La Lérychione
L'histoire commence comme une histoire de fantôme assez classique :
En 1954, Hubert et Sylvaine Seurat vivaient dans le petit village de Léry, en Côte-d'Or, avec leur fils de 15 ans Paul et leur fille de 7 ans Catherine.
Un jour d'octobre, les enfants n'étant pas venus à l'école, l'institutrice se présente au domicile familial pour prendre de leurs nouvelles et trouve la porte du domicile ouverte. Il n'y a personne, et la maison semble porter les traces d'une violente dispute : meubles renversés, vases et vaisselle brisés, et des traces de sang dans l'escalier menant à l'étage.
La police lance des recherches qui s'avèrent immédiatement très difficiles : il a plu la veille, les chiens ne semblent trouver aucune piste… Finalement un lambeau de tissu retrouvé à l'orée de la forêt oriente l'enquête dans cette direction.
On retrouve d'abord les corps de Sylvaine et Paul, qui semblent avoir été tués avec une grande brutalité. De là les chiens retrouvent la piste d'Hubert, qu'on finit par découvrir, livide et trempé, prostré au pied d'un arbre, les vêtements couverts de sang.
Arrêté, il finira par avouer : son tempérament colérique avait fini, après une dispute particulièrement violente, par faire fuir Sylvaine, qui avait essayé de rejoindre la maison d'une amie dans le village voisin en emportant les enfants avec elle. Hubert s'était lancé à leur poursuite et les avait aperçus qui essayaient de se cacher dans la forêt. Les ayant rattrapés, il s'était déchaîné sur son fils qui tentait de protéger sa mère, et avait fini par les tuer tous les deux.
Catherine, quant à elle, s'était enfuie dans la forêt. Son crime commis, Hubert avait alors tenté de la retrouver, avant que la gravité de ses actes ne le rattrape enfin et qu'il ne s'effondre, tétanisé et honteux, au pied de l'arbre où la police l'avait découvert.
Malgré de nombreuses battues organisées par la gendarmerie et à laquelle les habitants des villages alentours prirent part, on ne retrouva pas Catherine. L'hiver arriva avec de terribles vagues de froid, et il devint alors de plus en plus improbable qu'on la retrouve vivante.
Au printemps des chasseurs retrouvèrent un manteau de fillette et crurent apercevoir une silhouette d'enfant qui se déplaçait entre les arbres.
Dans les vingt années qui suivirent, de nombreux témoignages parlèrent de cette fillette qu'on apercevait parfois dans la Combe Guichard. Si la silhouette n'était jamais effrayante ou menaçante en elle-même, beaucoup de témoins racontèrent avoir été épouvantés par cette vision, certains rapportant que la forêt était soudain devenue silencieuse ou que leur chien s'était mis à gémir et à trembler.
Beaucoup d'habitants racontaient qu'ils l'entendaient pleurer la nuit au loin dans la forêt, quand ils fermaient leurs volets le soir, ce qui lui valu le surnom de « Lérychione » et la fit rentrer dans le folklore local. (Litt. « La pleureuse de Léry » en patois bourguignon. )
L'histoire connut un rebondissement assez important dans les années 70, quand en 1974 une technicienne radio du nom de Claude Labroquère vint passer des vacances dans un gîte rural de Léry.
Elle fut réveillée pendant la nuit par des hurlements, et entendit une enfant qui pleurait. Descendant l'escalier, elle vit par la fenêtre du rez-de-chaussée le visage d'une petite fille qui sanglotait. Bien que terrifiée par cette apparition, elle se précipita vers la porte pour lui ouvrir, mais ne trouva personne dehors. Après avoir discuté avec des voisins le lendemain, qui plaisantaient sur le fait qu'elle avait dû voir la Lérychione, elle décida de mener une enquête. Elle passa plusieurs jours à étudier la légende et les témoignages avant d'utiliser ses connaissances en matière d'enregistrements sonores pour tenter d'obtenir une preuve.
Le 17 juin 1974 elle installa deux enregistreurs aux deux endroits qu'elle estimait avoir le plus de chances de capter les pleurs de la fillette fantôme, et s'installa pour la nuit.
Personne ne devait jamais la revoir.
Le lendemain son matériel intact fût retrouvé dans la forêt. Les bandes magnétiques s'étaient déroulées jusqu'au bout avant de s'interrompre. Il n'y avait aucune trace de lutte. Sa voiture était toujours garée sur le chemin voisin et on ne trouva qu'une chaise de jardin vide, avec la couverture sous laquelle elle avait dû s'abriter pendant la nuit posée à côté. Des traces de pas – les siennes – partaient de la chaise pour s'enfoncer dans la forêt.
Pendant l'enquête ses bandes audio furent bien sûr étudiées. On y entend essentiellement des bruits de forêt, mais à une occasion, sur une quarantaine de secondes, des hurlements lointains et des pleurs de fillette.
Les rumeurs allèrent bon train. Certains dirent que les hurlements étaient ceux de Claude, mais d'autres remarquèrent qu'un bruit de pas proche du micro semblait indiquer qu'elle était encore près de son matériel au moment des cris. Ceux-ci furent enregistrés par les deux appareils séparés de plusieurs centaines de mètres.
Certains pensent qu'elle a été emportée par le fantôme de Catherine, d'autres affirment qu'il n'y a pas un mais deux fantômes, et que c'est le premier qui a tué Catherine en premier lieu quand elle s'est aventurée dans la forêt la nuit du drame qui frappa sa famille.
À ce jour les manifestations de la Lérychione se sont faites beaucoup plus rares, pour ne pas dire exceptionnelles. Aucun autre enregistrement n'a réussi à capter les pleurs de Catherine, que les habitants disent entendre encore parfois le soir, quand ils ferment leurs volets avant d'aller dormir.















