La stratégie secrète de Marcalf Lièvremont : "Le retour du Coach"
1ère tournée : la bagarre de Minus Tirith
Loin, très loin, de l'autre côté de la boule de cristal, sur un écran de plasma, un squad tricolore persévère un maul à l'envers, un maul à l'endroit et seul contre tous. La bataille du Gouffre d'Eden n'est déjà plus qu'un lointain souvenir. Les U'Kais déconfits, il faut panser les blessés, achever les héros. Marcalf sait que cette victoire n'est qu'une broutille au regard des espérances des dieux du rugby. Le pouvoir de Lapassarouman est brisé mais les Tous Noirs semblent encore intouchables. Ils sont comme la marée d'un océan belliqueux qui voudrait engloutir l'Ovalie. Déjà, ils ont dévoré tout cru le féroce puma argenté. Le noble félin pensait culbuter la lune dans les fougères en lui faisant du rentre-dedans sauvage. Hélas, c'était une stratégie vouée à l'échec. Après avoir bien bataillé pendant 40 minutes, le gros chat se fit arracher les griffes, épiler le maillot et planter deux banderilles bien tranchantes derrière le museau. C'en était fini des prétentions du matou.
Bref, Marcalf était un peu déchiré ; extatique de la victoire arrachée et déprimé par le fait de devoir remettre le couvert sous huit jours avec des guerriers dilettantes. Enfin quand on s'appelle Marcalf, l'extase est toute relative et généralement de courte durée. Déjà les nuages noirs recommençaient à s'amonceler. Aridorn le Taciturne gambergeait toujours pour savoir si oui ou non, il était un héros. Terry Dusautoir avait donné son allégeance au Seigneur des Chevaux et fait vœu de devenir végétalien et non violent. Peregrinh-Duc, trop fier de son coup de pied, avait été incapable de résister à l'appel du APPEAU (Agent de Presse Parfaitement Entraîné A Ulcérer). Il avait regardé TV Palantir sous les couvertures de presse et plongé son regard adulescent dans les sombres arcanes du Seigneur Tout Noir. Et pour couronner le tout, le jeune Dragon gallois avait zigouillé les lutins irlandais et donné rendez-vous sur les champs du Pet-Laine-Or sous les murs de l'antique citadelle de Minus Tirith.
Tout ceci commençait vraiment à échauffer les esgourdes de notre magicien. Une poussée hors norme d'adrénaline ovoïdesque poussait son système pileux à se rebeller et à montrer qu'on ne pouvait pas lui tirer la moustache en toute impunité.
(barrissement ... re-barissement ... rire ... sanglots ... silence ... rugissement) - scène censurée par égard envers mes jeunes lecteurs
Ni une, ni deux, Marcalf envoya Aridorn chasser ses fantômes dans les vallons perdus de son passé. Pour faire bonne mesure, il motiva par un bon coup de pied au tréfonds, Cleropasse et Dimi à faire un bout de chemin avec leur nouveau boss. Puis, il prit Peretrinh-Duc sous le bras et courut le mettre à l'abri chez Jo Donethor, dit le "manager maso".
Comment décrire l'effet que peut susciter la vue de Minus Tirith chez le bizuth qui débarque dans la capitale du Gondol ? Le Trouvère Hérault dirait que la ville a les hanches larges comme un tonneau de bière, la taille svelte d'un 3/4 aile de corbeau, le minois couronné de belles estafilades soyeuses et la chair de poule d'une danseuse du Lido égarée dans un avant-match guazzinien en plein frimas d'hiver. Moi je dirai simplement que Minus Tirith, ce n'est pas de la gnognote. C'est du costaud, et ça se mérite. Il faut souffrir pour en prendre possession. Ça grimpe de partout avec des colimaçons, des vis sans fin, des ascenseurs psychopathes et des échelles de meunier. C'est construit en marbre blanc comme l'Olympe. Cela fait joli et puis c'est plus simple à nettoyer que le granit. Donethor qui depuis le temps qu'il y séjourne, s'est un peu approprié la chose, dit que "c'est le dernier vit dardé pour la liberté des joueurs". (Cette déclaration cryptique a fait gamberger plusieurs générations d'analystes elfiques ... et ça vit long un elfe)
Parvenir en demi à Minus Tirith est un exploit au regard de la vastitude des armées ennemis et de la profondeur du courroux revanchard des Tous Noirs. Mais maintenant, il faut affronter le Dragon Rouge. Le Serpentin Gâleux est un monstre assoiffé de victoires et à qui rien ne résiste malgré son jeune âge. Il a tété le mana vermillon d'un sorcier Tout Noir depuis qu'il a cassé sa coquille et dévoré sa fratrie britannique. Ses ailiers sont puissants et vifs comme le vent du Nord. Son dard arrière est comme une vorpale. Dans ses yeux brille un feu inextinguible. Ses soixante-dix mille écailles forgées à Cardiff à l'aube du millénaire lui confèrent une force et une protection redoutables. Le verre est plein. Il faut le boire.
On a beau être chevalier assermenté du Gondol, équipé d'une armure sponsorisée par la Fée Nikê et doté de crampons d'argent, la vue des hordes ennemies hurlant leur vindicte est un spectacle qui glacerait d'effroi le plus tanné des piliers folklo. En plus, sur les branches basses de l'arbre du pendu, une horde de plumitifs vénéneux de tous poils jacte des maléfices peu amènes sur la Communauté de l'Ovale. La victoire n'est jamais promise. Il faut aller la chercher sur le terrain mais là, aujourd'hui, le terrain est bien encombré ....
"Du haut de ces tribunes, 24 ans vous contemplent !" harangua Marcalf tandis que les chevalier du Gondol refaisaient machinalement leurs lacets. "A malin, malin et demi. Et 9 qui 10 plus un n'est pas égal à onze qui descendent du char ... OUAIS ! Chaaaaargeeez !!!". (Comprenne qui pourra ... et le re-gazouillera aux Zôtres)
C'est le signal de la bagarre générale. Des milliers, que dis-je des dizaines de milliers de sanguinaires guerriers-galous s'élancent à l'assaut des murs de Minus Tirith défendus par une poignée de mordus d'Ovalie. (Non, ce ne sont pas des vampires mêmes s'ils sont blêmes et qu'au fond d'eux-mêmes, oui tout au fond, au fond à gauche, ils ont les crocs). Le Dragon règne sur les airs mais ne réussit pas à donner un seul bon coup de patte. Ce n'est pas son jour. Il crie, tempête, agresse, resquille, regimbe et ratiocine sans pouvoir marquer. Marcalf et les chevaliers du Gondol sont tout rikiki mais ils sont vaillants. Quelques minutes après le coup d'envoi, ils réussissent à mettre à terre un énorme troll du Nord tout chevelu. La mêlée galeuse est déstabilisée mais c'est loin d'être suffisant pour endiguer le flot ennemi. Le rapport de force est t'lop injuste ; à vouloir remettre le poussin dans sa coquille si c'était possible.
Soudain, le War Burton gâleux (une espèce de "War leader" mais avec des boutons en plus) choppe à la volée l'agile Cleropasse et tente de le planter dans le sol la tête la première sous prétexte que cette guéguerre est trop facile et qu'il commence un peu à prendre racine. C'est l'étincelle. Le chausse-trappe posé face cachée par Marcalf se déclenche. Le sort d'invocation d'un thaumaturge arbitral opère et Sire Rolland, avec deux ailes, descend vengeur sur le champ de Sinople du Pet-Laine-Or. Il brandit une écaille rouge et renvoie le maudit dans les limbes. (ou plus exactement sous un terril). Ouf, les galous gâleux ne sont plus que 14 dizaines de milles mais ils sont bien haineux. Il s'agit de tenir maintenant.
Les défenseurs d'Ovalie se sacrifient au combat. Les lignes plient mais ne rompent pas. Enfin, si une fois mais l'essai n'est pas concluant. Le pugilat est terrible. De temps à autre, Morgon surgit d'entre les lignes et s'élance vers l'en-but adverse mais le soutien est insuffisant. Les vagues galeuses se dressent vers le ciel et retombent avec force et célérité pour déchiqueter le héros. Medarn le Wolverine est lui aussi à la peine. Bonar a les deux pieds scotchés dans la boue. Papétank a des palpitations. Masse-Pilou s'essouffle. La fatigue et le découragement étreignent insidieusement le pack et les lignes arrières. Les os sont broyés, les cœurs étouffés, les âmes estourbies. De partout, les horions pleuvent. Les plaquages sont brutaux, les raffuts rugueux. Mais rien ne passe.
Enfin, quand tout semble perdu, Aridorn arrive sur le champ de bataille. Il a remonté la rivière des regrets et asservi à nouveau ses fantômes. Il renaît guerrier et s'élance au secours des siens. Il enfonce les gâleux et gagne le temps nécessaire à la victoire. 9-8 Le score est serré. "Ugly winning" dira-t-il plus tard dans la langue ancienne de Rugby. Oui, la victoire est moche, terrible même. C'est la guerre et l'histoire n'est jamais écrite par les vaincus. Les portes du Mordor s'entre-ouvrent en grinçant. Il reste encore à vaincre le Seigneur de la Balle, le sorcier Weepu et les hordes de Tous Noirs.
En route vers la lutte finale. Déjà les plumitifs s'excitent ....
(à suivre dans "Le Retour du Coach" - 2ème tournée : La Montagne du Festin)











