Le weekend dernier, c’était LA fin de semaine que j’attendais dans mon voyage, du point de vue exploration du pays. On partait pour trois jours, on traversait le pays jusqu’au Nord pour atteindre le Cap-Haïtien (deuxième ville en importance), on visitait la Citadelle Laferrière (LE truc que je voulais voir), et en plus c’était la fête de Nicolas, un des stagiaires. Tout pour que je sois ben ben énervée. Et tout s’est déroulé à merveille, avec quelques péripéties bien entendu.
Vendredi matin, on est partis tôt pour prendre l’autobus. Six heures de route, avec vraiment de belles vues, notamment dans les montagnes. Les montagnes, encore une fois. Haïti, ce n’est pas que des plages, fait que j’aime ben ça. En autobus ça fait de belles petites routes étroites et sinueuses avec des précipices à côté. Mais rien de trop inquiétant comparativement aux promenades en bus dans les Andes.
Première chose qu’on a faite à notre arrivée, c’était de visiter un autre milieu clinique, aussi dans une communauté religieuse, où il y a la pratique de la réadaptation. Michel, le superviseur physio, est impliqué depuis plusieurs années dans différents projets au Cap et aux environs pour développer la physiothérapie. Il œuvre donc à cet endroit. On a pu visiter l’asile communal où vivent 137 adultes handicapés (différents types et niveaux) et le foyer Bethléem où vivent 47 enfants handicapés. Michel a formé des techniciens en réadaptation, qu’on a pu rencontrer, et ceux-ci font un travail formidable auprès de ces gens. C’était fantastique de pouvoir constater les impacts positifs de la réadaptation dans un milieu avec autant de besoins. Parallèlement, ce n’est pas facile non plus de voir autant de personnes avec des incapacités aussi importantes, presqu’abandonnées à leur propre sort.
Après la courte visite, on s’est installés à notre hôtel. Meilleur spot : la terrasse avec vue sur la mer. C’est un bord de mer bétonné et il y a des gens qui courent sur le trottoir longeant l’océan. C’est aussi ça Haïti. On a profité de notre soirée dans le resto à côté et puis on n’a pas veillé trop tard parce que le samedi, c’était LA journée. J’envie vraiment Nicolas d’avoir fêté sa fête ce jour-là.
On est donc partis samedi matin avec un ami de Michel (un de ses étudiants de physio du centre qu’on a visité) et un chauffeur, en route pour Milot. C’était une bonne chose d’avoir embauché un chauffeur, sinon on aurait marché longtemps. Pas qu’on n’aime pas ça, mais on a assez donné lors de la rando au Parc national la Visite, et là on avait un gros programme de journée. Alors on a roulé jusqu’au stationnement. Après ça on avait environ une heure à monter sur un chemin qui mène à la Citadelle. Belle p’tite vue en montant, j’vous dis. Les montagnes tout autour. Le Cap au loin en bas. Le vieux fort qui se découpe sur le ciel bleu avec sa forme de proue de bateau. Une fois à la Citadelle, ce qui est merveilleux, c’est qu’on en visite une énorme partie. Je n’ai jamais autant vu d’espaces et de pièces d’un bâtiment historique. Et le site est entretenu. Il y a même un musée en construction à l’intérieur.
En redescendant de la Citadelle, on arrêtait au Palais Sans Souci. Un autre site splendide. Celui-là est vraiment en ruines. Pourtant, ça n’a que deux cent ans. Il y a eu un énorme tremblement de terre au Cap-Haïtien en 1842 qui a tout détruit cet endroit somptueux. C’est vraiment magnifique à visiter.
En après-midi, on a visité Cap-Haïtien, en se promenant dans la ville. On s’est rendus à un beaucoup plus petit fort que la Citadelle, puis on est descendus dans les rues de la ville. Au Cap, on voit tout de suite l’influence française. Dans certaines rues, on se croirait à la Nouvelle-Orléans. Manque juste les daiquiris géants. Ça fait donc une jolie petite ville colorée, avec beaucoup de bois en façade, ce qui change un peu du traditionnel béton haïtien.
Avec une aussi grosse journée, on a décidé de faire une aussi grosse soirée. Apéro à la piscine d’un autre hôtel que le nôtre, puis souper au restaurant. Trop plaisant de revenir le soir en marchant au bord de l’eau. Les endroits où on allait étaient tout près de l’hôtel, alors ce n’était rien de compliqué.
Le retour à Port-au-Prince est digne de mention dans ce voyage-là. D’abord parce que mon corps a décidé de me détester deux heures avant le départ pour la station de bus. Pis pas parce que j’avais trop fêté (j’ai été très sage). Diarrhée, vomissement, je vous épargne les détails. Merci pour le choix du moment. J’agonisais dans le hall d’entrée de notre petit hôtel, les intestins traversés par des sabres lasers brûlants de Jedi en furie, pendant qu’on attendait le chauffeur qui nous amenait à la station de bus. Je prévoyais déjà les neuf pires heures de ma vie avant d’arriver dans mon lit à PAP.
Erreur. Ça allait être les douze heures. Mais pas si pires au moins, parce que j’ai peu à peu repris le dessus au cours de l’après-midi, étant dans un état pas mal amoché, mais stable, avec aucune sortie d’un bord ou de l’autre. Bref, ça a commencé par la compagnie de bus, qui notez-le, s’appelle Sans Souci, qui nous appelle (tout comme à l’aller) pour confirmer notre départ. Qui a lieu à midi. Dans vingt minutes. Alors que sur nos billets et dans les consignes verbales qu’on avait reçues, on devait se présenter à midi pour le départ à midi trente. Alors qu’on était dans le trafic du dimanche après la messe mettons. Notre chauffeur a eu la gentillesse de prendre un raccourci-détour, tout en faisant attention à chaque trou pour ne pas me scraper plus l’estomac, et on est arrivés à temps pour entrer en dernier dans le bus. Cette fois-là les Haïtiens devaient me trouver blanche, mais vraiment blanche, tirant sur le vert t’sais.
Parfait qu’on se dit, au moins on gagne du temps. On s’est vite rendu compte qu’on allait en gagner encore plus, parce que le chauffeur roulait en fou. Dans le genre tassez-vous de d’là messieurs dames dans le village, Sans Souci passe icitte. Dans le genre tant pis pour les trous, les passagers aiment ça bouncer en arrière (et essayer de pas vomir leurs intestins affaiblis dans mon cas). Dans le genre il y a un bruit bizarre sur la roue arrière droite et personne n’y fait attention, surtout pas le chauffeur. Qu’est-ce que ça donne? Après une heure de route, bris à la roue arrière droite. Arrêt dans une courbe en pleine montagne.
Et là, on a entendu parler de toutes les solutions possibles, mais ça a pris ben du temps avant qu’on en voit une se réaliser. Après deux heures et demie, un premier bus s’est arrêté pour prendre des gens, mais pas tout le monde. On était dans tout le monde. C’était quand même une expérience appréciable. Ça valait la peine d’entendre les Haïtiens se chicaner dans un autre contexte que sur un terrain de foot (sans offense, ils chialent tout le temps), et c’était beau de les voir ensuite rire tous ensemble (même avec nous) parce qu’ils ont en contrepartie un sacré bon sens de l’humour. Tout ça pendant quatre heures. On a même eu le temps de voir un cercueil transporté sur une moto. Ça ou cinq adultes, c’est du pareil au même. Casual.
Donc, après quatre heures, un plus petit bus est venu nous délivrer. Plus petit, mais assez grand pour accueillir tout le monde qui restait. On était ben contents. Pendant les dix premières minutes. Les minutes où les phares fonctionnaient. Parce qu’après ça, problème électrique, ça s’est éteint. Dans les transports en voyage, je fais confiance à la vie. Cette fois-là, j’ai tout donné. Parce que lorsque tu descends une route sinueuse dans les montagnes, avec des précipices pis pas de garde-fou, pas de lumières, dans le noir, c’est un petit peu inquiétant. Ça a duré vingt minutes où on riait les fesses serrées.
Après ça, une autre heure de stationnement dans le village en bas de la côte pour tenter de réparer tout ça. Jusqu’à ce qu’un petit-bus-style-grosse-van vienne nous prendre. Jamais deux sans trois, on est repartis. Au moins celui-là nous a menés jusqu’à PAP. Pas dans le confort, car j’étais assise sur le strapontin au milieu de l’allée, et il penchait à droite de sorte qu’à tout moment je glissais en dessous du siège de mon voisin. Mais c’était une belle occasion de connaître mon voisin et de jaser avec lui (en me replaçant sur mon siège, pas en étant pris en-dessous de lui).
Bref, c’était un beau retour signé Sans Souci. Mais le mieux, c’est qu’on a trouvé ça vraiment drôle et que ça ne nous a même pas dérangés un instant (ou presque).