dans un lieu qui a traversé les époques et les fonctions, comme une école qui fut un hôpital après être un couvent, la relation des hommes à la mémoire collective est, dans ce contexte, particulière.
J’ai voulu étudier les rêves de cette jeunesse lycéenne qui me semblait privée d’autres rêves : dès le collège on choisit un métier en fonction des compétences supposées, il s’agit d’être pragmatique et réaliste.
Le rêve relit les hommes entre eux, en tant que plateforme où les morts et les vivants se côtoient, où l’âme et le corps sont animés. Je voulais croire qu’à l’intérieur de nos rêves au-delà du problème de l’interprétation et d’essence, il y aurait un mouvement particulier et universel : un mouvement de l’âme.
Hélas, dans mes recherches j’ai découvert que nos rêves sont essentiellement composés d’associations d’états et de conséquences au détriment d’actions.
Après le recueil de rêves des lycéens, j’ai sélectionné un rêve pour le geste qu’il donnait à voir et les problématiques qu’il soulevait.
« J’ai rêvé cette nuit-là d’un ami proche avec lequel je me suis fâchée et envers lequel j’avais de la rancœur. J’ai rêvé que nous étions dans le collège, nous nous sommes regardés, il m’a prise dans ses bras et m’a dit que j’étais comme une sœur pour lui.
Puis, d’un coup, nous avons rigolé et il m’a fait tomber par terre, et c’est à ce moment-là que je me suis réveillée et que je me suis rendu compte que ce n’était qu’un rêve. Le lendemain, j’ai mis ma rancœur de côté et depuis nous sommes en très bon s termes.
Je pense que ce rêve avait une signification, par intuition j’ai été vers lui sans réfléchir, en mettant ma fierté de côté sans m’en rendre compte. » (texte d’élève)
Il s’agit d’un ami qui embrasse un autre ami avant d’être rejeté en arrière. Cette lecture s’est déformée par le jeu de ce rêve que nous souhaitions filmer. Elle est devenue un simple geste d’union et de désunion.
Bien sûr, filmer un « câlin » n’a rien de révolutionnaire et c’est peut-être là tout l’enjeu du projet. Faisant écho au mouvement des Free-Hugs et aux préoccupations nouvelles d’empathie, ce geste simple permettait de traverser les différents modes de représentation de notre humanité, du rêve vers l’image filmée, vers l’image représentée et théâtralisée avant de revenir à une interprétation sensitive plus personnelle. Cet embrassement travaillé jusqu’à l’obtention d’une séquence satisfaisante et d’un geste haptique que le visiteur pourrait feuilleter, dépassait la notion de gratuité par des notions d’efforts et de tensions nécessaires pour survivre à l’altération des supports.
Cette embrassade qui engage les corps dans un futur possible s’arrête. Pourquoi aussitôt se désunir ?
Est-ce pour maintenir le respect ; une distance respectable laissée par peur de l’union définitive et de la perte du soi?
Est-ce que l’union et la rencontre sont une utopie, des désirs non réalisés ?
Voici des réflexions mises en apesanteur dans cet interstice relationnel qui nous réunit en ce qu’il nous délimite.
Parce que ce rêve ne pouvait guère rester à l’état de pensée, à l’état de concept. Les lycéens l’ont joué et rejoué, et le public est appelé à participer comme on participe à une collecte de données sociologiques.
Pour dépasser l’identité, il fallait gommer et effacer le sujet au profit de son geste, de son allure. L’acte seul subsiste laissant au protagoniste son élan et au regardant la possibilité de se projeter dans ce mouvement.
Ce rêve je l’ai voulu jouable, car jouer et rejouer c’est à la fois interpréter et distancier un élément, un fait. Filmé par les protagonistes, il est ensuite souligné, déformé et déconstruit par la main vignette par vignette à chaque décomposition du geste.
Il est également déformé par un processus informatique.
Perdre la main, reprendre la main, effacer le paraître, l’identité concrète au profit de l’être. Passer d’un réel sublimé à une action narrative, la rendre image performative, hybride dans une tension qui révèle l’incapacité à distinguer ce que l’homme ou la machine recueille et traduit. Le flux opère en boucle.
Finalement, faire jouer l’œuvre jouer de son affordance de sa capacité à être mise en œuvre et en acte. Un acte qui suffit à rompre la gratuité de l’objet, de la représentation. Toute cette agitation n’est rien sans le geste décisif du visiteur.
L’enjeu est de savoir ce qui motive l’ensemble : ceux qui motivent l’action.
Qui met en œuvre la rencontre, l’embrassade ? Et de quelle manière ?
Pour ce « free-hug » (que je nomme désormais « flip-hug » favorisant le retournement implicite des actes), qui n’est pas si gratuit et exige une mise en acte, ce qui meut l’image est une image elle-même. Fixe dans la multiplicité, elle appelle au mouvement dans ce qu’il y a de plus enfantin. Un flipbook (ou folioscope) qui, articulé et manipulé donne à voir une jouabilité de tout ce mouvement d’âmes, de ce temps partagé que l’articulation rapide efface dans une rythmicité inversement proportionnelle au temps de conception. Parce que le temps ne vaut rien s’il n’est pas habité, partagé et usé.
…
Plus tard
…
Figurer la relation
Partant d’un rêve d’union et de désunion, d’un élan figurant le lien tissé entre deux individus. Fliphugs est une œuvre mettant en scène les conditions de sa réalisation.
Elle révèle par étape les opérations d’une boucle itérative, jouant des vecteurs reliant réel et virtuel ( réel dans leurs influences réciproques) questionnant ainsi l’aporisme de cette relation.
Un geste commun : une embrassade, que le visiteur est invité à jouer. Il est capté et saisi par le programme qui sélectionne et réduit ( compression, low pixel, b&w).
Le geste, à sa forme la plus fine, à un trait ou une série de pixels, réduit l’identité dans sa puissance au profit de l’acte, du mouvement. Les multiples processus de transfert réalisent, réifient ce mouvement dans une acception universelle dépassant la puissance individuelle.
Franchissant un seuil lumineux marquant ce changement d’état vers l’obscurité, le visiteur articule des flipbooks suspendus. Ces flipbooks contiennent les traces, de scènes d’embrassades accumulées et transcrites à la suite des différentes installations.
Les vignettes lentement effacées par le plein, faites de repentis bruts, dévoilent un temps-relation où le virtuel embrasse le réel.
Un traitement matériel et informatique permet d’interroger la relation au virtuel sous forme de réciproque : reprendre la main pourrait être le slogan de l’acte scénographie.
Une reprise en main par le dessin, mais aussi et surtout par le visiteur qui devient ainsi le détenteur du temps de l’installation. Il articule, ralentit, accélère et déconstruit en temps réel ces scènes animées données à voir au verso de l’installation.
Son geste est saisi, et le visuel, le sonore rendent palpables, l’écriture de cette relation organique entre réel et irréel.
Quelques axes..
Le dessin :
Le dessin opère en analogon de la réalité, l’image théâtralisée est ce message dénoté qu’évoque Rolland Barthes (L’obvie et l’obtus ) car image en tant que telle, mais aussi image connotée par la technique de sa représentativité.
Flipbooks
Articuler un flipbook, redonner la main au public, le geste est furtif, chaque page est articulée et permet une temporalité propre à chacun. Le cliquetis, la matière et le dessin rappellent l’émerveillement premier de l’enfant.
FreeHug—>FlipHugs
Le Free-hug met en abîme la participation supposée du public qui prend part « à des univers de sens en train de se faire » (Daniel Cefaï).
Le fameux free hug est l’un des exemples emblématiques des problématiques modernes de la participation.
« Participer, c’est traverser un processus de prise de conscience collective et publique d’une situation problématique et se lancer dans le travail d’imputation de responsabilités, d’attribution de causes et d’anticipation de conséquences. » (Daniel Cefaï).
Le processus questionne jusqu’à la gratuité supposée de l’acte. La responsabilité de chacun induit un coût, un investissement qui attend une contrepartie sociale.
C’est un retournement de sens que ce Free-Hugs subit.
une courte vignette appelant un film d'animation plus long à venir !
prototype - recherches en cours
Ex-votos, tampons, encres
inspiré par la découverte des ex-votos romains de la source des roches exposés au musée Bargoin
Encres, acrylique, stylo, format (50*65 cm)
D’après les vidéos réalisés avec les élèves du lycée Sévigné d’Issoire dans le cadre de la résidence artistique Vidéoformes