C'est l'histoire d'une fille dans un corps de garçon qui fait des œuvres d'art. Ses créations sont inattendues, violentes, punitives. C'est marcher treize heures dans la nuit avec une bougie qui ne doit pas s'éteindre. C'est rester recroquevillée au fond d'une crevasse pour éprouver les limites du physique, pour voir jusqu'où ce corps qui n'est pas le sien peut résister. C'est avoir froid jusqu'à ne plus se sentir exister. C'est pour épuiser cette naissance qui n'est pas la sienne.
Elle m'a dit "je pense que tu es l'automne de l'été", qu'il y avait en moi quelque chose de solaire occulté par des noirceurs, et ça a résonné quelque part.
Je me reconnais dans cette capacité à la violence inconsciente envers soi même. Ce piétinement de soi, cette trahison constante, cet effacement dans les rapports avec les autres. Cela se situe sur un autre plan. Je doute de l'amour que les gens me portent. Je doute sans cesse et je m'abîme dans mes larmes. Je dilue la tristesse en écrivant dans mon lit. Je ne veux plus la diluer, je veux la faire disparaître.
Mon frère dit qu'il faut être soi-même et tant pis pour les gens qui ne l'acceptent pas. Je ne sais pas comment il a grandi avec une telle confiance au même endroit où j'ai grandi en me rejetant sans cesse. Je ne sais pas comment il a appris à parler aux autres là où je n'ai su parler qu'aux absents.
Je vois mes amis trouver une place. Je reste à côté, je ne fais que lutter contre des monstres intérieurs, des chimères qui me murmurent des obscénités, et les araignées tissent leur toile autour de moi. Je voudrais percer ma coquille. Et qu'enfin les fantômes de ceux qui m'ont abandonnée cessent de me hanter.











