-- Les visiteurs du Belvedere, à Vienne, vont droit au Baiser de Klimt, et se prennent en selfie devant. La salle étant sombre, ils ont besoin d’un flash, dont la lumière abîme le tableau. Émue, la direction du musée a placé un panneau près du tableau : SVP, pour les selfies, suivez la flèche, une salle en bas vous accueille avec un Baiser factice grandeur nature et en pleine lumière.
-- Personne ne sait
D’où vient le « de » dans « pauvres de nous ! »
-- La Poste lance sa « néobanque », et l’a baptisée « Ma french bank ». Une telle cohérence est really épatante.
-- Louise de Vilmorin, à qui l’on demandait ce qu’elle pensait du célibat des prêtres : « Qu’est-ce que ça peut faire ? S’ils s’aiment… »
-- Emmanuel Berl participant à une expédition punitive des Surréalistes contre Roger Martin du Gard, qui avait révélé l’homosexualité d’Aragon.
-- (Berl, suite)
Jacques Dutronc et Françoise Hardy, qui avaient pris pension chez lui.
-- (Fin)
Son oncle, qui prépare l’agrégation de philosophie, et meurt de la tuberculose ; puis son cousin, qui prépare également l’agrégation de philosophie, et meurt aussi de la tuberculose. Le moment venu, Berl, qui avait une caverne au poumon, renonce à passer l’agrégation de philosophie.
-- Le condamné qui soudoyait le bourreau pour être étranglé avant d’être brûlé vif.
-- Les obsolètes : les gracieuses voix de sopranos d’avant-guerre, légères, au vibrato serré, un peu nasales, pointues, spirituelles : Yvonne Printemps, Suzy Delair, Annick Simon… Ce n’est pas seulement leur type de voix qui a disparu, mais un genre entier de féminité, celle qui s’attachait à cette voix.
-- Michel Piccoli récitant en quarante minutes la liste des communes du Var.
-- Les blagues est-allemandes, que la police recueillait, archivait.
-- Les coups de téléphone publicitaires, qu’on reconnaît au silence qui précède la connexion (le Maroc, c’est loin, même au téléphone), et qu’on peut interrompre avant même que le pauvre diable ne commence son baratin sur l’isolation des fenêtres.
-- (Suite)
La vengeance. On vous appelle, et vous n’avez pas le réflexe de raccrocher. Vous entendez : « Bonjour Monsieur, combien avez-vous de fenêtres chez vous ? » Répondez alors : « Je ne peux pas vous le dire de mémoire. Une seconde, je vais compter. Je pose l’appareil. » Vous vous remettez au travail, ou vous vous faites un café, enfin vous laissez passer cinq bonnes minutes. Puis vous reprenez le combiné : « Merci d’avoir patienté. J’ai compté : j’en ai une. »
-- (Dernière minute)
Les lecteurs du « Monde » votent pour élire les 101 meilleurs romans. Chacun doit en proposer cinq. Palmarès des dix élus, par ordre croissant:
10. La promesse de l’aube
9. Les misérables
8. Belle du seigneur
7. L’étranger
6. 1984
5. Le seigneur des anneaux
4. Cent ans de solitude
3. À la recherche du temps perdu
2. Voyage au bout de la nuit
1. Harry Potter
Cherchez l’intrus.
-- Les nazis en déroute, et qui savaient leur fin inéluctable, mais qui préféraient stopper des trains de matériel militaire pour laisser passer des convois de juifs vers Auschwitz.
-- Les obsolètes : le rite de passage de la culotte courte au pantalon.
-- L’économiste qui examine les conséquences de l’extension de la garantie. Garantir les objets dix ans, une voiture, un ordinateur, un moulin à café, asphyxierait l’économie mondiale. La panne est le ressort de la richesse.
-- Les gens qui se prennent en photo devant la Joconde, dos au tableau. Ils ont soin de laisser voir son beau visage, derrière leurs têtes d’abrutis.
-- La semi correction. Depuis quelque temps, on commence à savoir que « après que » commande l’indicatif, non pas le subjonctif, et certains font des efforts. « Après qu’il ait bu » devient « après qu’il a bu ». C’était inespéré. Mais il semble qu’on mette tout au passé composé : « Il s’endormit après qu’il a bu ». Oubliés, le passé antérieur, l’imparfait. Ils n’écrivent jamais « Il s’endormit après qu’il eut bu », de peur qu’on les accuse d’avoir doublement fauté : mis le subjonctif, et oublié le circonflexe. Quant à « en général, il s’endormait après qu’il avait bu », il ne faut pas se bercer d’illusions, on ne l’aura jamais.
-- Les échanges e-pistolaires.
-- Les grandes mutations
Roland Jaccard, qui rappelle que « la culture c’est ce qui reste quand on a tout oublié ». Mais ça, c’était avant. Aujourd’hui, dit-il, « c’est ce qui manque quand on a tout appris ».
-- Ma mère, l’autrice de mes jours.
Les Petits Papiers de Jacques Drillon, fin 2019, début 2020 (extraits).