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@renaudbuenerd
Jour 1 Monterey
Nous avons débarqué hier dans ce pays hors de proportion, ou mercantile n’est pas un gros mot mais une vertu. La pluie sur tout le pays tombait puissante, large et drue, elle inonde le ruban de bitume ou nous nous sommes jetés dans un flot tonitruant su laquelle déboulent des milliards d’autos échappées vers les célébrations. Je ne tiendrai pas le choc, je ne serai pas à la fête, vous l’ignorez, vous qui courez tous en masse vers cette minute, cette seconde magnifique ou la joie fuse quand on bascule tous ensemble de l’autre côté que, moi, j’ai presque dix-mille kilomètres dans les pattes et tellement plus d’heures de vol et si je n’ai rien gagné rien car je n’ai pas participé à votre commerce, je mérite bien un peu de repos.
Je m’endors. Quand je rouvre les yeux sur la place où rien ne s’éteint jamais tout à fait, je fouille dans l’ombre entre les néons, car quelque chose à propos de l’obscurité des rues doit bien avoir une signification.
Renaud Buénerd
nouvelles éphémérides N°1 Novembre 25 365 noyaux d'abricots, peinture et fil, anse de seau.
Il était un rituel auquel j’aimais sacrifier, c’était d’aller au milieu de l’été passer quelques jours au bord de l’Atlantique où nous vivions nus et sans contraintes, de l’aube au soir si le temps ne nous faisait pas de mauvaises blagues. Débarrassés de tout artifice, je me sentais étrangement en sécurité, complètement égal, à l’abri et sans possibilité d’agression, ni de jugement. Le temps s’immobilisait et le monde ne connaissait plus de dérive, pas un embrasement, plus aucune de ces avanies humaines qui maltraitaient les matins de chaque jour dans la vraie vie.
Rien n’existait que la rumeur des vagues et le vent chaud, le sable entre les doigts et l’eau qui s’évaporait de ma peau. On ne voulut plus rien changer du monde, on oublia le mal qu’on lui avait fait. Je souriais, on oublia même la souffrance qu’était mon père sur son lit d’hôpital qui ne savait pas mourir et ne savait plus vivre non plus, je m’étirais, on oublia les plaies de ces guerres que l’on croyait d’un autre âge, je me relâchais, on oublia la souffrance des peuples, la misère, les conflits les catastrophes, les séismes, les fléaux, les inégalités, les malédictions, les meurtres et les viols et puis mon père. Je m’assoupissais, on oublia que l’on était infoutu de soigner quoi que ce soit. Je n’étais qu’un petit atome de vide sensuel sur lequel passait un morceau de temps. Ces injonctions en se fracassant entre mon cœur et mon cerveau firent une gangrène à leur croisement et je sentis monter le mal au milieu de ma tête.
Du côté de ma bouche, à cette place hybride du corps humain où se croisent les mots, l’air et le pain, une douleur pulsante s’ébaucha sous une dent, elle embrasa peu à peu tout mon être, devint au bout du jour si puissante qu’elle m’avala tout entier, mit à bas mon sensuel bonheur et me punit de ma naïve futilité. Un petit abcès rien qu’à soi, une douleur féroce qui vous prend la tête me remit les pieds sur terre et me donna envie de crier de pleurer de m’insurger, de tout changer de ce monde à la dérive. Je n’avais trouvé, ni la joie ni la paix, j’avais juste fermé les yeux.
proposition chorégraphique 279