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How to train your serf (English version)
Summary
A Night Lord takes advantage of the chaos caused by a mutiny within his company to steal a small ship and desert. But he soon discovers that one of the slaves had hidden aboard to escape that very same chaos. After some thought, a serf might actually be useful for his new life.
Warnings /!\ There will be violence, gore, abuse (I mean… it’s the Night Lords)… but also a bit of fluff. Because even monsters need some (they just don’t know it yet)
Chapter 1 - Desertion
Chapter 2 - Serf
Chapter 3 - Patience
Chapter 4 - Communication
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How to train your serf (Version française)
Résumé
Un Night Lord profite du chaos créé par une mutinerie au sein de sa compagnie pour prendre un petit vaisseau et déserter. Sauf qu’il découvre qu’un des esclaves s’était planqué à bord pour échapper au dit chaos. Après réflexion, un serf pourrait bien lui être utile pour sa nouvelle vie.
Avertissements /!\ Va y avoir du sang, de la violence, du gore, de la maltraitance ( bref on est chez les Night Lords quoi )... Mais aussi un peu de fluff. Parce que les monstres aussi en ont besoin ( mais ils ne le savent pas encore )
Résumé
Karneth est rongé par un mal-être. Milo aimerait attirer positivement l'attention.
Notes
Encore un chapitre beaucoup trop long ^^' Mais je crois que ça va devenir la norme...
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Karneth s’éveilla doucement. Aucune alarme ne résonnait dans les murs. Aucun vox saturé d’ordres ne crachait à ses oreilles. Aucun martèlement de bottes ne résonnait dans les coursives tandis que les autres Night Lords courraient former leur Griffe.
Seulement le silence déstabilisant de sa chambre à bord du Mistralis.
Il resta allongé quelques instants, le regard errant dans la pénombre claire. Son corps lui paraissait lourd, plus encore qu’au retour d’une bataille. Depuis sa désertion, il avait l’impression de dormir davantage... ou peut-être de passer plus de temps à trouver une raison de se lever. Le demi-dieu s'assit lentement sur sa couchette, l'esprit enlisé dans une fatigue tenace.
Cela faisait déjà des décennies qu'il était écrasé par la lassitude, rongé depuis longtemps par le désir de quitter sa Légion, ses valeurs gangrénées et ses batailles vaines... Il s’était imaginé que fuir la cause à laquelle il ne s'identifiait plus mettrait fin à son mal-être. Mais quelques jours étaient passés, et cette foutue morosité ne le quittait toujours pas. Les Night Lords avaient laissé derrière eux quelque chose de pire qu’un souvenir.
Un vide.
Il n'avait jamais eu à décider pour lui-même, son existence avait été façonnée par des facteurs extérieurs à sa volonté. Quoi faire, où aller, que combattre, comment se battre et même comment penser. Désormais, il n'y avait plus personne pour lui dire quoi être, et cette liberté aurait dû être une délivrance.
Pourtant, elle s'apparentait bien plus à une chute dans un gouffre sans parois auxquelles se raccrocher.
Karneth soupira et passa paresseusement une main sur son visage, chassant les longs cheveux noirs qui y tombaient. Ses yeux d'encres désabusés dérivèrent dans la petite pièce qui constituait sa chambre.
D’un côté se trouvaient une armoire et un bureau métallique sur lequel étaient pliés sa combinaison d'armure et son peignoir rapiécé. De l’autre, deux lits superposés encastrés dans le mur occupaient presque toute la longueur de la cloison. Trop petits pour lui, il en avait arraché les matelas et les avait étendus à même le sol pour se fabriquer une couche adaptée à sa taille. Les armatures nues des lits servaient maintenant d’étagères. Son épée tronçonneuse, aussi grande qu’un homme, reposait sur celle du haut. Sur celui du bas étaient disposés son pistolet bolter, sa dague et les plus petites pièces de son armure. Les éléments les plus imposants étaient appuyés contre le mur opposé à l'entrée, notamment son plastron, sa batterie dorsale en veille et son casque posé à son sommet.
Les yeux de Karneth s’y attardèrent.
Le heaume ailé le dévisagea en retour. Un crâne bestial figé dans une expression de menace éternelle. La visière rouge était éteinte, et il vit dans son reflet que son regard ne valait guère mieux.
Le gouffre dans son esprit s'élargit un peu plus.
Karneth comptait bien faire encore usage de son armure, la céramite lui offrait une supériorité écrasante sur presque tout ce qu’il pouvait croiser. Pourtant, la simple idée de la revêtir attisait son mal-être : ces couleurs et emblèmes n’étaient plus siens, pas plus que ceux portés par les chiens de l’Imperium... et il craignait de remettre cette cuirasse et de découvrir qu’il n’y avait plus rien dessous.
Rien qu’une coquille vide, incapable d'appréhender la nature même du libre arbitre et de se définir sans interventions extérieures.
Rien qu'un serviteur errant sans ordre.
Comme chaque matin, l'Astartes détourna les yeux du casque dans un défaitisme silencieux.
La cale... se somma-t-il pour trouver une raison de s'arracher à son lit.
Karneth leva finalement la masse qui lui servait de corps et attrapa le peignoir posé sur le bureau. En l’enfilant, il remarqua qu’une des manches s’était décousue à l’épaule, ouverte sur quelques centimètres. Il fixa la déchirure un instant avant de souffler du nez avec une ironie blasée.
Je travaille mieux la peau humaine que le tissu...
Autrefois, cette pensée l’aurait amusé... Mais cela faisait longtemps qu’il ne tirait plus de joie à écorcher. Un plaisir dissipé dès lors qu'il avait comprit que sa Légion ne pratiquait plus la torture pour punir et faire des exemples, mais pour se repaitre des hurlements du premier venu avec l'excitation creuse d’un chien distrait par le couinement du jouet qu’il déchiquette. Il ressentait encore une forme de contentement lorsque l’âme piégée entre ses griffes était reconnue coupable d'exactions, comme celle du politicien dont le visage ornait son épaulière gauche. La satisfaction de châtier ceux qui le méritaient, d'effrayer ceux tentés de suivre leur exemple, et faire prospérer les mondes en leur apportant un équilibre.
Vengeance. Justice. Ordre.
Ce que la VIIIème aurait dû être...
Son esprit recommençait à s'enliser et Karneth se força à se mettre en mouvement. Il attrapa sur le bureau la trousse de soins trouvée dans la salle de bain, puis en sortit le kit de suture. Tout comme il avait assemblé des vêtements à sa taille à partir de ceux trouvés dans l'armoire, il l'utilisa pour recoudre la manche.
L’aiguille paraissait ridicule entre ses doigts massifs, et malgré son expérience, il la maniait avec la grossièreté d'un être dont les membres étaient étrangers à la gentillesse. Des gestes aussi répétitifs que l'entretiens d'une arme, pourtant cette petite tâche peu glorieuse lui procura un plaisir serein, distrayant ses pensées lourdes en y apportant une agréable légèreté.
Il s'étonna de parvenir à tirer du réconfort d'une si petite chose.
Mais le déchirure fut rapidement recousue, et Karneth se drapa autant de son vêtement que de sa lassitude avant de quitter sa chambre.
Le couloir était un boyau étroit pour quelqu'un de sa taille, tout juste praticable pour un Astartes en armure. Il y aperçut au loin Milo avançant d’un pas pressé, probablement en direction du cockpit. L’humain ne l’avait pas encore vu. Karneth pouvait percevoir les battements nerveux de son unique cœur battre sous sa fragile cage thoracique, qui accéléra brutalement à l'instant où il réalisa sa présence.
Le jeune homme se figea aussitôt et pâlit en le voyant venir dans sa direction. Pendant une seconde, il sembla hésiter à rebrousser chemin, avant de finalement se rabattre contre la paroi du couloir pour s'y plaquer autant que possible. Il baissa la tête pour l'accueillir avec soumission, serrant ses bras et ses jambes pour s’assurer qu’aucune partie de son corps ne puisse le gêner.
Karneth passa devant lui en l'ignorant, mais huma doucement l'odeur de peur qui émanait de lui. Une fragrance familière et rassurante, qui apaisa son esprit engourdit et lui offrit au sein du gouffre une paroi à laquelle s'accrocher.
Il poursuivit sa route tout aussi indifféremment, mais un balbutiement hésitant interrompit son élan.
"Euh... S-Seigneur Karneth ?"
Prononcer ces quelques mots semblèrent demander un effort considérable au mortel. Le demi-dieu s'arrêta mais ne se retourna pas, penchant juste assez la tête pour signifier son attention. Derrière lui, il perçut Milo déglutir difficilement, avant de demander avec tout aussi peu d'assurance.
"De-désirez-vous que… je nettoie vos quartiers ?"
Petite créature zélée...
Milo semblait constamment vouloir lui rappeler son utilité. Karneth ne lui avait pas interdit l’accès à sa chambre, pourtant l’humain n'y avait encore jamais mis les pieds et se refusait naturellement d'y aller sans son autorisation. Une prudence de proie face à la tanière d’un prédateur, les esclaves étant bien conscients que les Night Lords y emmenaient leurs victimes pour jouer avec.
Cette proposition, bien qu'étant son dû d’esclave, sonnait presqu'avec témérité.
"Pas pour l’instant." répondit simplement Karneth en reprenant aussitôt sa route.
"B-Bien, monseigneur..." approuva Milo avant de repartir hâtivement vers ses propres tâches.
Au cours de ses premières journées à bord, il avait régulièrement vérifié son travail pendant qu'il dormait, comparé chacun de ses rapports aux faits, chercher la moindre erreur, mensonge ou incompétence. Il avait même volontairement saboté un système non vital et relativement discret, simplement pour voir si Milo le remarquerait. Ce dernier avait non seulement trouvé et rectifié l’anomalie, mais aussi recalibré l’ensemble du réseau parent et entretenu les systèmes adjacents avec un soin perfectionniste.
Karneth ne trouvait rien à lui reprocher, son avorton travaillait si bien que certaines sections du Mistralis semblait avoir rajeuni de deux siècles. Au moins il ne lui avait pas menti sur ses compétences, et l'Astartes en retirait la satisfaction d’un bon investissement, celle de voir que son indulgence et sa patience n’avaient pas été vaines.
Etant donné que Milo était terrifié par sa seule présence, il n'avait pas grand chose à faire pour imposer son autorité. Heureusement pour lui, il n'avait plus écorché son nom. Ça l'agaçait de devoir communiquer exclusivement en Bas Gothique, mais maintenant que l’humain connaissait ses tâches et les accomplissait correctement, ils n'avaient besoin d'échanger que pour recevoir ses rapports.
Alors il l’ignorait le reste du temps, se contentant de lui gracier une ration, le droit de se reposer et celui d’être épargné.
Karneth atteignit enfin l’accès à la cale. Ses doigts actionnèrent un levier et une trappe au sol se souleva dans un grincement hydraulique, révélant un passage descendant par une solide échelle. Aussitôt ouverte, un vacarme infernal se déversa dans le couloir et Karneth grimaça de déplaisir. La cale était la seule partie du vaisseau dépourvue d’isolation phonique. Le rugissement des réacteurs vibrait dans les parois comme une caisse de résonnance et agressait ses sens surhumains avec une brutalité irritante.
Il descendit malgré tout l’échelle pour rejoindre l'endroit où s'écoulait l'essentiel de ses journées.
L'inventaire était presque intégralement mené. A vrai dire, ça aurait déjà dû être le cas depuis un jour ou deux... Mais Karneth traînait volontairement. Parce qu’une fois cette tâche terminée, il ne lui resterait plus rien pour occuper son esprit. Plus aucune raison de quitter son lit.
Plus rien d'autre à faire que de ruminer son mal-être.
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Milo arriva au cockpit avec un retard de quelques secondes sur ses propres pensées, encore légèrement secoué d'avoir seulement croisé la route de son maitre. Son cerveau avait encore du mal à voir un Astartes et considérer cela comme quelque chose d'anodin, et il doutait même d'en être capable un jour.
Il s’installa dans le siège du pilote. Son regard glissa immédiatement vers le cogitateur et la fissure qui en traversait l'écran. Un rappel quotidien et silencieux que sa survie dépendait de son efficacité. Il passa distraitement une main sur sa joue, effleurant l’hématome dégonflé. La douleur avait disparu, mais la marque bleuie persistait encore. Le géant ne l’avait pas retouché depuis son erreur de prononciation, laissant entendre que jusque là il se débrouillait bien.
Milo inspira lentement pour clarifier ses pensées, puis commença à vérifier les constantes et appliquer des recalibrages quand nécessaire. Ses doigts passaient d'interfaces à instruments sans plus d'hésitation. Tout cela se transformait peu à peu en routine qui lui demandait de moins en moins de temps chaque jour. Tant que le travail était accompli dans un cycle de 24 heures, son seigneur ne semblait soucieux ni de la méthode ni du temps qu'il y consacrait. Le jeune homme s'estimait cependant chanceux car le Mistralis était en excellent état, et l’Esprit de la machine qui l'habitait était très docile. Jusqu’ici, il n’avait rencontré aucun dysfonctionnement ou problème qui nécessiterait l'aide de son maitre... Chose qu'il redoutait, risquant d'être perçu comme une forme d'incompétence.
Milo acheva ses vérifications, puis s'abandonna au fond de son siège en soupirant de soulagement. Comme à chaque fois qu'il finissait une tâche en étant certain de l'avoir bien faite, il avait cette sensation brève mais rassurante que sa survie était assurée. Du moins, pour les prochaines heures. Ce n'était que le début de sa journée, il lui restait encore à vérifier les divers systèmes secondaires aux quatre coins du Mistralis... Puis faire leur entretien. Et s'il ne recroisait pas son maitre d'ici là pour l'autoriser à disposer, se trouver des corvées plus mineures. Ça représentait beaucoup de travail pour une personne seule en une seule journée, mais les quotas demeureraient complètement réalistes comparé à ceux de la barge.
Il se permit quelques secondes de répit pour admirer le vide par-delà la verrière renforcée du cockpit, seule fenêtre à bord.
L’espace s’étendait devant lui comme une mer sombre et infinie. Le Mistralis survolait un champ d’astéroïdes, et les masses rocheuses dérivaient et s'entrechoquaient dans un silence total. Il y avait quelques mois à peine, Milo n’aurait jamais imaginé quitter la surface de son monde, encore moins contempler un tel paysage. Il ne savait même pas dans quel système stellaire ils se trouvaient, les Night Lords n'ayant cessé de voyager depuis sa capture, et ce genre d'information n'atteignait jamais les ponts inférieurs.
Enfin... Ce n'était pas comme s'il s'attendait à rentrer chez lui un jour.
Mais pouvoir contempler cette vue chaque cycle lui faisait un bien monstre, l'éloignant de la barge et de ses couloirs hantés de monstres prêts à se jeter sur lui.
Le sien l'ignorait complètement, lui accordant à peine son attention pour recevoir ses rapports et lui céder une ration. Milo ne s'en plaignait pas, au contraire... Mais il y avait quelque chose d'extrêmement déstabilisant à servir un maitre dont il ne parvenait à discerner et anticiper les pulsions sadiques. Les Night Lords ne s'encombraient normalement pas du moindre prétexte à la vue d'un esclave pour le tourmenter physiquement ou mentalement. Cette retenue constante à son égard le rongeait, comme si un détail crucial lui échappait et finirait tôt ou tard par lui revenir en plein visage... Mais il ne connaissait rien des demi-dieux et de leur fonctionnement mental.
Son regard se perdit sur la partie de billard cosmique qui se jouait sous ses yeux, estimant distraitement la trajectoire d'astéroïdes menaçant d'entrer en collision.
L'Imperium faisait à peine acte de présence sur son monde délaissé aux frontières de la galaxie, et il n'avait que vaguement entendu parler des anges de l'Empereur, loyaux ou déchus. Aucune empathie, aucune pitié, et aucune faiblesse. Les armes de guerre vivantes d'un dieu. Sa malchance l'avait mené sur le chemin de traitres, mais il ignorait si cela aurait eu une réelle différence pour lui de rencontrer des loyalistes.
A ses yeux, les demi-dieux étaient aux humains ce que les félins étaient aux rongeurs.
La comparaison était très animale, mais pas dénué de pertinence quand leur seule présence réveillait des instincts primitifs et les zones les plus reptiliennes de son cerveau. Des peurs brutes de proie... Et là où les humains étaient poussés par leur désir de survivre, les Astartes semblaient poussés par celui de prédater, même loin des horribles champs de bataille pour lesquels ils avaient été forgés. Les mortels devaient être des cibles si faciles, si tentantes...
Et les félins aimaient naturellement jouer avec les souris prises entre leurs griffes.
Pourtant, il ne voyait pas cette prédation dans le seigneur Karneth. Du peu qu'il l'avait côtoyé, il n'avait vu qu'un silence et un stoïcisme constant, aucun langage corporel ou verbal indiquant des envies cruelles à son encontre. Une entité de calme brut qui explosait toutefois à la moindre contrariété et révélait sa nature violente... Mais les coups qu'il lui avait porté jusque-là n'étaient pas les fruits d'un sadisme.
Peut-être que j'ai réussi à me montrer assez utile pour que l'idée de m'abimer lui semble contreproductive ? il songea avec espoir, regardant un astéroïde en percuter un autre.
Un autre espoir se permit de s'inviter.
Peut-être que c'est le bon moment pour lui demander de m'apprendre le Nostramien ?
Mais aussitôt cette pensée formulée, l’image du félin et du rongeur revint s’imposer dans son esprit et le faire douter. Dans quelle meilleure circonstance une souris pouvait se permettre d'aller voir un chat et lui demander de lui apprendre à miauler ?
Un frisson nerveux lui parcouru la nuque.
Même si l'indifférence de son seigneur à son égard le soulageait, le plan pragmatique pour assurer sa survie lui intimait de trouver le moyen d'attirer positivement l'attention sur lui. Pour l'heure il n'avait rien de plus que les autres humains des ponts inférieurs, rien qui méritait d'être préservé sur le long terme. Son zèle ne suffirait pas, c’était déjà ce qu’on attendait naturellement d'un esclave.
Je ferais mieux de retourner travailler… il s'intima en expirant doucement.
Mais quelque chose, dans la lente danse des roches dérivant au milieu du vide, retenait pourtant inconsciemment son attention depuis plusieurs minutes, le gardant cloué dans son siège. Un pressentiment indistinct. Certains astéroïdes à l'horizon formaient une chaîne irrégulière dont l’agencement lui inspirait une certitude absurde : si l’un d’eux était percuté, en suivrait une réaction en chaine et le dernier serait projeté sur leur trajectoire au dernier moment.
Et une masse rocheuse dérivait justement vers ce groupement.
Milo n’y connaissait rien en navigation. Il pensait naïvement que l'Esprit de la Machine serait capable de lire un tel danger et lancerait une alerte de proximité s'il l'estimait crédible. Le seigneur Karneth n'aurait alors qu'à venir réajuster le cap du Mistralis. Mais... et si ce n'était pas le cas ? Il voyait bien ce groupement, et rien ne semblait indiquer sur le cogitateur qu'il y avait un potentiel danger détecté sur leur trajectoire. Et si les capteurs ne détectaient la collision imminente qu’une fois la roche lancée vers eux au dernier moment ? Est-ce que le seigneur Karneth aurait seulement le temps d’intervenir ?
Milo n’aimait pas ce doute. Celui de l'ignorance consciente parfaitement équilibrée avec une certitude viscérale.
Son anxiété se renforça à mesure que la roche problématique rebondit sur une autre et suivit exactement sa configuration mentale anticipée. Une goutte de sueur glissa le long de sa tempe. Ses doigts s’agitèrent fébrilement sur les instruments du tableau de bord tandis qu’il tentait d’afficher les relevés de trajectoires théoriques. Les données confirmaient ce qu’il redoutait : le vaisseau traverserait précisément la zone où il imaginait le futur impact.
Je me trompe forcément... il nia nerveusement.
Il n’avait jamais piloté de vaisseau, n'avait aucune connaissance qui le rendait légitime à prétendre reconnaitre un danger en vol. Son inquiétude reposait uniquement sur une intuition impossible à expliquer. Aller déranger le seigneur Karneth avec ce genre de zèle, si jamais il se trompait… Il risquerait au mieux de passer pour un idiot, au pire de le mettre en colère pour lui avoir fait perdre son temps.
Le simple fait d’y penser le fit déglutir.
Milo resta figé devant le cogitateur, incapable de décider tandis que dehors l’astéroïde continuait sa lente progression. Il était aussi concerné et en danger que l'Astartes en cas d'impact, il valait peut-être mieux prendre le risque d'au moins le prévenir. Si son intuition était juste, il pouvait peut-être leur éviter une catastrophe ?
Son ventre se tordit douloureusement sous l’angoisse.
Avant même d’avoir réellement pris sa décision, il se leva brusquement de son siège et quitta le cockpit pour approcher l’un des endroits à bord qui lui était interdit : l’accès à la cale. Milo s’arrêta avec hésitation devant la trappe métallique, profondément mal à l'aise. Le seul fait de rester sur le seuil lui semblait déjà périlleux.
Est-ce qu'il se fâchera si j'ouvre pour l'appeler mais que je n'entre pas ?
Il se mordit la lèvre et resta immobile quelques secondes, incapable d’agir, sentant son cœur accélérer dans sa poitrine. Il détestait cette situation. Peu importe ce qu’il décidait, il avait l’impression de frôler des limites terriblement dangereuses.
Le temps, lui, continuait de s'écouler indifféremment.
Il fit demi-tour en courant jusqu’au cockpit pour vérifier à nouveau l’extérieur. Rien n’avait changé. La roche solitaire dérivait toujours vers le groupement, et plus rien ne semblait pouvoir la dévier de sa trajectoire. Peut-être trois minutes avant la collision...
Cette fois, la certitude fut plus forte que la peur.
Résigné, Milo retourna vers la trappe. Il inspira difficilement, se préparant mentalement à s'adresser à l'Astartes et à de potentielles conséquences, puis actionna le levier d’ouverture.
La trappe se leva et aussitôt, un vacarme assourdissant jaillit des profondeurs de la cale, le faisant grimacer. Même la salle des machines était moins bruyante ! Il aperçut une échelle légèrement inclinée, s'enfonçant dans une obscurité encore plus dense que le couloir. Il distinguait à peine le sol plus bas.
"Euh… Monseigneur ?" il appela avec appréhension dans ces ténèbres tumultueuses.
Quelques secondes passèrent, et il ne reçu aucune réponse. Milo n'en fut pas surpris, sa voix devait être complètement noyée dans le grondement ambiant.
"Seigneur Karneth ?" tenta-t-il un peu plus fort.
Élever la voix n'était pas dans ses habitudes, encore moins ces derniers mois, et certainement pas en face d'un demi-dieu. Il réitéra aussi fort qu'il put, mais sa voix mal assurée se brisait à chaque fois.
Les secondes continuaient de s’écouler, et son ventre se serra d'autant plus douloureusement lorsqu’il comprit qu’il ne se ferait jamais entendre ainsi. Puisqu’élever la voix ne suffisait pas, Milo se pencha alors davantage dans l’ouverture pour essayer de la faire porter plus loin. Il s’appuya au premier barreau de l’échelle, les bras tendus, le haut du corps dangereusement basculé dans le vide.
"Seigneur Karneth !"
Toujours rien.
"Monseigneur, s’il vous plaît !" il désespéra en descendant encore d’un barreau pour se pencher davantage.
Ses doigts se crispèrent sur l'échelle. Mais sa paume glissa.
Pendant une fraction de seconde, Milo sentit son centre de gravité basculer sans comprendre. La peur le transperça immédiatement lorsqu’il sentit le vide s’ouvrir sous lui. Il tenta désespérément de se rattraper, ses mains griffant inutilement le rebord de l'accès, mais la gravité l’emporta.
Il plongea tête la première dans la cale.
Le jeune homme atterrit lourdement sur le dos, et un cri lui échappa quand une aspérité du sol s'enfonça dans son omoplate. Une douleur vive et intense lui traversa l'épaule gauche, mais elle disparut presque aussitôt, noyée dans sa prise de conscience : il était dans la cale. Dans une pièce où il lui était interdit d’entrer.
Bien qu'involontairement, il venait de désobéir à son maitre.
L’horreur le saisit d'avoir aussi stupidement ruiné ses maigres chances d’avoir une vie meilleure. Son souffle devint erratique tandis qu’il se redressait précipitamment, cherchant instinctivement la silhouette de l’Astartes dans l’obscurité.
La cale était gigantesque, courant sous tout l’étage supérieur du Mistralis. Des sangles épaisses partaient des murs et maintenaient d’énormes caisses de transport en partie dissimulées sous des bâches sombres. Mais Milo n’avait déjà plus conscience du décor, parce que ses yeux venaient de se verrouiller sur la silhouette de son seigneur, tout au fond de la salle. Le Night Lord était penché sur l’une des caisses lorsqu’il releva la tête, attiré par le mouvement de sa chute. Même dans la pénombre, Milo distingua parfaitement l’expression de surprise qui traversa un instant son visage, avant de se durcir immédiatement en quelque chose de bien pire.
Son cœur manqua un battement quand il se mit en marche vers lui d’un pas rageur. Ses lèvres remuaient, crachant des mots inaudibles sous la cacophonie ambiantes, mais Milo n’avait pas besoin de les entendre pour comprendre. Il était foutu. Il se releva précipitamment, les mains levées devant lui dans un réflexe dérisoire de défense, puis recula instinctivement vers l’échelle tandis que cette masse meurtrière approchait. Mais même dans sa panique, il su que c’était vain.
Son esprit plongea dans la mélasse abrutissante et primitive de la terreur, mais il parvint à trouver une corde de lucidité à laquelle s'accrocher pour ne pas s'y noyer : l'astéroïde. Son seul salut à présent était d'avoir eu raison.
Son maitre le rejoignit et Milo ouvrit instinctivement la bouche pour s’expliquer en dépit du vacarme, mais une main gigantesque se referma aussitôt sur sa gorge. Son frêle corps fut arraché du sol sans effort et l’air quitta brutalement ses poumons tandis que ses pieds se balançaient dans le vide. Son visage arriva à hauteur de celui furieux du demi-dieu dont il distinguait à peine les cris derrière le bourdonnement étouffé qui envahissait ses oreilles.
Par réflexe, son corps se débattit dans une panique animale pour chercher de l’air. Ses mains agrippèrent le poignet qui l’étranglait, incapable d’en desserrer les doigts. Pourtant il réussit à tendre lucidement une main vers le plafond, pointant désespérément l’étage supérieur.
Le seigneur Karneth sembla maîtriser juste assez sa fureur pour comprendre qu’il était inutile d’essayer de communiquer ici. Sans relâcher sa prise, il se dirigea vers l’échelle et commença à la remonter en portant Milo à bout de bras. Chaque mouvement compressait davantage sa gorge, le faisant suffoquer, la vision brouillée alors qu'il essayait d’alléger la pression en s’accrochant au poignet qui le tenait.
Lorsqu’ils émergèrent enfin dans le couloir, le géant mit fin au vacarme en rabattant la trappe d’un violent coup de pied avant de reposer Milo sur les siens. Il ne le relâcha pas pour autant, mais desserra suffisamment les doigts pour le laisser respirer. Le jeune homme aspira l’air avec douleur, des quintes de toux lui secouèrent la poitrine tandis que sa vision revenait lentement.
La voix du seigneur Karneth gronda dans le couloir étroit avec un calme à peine contenu.
"J’ai pourtant été clair sur les pièces qui te sont interdites. Il vaut mieux pour toi qu’il y ait une très, très bonne raison à cette évidente insubordination…"
Ses doigts se resserrèrent légèrement autour de sa gorge pour appuyer ses paroles. Milo dut lutter de toutes ses forces contre les réflexes primaires qui lui hurlèrent de se débattre ou de supplier.
"L-L-Le champ d’astéroïdes… m-monseigneur…!"
Chaque mot sortait en lambeaux rauques tandis qu’il essayait encore de reprendre son souffle. D’une main tremblante, il pointa le cockpit.
"...L’un d’entre eux… va nous percuter… J-je vous ai appelé mais…"
Le Night Lord découvrit légèrement les dents et la pression augmenta immédiatement sur sa gorge, arrachant un gémissement au jeune homme.
"Tu as la bêtise de me désobéir pour ça ?" siffla l’Astartes en rapprochant son visage du sien. "À quoi penses-tu que servent les capteurs de proximité ? Quelques jours à bord et tu te prends pour un navigateur ?"
Il ne sut pas quoi répondre, et il sentit des larmes s'échapper de ses yeux tandis qu’il continuait de pointer désespérément le cockpit du doigt. Le géant grogna quelque chose entre ses dents, puis se mit en mouvement en le traînant avec lui dans le couloir. Milo avançait à peine sur la pointe des pieds, à moitié soulevé du sol, incapable de suivre son allure.
Arrivés dans la cabine de pilotage, il le jeta sans ménagement dans le siège du pilote où Milo s’écrasa en se recroquevillant, brutalement ramené au souvenir de la dernière fois où ils avaient été ici ensemble.
"Montre-moi !" aboya sèchement l'Astartes.
Milo se força à quitter sa posture faussement sécurisante pour pointer et dénoncer du doigt le groupe de roches flottantes qui l'avaient conduit là. Son maitre posa ses mains sur le tableau de bord avec énervement et observa le champ d'astéroïdes, maugréant des mots en Nostramien.
Le Mistralis s’était entretemps rapproché du groupement menaçant, et au moment où il braqua ses yeux sur la zone qu'il désignait, ce qu'il avait prédis arriva.
La roche errante percuta un premier astéroïde dans un silence total. Celui-ci en heurta immédiatement un autre, mettant en mouvement tout le groupement, puis un dernier impact projeta la dernière masse rocheuse hors du champ d'astéroïde... qui se mit à faire route vers le futur emplacement du Mistralis, à une vitesse faussement lente à cause de sa taille.
Le seigneur Karneth sembla immédiatement comprendre et jura entre ses dents. Il attrapa Milo par le bras et le tira brutalement hors du siège pour s'y installer. Le jeune homme tituba jusqu'au seuil du cockpit mais parvint par miracle à rester debout. En des gestes habilles qu'il ne put suivre, l'Astartes manipula les divers instruments du tableau de bord et à l'instant où il saisit le manche de pilotage, le capteur de proximité s'enclencha. Un hurlement aigue leur agressa les oreilles, et l'écran fissuré du cogitateur indiqua la menace imminente en approche accompagné d'un décompte d'impact calculé pour 158 secondes.
L'Astartes manœuvra et le Mistralis s'orienta sans délai, vibrant sous l’effort tandis que sa trajectoire s’incurvait et les s’éloignait du champ d’astéroïdes. Il continua d’enchaîner les manipulations sur le tableau de bord, réajustant la trajectoire, puis, finalement l’alarme s’interrompit. Il acheva ses manœuvres et s'immobilisa.
Le cockpit fut alors prit dans un étrange moment de flottement.
Son maitre était de dos, Milo ne distinguait pas son expression, mais il savait déjà que ce silence le concernait. Bien qu’il ait eu raison pour l’astéroïde et de venir le déranger, il avait aussi désobéi en entrant dans la cale.
Quand le géant se retourna finalement vers lui, Milo recula instinctivement d’un pas maladroit dans le couloir, mais l’Astartes fut sur lui presque immédiatement. Une énorme main vint s’écraser contre son torse et le plaqua brutalement contre une paroi. Le choc lui coupa le souffle, ses genoux flanchèrent trop pour le porter mais cela n’avait plus d’importance, son corps étant désormais épinglé au mur par la seule force du demi-dieu penché au-dessus de lui.
Milo s'était figé, les yeux écarquillés de terreur. Le visage du seigneur Karneth n’était qu’à quelques centimètres du sien, le toisant avec colère.
"Je suis désolé... Je suis désolé..." s'échappaient en boucle ces trois mot en un souffle à peine audible.
Il sentait son propre cœur battre frénétiquement contre la paume gigantesque écrasée sur sa poitrine, et il ne put s'empêcher d'imaginer comment cette main pourrait pousser juste un peu et lui enfoncer la cage thoracique...
Pourtant, l'Astartes ne faisait rien, se contentant de le maintenir alors qu'il semblait chercher ses mots. Après quelques interminables secondes, il appuya légèrement plus fort contre son torse et se pencha davantage sur lui. Une douleur aiguë traversa les côtes de Milo, comprimées aux limites de ce qu'elles étaient capables d'encaisser et lui arrachant un gémissement.
"Si je te revois en bas, seule ta peau remontera par cette trappe."
Malgré l'horreur sans équivoque de cet avertissement, sa voix semblait plus calme et mesurée. Toujours aussi menaçante, mais débarrassée de la colère qui l’avait animé plus tôt.
"La prochaine fois, tu balanceras quelque chose par l'échelle pour attirer mon attention, au lieu de t'y jeter toi même..."
Milo acquiesça machinalement de la tête et l'énorme main se retira. Ses jambes ne le portèrent pas et il se laissa glisser négligemment contre le mur. Le seigneur Karneth inspira alors légèrement par les narines, reniflant l'air et son regard se posa sur la paroi métallique. Il désigna quelque chose du doigt avec un détachement froid.
"Tu t'occuperas de ça."
Et sans attendre de réponse, il tourna les talons pour repartir vers la cale.
Sa présence envahissante disparut peu à peu dans les couloirs, et Milo resta quelques instants immobile au sol, incapable de faire autre chose que respirer. Puis, mécaniquement, il releva la tête vers l’endroit indiqué par son maitre et aperçut une longue traînée de sang maculant le mur là où il s'était laissé glissé. Pourtant, dans l’état second où se trouvait son esprit, le jeune homme ne chercha même pas à comprendre d’où elle venait, ni pourquoi une douleur sourde pulsait à l'arrière de son épaule gauche. Il se redressa simplement, attrapa le chiffon accroché à sa taille avant d’effacer soigneusement le sang sur la paroi.
Et une fois fait, il reprit sa journée de travail comme un automate, son cerveau obéissant au mécanisme reflexe de travailler pour être utile.
Car être utile, c'était survivre.
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J’aurais dû le punir.
Depuis son retour dans la cale, la pensée tournait en boucle dans l’esprit de Karneth. Comme une tentative maladroite de canaliser la frustration qui lui vrillait les nerfs. D’un geste brusque, il rabattit le couvercle d’une caisse de bois, faisant craquer toute sa structure.
Milo avait désobéi.
L'humain avait osé menacer son autorité, la seule chose qu'il contrôlait encore face aux incertitudes de son avenir. Il était le maitre, et face à cette perte de contrôle, une colère dominante presque reflexe lui sommait d'écraser toute forme de résistance, celle familière et structurelle des Night Lords. Cette vermine avait osée venir là où il lui avait interdit d'aller, ce simple fait appelait à minima à une punition laissant des séquelles à vie ! Sur la barge, c'était une défaillance du système, un motif d'exécution et de remplacement immédiat.
Mais Karneth n'avait pas été capable de le punir.
Parce qu’en prenant en compte les éléments ayant conduit à cette désobéissance, Milo avait pris une bonne initiative... et une part de lui refusait encore de l’admettre. Peut-être que l’astéroïde ne les aurait qu’effleurés. Peut-être aurait-il entendu l’alarme de proximité à temps malgré le vacarme de la cale... Mais il ne pouvait nier que le mortel avait bien fait de prendre le risque de l'avertir.
Et le punir pourrait le dissuader de reprendre ce genre d’initiative.
Alors Karneth restait là, prisonnier d’une colère dont il ne pouvait rien faire. S'il avait été sur la barge, il l'aurait déjà tué et fait remplacer pour ne pas avoir à subir ce dilemme... Mais il n’était plus sur la barge. C'était seulement son conditionnement qui se sentait attaqué par ces évènements. Il devait raisonner par lui-même, ne pas dépendre d'un système dont il ne faisait plus part et dont la logique ne marcherait pas ici.
"J'ai bien fait de ne pas le punir..." il se força à murmurer, le son instantanément perdu dans l'enfer sonore ambiant.
Milo n’avait pas désobéi par défi. Il était toujours terrifié par lui, parfaitement soumis. Il n’était pas une menace pour son autorité.
Je suis supérieur...
Il devait cependant bien reconnaitre qu'au milieu de cet incident, Milo venait d'affirmer malgré lui son utilité et sa fiabilité. Il avait eu soit une chance insolente, soi un talent latent pour anticiper cet astéroïde... Mais pour sûr, sa mort lui apparaissait de plus en plus comme un gâchis de ressources, et il en manquait déjà trop pour se passer de celle-ci sur un accès de colère.
Cette petite créature fragile qui tremblait et pleurait pour un rien avait peut-être des capacités restées non décelées lors de sa capture, et pourrait lui être plus utile qu'anticipé. Peut-être pourrait-il lui confier d'autres tâches...
Maintenant que je suis seul, ce ne serait pas de trop de pouvoir compter sur quelqu’un.
Il se surprit lui-même à penser une telle chose. Ou du moins d'une telle manière. Il en rit presque nerveusement.
Quelqu'un sur qui compter...
Karneth ne croyait pas en la confiance. Ce n'était qu'un support bancal, une statistique grande ouverte à toutes les probabilités de trahison. La véritable loyauté n’existait pas. Le seul repère fiable, la seule valeur certaine, avait toujours été la peur. On pouvait tout obtenir par elle, et avec grande efficacité. Il n’allait certainement pas faire confiance à un esclave. Sans la terreur qu’il lui inspirait, sans le mensonge entourant sa désertion, au moindre signe de faiblesse exploitable, Milo le trahirait. C’était dans la nature humaine, gangrénée par des graines de vices qui attendaient la moindre occasion de fleurir.
Nostramo en était l'exemple.
Karneth réalisa soudain qu’à cause de ses distractions mentales, il venait d’inventorier deux fois la même caisse de munitions. Il soupira d'agacement en arrachant sèchement la page en trop de son carnet. Le hasard avait voulu qu’il soit précisément en train de vérifier des caisses d’armes humaines lorsque Milo était tombé dans la cale. Normalement, depuis l’endroit où il avait chuté, il n’avait aperçu qu’un amoncellement indistinct de marchandises bâchées... Mais ce concours de circonstances irrita un peu plus ses nerfs à vifs.
Il ne pouvait pas continuer à passer ses journées ici. Si cet incident s’était produit une fois, il pouvait se reproduire et réellement compromettre autant leur sécurité que son autorité. C’était à lui de faire en sorte que Milo n’ait plus à frôler ce genre de limites.
Son regard glissa sur les dernières caisses non inventoriées autour de lui.
"...Finissons-en."
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Milo avait repris sa journée de travail comme un serviteur lobotomisé. Son corps exécutait les tâches habituelles tandis que son esprit demeurait englué dans l'adrénaline. Il lui fallut plusieurs heures pour enfin quitter cet état, rappelé à lui par diverses douleurs. D’abord dans son cou, où chaque déglutition lui arrachait une gêne éprouvante. Puis une autre douleur émergea progressivement, plus subtile, logée dans l’omoplate.
Toujours à moitié absent, Milo interrompit son travail et partit s'enfermer dans la salle d’eau du Mistralis. Il alluma la lumière par reflexe utilitaire, sans ressentir le moindre réconfort, protection ou appréhension. Après quelques pénibles secondes d'accommodation à la luminosité, il leva enfin le regard vers le miroir.
Les empreintes des doigts du seigneur Karneth marquaient encore la chair de sa gorge. Cette vision tira brutalement son esprit hors de sa torpeur, et ses pensées retrouvèrent leur cohérence lucide. Les événements récents lui revinrent comme s’il émergeait lentement d’un mauvais rêve. Milo porta une main hésitante à son cou, effleurant les traces laissées par l’Astartes. Ce dernier ne l’avait même pas réellement étranglé, il l’avait seulement maintenu, et ces blessures n’étaient que les conséquences secondaires du simple contact avec un monstre conçu pour massacrer.
Et malgré cela… Le monstre l’avait relâché.
La réalisation le frappa pleinement : malgré sa désobéissance, son maitre l’avait laissé s’en tirer avec seulement ça.
Milo demeura immobile devant son reflet, profondément confus. Les précédentes fois où le demi-dieu s’était montré violent, c’était en réponse d'une erreur de sa part, d'une maladresse ou d'une incompétence. Mais cette fois… cette fois, il avait désobéi ! Même involontairement, cela restait une raison légitime pour tout Night Lord de le punir à sa guise. C’était la première fois de sa vie que Milo voyait un Astartes choisir de ne pas faire souffrir quelqu’un alors qu’il était plus que jamais dans son droit. Son maitre semblait avoir pris en compte les raisons de cette désobéissance, et s'était contenté d'un avertissement.
Il baissa lentement les yeux d'incrédulité.
Le seigneur Karneth ne s’était pas montré clément.
Il s’était montré juste.
Le jeune homme n'aurait pas cru qu'un tel concept puisse exister chez les Night Lords. Pourtant, il était à l'évidence entre les griffes d'un monstre un peu plus sage, prévisible et psychologiquement stable que les autres. Peut-être même… raisonnable.
Quelque chose se desserra lentement dans sa poitrine. Pour la première fois depuis sa capture, et peut-être même depuis bien avant, Milo entrevit une chose qu'il avait longtemps désespérément chercher.
De la sécurité...
Il nuança immédiatement sa pensée : le seigneur Karneth n'en demeurait pas moins un monstre, capable de déchirer un homme à mains nues. Une menace constante pour son existence, qui dépendait uniquement de son bon vouloir et sa tolérance.
Mais pour la première fois depuis des mois, il avait l’impression qu’un semblant de dynamique saine existait dans son environnement. Il pouvait se référer à l’équilibre que le maître avait instauré à bord sans constamment craindre pour sa vie. Grâce à son obéissance, il existait entre les pattes du monstre un endroit sûr où exister. Cette perspective activait les zones les plus primitives de son cerveau, celles lui rappelant qu'il n'était qu'une souris entre les griffes d'un chat... Et il choisit tout simplement d'y croire : la sécurité existait à bord. Il avait trop besoin d'apaiser les angoisses qui lui rongeaient continuellement l'esprit comme de l'acide, alors il s'en convainquit : il pouvait se fier à la justesse de ce monstre là.
Cette fois, ce ne fut pas le soulagement qui le submergea, mais de la reconnaissance.
Pitié, faites que je devienne son serf et que je puisse le servir jusqu'à ma mort ! pria-t-il sans savoir à qui.
Le jeune homme n'éprouvait aucune folie à penser ainsi. A ses yeux, ce n’était qu'une pure logique de survie.
Il n’avait jamais connu la liberté, ni jamais cru en son existence. Même avant sa capture par les Night Lords, il vivait déjà sous le joug d'oppresseurs, parvenant à peine à survivre au jour le jour. Il savait être seul et faible face à des entités trop puissantes, condamné à être exploité... Et il était résigné à ce que, dans l’immensité indifférente de cette galaxie, personne ne viendrait jamais changer cela.
Alors il s’accrochait à ce qu’il pouvait.
Au moins, au service du seigneur Karneth, il savait à quoi s'en tenir : lui obéir sans faillir et en contrepartie, l'assurance d'avoir à boire, à manger, du repos et ne pas être tué ou blessé s'il ne le méritait pas. Pour quelqu'un cherchant seulement désespérément à survivre, cette configuration était la plus sécurisante qu'il avait jamais connu.
Certainement pas réjouissante, mais fiable, lui promettant un avenir.
Milo ignorait comment il avait pu anticiper cet astéroïde. À ses yeux, cela relevait davantage la chance que de la compétence... Pourtant, peut-être que cette maigre démonstration d’utilité lui avait donné ce qu'il recherchait : attirer positivement l’attention.
Peut-être que c'est le bon moment pour lui demander de m'enseigner le Nostramien ?
C'était encore un peu tôt pour penser que son seigneur avait pleinement tourné la page sur sa désobéissance... Mais puisque ses comportements à son égard étaient supposément cohérents, il s'intima d'attendre la fin de la journée : s'il lui cédait une ration, cela signifierait sans équivoque que cette mésaventure serait sans plus de conséquences pour lui.
Une douleur brève mais vive lui saisit soudain l’arrière de l’épaule gauche, lui faisant serrer les dents. Le jeune homme se tourna devant le miroir et observa qu'une tache de sang partiellement séchée recouvrait son omoplate. Avec précaution, il retira le vêtement puis se contorsionna difficilement pour examiner son dos. Une fine entaille creusée dans la peau, sans doute causée par un fragment métallique lorsqu’il était tombé dans la cale. Ce fut seulement en la voyant qu’il réalisa que la traînée de sang qu'il avait nettoyé plus tôt sur le mur venait de lui.
La coupure n'était ni large ni profonde, et le tissu de son haut n'avait même pas été déchiré.
Ce vêtement est plus solide que ma peau... il parvint à ironiser pauvrement en rinçant le sang à l'eau du robinet.
Il fouilla les rangements de la pièce à la recherche d’une trousse de soins, sans succès, et il n’avait aucune idée à quel autre endroit en trouver à bord du vaisseau. Le seigneur Karneth n'en avait peut-être pas emmené... et il imaginait mal un demi-dieu avoir besoin de désinfectant.
Bon, ce n'est qu'une égratignure... il se convainquit en renfilant son vêtement humide.
La plaie avait déjà arrêté de saigner et ses bords commencé à se coaguler entre eux.
Milo éteignit la lumière et se prépara mentalement à retourner au travail. Il patienta quelques secondes que ses yeux se raccommodent à la faible luminosité ambiante, et au milieu du silence de cette attente, ses pensées retournèrent vers sa chute dans la cale.
Ses souvenirs étaient flous. Une salle immense, des sangles retenant d'innombrables caisses de transport partiellement couvertes par des bâches... Une mystérieuse cargaison au contenu à l'évidence assez précieux pour que sa livraison soit assurée par un des Maitres en personne. Cette déduction bancale lui donna un début de réponse sur pourquoi l'Astartes était parti seul à bord du Mistralis, mais il s'obligea à repousser sa curiosité. S'il lui avait interdit l’accès à la cale, il y avait une raison. Et il valait probablement mieux pour lui de l’ignorer.
C’était peut-être même l'explication au fait qu'il ne l'avait ni puni ni exécuté.
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Karneth inscrivit un dernier mot au bas de la liste avant de refermer le carnet d’un claquement sec. L’inventaire était enfin terminé.
Ses conflits émotionnels avaient fini par couler dans le gouffre de sa morosité, et il remonta à l'étage principal drapé de sa lassitude. Après un bref passage en réserve, il s'installa à la table haute du salon, qui s'apparentait plus pour lui à une table normale, où il posa son carnet et entama son repas. L'inventaire étant achevé, il estimait désormais qu'en cas de contretemps durant le voyage, les ressources alimentaires de la cale leur permettraient de tenir au moins un mois supplémentaire. Une sécurité relativement confortable.
Karneth mordillait dans le sachet souple pour faire remonter la pâte nutritive jusqu’à sa bouche. Une frustration discrète lui traversa l’esprit : ses dents pouvaient facilement réduire en éclat des os, et pourtant il était là à manger cette fichue purée amère. Dans la cale reposaient des mets autrement plus appétissants. Des provisions raffinées destinées à des nobles corrompus ou des trafiquants fortunés, des viandes conservées sous stase dans lesquelles plonger ses crocs...
Il repoussa cette pensée en avalant une nouvelle bouchée, surpris par son propre caprice. S'était-il déjà soucié du goût de ce qu’il consommait ? Chez les Astartes, le confort était associé à la faiblesse, alors il étudia cette étrange et soudaine lubie... Et après quelques secondes d'introspection, il en conclut simplement qu'il avait faim. Plus que d’habitude. Il n'avait pas ressenti cela depuis des décennies. Son métabolisme commençait probablement à ressentir le manque de calories dans ses rations.
Penser ainsi au contenu de la cale fit ressurgir une réalisation qui ne cessait de grandir depuis plusieurs jours déjà.
Il avait sur les bras une quantité considérable de marchandises inutiles. Des bijoux, des alcools, des objets de luxe dont il ignorait parfois jusqu’à la fonction, surement superficielle... mais il n'avait aucune notion de leur valeur marchande.
Le commerce lui était étranger, échappant à sa logique guerrière qui ne reconnaissait que trois types de valeur : militaire, stratégique et symbolique. Les valeurs monétaires et autres logiques économiques étaient le dernier des soucis d'un Astartes. Une pensée réflexe lui soufflait simplement de jeter ce qu'il lui serait inutile puis d’aller piller ce dont il aurait besoin à un organisme Impérial. C’était ainsi que les Night Lords résolvaient leurs problèmes logistiques depuis l'Hérésie et leur indépendance idéologique.
Mais cette solution appartenait à un mode de vie qu’il ne pouvait plus se permettre.
Pour celui qui l'attendait, il allait avoir besoin d'argent.
Sa situation était bien trop précaire pour se permettre de s'exposer violemment en pillage solitaire, attirer l'attention ou gâcher la moindre marchandise vendable. L'argent lui simplifierait l'accès à beaucoup de ressources, et il allait devoir apprendre à dépendre de lui, des marchés noirs, des contrebandiers, des réseaux humains qu’il avait passé des années à mépriser ou terroriser. Trouver des acheteurs, négocier, comprendre la valeur de toutes ces choses absurdes...
Apprendre à vivre comme un homme.
Cette pensée lui laissait un goût plus amer encore que sa ration. Le pire étant qu’il ne savait même pas par où commencer ! Il avait l’impression de se retrouver face à un ennemi dont il ne comprenait ni le langage ni les règles, sur un terrain pour lequel il n’avait été ni conçu ni préparé.
Ses pensées recommencèrent lentement à plonger au sein de son gouffre défaitiste...
Mais sa chute mentale fut interrompue par le son des pas hésitants de Milo approchant dans le couloir, ayant surement entendu les siens venir ici. Le mortel apparut sur le seuil et s'y figea en le voyant. Il portait encore les marques rouges de ses doigts autour de son cou, ainsi qu'une odeur métallique de sang séché. Il ne semblait pas oser s’approcher davantage, une prudence avisée au vu de la tournure de leur dernière rencontre.
Mais Karneth avait laissé retomber sa colère. Il avala une bouchée de sa ration, puis l'invita d'un mouvement de tête à faire son rapport.
Milo déglutit difficilement. Sa voix bredouillante sortit cassée, râpeuse dans sa gorge endolorie.
"Il… n’y a r-rien à rapporter aujourd’hui, monseigneur… Le Mistralis est… p-parfaitement opérationnel…"
Il y avait dans cette phrase une tentative évidente de nier les récents évènements, ou du moins d'atténuer leur importance. Dans un autre contexte, Karneth aurait pu s'en amuser... Mais il n'était pas d'humeur à cela, encore trop piqué dans son égo d'avoir laissé passer sa désobéissance. Cependant, il savait désormais Milo assez compétent et discipliné pour le croire s'il prétendait que le Mistralis n'avait rencontré aucun dysfonctionnement aujourd'hui.
Alors il attrapa un sachet parmi ses rations, mais au lieu de lui jeter comme d'habitude, il lui tendit pour l'obliger à approcher. L'Astartes savait que l'humain redoutait sa proximité, de se savoir dans son rayon d'action immédiat... Et il se sentait d'humeur à raviver en lui ce sentiment.
Les épaules du mortel se tendirent immédiatement, bien conscient qu'il y avait quelque chose à l'œuvre derrière ce comportement. Les yeux baissés, il avança jusqu'à lui avec une appréhension évidente, puis tendit lentement une main vers le sachet. Ses doigts s'y replièrent doucement... Mais Karneth ne le lâcha pas.
Il perçut immédiatement son unique cœur accélérer dans sa poitrine et son corps réagir chimiquement au stress de ne pas savoir quoi faire. Milo releva les yeux instinctivement pour trouver une réponse et se tétanisa en rencontrant les siens le toisant durement. Ses membres se mirent à trembler sous cette simple pression implicite et bientôt, l'odeur familière de la peur explosa dans la pièce. Le demi-dieu huma discrètement l'air avec satisfaction, rassuré par cette preuve indéniable de sa suprémacie, et ses doigts relâchèrent finalement le sachet. Le mortel recula rapidement pour s'éloigner de sa portée.
"Tu peux disposer..." décréta simplement Karneth comme chaque fin de journée à bord.
Les épaules de l'humain se relâchèrent en un soulagement évident. Il s’inclina rapidement en bégayant un remerciement, puis se détourna pour repartir vers sa chambre en une démarche qui trahissait son envie de fuir la pièce en courant. L'Astartes commençait déjà à l'oublier et replonger dans ses pensées.
Mais étonnement, Milo s'arrêta, marquant physiquement une hésitation. Karneth lui consacra à nouveau son attention alors qu'il semblait hésiter à reprendre sa route. A l'évidence, il souhaitait dire quelque chose mais ne savait pas comment s'y prendre.
"Parle." ordonna-t-il sèchement, autant par curiosité qu'envie d'abréger son indécision.
Le jeune humain eut un soubresaut, et se retourna lentement vers lui en serrant dans ses mains la ration. Il sembla rassembler tout son courage, puis demanda dans sa voix brisée.
"Monseigneur... que signifie... coulva ?"
Un silence bref mais dense s’abattit immédiatement dans la pièce. Karneth cligna plusieurs fois des yeux, prit de court non par la question, mais par le fait d'entendre si inopinément une parodie d'injure Nostramienne dans la bouche de ce petit avorton. Il se rappela alors l'avoir insulté de la sorte quand ce dernier avait mal prononcé son nom... Et il répondit, non pas pour répondre à sa demande, mais par le besoin viscéral de corriger sa mauvaise prononciation et faire respecter sa langue.
"Ça ne se prononce pas coulva, mais Khul'var."
Milo tenta immédiatement de reproduire le son malgré sa gorge enraillée.
"Cooulr…wal ?"
"Khul'var !" insista sèchement le demi-dieu.
"K-Khul'var..." se reprit précipitamment l'humain.
Un amusement sincère transperça sa lassitude et Karneth brisa une seconde son stoïcisme pour souffler du nez... Car de tous les mots Nostramiens qu'il avait sifflé depuis leur rencontre, Milo avait retenu une insulte renvoyant à l'idée de "créature trop lente à s'adapter pour survivre".
C'est assurément la première fois qu'un humain me dit ça les yeux dans les yeux... s'amusa-t-il une dernière fois avant que ses pensées ne retrouvent leur ironie froide.
Après tout, peut-être était-il aussi un khul'var, peinant à s'adapter à sa nouvelle vie. Karneth mordilla distraitement dans son sachet de ration, recommençant inconsciemment à s'enfoncer dans ses pensées moroses. Il en fut à nouveau tiré quand, voyant qu'il ne lui répondait pas, Milo se racla la gorge pour lui rappeler son existence et chercher ses mots comme s'il allait dire quelque chose de déplaisant.
"Je... J'ai conscience que vous contraindre à parler Gothique avec moi est... inapproprié, maitre. Je me demandais si... peut-être... i-il y aurait un moyen pour moi... de-d'apprendre... le Nostramien..."
Karneth comprit immédiatement la faveur que l'humain demandait... Et il venait effectivement d'entendre quelque chose de déplaisant. Son corps se tendit sur son siège comme s'il l'avait cette fois consciemment insulté. Ses traits se figèrent en une expression intense et menaçante qui fit immédiatement pâlir et reculer Milo.
Sa première pensée fut de lui ordonner de rendre immédiatement la ration pour avoir osé lui demander une chose pareille. Sur la barge, cela n’aurait même pas atteint ses oreilles, les serfs s'apprenaient le Nostramien entre eux. Leurs maîtres avaient des guerres à mener, des choses autrement plus importantes qu'enseigner leur langue à d'éphémères mortels ! Pourtant, alors même qu'il prenait son souffle pour donner l'ordre, son corps se désamorça. La tension qui le traversait diminua de seconde en seconde et son expression perdit progressivement sa dureté. Karneth détourna les yeux pour les laisser s'égarer dans le vague, considérant réellement sa requête.
L'inventaire était terminé, et Milo gérait déjà l'essentiel du Mistralis...
Il n'avait rien à bord d'autrement plus important à faire.
Rien pour remplir chaque heure de son existence jusqu’à Ashmire.
Karneth n'arrivait pas à trouver quelque chose de négatif à cette demande autre que l'outrage qu'il lui associait. Il haïssait le Gothique, et Milo reconnaissait lui-même l’absurdité qu’un maitre doive continuellement faire l’effort de parler la langue de son esclave. Lui apprendre le Nostramien réglerait ce problème, dont il n'y avait guère d'autre solution. L'humain avait déjà fini son travail pour la journée, lui enseigner sur son temps de repos ne pénaliserait pas le vaisseau.
La seule chose qu'il avait à perdre était du temp, et ça, il en avait à foison. Du temps qu'il aurait en moins pour se retrouver seul dans sa chambre avec ses pensées.
Son attention se reporta sur le jeune homme devant lui qui retenait littéralement son souffle, les doigts crispés autour de sa ration en attendant les conséquences de son audace.
Avec un calme noble, comme s'il rassemblait silencieusement chaque parcelle de sa dignité, Karneth se redressa sur sa chaise, posa la ration qu'il mangeait pour saisir le carnet posé à table. De l'autre, il pointa le siège en face de lui en une réponse tacite.
Il ne sut dire si l’expression qui traversa le visage de Milo relevait davantage du soulagement ou de l’angoisse.
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Milo ne sut pas réellement ce qu’il ressentit lorsqu’il s’assit en face du demi-dieu.
D'un côté, la joie indécente que son maitre ait accepté sa demande, le privilège de se faire enseigner le Nostramien par un Night Lord en personne, et de voir augmenter ses chances d'être gardé près de lui en tant que serf.
De l'autre, la terreur viscérale de devoir se tenir dans son rayon d'action pendant plus que quelques minutes, à supporter mentalement et physiquement la pression que toute son attention lui soit consacrée.
Et entre les deux, le stress permanent que le seigneur Karneth se lasse de l’entendre continuellement massacrer sa langue natale... et décider aussi bien d'abandonner sa leçon que de se mettre à le punir violemment pour le motiver à réussir.
La première heure s’écoula pourtant sans le moindre incident.
L'Astartes était resté parfaitement stoïque face à ses difficultés linguistiques, calme et droit sur sa chaise. Milo s’était attendu à apprendre en premier les mots basiques du quotidien... Mais sa manière d'enseigner l'avait prit de court : il écrivait des mots sur un carnet et les lui présentait sans même essayer de lui en expliquer le sens, lui faisant répéter leur prononciation jusqu'à approcher les bonnes sonorités, comme si sa bouche était un instrument à accorder.
Les mots avaient une texture sifflante et coupante, les consonnes des sons gutturaux qui semblaient exiger des siècles de violence héréditaire. Chaque tentative lui donnait l’impression grotesque d'essayer de manier une arme trop grande et complexe pour son corps. Sa gorge meurtrie n'aidait pas son cas, les sons les plus rauques trituraient douloureusement ses cordes vocales, brisant parfois sa voix au milieu d’une syllabe... Mais il ne pouvait se permettre de réclamer une pause ou un report, pas après que le demi-dieu est interrompu son propre repas pour accepter sa requête. Ce serait plus qu’un manque de respect, et ce serait gaspiller une chance qu’il n’aurait probablement jamais dû obtenir.
Son seigneur prenait peut-être en compte son état, car il se montrait infiniment plus patient avec lui que lors de la formation au cockpit. Il le laissait échouer et recommencer sans conséquences, sans s'énerver ou élever la voix, jusqu’à ce que le résultat semble assez acceptable pour poursuivre la leçon.
Mais la deuxième heure, Milo sentit que cette tolérance était en train de s'essouffler.
L'Astartes restait pourtant un être difficile à lire, ne laissant transparaitre aucune émotion. Mais à force d’être assis face à lui, à force de guetter instinctivement le moindre signe menaçant dans sa posture dès qu'il faisait une erreur, Milo avait commencé à percevoir des brèches dans son stoïcisme. De légers froncements dans les traits marqués de son visage, des soubresauts dans ses doigts, des silences plus prononcés à chaque correction. Des fractures de sa patience, qu'il semblait s'efforcer de contenir.
Et maintenant qu'il en avait conscience, Milo sentait son ventre se serrer à chaque fois qu’il échouait successivement sur le même mot. La crainte que cette irritation refoulée se mue en autre chose... Comme par exemple, lui reprendre la ration posée sur ses genoux pour le "motiver". Le jeune homme priait silencieusement qu'il ait oublié son existence, cachée sous la perspective de la table.
Le seigneur Karneth écrivit un nouveau mot sur le carnet. Le crayon jurait dans son énorme main, à se demander comment l'objet ne s'était pas encore brisé entre ses doigts meurtriers. Son écriture même exprimait de l'agressivité, anguleuse, les lettres tracées comme des entailles.
Il poussa vers lui le carnet et lui pointa du doigt le mot nouvellement inscrit.
"Vkelkrath." exigea-t-il de lui.
Milo déglutit bruyamment. Sa salive lui semblait de plus en plus épaisse, les sons accrochaient sa langue comme une lame mal aiguisée.
Le demi-dieu frappa d'un coup sec sur la table avec le plat de sa main, faisant sursauter le jeune homme. Le coup en soit n'était pas violent, mais il marquait clairement une rupture alarmante de sa patience. Une sueur froide cavala le long de son dos, et ce ne fut plus pour sa ration que Milo s'inquiéta.
"Vk-v-vkelkrath !" se rattrapa-t-il en se souvenant de la fricative dentaire.
"...Khul'var." soupira le géant en un relâchement las.
Le mot fut soufflé de sa bouche comme s'il s'était échappé de ses pensées. Milo en ignorait toujours le sens, n'ayant jamais eu de réponse à sa question. L'Astartes ramena le carnet vers lui pour y écrire à nouveau, laissant entendre qu'il venait plus ou moins de sauver les meubles. Son ventre se serra de plus en plus, car il savait déjà que sa colère surgirait de manière explosive. Il avait l’impression très concrète de marcher vers un champ miné aux délimitations floues, incapable de distinguer quelle erreur ferait détonner son impatience et quelle forme cela prendrait.
Son maitre lui pointa un nouveau groupe de mots sur le carnet.
"Grshzvan svelth."
L'appréhension lui tordit tellement les tripes qu'il en eut la nausée. Ses yeux refusaient catégoriquement de lire ce qu'ils voyaient, les consonnes se mélangeant entre elles. Il tenta de se raccrocher à la prononciation de l'Astartes, mais il sut d'avance qu'il ne parviendrait jamais à reproduire ces sons en une tentative. Ni même en deux.
Il tomba dans le fatalisme certain que ces deux mots seraient les catalyseurs d'une catastrophe. Alors plutôt que de courir vers elle, il essaya une autre approche.
"M-Monseigneur, je suis terriblement désolé, je... j-je n'ai pas bien entendu...?"
Le demi-dieu cligna lentement des yeux puis, dans un calme terrible, posa son crayon sur la table comme s'il n'en aurait plus besoin. Le cœur de Milo s’emballa violemment en le voyant se pencher vers lui, s'accoudant à la table en y faisant peser sa masse. Il s’enfonça instinctivement dans son siège pour réduire la distance, ignorant la douleur dans son omoplate en s'écrasant ainsi contre le dossier.
"Grshzvan svelth." réitéra l'Astartes.
Son ton se voulait impassible, mais son regard d'encre brulait d'une intensité contenue, comme pour le mettre au défi d'oser lui faire répéter. Le jeune homme se mit à trembler inconsciemment, et il posa une main sur sa gorge pour la supplier de coopérer.
"Grrr...Grrr...Grsh..."
Sa langue trébuchait sur le début du premier mot, le son restait bloqué dans sa gorge se nouant sous la peur croissante de l'échec. La pression de ce regard noir rendait chaque tentative plus difficile. Il voyait les traits de son maitre se durcir et ses sourcils se froncer de plus en plus.
"Grshzvan svelth." répéta-t-il plus lentement.
Il frappa du doigt la table comme s'il voulait lui faire cracher une vérité. Milo s'enfonça encore plus dans son siège, sachant pertinemment que ce n'était qu'une question de temps avant de marcher sur la mine.
"Grrrrr...shezva..."
"Grshzvan svelth !" aboya rageusement l'Astartes, brisant définitivement son stoïcisme en élevant la voix.
Milo gémit de peur, commençant viscéralement à craindre pour sa vie. Son souffle se fit plus court et rapide, son corps se préparant à faire face à ce qui l'attendait inévitablement. Il insista désespérément.
"G-Grrsh...Grrrsh... !"
Le seigneur Karneth montra légèrement les dents et se pencha davantage vers lui, la table grinçant sous son poids.
"Qui penses tu impressionner avec tes grognements ? Grshzvan ! Ça se prononce en un seul souffle ! On ne s'arrête pas à mi-chemin quand on dégaine une lame !"
Se savoir au centre de sa colère lui dressa les poils des bras et des larmes commencèrent à envahir ses yeux. Sa respiration se mua en halètements erratiques et sa gorge lui donna l'impression d'être soudain traversée d'aiguilles.
"J-Je suis désolé !" il craqua en se recroquevillant sur lui-même, cédant à la panique. "Greche... Grshzevv...zvan !"
Le demi-dieu inspira par le nez en une grimace rageuse et Milo ferma immédiatement les yeux en serrant les dents et en relevant les bras pour se protéger, résigné à finalement subir les conséquences de ses échecs.
Mais après plusieurs secondes, aucun coup ne vint.
Il entendit le monstre soupirer d'exaspération, puis retomber lourdement sur son siège. Le jeune homme resta immobile, gardant les yeux fermés, attendant encore d'être physiquement atteint d'une quelconque manière.
Mais toujours rien. Alors il osa rouvrir prudemment un œil.
L'Astartes avait les siens fermés. Une de ses mains couvrait partiellement son visage, deux doigts pinçant l’arête de son nez comme pour en contenir les froncements. Il s'était reculé pour lui aussi s'écraser dans sa chaise, le vautrant dans une posture nonchalante.
Aucune explosion de violence, seulement le silence ambiant du vaisseau.
Milo se sentit progressivement vidé de sa frayeur, non pas par soulagement de ne pas être blessé, mais parce que toute la tension qui saturait la pièce venait brutalement de retomber. Son maitre demeurait avachit sur son siège sans plus le regarder. Ce qu'il dégageait ne ressemblait plus à de la colère, mais à de la fatigue. Comme si le géant était... frustré.
Déçu.
Ce constat lui serra la gorge d’une manière inattendue, diffuse et humiliante : de la honte. Celle de rester à jamais cette chose inférieure ignorée à bord, incapable de produire ne serait-ce qu’un son digne d’être écouté par lui. Le danger ne lui apparut plus comme physique, et Milo eut soudain bien moins peur de se voir punir par l'Astartes que le voir renoncer à lui enseigner le Nostramien.
Il observa la page où ces deux maudits mots faisaient barrage entre lui et son objectif. Il avait eu une chance monstre que son seigneur cède à se demande. Il ne pouvait pas le laisser estimer qu'il n'était pas à la hauteur et refermer ce carnet. Il voulait y arriver. Il devait y arriver !
Une once de détermination le fit poser ses mains sur la table puis, presque avec défiance, il se redressa et envoya au diable toutes les douleurs torturant sa gorge en forçant le son depuis son ventre.
"GRSHZVAN SVELTH !!!"
Les mots jaillirent plus fort qu’il ne l’avait prévu. Ils résonnèrent dans la pièce en laissant derrière eux un silence assourdissant, et l'Astartes rouvrit les yeux entre ses doigts pour le dévisager. Ce fut seulement sous son regard d'encre que Milo écarquilla le sien et mesura qu'il venait tout juste d'élever la voix face à un Night Lord.
Il sentit son sang se geler dans ses veines, et se rassit dans sa chaise en plaquant ses mains avec horreur sur sa bouche. Il tenta d’articuler quelque chose, de se fondre en excuses, le supplier qu'il ne lui arrache pas la langue et les dents pour avoir oser un tel affront.
"J-Je...!"
Mais plus aucun son cohérent n'osait franchir ses lèvres de peur d'aggraver son cas.
L'Astartes continuait à le fixer intensément. Puis, presque imperceptiblement… Un des coins de sa bouche se releva.
"Enfin un peu de conviction... Encore."
Sa voix avait retrouvé son timbre calme. Milo resta d'abord figé d'incrédulité, peinant à croire que la mine sur laquelle il venait de marcher n'avait pas explosé.
"G-Grshzvan svelth !" il osa finalement répéter, forçant davantage dans son ventre que dans sa gorge douloureuse.
La prononciation était encore imparfaite, mais les consonnes glissèrent plus naturellement. Le demi-dieu souffla légèrement du nez, puis se réinstalla dignement sur son siège, reprenant son crayon comme si la tension précédente n’avait été qu’une interruption mineure. Milo, lui, encaissait encore le choc d'avoir presque crier au visage d’un des Maitres sans se faire écorcher le sien.
Son seigneur se remit à écrire sur le carnet.
"Le Bas Gothique est une langue qui se parle comme on presse la détente d'une arme automatique et vide un chargeur : bruyant, monotone, répétitif et sans nuance..."
Sa main faisait des retours à la ligne, traçant progressivement une colonne de mots.
"Le Nostramien est une lame qui se dégaine et glisse dans l'air, bruisse, puis tranche sèchement. Tu dois y mettre le ton et la force quand nécessaire."
"O-Oui, maitre Karneth..." approuva machinalement le jeune homme, toujours incrédule.
Le géant arracha la feuille du carnet d'un geste sec et le bruit fit sursauter Milo, le tirant enfin de sa torpeur. Du bout des doigts, il fit glisser la feuille sur la table jusqu'à lui, où il discerna une vingtaine de mots.
"Ces mots contiennent certaines des sonorités et constructions les plus complexes du Nostramien. Ce que je t'ai appris aujourd'hui est suffisant pour savoir comment les prononcer. On continuera quand tu les maitriseras."
Il observa les mots et son cerveau refusa littéralement de traiter la succession de consonnes qui semblaient n'avoir rien à faire ainsi collées entre elles. Dans un besoin de faire sens de tout ça, il hésita à demander leur traduction... Mais il estima avoir déjà bien assez poussé sa chance et son audace. A l'évidence la leçon était terminée, et le demi-dieu lui confiait des exercices en évoquant la prochaine. Alors Milo quitta timidement son siège, serrant autant contre lui la feuille que sa ration, avant de s'incliner humblement.
Ce fut la première fois que ce geste n'était pas effectué par soumission, mais par une reconnaissance sincère. Reconnaissance qu'il ait accepté, reconnaissance qu'il se soit montré patient, et reconnaissance pour sa justesse à son égard.
"Merci infiniment, monseigneur..."
Il se redressa et vit que l'Astartes le dévisageait, les yeux légèrement plissés, comme s’il analysait suspicieusement quelque chose dans sa posture... Puis il laissa simplement échapper un grognement avant de refermer le carnet et reprendre son repas où il l'avait laissé.
Milo fila se réfugier dans sa chambre. Il alluma la lumière et s'empressa de manger, nullement motivé par la faim, mais le besoin de se replonger au plus vite dans sa leçon Nostramienne. Il était épuisé mais n'avait pas prévu de dormir, habité par l'urgence de maitriser au plus vite les prononciations des mots sur cette liste.
Malgré les protestations de sa gorge, le jeune homme commença à les réciter comme une nouvelle litanie, puisant son énergie dans son abdomen pour les faire sortir. Il frémit malgré lui en s'entendant les prononcer, comme s'il invoquait une ancienne magie interdite.
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Karneth termina finalement son repas dans le silence retrouvé du salon. Presque retrouvé. Ses sens surhumains percevaient légèrement la voix de Milo depuis la salle d'entretien malgré l'isolation phonique des parois. Il s'entrainait au lieu de dormir.
Il avait lutté psychologiquement contre chacune de ses erreurs et hésitations frustrantes, chaque envie de lui tailler dans la peau du dos les règles phonétiques Nostramiennes, chaque envie d'écourter l'absurdité d'essayer de mettre entre les mains de ce mortel maladroit un savoir aussi précieux à ses yeux... L'un des derniers reliquats culturel de son monde mort.
Mais surtout, lutter inconfortablement contre des mécanismes psychologiques gravés au fer rouge dans son esprit d'Astartes, structuré pour optimiser chaque seconde, chaque mouvement, chaque prise de parole... Le besoin presque maniaque de chercher l'efficacité. Hors, pour une telle leçon, il n'y avait nulle urgence d'être efficace. Il n'aurait rien de mieux à faire si Milo apprenait plus vite, ses erreurs linguistiques ne compromettaient ni le vaisseau ni son intégrité de maitre. Le punir pour lui arracher ses réussites n'aurait rien de productif, une vérité comprise quand le mortel s'était recroquevillé face à son agacement, de peur qu'il le frappe. Les humains étaient simplement plus lents de nature... et pour une fois, sa lenteur pouvait lui être utile.
Il écouta Milo bloquer à prononcer un mot de sa liste et s'acharner à le répéter malgré les brisures douloureuses de sa gorge meurtrie.
Je ne peux pas lui reprocher de ne pas y mettre du sien... concéda-t-il mentalement.
Ayant désormais du recul sur ces deux dernières heures, il réalisa que l'agacement qui avait fini par briser son impatience ne venait pas seulement de son conditionnement mis à mal, mais aussi de l'idée que l'humain n'aurait peut-être juste pas eu les capacités d'apprendre sa langue... De peut-être perdre ce répit, cette échappatoire que cette leçon lui offrait face à ses pensées moroses.
Car ces deux heures n'avaient pas été si pénibles comparées à celles qu'il aurait dû passer seul à les ruminer.
Et bien malgré lui, il s'impatientait déjà des prochaines.
Ces leçons promettaient un passe-temps, mais aussi sur le long terme le confort de pouvoir à nouveau parler avec quelqu'un dans sa langue natale. Le jeune homme avait été bien téméraire d'oser faire une telle requête, alors même que sa gorge portait encore les marques de sa récente transgression... et alors même que sa seule présence le terrifiait. Mais Karneth apprécia qu'il en ait eut le courage.
"Grshzvan svelth !" il entendit résonner au loin.
Un rictus amusé lui traversa le visage.
Il avait hâte du moment où Milo comprendrait que ces mots formaient tous des insultes Nostramiennes particulièrement imagées.
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Notes
Cette fic est essentiellement un exercice pour améliorer mon écriture, et je serais très reconnaissante d'avoir vos avis/ressentis sur ces sujets :
Est-ce que je m'attarde un peu trop sur des détails évidents ?
Descriptions trop longue ou inutiles ?
S'il vous semble qu'il y a des éléments introduits qui auront un impact important plus tard ?
Qu'est-ce que vous trouvez ennuyeux ?
Qu'est-ce que vous trouvez agréable ?
Quelles sont vos théories pour la suite ?
Je suis complètement ouverte aux critiques, je ne me considère pas comme une écrivaine, mais je veux m'améliorer !
Si certaines remarques me semblent réellement pertinentes, je suis même capable de réécrire des passages entiers ^^
English isn’t my first language, so feel free to point out any weird wording, sentences, or expressions... It’s probably just a translation mistake! (I’m pushing myself a bit to post in English to step out of my comfort zone)
Ch.1 / Ch.2 / Ch.3 / Ch.4 / ...
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Chapter 4 - Communication
Summary
Karneth is consumed by a sense of unease. Milo would like to attract positive attention.
Notes
Another chapter that’s way too long ^^’ But I think that’s going to become the norm...
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Karneth awoke slowly. No alarm echoed through the walls. No vox saturated with orders barked into his ears. No pounding boots thundered through the corridors as the other Night Lords rushed to form their Claw.
Only the unsettling silence of his quarters aboard the Mistralis.
He remained lying there for a few moments, his gaze drifting through the pale dimness. His body felt heavy, even more so than after returning from battle. Since his desertion, he felt as though he slept more… or perhaps simply spent more time trying to find a reason to get up. The demigod slowly sat on his bedding, his mind bogged down in a stubborn gloom.
For decades now, he had been crushed beneath weariness, long consumed by the desire to abandon his Legion, its rotten values, and its meaningless wars… He had imagined that fleeing the cause he no longer identified with would put an end to his misery. Yet several days had passed, and that damned weariness still clung to him. The Night Lords had left behind something worse than memory.
A void.
He had never needed to decide for himself, his existence had always been shaped by forces beyond his will. What to do, where to go, what to fight, how to fight, even how to think. Now there was no one left to tell him what he should be, and that freedom should have felt like deliverance.
Instead, it resembled a fall into a bottomless abyss with no walls to grasp onto.
Karneth sighed and lazily dragged a hand across his face, brushing aside the long black hair that hung over it. His weary ink-dark eyes wandered around the small room that served as his quarters.
On one side stood a locker and a metal desk upon which rested his armour undersuit and patched-up robe. On the other, two bunk beds built into the wall occupied nearly its entire length. Far too small for him, he had taken out the mattresses and spread them across the floor to fashion a bed suited to his size. The stripped bedframes now served as shelves. His chainsword, as large as a man, rested on the upper one. On the lower one lay his bolt pistol, dagger, and the smaller pieces of his armor. The largest components leaned against the wall opposite the entrance, most notably his breastplate, his dormant power pack, and his helmet resting atop it.
Karneth’s eyes lingered there.
The winged helm stared back at him. A beast-like skull frozen in an expression of eternal menace. Its red visor was dark, and in its reflection he saw that his own gaze was scarcely any better.
The abyss inside his mind widened a little more.
Karneth fully intended to keep using his armor, ceramite granted him overwhelming superiority over nearly anything he might encounter. Yet the mere thought of wearing it again deepened his unease: those colors and emblems were no longer his, no more than those worn by the dogs of the Imperium… and he feared putting the armor back on only to discover there was nothing left beneath it.
Nothing but an empty shell, incapable of understanding the very nature of free will or defining itself without outside intervention.
Nothing but a wandering servitor without orders.
As he did every morning, the Astartes turned his eyes away from the helmet in silent defeat.
The hold… he ordered himself, searching for a reason to drag himself from bed.
Karneth finally forced the mass of his body upright and grabbed the robe lying on the desk. As he slipped it on, he noticed one sleeve had come undone at the shoulder, split open by several centimeters. He stared at the tear for a moment before exhaling through his nose with weary irony.
I work human skin better than cloth…
Once, that thought would have amused him… But it had been a long time since flaying brought him any joy. That pleasure had faded the moment he realized his Legion no longer practiced torture to punish and make examples, but simply to gorge themselves on the screams of whoever crossed their path, with the hollow excitement of a dog distracted by the squeal of the toy it tears apart. He still felt a certain satisfaction when the soul trapped beneath his claws had truly been guilty of atrocities, like the politician whose face adorned his left pauldron. The satisfaction of punishing those who deserved it, frightening those tempted to follow their example, and bringing prosperity to worlds through this balance.
Vengeance. Justice. Order.
What the VIIIth should have been…
His thoughts threatened to mire themselves once more, and Karneth forced himself into motion. He picked up the medical kit he had found in the bathroom and pulled out the suture set. Just as he had stitched together clothes in his size from those found in the wardrobe, he used it now to mend the sleeve.
The needle looked absurd between his massive fingers, and despite his experience, he handled it with the clumsiness of a being whose limbs were strangers to gentleness. The motions were as repetitive as maintaining a weapon, yet this small, inglorious task brought him a quiet sense of comfort, distracting his heavy thoughts with a pleasant lightness.
He found himself surprised that something so small could bring him solace.
But the tear was quickly repaired, and Karneth wrapped himself in both his robe and his weariness before leaving his quarters.
The corridor was a narrow passage for someone of his size, barely navigable for an armored Astartes. In the distance, he spotted Milo hurrying along, likely on his way to the cockpit. The human had not noticed him yet. Karneth could hear the nervous beating of his single heart beneath its fragile ribcage, accelerating sharply the instant he realized he was not alone.
The young man froze at once and paled when he saw him approaching. For a second, he seemed tempted to turn back, before instead pressing himself against the corridor wall as tightly as possible. He lowered his head in submission, drawing in his arms and legs to ensure no part of him might obstruct the giant’s path.
Karneth brushed past him without a glance, though he quietly breathed in the scent of fear radiating from him. A familiar and reassuring fragrance, soothing his numbed mind and offering him, within the abyss, something solid to cling to.
He continued on with the same indifference, but a hesitant stammer interrupted his stride.
“Uh… L-Lord Karneth?”
Uttering those few words seemed to demand tremendous effort from the mortal. The demigod stopped but did not turn around, tilting his head just enough to show he was listening. Behind him, he heard Milo swallow nervously before asking, with just as little confidence.
“W-Would you like me to… clean your quarters?”
Zealous little creature…
Milo always seemed eager to remind him of his usefulness. Karneth had never forbidden him access to his room, yet the human had still never set foot inside and instinctively refused to do so without permission. The caution of prey before a predator’s den, slaves being fully aware that Night Lords dragged their victims there to play with them.
Though such an offer was expected of a slave, it almost sounded daring.
“Not for now,” Karneth replied simply before immediately continuing on his way.
“V-Very well, my lord…” Milo answered before hastily returning to his own duties.
The Astartes listened absentmindedly to the sound of his footsteps as he disappeared behind him.
During his first days aboard, Karneth had regularly checked his work while he slept, compared every report against reality, searched for the slightest mistake, lie, or sign of incompetence. He had even deliberately sabotaged a nonessential and relatively discreet system simply to see whether Milo would notice. Not only had the young man found and corrected the problem, he had recalibrated the entire parent network and serviced the surrounding systems with perfectionist care.
Karneth could find nothing to criticize. His runt worked so well that some sections of the Mistralis seemed to have grown two centuries younger. At least he had not lied about his skills, and the Astartes drew from it the satisfaction of a worthwhile investment, proof that his patience and leniency had not been wasted.
Given that Milo was terrified by his mere presence, he did not have to do much to assert his authority. Fortunately for him, he had stopped butchering his name as well. It irritated him to communicate exclusively in Low Gothic, but now that the human understood his duties and carried them out properly, they only needed to speak for reports.
So the rest of the time, he ignored him, content to grant him a ration, the right to rest, and the privilege of being spared.
Karneth finally reached the cargo hold access. His fingers pulled a lever, and a floor hatch rose with a hydraulic groan, revealing a passage descending by way of a sturdy ladder. The moment it opened, a deafening din flooded the corridor, and Karneth grimaced in displeasure. The hold was the only section of the ship lacking sound insulation. The roar of the engines vibrated through the walls like a resonance chamber and assaulted his superhuman senses with irritating brutality.
Even so, he descended the ladder to the place where most of his days were spent.
The inventory was nearly complete. In truth, it should already have been finished a day or two ago… But Karneth had been dragging it out on purpose. Because once the task was done, he would have nothing left to occupy his mind.
No reason left to leave his bed.
Nothing left to do but brood over his misery.
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Milo arrived at the cockpit a few seconds behind his own thoughts, still slightly shaken from having merely crossed paths with his master. His mind was still struggling to perceive an Astartes as something ordinary, and he doubted it would ever truly manage to.
He settled into the pilot’s seat. His gaze immediately drifted to the cogitator and the crack running across its screen, a daily, silent reminder that his survival depended on his efficiency. He absently ran a hand over his cheek, brushing against the fading bruise. The pain had vanished, but a bluish mark still lingered. The giant had not touched him again since his mispronunciation, which suggested that, for now, he was doing well enough.
Milo took a slow breath to clear his thoughts, then began checking the readings and applying recalibrations where needed. His fingers moved across interfaces and instruments without hesitation. It was gradually becoming routine, something that demanded less and less time each day. As long as the work was completed within a twenty-four-hour cycle, his lord seemed unconcerned with method or pace.
He considered himself fortunate: the Mistralis was in excellent condition, and the Machine Spirit that inhabited it was remarkably docile. So far, he had encountered no malfunction requiring his master’s intervention… something he deeply feared, as it might be interpreted as incompetence.
Milo finished his checks and leaned back into his seat with a sigh of relief. As always, completing a task correctly brought a brief but reassuring sensation that his survival was secured, at least for the next few hours. The day had only just begun, he still had secondary systems to verify across the Mistralis, followed by maintenance, and if he did not cross paths with his master in time to be dismissed, he would need to find smaller tasks to occupy himself. It was a great deal of work for a single person in one day, but the quotas remained manageable compared to those of the battle barge.
He allowed himself a few seconds of respite, staring out through the armored cockpit viewport, the only window aboard.
Space stretched before him like a dark, infinite sea. The Mistralis drifted through an asteroid field, rocky masses gliding and colliding in total silence. Only a few months ago, Milo would never have imagined leaving his homeworld, let alone witnessing such a sight. He did not even know which star system they were in, the Night Lords had kept traveling since his capture, and such information never reached the lower decks.
Not that he expected to ever return home.
Yet being able to look at this view every cycle did him a world of good, pulling him away from the warship and its corridors haunted by monsters ready to pounce on him.
His own ignored him almost entirely, granting him attention only to receive reports or issue rations. Milo did not complain, on the contrary… but there was something deeply unsettling about serving a master whose sadistic impulses he could neither read nor predict. Night Lords were not known for needing excuses to torment slaves, physically or mentally. That restraint toward him gnawed at him, as if he were missing a crucial detail that would eventually come back to strike him.
But he knew nothing of demigods or how their minds worked.
His gaze drifted across the cosmic game of billiards unfolding before him, absently estimating the trajectories of colliding asteroids.
The Imperium barely maintained a presence on his neglected, fringe world, and he had only vaguely heard of the Emperor’s angels, loyal or fallen. No empathy, no mercy, no weakness. Living weapons of a God. His misfortune had led him to traitors, but he had no idea whether meeting loyalists would have changed anything for him.
To him, demigods were to humans what felines were to rodents.
A crude comparison, but not entirely inaccurate, given how their mere presence awakened primitive instincts, the most reptilian parts of his mind. Raw prey fear. And where humans were driven by survival, Astartes seemed driven by predation, even far from the horrific battlefields for which they had been forged. Mortals must be such easy, tempting targets…
And cats naturally enjoyed playing with mice caught in their claws.
Yet he did not see that predatory instinct in Lord Karneth. From what little he had observed, there was only silence and constant stoicism, no body language or speech suggesting cruelty toward him. A presence of brutal calm that nonetheless erupted at the slightest irritation, revealing its violent nature… but the blows he had received so far were not born of sadistic play.
Maybe I’ve proven useful enough that harming me would be counterproductive? he thought hopefully, watching one asteroid collide with another.
Another thought crept in.
Maybe now would be the right time to ask him to teach me Nostraman?
But as soon as it formed, the image of the feline and the rodent returned. In what better situation could a mouse approach a cat and ask to learn how to meow?
A nervous shiver ran down his neck.
Even if his master’s indifference toward him was reassuring, his pragmatic path to survival required him to find a way to draw positive attention. For now, he was no different from the other humans in the lower decks, nothing worth preserving long-term. His zeal would not be enough, it was already expected of any slave.
I should get back to work… he told himself, exhaling softly.
But something in the slow dance of rocks drifting through the void had been unconsciously holding his attention for several minutes, pinning him to his seat. An indistinct premonition. Some asteroids on the horizon formed an irregular chain, their arrangement giving him an absurd certainty: if one of them were struck, it would trigger a chain reaction, and the last one would be flung onto their trajectory at the very last moment.
And a rocky mass was drifting directly toward that cluster.
Milo knew nothing about navigation. He naively believed the Machine Spirit would be able to read such a danger and issue a proximity alert if it deemed it credible. Lord Karneth would then only have to adjust the Mistralis’s course. But… what if it didn’t? He could see the cluster clearly, and nothing on the cogitator indicated any detected danger on their path. What if the sensors only detected the imminent collision once the rock had already been hurled toward them at the last moment? Would Lord Karneth even have time to come?
Milo didn’t like that doubt. A conscious ignorance perfectly balanced with a visceral certainty.
His anxiety grew as the problematic rock bounced off another and followed exactly the configuration his mind had anticipated. A bead of sweat slid down his temple. His fingers twitched nervously over the console as he tried to bring up the trajectory readings. The data confirmed what he feared: the ship would pass directly through the zone where he imagined the future impact.
I must be wrong… he denied, nervously.
He had never piloted a ship, had no knowledge that gave him any legitimacy to claim he could recognize a danger in spaceflight. His concern rested entirely on an intuition he could not explain. To bother Lord Karneth with this kind of zeal, and be wrong… at best he would look like an idiot, and at worst he would anger him for wasting his time.
The thought alone made him swallow hard.
Milo remained frozen in front of the cogitator, unable to decide, while outside the asteroid continued its slow progression. He was as much at risk as the Astartes in the event of an impact, perhaps it was better to take the risk and at least warn him. If his intuition was right, he might be able to prevent a catastrophe.
His stomach twisted painfully with anxiety.
Before he had truly made a decision, he abruptly stood and left the cockpit, heading toward one of the few places aboard that was forbidden to him: the cargo hold access. Milo stopped hesitantly in front of the metal hatch, deeply unsettled. Even standing at the threshold felt perilous.
Will he be angry if I open it but don’t go in?
He bit his lip and stayed still for a few seconds, unable to act, his heart hammering in his chest. He hated this situation. Whatever he chose, it felt like he was brushing against dangerously thin boundaries.
Time continued to pass, indifferent.
He turned back and ran to the cockpit to check outside again. Nothing had changed. The solitary rock was still drifting toward the cluster, and nothing seemed able to alter its trajectory. Perhaps three minutes until impact…
This time, certainty overcame fear.
Resolved, Milo returned to the hatch. He took a shaky breath, bracing himself for speaking to the Astartes and whatever consequences might follow, then activated the release lever.
The hatch lifted and immediately, a deafening roar burst up from the depths of the hold, making him flinch. Even the engine room was quieter! He glimpsed a slightly tilted ladder descending into a darkness deeper than the corridor. He could barely make out the floor below.
“Uh… My lord?” he called hesitantly into the turbulent void.
Seconds passed. No answer. Milo wasn’t surprised, his voice was likely completely swallowed by the noise.
“Lord Karneth?” he tried again, louder.
Raising his voice was not something he was used to, especially not in front of a demigod. He tried again, as loudly as he could, but his uncertain voice cracked each time.
The seconds kept slipping away, and his stomach tightened further when he realized he would never be heard like this. Since raising his voice was not enough, Milo leaned further into the opening to try to make it carry farther. He reached for the ladder, his upper body dangerously tilted into the void.
“Lord Karneth!”
Still nothing.
“My lord, please!” he pleaded, descending another rung to lean further.
His fingers clenched around the ladder. Then his palm slipped.
For a fraction of a second, Milo felt his center of gravity shift without understanding. Fear shot through him as he felt the void open beneath him. He tried desperately to catch himself, hands scraping uselessly at the rim of the hatch, but gravity won.
He plunged headfirst into the cargo hold.
He hit the ground hard on his back, and a cry escaped him as a protruding edge dug into his shoulder blade. A sharp, intense pain shot through his left shoulder, but it vanished almost immediately, drowned out by the realization: he was in the cargo hold. In a place he was forbidden to enter.
However unintentionally, he had disobeyed his master.
Horror seized him at the thought of having so stupidly ruined his slim chances of a better life. His breathing turned erratic as he scrambled upright, instinctively searching for the Astartes’ silhouette in the darkness.
The cargo hold was immense, stretching beneath the entire upper deck of the Mistralis. Thick straps ran from the walls, securing enormous transport crates partly concealed under dark tarpaulins. But Milo was already no longer aware of the environment, his eyes had locked onto his master’s silhouette at the far end of the chamber.
The Night Lord was bent over one of the crates when he lifted his head, drawn by the movement of his fall. Even in the dimness, Milo clearly caught the brief flash of surprise that crossed his face before it hardened into something far worse.
His heart skipped a beat as the Astartes strode toward him with a furious pace. His lips moved, spitting words drowned by the ambient roar, but Milo didn’t need to hear them to understand. He was doomed.
He scrambled upright, hands raised in a pitiful defensive reflex, then instinctively backed toward the ladder as the murderous mass approached. Yet even through his panic, he knew it was useless. His mind sank into the dull, suffocating sludge of terror, but he managed to cling to a thread of lucidity: the asteroid. His only chance now was to have been right.
His master reached him, and Milo opened his mouth to explain despite the chaos, but a gigantic hand closed around his throat. His frail body was lifted effortlessly from the ground, the air violently forced from his lungs as his feet dangled helplessly. His face came level with the furious demigod, whose words he could barely distinguish over the muffled ringing in his ears.
Instinct took over. His body thrashed in blind panic, clawing at the wrist around his neck, unable to loosen it. Yet he still managed to extend a trembling hand upward, desperately pointing toward the upper deck.
The Night Lord seemed to restrain just enough of his fury to understand that communication here was pointless. Without releasing him, he turned and began climbing the ladder, carrying Milo one-handed. Each movement tightened the grip around his throat, his vision blurring as he tried to ease the pressure by clinging to the wrist holding him.
When they finally emerged into the corridor, the giant silenced the deafening roar by slamming the hatch shut with a violent kick before setting Milo down on his feet. He did not release him, but loosened his grip just enough for him to breathe.
Milo gasped in painful lungfuls, coughing violently as his vision slowly returned.
The voice of Lord Karneth rumbled through the narrow corridor with barely contained calm.
“I was very clear about which rooms are forbidden to you. There had better be a very, very good reason for this obvious insubordination…”
His fingers tightened slightly around Milo’s throat to underline the words. Milo fought desperately against the primal urge to struggle or beg.
“The a-asteroid field… my lord…!”
Each word came out as a ragged fragment as he tried to recover his breath. With a trembling hand, he pointed toward the cockpit.
“…One of them… is going to hit us… I-I tried to call you but…”
The Night Lord bared his teeth slightly, and the pressure on Milo’s throat immediately increased, drawing a strangled sound from him.
“You disobey me for this?” the Astartes hissed, leaning closer. “What do you think proximity alarms are for? A few days aboard and you think you’re a navigator?”
He didn’t know what to say, and tears welled up in his eyes as he kept desperately pointing toward the cockpit. The giant growled something under his breath, then moved, dragging Milo down the corridor with him. The young man barely managed to keep up on tiptoe, half-lifted off the ground, unable to match the Astartes’ pace.
When they reached the cockpit, he was thrown without ceremony into the pilot’s seat, collapsing into it and curling up instinctively, abruptly dragged back to the memory of the last time they had been here together.
“Show me!” the Astartes barked sharply.
Milo forced himself out of his defensive posture and pointed toward the cluster of drifting rocks that had brought him here. His master placed his hands on the console in irritation and studied the asteroid field, muttering words in Nostraman.
In the meantime, the Mistralis had drawn closer to the threatening formation, and the moment he focused on the area Milo indicated, what he had predicted came to pass.
The wandering rock struck a first asteroid in complete silence. That one immediately collided with another, setting the entire cluster into motion. A final impact hurled the last mass out of the field… sending it directly toward the Mistralis’s future position, its approach deceptively slow due to its size.
The Astartes immediately understood and cursed under his breath. He grabbed Milo by the arm and yanked him out of the seat, taking his place. The young man staggered to the doorway but miraculously remained standing. With swift, practiced movements he could not follow, the giant manipulated the instruments. The moment he took the control stick, the proximity alarm triggered, a piercing wail that assaulted their ears, and the cracked cogitator display showed the imminent threat: impact in 158 seconds.
Lord Karneth maneuvered and the Mistralis responded at once, shuddering under the strain as its trajectory curved, carrying them away from the asteroid field. He continued adjusting the controls, refining the course, then at last, the alarm fell silent. He completed the manoeuvres and came to a stop.
The cockpit fell into an uneasy moment of stillness.
His master stood with his back turned. Milo could not see his expression, but he already knew that the silence concerned him. Although he had been right about the asteroid and right to come disturb him, he had also disobeyed by entering the cargo hold.
When the Astartes finally turned, Milo instinctively stepped back into the corridor, but he was upon him almost instantly. A massive hand slammed into his chest, pinning him brutally against a wall. The impact drove the air from his lungs. His knees buckled, no longer able to support him, but it no longer mattered, his body was now pinned to the wall by the sheer force of the demigod leaning over him.
Milo froze, eyes wide with terror. Lord Karneth’s face was only inches from his own, staring down at him in anger.
“I’m sorry… I’m sorry…” he repeated in a breathless loop.
He could feel his own heart hammering against the enormous hand crushing his chest, and he could not stop himself from imagining how easily that hand could push just a little further and cave his ribcage inward…
Yet the Astartes did nothing more, simply holding him there as if searching for his words. After a few endless seconds, he pressed slightly harder and leaned in closer. A sharp pain shot through Milo’s ribs, compressed to the limits of what they could withstand, drawing a groan from him.
“If I ever see you down there again, only your skin will come back up through that hatch.”
Despite the unmistakable horror of the threat, his voice was calmer now, measured. Still lethal, but stripped of the earlier rage.
“Next time, you throw something down the ladder to get my attention, instead of throwing yourself in…”
Milo nodded mechanically, and the massive hand released him. His legs failed, and he slid down the wall. Lord Karneth inhaled lightly through his nose, as if scenting the air, then turned his gaze to the metal wall. He pointed at something with cold detachment.
“You will see to that.”
Without waiting for a response, he turned and walked back toward the cargo hold.
His overwhelming presence faded down the corridors, and Milo remained on the ground for a few moments, unable to do anything but breathe. Then, mechanically, he lifted his head toward where he had been pointed and saw a long smear of blood staining the wall where he had slid down. But in his dazed state, he did not try to understand where it had come from, nor why a dull pain pulsed at the back of his left shoulder. He simply straightened up, grabbed the cloth hanging from his waist, and carefully wiped the blood from the wall.
And once it was done, he resumed his work like a servitor, his mind obeying the reflex of usefulness.
Because being useful meant surviving.
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I should have punished him.
Since returning to the cargo hold, the thought had been looping through Karneth’s mind, like a clumsy attempt to channel the frustration fraying his nerves. With a sharp motion, he slammed the lid of a wooden crate shut, the entire structure creaking in protest.
Milo had disobeyed.
The human had dared threaten his authority, the only thing he still controlled in the face of the uncertainty surrounding his future. He was the master, and in the face of that loss of control, a near-instinctive anger demanded that all resistance be crushed, something familiar, structural, ingrained by the Night Lords. That vermin had gone where he had forbidden him to go, this simple fact called, at the very least, for a punishment leaving lifelong aftereffects! On the barge, it was a system failure, grounds for immediate execution and replacement.
But Karneth had not been able to punish him.
Because when he accounted for the circumstances that had led to the disobedience, Milo had, in fact, made the correct call… and part of him still refused to admit it. Perhaps the asteroid would only have grazed them. Perhaps the proximity alarm would have been heard in time despite the hold’s infernal noise… But he could not deny that the mortal had been right to take the risk and warn him.
And punishing him might discourage that kind of initiative in the future.
So Karneth remained there, trapped within a frustration he could not properly discharge. On the barge, he would already have killed the man and replaced him, sparing himself this dilemma entirely… but he was no longer on the barge. It was only his conditioning that felt attacked by these events. He had to reason for himself, not depend on a system he was no longer part of and whose logic would not work here.
“I did well not to punish him…” he forced himself to murmur, the words instantly swallowed by the roaring hell.
Milo had not disobeyed out of defiance. He was still terrified of him, perfectly submissive. He was no threat to his authority.
I am superior…
However, he had to acknowledge that in the midst of this incident, Milo had, despite himself, asserted his usefulness and reliability. It had been either outrageous luck, or a latent talent for anticipating the asteroid… But for sure, his death was appearing more and more like a waste of resources, and he already lacked too many to afford losing this one in a fit of anger.
That fragile little creature, trembling and weeping at the slightest pressure, might possess capabilities that had gone unnoticed at the time of his capture. He might prove more useful than expected. Perhaps he could be given other tasks…
Now that I am alone, it would not hurt to have someone to rely on.
The thought surprised him. Or rather, the way it had formed did. He almost let out a short, uneasy laugh.
Someone to rely on…
Karneth did not believe in trust. It was nothing more than a brittle construct, an open statistical door to betrayal. True loyalty did not exist. The only reliable constant, the only true lever, had always been fear. Everything could be obtained through it, and with brutal efficiency. He would certainly not rely on a slave. Without the terror he inspired, without the lie of his desertion, at the slightest exploitable weakness, Milo would betray him. It was human nature, corrupted, seeded with vice waiting only for the right moment to bloom.
Nostramo had proven that much.
Karneth suddenly realized that, distracted by his thoughts, he had inventoried the same ammunition crate twice. He exhaled sharply in irritation, tearing the extra page from his notebook.
Coincidentally, he had been reviewing human weapon crates when Milo had fallen into the hold. From where he had landed, he could only have seen a vague mass of tarpaulin-covered cargo… yet the coincidence grated on his already frayed nerves.
He could not keep spending his days here.
If it had happened once, it could happen again and next time, it might genuinely compromise both their safety and his authority. It was his responsibility to ensure Milo no longer had to brush against such limits.
His gaze drifted over the remaining crates awaiting inspection.
“…Let’s finish this.”
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Milo had resumed his work like a lobotomized slave. His body carried out its usual tasks while his mind remained stuck in adrenaline. It took him several hours to finally break out of that state, pulled back to himself by various pains. First in his neck, where every swallow brought a sharp discomfort. Then another pain gradually emerged, more subtle, lodged in his shoulder blade.
Still half absent, Milo stopped working and went to lock himself in the Mistralis’s bathroom. He turned on the light out of reflexive utility, feeling no comfort, no protection, no apprehension. After a few painful seconds of adjusting to the brightness, he finally lifted his gaze to the mirror.
The imprints of Lord Karneth’s fingers still marked the skin of his throat. The sight violently pulled his mind out of its daze, and his thoughts regained their lucid coherence. The recent events came back to him as though he were slowly emerging from a bad dream. Milo hesitantly placed a hand on his neck, brushing the marks left by the Astartes. He had not even truly strangled him, he had only held him, and these injuries were merely secondary consequences of simple contact with a monster designed to massacre.
And yet… the monster had released him.
The realization struck him fully: despite his disobedience, his master had let him off with only this.
Milo remained motionless before his reflection, deeply confused. The previous times the demigod had been violent, it had been in response to an error on his part, a mistake or incompetence. But this time… this time, he had disobeyed! Even unintentionally, it was still a legitimate reason for any Night Lord to punish him however they wished. It was the first time in his life Milo had seen an Astartes choose not to make someone suffer when he was more than justified in doing so. His master seemed to have taken into account the reasons for this disobedience, and had settled for a warning.
He slowly lowered his eyes in disbelief.
Lord Karneth had not been merciful.
He had been just.
The young man would not have believed such a concept could exist among the Night Lords. Yet he was evidently in the grasp of a monster that was a little more rational, predictable, and psychologically stable than the others. Perhaps even… reasonable.
Something slowly loosened in his chest. For the first time since his capture, and perhaps even long before that, Milo glimpsed something he had long desperately sought.
Security…
He immediately qualified his thought: Lord Karneth remained a monster, capable of tearing a man apart with his bare hands. A constant threat to his existence, which depended entirely on his will and tolerance.
But for the first time in months, he felt as though a semblance of a healthy dynamic existed in his environment. He could rely on the balance his master had established aboard without constantly fearing for his life. Thanks to his obedience, there was between the monster’s paws a safe place in which to exist. This perspective activated the most primitive parts of his brain, those reminding him that he was nothing more than a mouse between a cat’s claws… and he simply chose to believe it: aboard the ship, there was at least a measure of security. He needed too much to soothe the anxiety that was constantly corroding his mind like acid, so he convinced himself: he could trust the rightness of this monster.
This time, it was not relief that overwhelmed him, but gratitude.
Please, let me become his serf and serve him until my death! he prayed, without knowing to whom.
The young man felt no madness in thinking this way. To him, it was nothing more than pure survival logic.
He had never known freedom, nor ever believed in its existence. Even before his capture by the Night Lords, he already lived under the yoke of oppressors, barely managing to survive day by day. He knew what it was to be alone and weak in the face of entities too powerful, condemned to be exploited… and he was resigned to the fact that, in the indifferent vastness of this galaxy, no one would ever come to change that.
So he clung to what he could.
At least, in the service of Lord Karneth, he knew where he stood: obey him without fail, and in return be assured of having food, water, rest, and not being killed or injured if he did not deserve it. For someone who only desperately sought to survive, this arrangement was the safest and reassuring he had ever known.
Certainly not joyful, but reliable, promising him a future.
Milo did not know how he had managed to anticipate that asteroid. In his eyes, it was more a matter of luck than skill… Yet perhaps that small display of usefulness had given him what he was seeking: attracting positive attention.
Maybe now is the right time to ask him to teach me Nostraman?
It was still a little early to think that his master had fully moved past his disobedience… But since his behavior toward him was supposedly consistent, he told himself to wait until the end of the day: if he was given a ration, it would mean without a doubt that the incident would have no further consequences for him.
A brief but sharp pain suddenly seized the back of his left shoulder, making him clench his teeth. The young man turned toward the mirror and noticed a partially dried stain of blood covering his shoulder blade. Carefully, he removed his clothing and awkwardly twisted to examine his back. A thin cut in the skin, likely caused by a metal fragment when he fell into the cargo hold. Only when he saw it did he realize that the trail of blood he had cleaned from the wall earlier had come from him.
The cut was neither wide nor deep, and his shirt had not even torn.
This clothing is stronger than my skin… He managed a weak attempt at irony as he rinsed the blood off with tap water.
He searched the room’s storage for a medical kit, without success, and had no idea where else on the ship he might find one. Lord Karneth might not have brought any… and he could hardly imagine a demigod needing disinfectant.
Well, it’s just a scratch… he reassured himself as he pulled his damp clothing back on.
The wound had already stopped bleeding and its edges had begun to clot together.
Milo switched off the light and prepared himself mentally to return to work. He waited a few seconds for his eyes to adjust to the low ambient light, and in the silence of that pause, his thoughts drifted back to his fall in the hold.
His memories were blurred. A vast room, straps holding countless transport crates partially covered by tarpaulins… A mysterious cargo whose contents were clearly valuable enough for its delivery to be handled personally by one of the Masters. This shaky deduction gave him an initial answer as to why the Astartes had traveled alone aboard the Mistralis, but he forced his curiosity away. If he had been forbidden access to the hold, there was a reason. And it was probably better for him not to know it.
That might even be the explanation for why he had neither been punished nor executed.
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Karneth wrote a final word at the bottom of the list before closing the notebook with a dry snap. The inventory was finally finished.
His emotional conflicts had ended up sinking into the abyss of his weariness, and he went back up to the main level wrapped in gloom. After a brief stop in the storage room, he sat at the high table in the lounge, which, for him, was closer to a normal table, placed his notebook down, and began his meal. Now that the inventory was complete, he estimated that, in case of any delay during the journey, the food resources in the hold would allow them to last at least another month. A relatively comfortable safety margin.
Karneth bit into the soft nutrient pouch to push the paste up toward his mouth. A discreet frustration crossed his mind: his teeth could easily shatter bones, and yet here he was eating this damn bitter puree. Under his feet lay far more appetizing provisions. Refined supplies intended for corrupt nobles or wealthy smugglers, stasis-preserved meats he could sink his teeth into…
He pushed the thought away as he swallowed another bite, surprised by his own whim. Had he ever cared about the taste of what he consumed? Among Astartes, comfort was associated with weakness, so he examined this strange and sudden fancy… and after a few seconds of introspection, he concluded simply that he was hungry. More than usual. He had not felt this in decades. His metabolism was probably beginning to feel the lack of calories in his rations.
Thinking about the contents of the cargo hold brought back a realization that had been growing for several days already.
He had a considerable amount of useless goods on his hands. Jewelry, alcohol, luxury items whose function he sometimes did not even understand, surely superficial… but he had no sense of their market value.
Trade was foreign to him, escaping his warrior logic, which recognized only three kinds of value: military, strategic, and symbolic. Monetary value and other economic logic were the least of an Astartes’ concerns. A reflex thought simply whispered to him to discard anything he would not need, then go and plunder what he required from an Imperial institution. That was how the Night Lords had solved their logistical problems since the Heresy and their ideological independence.
But that solution belonged to a way of life he could no longer afford.
For what awaited him, he was going to need money.
His situation was far too precarious to allow himself violent solo raiding, to attract attention, or to waste any sellable goods. Money would make it much easier for him to access resources, and he would need to learn to rely on it, on black markets, smugglers, human networks he had spent years either despising or terrorizing. Finding buyers, negotiating, understanding the value of all these absurd things…
Learning to live like a human.
That thought left a more bitter taste than his ration. The worst part was that he did not even know where to start! He felt as though he were facing an enemy whose language and rules he did not understand, on a terrain he had neither been designed nor prepared for.
His thoughts slowly began to sink back into his abyss of defeatism…
But his mental descent was interrupted by the sound of Milo’s hesitant footsteps approaching in the corridor, likely having heard his own footsteps coming here. The mortal appeared in the doorway and froze upon seeing him. He still bore the red marks of his fingers around his neck, as well as a metallic scent of dried blood. He did not seem to dare approach any further, a cautious restraint that was understandable given how their last encounter had ended.
But Karneth had let his anger subside. He swallowed a bite of his ration, then gestured with his head for him to report.
Milo swallowed hard. His stammering voice came out broken, rough from his injured throat.
“There… there’s n-nothing to report today, my lord… The Mistralis is… f-fully operational…”
There was in this sentence an obvious attempt to deny recent events, or at least to lessen their importance. In another context, Karneth might have found it amusing… but he was not in the mood for that, still too stung in his pride by having let his disobedience go unpunished. However, he now knew Milo was competent and disciplined enough to believe him if he claimed that the Mistralis had encountered no malfunction today.
Then he grabbed one of his ration packs, but instead of throwing it to him as usual, he held it out to force him to approach. The Astartes knew the human feared his proximity, being within his immediate range of action… and he felt in the mood to rekindle that feeling in him.
The mortal’s shoulders immediately tensed, fully aware there was something going on behind this behavior. Eyes lowered, he advanced toward him with obvious apprehension, then slowly extended a hand toward the packet. His fingers curled around it gently… but Karneth did not let go.
He immediately sensed his single heart speeding up in his chest and his body chemically reacting to the stress of not knowing what to do. Milo instinctively looked up to find an answer and froze upon meeting his gaze, Karneth staring him down harshly. His limbs began to tremble under that simple implicit pressure, and soon the familiar scent of fear filled the room. The demigod subtly inhaled the air with satisfaction, reassured by this undeniable proof of his supremacy, and finally released the ration. The mortal quickly stepped back to get out of his reach.
“Dismissed.…” Karneth simply decreed, as at the end of each day aboard.
The human’s shoulders visibly relaxed in relief. He quickly bowed, stammering a thank-you, then turned away to return to his quarters in a movement that betrayed his urge to run out of the room. The Astartes was already beginning to forget him and sink back into his thoughts.
But unexpectedly, Milo stopped, visibly hesitating. Karneth gave him his attention again as he seemed unsure whether to continue on his way. He clearly wanted to say something but did not know how to begin.
“Speak,” he ordered sharply, both out of curiosity and a desire to end his hesitation.
The young human jolted, then slowly turned back toward him, clutching the ration in his hands. He seemed to gather all his courage, then asked in a broken voice.
“My lord, what does… coulva mean?”
A brief but dense silence immediately fell over the room. Karneth blinked several times, taken aback not by the question, but by the fact that such a clumsy imitation of a Nostraman insult had been so unexpectedly spoken by his small runt. He then remembered having insulted him that way when the human had mispronounced his name… and he answered, not to satisfy his request, but from a visceral need to correct his pronunciation and enforce his language.
“It is not pronounced coulva, but Khul’var.”
Milo immediately tried to reproduce the sound despite his hoarse throat.
“Cool…vaal?”
“Khul’var!” the demigod insisted sharply.
“K-Khul’var…” the human quickly corrected himself.
A genuine amusement broke through his weariness, and Karneth briefly broke his stoicism to snort softly… because of all the Nostraman words he had hissed since their meeting, Milo had remembered an insult referring to the idea of “a creature too slow to adapt to survive.”
This is surely the first time a human has said that to me face to face… he amused himself one last time before his thoughts returned to their cold irony.
After all, perhaps he too was a khul’var, struggling to adapt to his new life. Karneth absentmindedly bit into his ration, once again sinking into his gloomy thoughts. He was pulled out of them again when, seeing that he was not responding, Milo cleared his throat to remind him of his presence and searched for his words as if he were about to say something unpleasant.
“I… I am aware that forcing you to speak Gothic with me is… inappropriate, master. I was wondering if… perhaps… th-there would be a way for me… to l-learn… Nostraman…”
Karneth immediately understood the favor the human was asking… and he had indeed just heard something unpleasant. His body tensed in his seat as if he had this time been consciously insulted. His features hardened into an intense and threatening expression that immediately made Milo pale and step back.
His first thought was to order him to immediately return the ration for having dared to ask such a thing. On the barge, such a request would not even have reached his ears, slaves learned Nostraman among themselves. Their masters had wars to wage, far more important matters than teaching their language to fleeting mortals. Yet just as he drew breath to give the order, his body defused. The tension within him lessened second by second, and his expression gradually lost its hardness. Karneth looked away, letting his gaze drift into the distance, genuinely considering the request.
The inventory was finished, and Milo was already handling the essentials of the Mistralis…
He had nothing aboard that was more important to do.
Nothing to fill every hour of his existence until Ashmire.
Karneth could not find anything negative in this request other than the offense he associated with it. He hated Gothic, and Milo himself acknowledged the absurdity of a master constantly having to make the effort to speak his slave’s language. Teaching him Nostraman would solve that problem, for which there was scarcely any other solution. The human had already finished his work for the day, teaching him during his rest would not penalize the ship.
The only thing he had to lose was time, and that he had in abundance. Time that would otherwise be spent alone in his quarters with his thoughts.
His attention returned to the young man in front of him, who was literally holding his breath, fingers clenched around his ration while awaiting the consequences of his audacity.
With a calm, almost noble composure, as if silently gathering every fragment of his dignity, Karneth straightened in his chair, set down the ration he was eating, picked up the notebook on the table, and with his other hand pointed to the seat opposite him in a tacit answer.
He could not tell whether the expression that crossed Milo’s face was relief or anxiety.
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Milo did not truly know what he felt when he sat across from the demigod.
On one hand, the indecent joy that his master had accepted his request, the privilege of being taught Nostraman by a Night Lord in person, and the increased chances of being kept near him as a serf.
On the other, the visceral terror of having to remain within his immediate range for more than a few minutes, enduring mentally and physically the pressure of having all his attention directed at him.
And between the two, the constant stress that Lord Karneth would grow tired of hearing him continuously butcher his native tongue… and decide just as easily to abandon the lesson as to punish him violently to force him to succeed.
The first hour passed without the slightest incident.
The Astartes remained perfectly stoic in the face of his linguistic difficulties, calm and upright on his chair. Milo had expected to learn basic everyday words first… but the way he taught him took him by surprise: he wrote words in a notebook and presented them to him without even trying to explain their meaning, making him repeat their pronunciation until the sounds came closer to the correct ones, as if his mouth were an instrument to be tuned.
The words had a hissing, cutting texture, consonants that seemed to demand centuries of inherited violence. Each attempt gave him the grotesque impression of trying to wield a weapon too large and complex for his body. His wounded throat did not help, the roughest sounds painfully strained his vocal cords, sometimes breaking his voice in the middle of a syllable… but he could not afford to ask for a break or a delay, not after the demigod had interrupted his own meal to accept his request. That would be more than disrespect, and it would be wasting a chance he probably should never have had.
His master might have been taking his condition into account, as he showed himself infinitely more patient with him than during his training in the cockpit. He let him fail and try again without consequences, without getting angry or raising his voice, until the result seemed acceptable enough to continue the lesson.
But in the second hour, Milo felt that this tolerance was beginning to wear thin.
The Astartes remained a difficult being to read, showing no emotion. Yet, sitting opposite him, constantly instinctively watching for the slightest threatening sign in his posture whenever he made a mistake, Milo had begun to perceive cracks in his stoicism. Slight furrows in his marked facial features, twitches in his fingers, longer silences after each correction. Fractures in his patience, which he seemed to be struggling to contain.
And now that he was aware of it, Milo felt his stomach tighten each time he repeatedly failed the same word. The fear that this repressed irritation might turn into something else… such as taking back the ration resting on his knees to “motivate” him. The young man silently prayed that he had forgotten its existence, hidden beneath the table’s edge.
Lord Karneth wrote a new word in the notebook. The pen looked out of place in his enormous hand, as if the object should have shattered long ago between those murderous fingers. Even his handwriting expressed aggression, angular, letters drawn like slashes.
He pushed the notebook toward him and pointed at the newly written word.
“Vkelkrath,” he demanded.
Milo swallowed loudly. His saliva felt thicker and thicker, sounds clung to his tongue like a poorly sharpened blade.
“Vv… Vke… Vkellecrass…” he stammered awkwardly.
The demigod struck the table with the flat of his hand, making the young man flinch. The blow itself was not violent, but it clearly marked an alarming break in his patience. A cold sweat ran down Milo’s back, and it was no longer his ration he worried about.
“Vk-v-vkelkrath!” he corrected himself, remembering the dental fricative.
“…Khul’var,” the giant sighed in weary exhalation.
The word left his mouth as if it had slipped out of his thoughts. Milo still did not know its meaning, having never received an answer to his question. The Astartes pulled the notebook back toward himself to write again, indicating that he had more or less salvaged the situation. His stomach tightened further, because he already knew that his anger would erupt explosively. He had the very concrete impression of walking into a minefield with unclear boundaries, unable to distinguish which mistake would trigger his impatience and what form it would take.
His master pointed to a new group of words in the notebook.
“Grshzvan svelth.”
His apprehension twisted his insides so much it made him nauseous. His eyes categorically refused to read what they saw, the consonants blending together. He tried to cling to the Astartes’ pronunciation, but he knew in advance he would never manage to reproduce those sounds in one attempt. Nor even in two.
He fell into the certainty of fatalism that these two words would be the catalysts of a disaster. So instead of running toward it, he tried another approach.
“M-My lord, I am terribly sorry, I… I-I didn’t hear properly...?”
The demigod blinked slowly, then, with terrible calm, set his pencil down on the table as though he would no longer need it. Milo’s heart violently accelerated as he watched him lean toward him, bracing himself on the table and letting his mass weigh upon it. He instinctively sank back into his chair to increase the distance, ignoring the pain in his shoulder blade as he crushed himself against the backrest.
“Grshzvan svelth.” the Astartes repeated.
His tone aimed for impassive, but his ink-black gaze burned with restrained intensity, as though daring him to make him repeat himself again. The young man began trembling unconsciously, and placed a hand on his throat to beg it to cooperate.
“Grrr... Grrr... Grsh...”
His tongue stumbled on the beginning of the first word, the sound remaining trapped in his throat, knotting there beneath the growing fear of failure. The pressure of that dark stare made every attempt harder. He could see his master’s features hardening and his brows furrowing more and more.
“Grshzvan svelth.” he repeated more slowly.
He tapped the table with a finger as though trying to force a confession out of him. Milo shrank even deeper into his chair, knowing perfectly well it was only a matter of time before stepping on the mine.
“Grrrrr... shezva...”
“Grshzvan svelth!” the Astartes barked furiously, finally breaking his stoicism by raising his voice.
Milo whimpered in fear, beginning viscerally to fear for his life. His breathing became shorter and faster, his body preparing itself to face what inevitably awaited him. He insisted desperately.
“G-Grrsh... Grrrsh...!”
Lord Karneth bared his teeth slightly and leaned further toward him, the table creaking beneath his weight.
“Who do you think you’re impressing with your growling? Grshzvan! It’s pronounced in a single breath! You do not stop halfway when unsheathing a blade!”
Knowing himself to be at the center of his anger made the hairs on his arms stand up, and tears began filling his eyes. His breathing turned into erratic panting and his throat suddenly felt as though needles were piercing through it.
“I-I’m sorry!” he broke, curling in on himself and giving in to panic. “Greche... Grshzevv... zvan!”
The demigod inhaled through his nose with a furious grimace, and Milo immediately shut his eyes tightly and raised his arms to shield himself, resigned at last to suffer the consequences of his failures.
But after several seconds, no blow came.
He heard the monster sigh in exasperation, then heavily slump back into his seat. The young man remained motionless, keeping his eyes closed, still waiting to be physically struck in some way.
But still nothing. So he cautiously dared reopen one eye.
The Astartes had his own eyes closed. One of his hands partially covered his face, two fingers pinching the bridge of his nose as though trying to restrain its furrows. He had leaned back as well, sprawling in his chair in a careless posture.
No explosion of violence, only the ship’s ambient silence.
Milo gradually felt emptied of his fear, not out of relief at not being hurt, but because all the tension saturating the room had suddenly fallen away. His master remained slouched in his seat without even looking at him anymore. What he radiated no longer resembled anger, but fatigue. As though the giant was… frustrated.
Disappointed.
That realization tightened his throat in an unexpected, diffuse, and humiliating way: shame. The shame of remaining forever that inferior thing ignored aboard the ship, incapable of producing even a sound worthy of being listened to by him. The danger no longer seemed physical to him, and Milo suddenly feared far less being punished by the Astartes than seeing him give up on teaching him Nostraman.
He stared at the page where those two cursed words blocked the path between him and his goal. He had been monstrously lucky that his lord had yielded to his request. He could not let him decide he was not worth the effort and close that notebook. He wanted to succeed. He had to succeed!
A shred of determination made him place his hands on the table, then, almost defiantly, he straightened up and sent all the pain torturing his throat to hell, forcing the sound from his stomach.
“GRSHZVAN SVELTH!!!”
The words burst out louder than he had expected. They echoed through the room, leaving behind a deafening silence, and the Astartes reopened his eyes between his fingers to stare at him. It was only beneath that ink-black gaze that Milo widened his own eyes and realized he had just raised his voice at a Night Lord.
He felt his blood freeze in his veins, and sat back down in his chair, horror-stricken, slapping his hands over his mouth. He tried to articulate something, to dissolve into apologies, to beg him not to rip out his tongue and teeth for daring such an affront.
“I-I...!”
But no coherent sound dared cross his lips anymore for fear of worsening his situation.
The Astartes continued staring at him intensely. Then, almost imperceptibly… one corner of his mouth lifted.
“At last, some conviction… Again.”
His voice had regained its calm timbre. Milo at first remained frozen in disbelief, struggling to believe that the mine he had just stepped on had not exploded.
“G-Grshzvan svelth!” he finally dared repeat, forcing more from his stomach than from his painful throat.
The pronunciation was still imperfect, but the consonants flowed more naturally. The demigod lightly exhaled through his nose, then settled back into his seat with dignity, taking up his pencil again as though the previous tension had only been a minor interruption. Milo, meanwhile, was still absorbing the shock of having nearly shouted in the face of one of the Masters without having his own flayed.
His lord resumed writing in the notebook.
“Low Gothic is a language spoken the way one pulls the trigger of an automatic weapon and empties a magazine: noisy, monotonous, repetitive and without nuance...”
His hand moved down the page line after line, gradually tracing a column of words.
“Nostraman is a blade unsheathed and sliding through the air, rustling, then cutting sharply. You must put tone and force into it when necessary.”
“Y-Yes, Master Karneth...” the young man agreed mechanically, still incredulous.
The giant tore the sheet from the notebook with a sharp motion, and the sound made Milo jump, finally pulling him from his stupor. With the tips of his fingers, he slid the sheet across the table toward him, where Milo could make out around twenty words.
“These words contain some of the most complex sounds and phonetic structures in Nostraman. What I taught you today is enough to know how to pronounce them. We will continue when you have mastered them.”
He stared at the words, and his brain quite literally refused to process the succession of consonants that seemed to have no business being crammed together like that. Wanting to make sense of all this, he hesitated to ask for their translation… But he judged that he had already pushed his luck and audacity far enough. Evidently the lesson was over, and the demigod was assigning him exercises while already mentioning the next lesson. So Milo timidly left his seat, clutching both the sheet and his ration tightly against himself before bowing humbly.
It was the first time that gesture was not performed out of submission, but out of sincere gratitude. Gratitude that he had accepted, gratitude that he had shown patience, and gratitude for his fairness toward him.
“Thank you infinitely, my lord...”
He straightened up and saw the Astartes staring at him, eyes slightly narrowed, as though suspiciously analyzing something in his posture... Then he simply let out a grunt before closing the notebook and resuming his meal where he had left off.
Milo hurried off to take refuge in his room. He turned on the light and hastened to eat, not motivated in the slightest by hunger, but by the need to immerse himself again in his Nostraman lesson as quickly as possible. He was exhausted but had no intention of sleeping, driven by the urgency of mastering the pronunciations of the words on that list as quickly as he could.
Despite the protests of his throat, the young man began reciting them like a new litany, drawing the force from his abdomen to make them emerge. He shivered as he heard himself pronounce them, as though he were invoking some ancient forbidden magic.
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Karneth finished his meal in the restored silence of the lounge. Almost restored. His inhuman senses could still faintly pick up Milo’s voice from the maintenance room despite the soundproofing of the walls. He was practicing instead of sleeping.
He had fought mentally against each of his mistakes and frustrating hesitations, each urge to carve Nostraman phonetic rules into the flesh of his back, each urge to cut short the absurdity of placing such precious knowledge in the hands of this clumsy mortal… One of the last remaining cultural remnants of his dead world.
But above all, he had struggled uncomfortably against psychological mechanisms burned into his Astartes mind, structured to optimize every second, every movement, every spoken word… The almost obsessive need to seek efficiency. Yet, for such a lesson, there was no urgency to be efficient. He would have nothing better to do if Milo learned more quickly, his linguistic mistakes compromised neither the ship nor his authority as master. Punishing him to force success out of him would accomplish nothing, a truth he understood when the mortal had cowered at the sight of his irritation, afraid that he would strike him. Humans were simply slower by nature... and for once, that slowness could be useful to him.
He listened as Milo stumbled over one of the words on his list and stubbornly kept repeating it despite the painful damage to his injured throat.
I can't blame him for not putting in the effort... he admitted to himself.
Now that he had some distance from the last two hours, he realized that the irritation which had eventually broken his patience came not only from his conditioning being put to the test, but also from the idea that the human simply might not possess the ability to learn his language... That he might lose this respite, this escape that the lesson offered him from his bleak thoughts.
For those two hours had not been nearly as unpleasant compared to the ones he would otherwise have spent alone brooding over them.
And, despite himself, he was already impatient for the next ones.
These lessons promised a pastime, but also in the long term, the comfort of once again being able to speak with someone in his native tongue. The young man had been remarkably bold to dare make such a request while his throat still bore the marks of his recent transgression... and while his mere presence still terrified him. Yet Karneth appreciated that he had found the courage to do so.
"Grshzvan svelth!" he heard echo faintly in the distance.
An amused smirk crossed his face.
He was looking forward to the moment when Milo would realize that these words were all particularly vivid Nostraman insults.
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Notes
This fic is essentially an exercise to improve my writing, and I would be very grateful for your thoughts and feelings on the following topics:
Do I linger too much on obvious details?
Are the descriptions too long or unnecessary?
Do you notice any elements introduced that might have an important impact later on?
What do you find boring?
What do you find enjoyable ?
What are your theories for what will happen next?
I am completely open to criticism. I don’t consider myself a writer, but I want to improve! If some comments seem truly relevant, I’m even willing to rewrite entire passages ^^
Résumé
Karneth apprends des choses à Milo. Milo apprend la patience à Karneth.
Notes
Je me suis un peu emballée sur ce chapitre, il est bien plus long que prévu ^^' J'espère que vous apprécierez quand même !
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L’Esprit de la Machine qui habitait le Mistralis était à peine perceptible, comme si les multiples altérations qu'il avait subit pour convenir à la contrebande avaient érodé sa personnalité. Pas de caprices, juste une obéissance froide dénuée d’ego. Tout ce que l'on pouvait attendre d'une machine.
Karneth faisait rigoureusement le tour de chaque système, chaque dispositif, s'assurant que tout à bord était parfaitement fonctionnel. Les appareils encastrés dans les parois signalaient constamment leurs activités par de petits voyants projetant leurs lueurs dans chaque pièce, perçant les ténèbres avec juste assez de retenue pour ne pas devenir un désagrément. Une luminosité globale suffisamment équilibrée pour ne pas l'aveugler tout en permettant à l'humain de ne pas être complètement désorienté par l'obscurité.
Rien à signaler... conclut-il en terminant son tour.
Dans l’ensemble, le Mistralis semblait prêt à supporter les semaines de voyage à venir.
Mais un détail persistait encore dans l'esprit de Karneth et s'imposait comme une priorité : les rations suffiraient uniquement si rien ne venait perturber leur itinéraire. Et cette approximation ne lui convenait pas.
Il n’avait qu’une vague idée du contenu de la cale, mais il était certain de pouvoir y trouver des produits consommables, à ajouter aux réserves en cas de panne moteur ou tout autre imprévu sur la route d’Ashmire. Le data-slate listant le chargement avait été perdu lors de la capture du vaisseau, ne laissant qu’une seule option : tout réinventorier.
Il avait lui-même dirigé l’assaut. Une proie facile, simplement stationnée dans un port discret de Nulaven, protégée par des mercenaires incapables de résister à une Griffe de Night Lords. Le butin visé n’était pas la cale, mais le vaisseau lui-même : une structure robuste mais légère, des couleurs se fondant dans l’obscurité de l’espace, signatures réduites, une maniabilité optimisée comme il en avait rarement vu pour un engin de son genre. Son seul défaut était l'absence d'armement embarqué... Mais le Mistralis n'était pas pensé pour le combat. Pleinement optimisé pour la discrétion et la vitesse, conçu pour passer sous les radars et semer ceux qui parvenaient à le détecter. S'il avait été en vol pendant leur attaque, Karneth n'était pas certain qu'un Thunderhawk serait parvenu à le rattraper.
C'était bien pour ça qu'il l'avait choisi pour déserter.
Ses anciens propriétaires n’étaient pas des petits contrebandiers. Les marchandises de haute qualité entassées dans la cale et les modifications coûteuses de sa structure indiquaient des commanditaires puissants. Un vaisseau qui assurait une livraison plus... privées, plus surement et discrètement qu'un gros cargo de transport au personnel soudoyé.
Mais il n'y avait pas que de la nourriture, surtout pour ce genre de commerce. La première fois qu'il avait mis un pied dans la cale, Karneth était certain d'avoir aperçu un caisson d’explosifs. Typiquement le genre de détails à bord dont Milo n'avait pas à connaitre l'existence.
Heureusement, il avait de quoi l'occuper pendant qu'il inventoriait.
Les trente minutes passées, l'Astartes retourna chercher le mortel dans la salle de stockage du matériel d’entretien. Un choix de chambre autant amusant que pertinent.
Milo attendait à genoux, tout tremblant à sa vue et les cheveux encore humides de sa douche. Mais propre, habillé, nourris, reposé et prêt a servir. Aucune excuse pour faillir. Il lui avait donné une "zone de sécurité" où prospérer, il lui appartenait désormais de faire le nécessaire pour la garder.
"Suis-moi."
Karneth se mit aussitôt en mouvement et entendit les pas hésitants de l'humain derrière lui, juste assez loin pour se rassurer d'être hors de sa portée. Tous deux savaient que c'était faux. Les phéromones qu'il relâchait constamment autour de lui ne trompaient personne.
Les serfs des ponts supérieurs étaient habitués à servir au milieu des Astartes. De part leur utilité, leur mort était perçue comme un gâchis, et ils en avaient conscience. Sans les rendre intouchables, cette certitude les rassurait assez pour domestiquer leur peur et ne pas perdre leur convenance dès qu'ils croisaient un de leurs Maitres.
Mais Milo n'était pas de cette catégorie. Il savait qu'il n'était pas un rouage important du moteur, seulement une des gouttes de graisse parmi toutes celles qui l'aidaient à bien tourner, dispensable et remplaçable à tout moment.
Karneth allait lui offrir une chance de devenir un peu plus.
Il le mena à la cabine de pilotage et s'installa aux commandes, appréciant l'aisance de se mouvoir dans un endroit si exiguë sans son armure. Le jeune homme resta figé sur le seuil, saisit par la soudaine vision du vide spatial par-delà la verrière renforcée.
"Assis." il ordonna sèchement en pointant du doigt le siège du copilote.
Milo déglutit et s'installa prudemment à côté de lui, craignant d'effleurer un des instruments du tableau de bord.
"En dehors de l’entretien, quelles autres fonctions peux-tu assurer à bord ?"
Le mortel cligna des yeux et sembla enfin comprendre pourquoi on l'avait emmené ici. Presque honteusement, il chercha les mots qui valoriseraient au mieux ses compétences.
"Euh, je... J-J'ai déjà travaillé sur la plupart des équipements. Les canalisations, les systèmes d'alimentation, les pompes, les moteurs... E-Enfin je veux dire que je peux identifier la plupart des systèmes, savoir s'il y a un problème et intervenir dessus ! E-Euh enfin non, pas comme un vrai technicien ! M-Mais je... Enfin si, je peux me débrouiller !"
Karneth ferma les yeux et inspira lentement pour réprimer l’agacement qui montait déjà. Milo se crispa à cette vision et s'enferma dans le silence.
Il avait bien conscience d'avoir affaire à l'un des esclaves des plus bas rangs de la barge, capturés et amenés à bord pour alimenter la main d'œuvre de l'équipage. Pas de formation, ils étaient triés selon les tâches qu'ils pouvaient accomplir le jour même de leur arrivé. Milo avait été placé dans les ponts inférieurs pour une raison. Pour parvenir à faire quelque chose de lui, il allait devoir faire preuve d'un peu de patience.
Mais la patience était la qualité qu'il lui avait toujours fait le plus cruellement défaut.
"Sais-tu piloter un vaisseau ?"
La question avait été posée plus froidement qu'il ne l'avait prévu. L'humain eut un moment d'hésitation, craignant probablement que sa réponse joue contre lui.
"Je... Non..." bredouilla-t-il finalement en s'empourprant légèrement et en rentrant sa tête dans ses épaules.
Karneth n'y descella aucun mensonge et cacha son soulagement. S'il ne pouvait pas piloter le Mistralis, alors l'idée même de se rebeller contre lui était une impasse. Ce danger potentiel était définitivement écarté.
Milo prétendait pouvoir reconnaitre les différents systèmes d'un vaisseau, s'ils présentaient des défaillances et comment les régler. Une chance pour lui, ces notions s'alignaient parfaitement avec les tâches qu'il souhaitait lui déléguer. Mais il devait au moins lui consacrer un moment, pour clarifier ce qu'il attendait de lui et s'assurer de ses compétences.
Ça ne devrait pas être trop long...
Karneth ravala son agacement de parler en Bas Gothique et se pencha sur le cogitateur incrusté dans le tableau de bord. Il y fit courir ses doigts, et les écrans s’illuminèrent en projetant une multitude d'interfaces. D'une voix monotone et méthodique, celle habituée aux préparatifs opérationnels d'un assaut, il débuta ses instructions.
"Ton rôle à bord sera de t'assurer du bon fonctionnement du Mistralis. Je vais te montrer les différentes constantes à surveiller par ordre de priorité..."
Il fit apparaître plusieurs colonnes de données et en désigna certaines d’un geste rapide.
"Tout d'abord, le système de support de vie : niveaux d'oxygène et recyclage du dioxyde de carbone. Taux de particules et de poussières dans l'air. Surveille la pression interne ici, le moindre changement pourrait autant signaler une fuite qu'une défaillance des plaques de gravité. La température et l'humidité ne doivent pas dépasser ces seuils..."
Il tapa légèrement du doigt sur l'écran pour indiquer les données impliquées. Milo parut soudain comprendre qu’il était concerné par ces explications et se pencha précipitamment vers lui pour observer.
"Ensuite, le circuit d'énergie du vaisseau. Puisque tu t'y connais en systèmes d'alimentation, alors tu sais qu'une partie de l'énergie des moteurs est redirigée pour alimenter les batteries assurant le fonctionnement de tous les appareils à bord. Ici, tu as accès à leurs constantes, mais seulement les principales. Normalement leurs niveaux ne bougent pas, les appareils consomment autant que les cellules se rechargent. Si tu constates une irrégularité, tu dois te rendre en salle des machines et chercher la raison. Le problème peut très bien venir d'un des moteurs, donc pense à vérifier également leurs constantes."
Ses doigts pianotèrent rapidement et changèrent l'affichage.
"En ce qui concerne la navigation : j'ai déjà positionné le Mistralis sur une trajectoire stable, mais la moindre turbulence dans l'un des réacteurs pourrait suffire à nous faire dévier de plusieurs milliers de kilomètres. Tu dois donc comparer les données théoriques de localisation avec celles affichées ici : c'est la position en temps réelle du vaisseau vis à vis de la trajectoire calculée. Viens m'avertir si tu notes une dérive, je la corrigerai. Idem pour le capteur de proximité, juste ici, il s'allumera et sonnera s'il y a des débris ou des astéroïdes détectés sur notre trajectoire. Je me chargerai des manœuvres."
Il interrompit son monologue et tourna la tête d'un coup sec, faisant reculer Milo dans son siège.
"Tu ne touches. Jamais. Au manche."
Il prit bien soin d'articuler ses mots. Le mortel se tendit sous cette menace implicite, hochant la tête avec précipitation.
"Maintenant quelque chose qui te sera familier : la maintenance des systèmes. Que ce soit celui du recyclage de l'air, de l'eau, des déchets, du refroidissement du moteur... Ça ne devrait pas être nécessaire de tous les nettoyer tous les jours, mais il faut vérifier leur état quotidiennement. S'ils s'encrassent vite, c'est qu'il y a un problème quelque part. Soit attentif aux bruits, à la condensation, aux odeurs, aux vibrations... Si quelque chose te semble anormal, c'est que ça l’est."
Les explications durèrent encore plusieurs minutes : comment lire certains instruments du tableau de bord, quelles manipulations effectuer pour accéder à certaines données spécifiques du Mistralis, quels appareils avaient leurs constantes indiquées à d'autres endroits du vaisseau et nécessitaient d'être également contrôlés fréquemment...
Karneth finit le tour de ce qu'il voulait lui montrer et referma finalement l'interface du cogitateur, soulagé d'en avoir enfin terminé avec ces stupides évidences. Puisque Milo prétendait déjà savoir reconnaitre les différents systèmes d'un vaisseau, il n'aurait pas besoin de l'y promener pour tous les lui montrer.
"Je veux que tu vérifies ces paramètres toutes les 24 heures, que tu entretiennes ce qui doit l'être et que tu rectifies la moindre anomalie. Si certaines sont hors de tes compétences ou compromettent directement le vaisseau, tu m'avertis immédiatement. Les constantes actuellement indiquées sont toutes correctes, donc tu peux t'en servir de référence pour l'avenir. Une fois le travail fini, présente moi systématiquement un rapport de tout ce que tu as corrigé... Et si j'estime qu'il n'y a rien d'autre à faire pour le moment... Alors tu pourras aller te reposer jusqu'au prochain cycle."
Il n'y avait rien d'inaccessible dans ses exigences, rien qui soit hors de portée d'un mortel ou même dangereux. Seulement des tâches répétitives et ennuyeuses, qui demandaient un minimum de rigueur et qui, si exécutées efficacement, lui permettraient des temps de repos plus que raisonnables. Puisqu'il serait également rationné, il ne comptait pas le surmener au delà du nécessaire.
Il s'était montré généreux en explications et en démonstrations, plus que prévu pour des banalités pareilles... et bien qu'ayant dû s'abaisser au niveau d'un humain, il tirait une certaine fierté pour la patience dont il venait de faire preuve.
Au moins avec tout ça, il va pouvoir s'y mettre de suite ! Je vais aller m'occuper de la cale... songea-t-il avec la satisfaction d'une énergie savamment gaspillée.
Il tourna fièrement la tête vers le concerné.
Milo avait les yeux écarquillés, mordant ses lèvres à les faire saigner, le corps transit d'appréhension. Un peu trop d'appréhension... comme s'il hésitait à dire quelque chose de déplaisant.
Comme quelqu'un qui s'apprêtait à venir le déranger toutes les dix minutes car une anomalie était "hors de ses compétences".
Karneth plissa lentement les yeux et demanda d'un ton dangereusement calme.
"Est-ce que tu es capable d'assumer ce rôle ?"
Le jeune homme pâlit à la question, avant de finalement répondre d'une petite voix.
"Oui monseigneur..."
Karneth laissa planer un silence, mesurant la nervosité du mortel... Puis hocha faussement la tête de contentement.
"Très bien."
Il se leva doucement de son siège et se décala juste assez pour en libérer l’accès. D’un geste ample de la main, il désigna la place vacante.
"Prouve le."
Il jura voir le frisson qui traversa l'humain de la tête aux pieds suite à l'invitation. D'une lenteur presque visqueuse, Milo s'extirpa de sa place et, le regard baissé pour éviter celui de son maitre en passant devant lui, il s'installa au poste de pilotage. Ses yeux cernés fixèrent le tableau de bord avec une intensité fébrile, comme si la moindre mauvaise interaction conduirait à une catastrophe. Karneth s'assit à son tour sur le siège de copilote et croisa les bras. Son regard inquisiteur se posa de tout son poids sur lui.
"Euh... Eh bien... Le système du support de vie en priorité..."
Sa voix n’était plus qu’un murmure. Ses doigts tremblants effleurèrent les touches du cogitateur, ouvrant un menu qui n’avait rien à voir avec ce qu’il venait d’annoncer.
Pendant de longues minutes, Milo tenta de réciter et reproduire maladroitement les gestes de l'Astartes... Mais il ne fit aucun doute qu'il n'avait retenu que des fragments isolés d'un ensemble qui lui échappait complètement.
Le mortel afficha à nouveau une interface qui ne concernait pas son sujet. Karneth sentit les ailes de ses narines se froncer.
Lecture incorrecte d'un flux de données. Un de ses doigts frappa d'agacement contre son biceps.
Mauvaise manipulation d'un instrument du tableau de bord. Une de ses paupières tressaillit.
"Euh… Ici, les données de trajectoires théoriques… Ah... non, ce sont les capteurs de proximité…"
Milo s’immobilisa en voyant s'afficher pour la énième fois les mauvaises constantes, clairement perdu. Son visage devint livide.
"…Je…"
D'une impulsion, Karneth saisit l’arrière de son crâne et projeta son visage contre l’écran du cogitateur. Sa surface se fissura sous l’impact en un craquement sec, et l'humain cria immédiatement de douleur et de terreur.
Furieux de voir son temps ainsi gaspillé, l'Astartes se pencha sur lui et rapprocha son visage du sien.
"AS-TU SEULEMENT REGARDÉ CE QUE JE TE MONTRAIS, SALE PETIT MENTEUR ?!"
Sa voix éclata comme un coup de tonnerre dans l’espace confiné de la cabine. Bien qu'assommé et le visage prit en étau, Milo tenta de se défendre en bredouillant.
"S-S-Si monseigneur ! Je suis désolé, ce-c'est beaucoup d'informations et vous alliez trop vite ! J’ai-"
"ES TU EN TRAIN D'INSINUER QUE LE PROBLÈME VIENT DE MOI ?!"
Il accentua la pression dans ses doigts, écrasant davantage son visage contre l’écran qui craquela un peu plus.
"N-Non monseigneur ! C-Ce n’est pas ce que je voulais dire !!!" s'affola le mortel.
"JE TE CONFIES LA RESPONSABILITÉ DE SYSTEMES VITAUX POUR LE VAISSEAU, ET TU OSES ME MENTIR SUR TON APTITUDE A LES GERER ?!"
"J-Je suis désolé !!! Je suis tellement désolé, j-je peux y arriver !!! J-Je... !"
Sa voix se brisa en pleurs incontrôlés. Son corps réagit primitivement à sa panique et ses mains se mirent à essayer vainement de repousser les siennes pour alléger la douleur croissante.
Karneth jura entre ses dents, bouillant de rage et de frustration. Il venait de perdre son temps en explications barbantes, pour que cet idiot ne soit même pas capable de les retenir. C’était précisément pour cela qu’il n’avait jamais eu de serf ! Il n'avait jamais eu la patience de gérer leur infériorité physique et cognitive. Tout ce temps, ces ressources et cette énergie à investir dans ces êtres qui mourraient de toute manière après quelques années !
Je peux tout aussi bien lui éclater le crâne, là et maintenant, m'occuper moi-même de ces foutues corvées et garder ma part de rations.
Ces doigts fourmillaient d'envie de se replier, d'effectuer ce pourquoi ils étaient conçus.
Face à l'intensité de cette pensée, Karneth prit du recul et essaya de reprendre le contrôle sur ses émotions. Il devait se ressaisir, il valait mieux que ces imbéciles à l'esprit érodé par l'influence de Khorne !
Milo s'était abandonné sous sa poigne en sanglotant de désespoir, pensant son destin scellé.
C'était pourtant évident. Un esclave des ponts inférieurs ne pouvait pas assimiler en quelques minutes les fonctions de ceux de l'équipage des ponts supérieurs, même des tâches aussi simples. Même sous l'autorité de la peur. C'était encore trop tôt pour lui reprocher son incompétence ou une désobéissance. S'il voulait faire quelque chose de lui, il devait s'abaisser à un rythme davantage adapté à son petit cerveau.
Mais ça l'exaspérait déjà de devoir tout reprendre depuis le début, et ce encore plus lentement. Peut-être qu'il échouerait à nouveau à apprendre, et lui ferait ainsi doublement perdre son temps. Son impatience lui susurrait des solutions plus rapides et satisfaisantes.
Si je le tue, il n’y aura personne pour le remplacer... tenta-t-il de se raisonner. Personne d'autre pour faire le travail ingrat...
Une autre part de lui parla, plus enfouie, plus indicible. Celle qui, au milieu de la solitude de sa désertion et de son avenir incertain, valorisait malgré lui cet humain pour une fonction autre que sa pure utilité matérielle.
Personne pour me rappeler ma supériorité.
Très lentement, il relâcha la pression dans sa main, et Milo retomba mollement dans son siège. Il s'y recroquevilla en respirant comme un noyé atteignant la surface. Ses mains se portèrent à son visage, l'une pour frotter sa joue endolorie, l'autre se dressant devant lui en un rempart futile à tout nouveau coup. Il penchait la tête pour essayer de disparaitre derrière les mèches de sa tignasse... Mais à travers elles, ses yeux effarés le fixaient avec la même intensité qu'une proie acculée guettant le moment où le prédateur bondirait sur elle.
Karneth le toisa avec dédain et secoua ses doigts pour en déloger les cheveux restés coincés.
"Je ne te montrerai pas une troisième fois." il l'avertit d'un ton glacial en pointant l'écran fissuré.
L'humain hocha frénétiquement la tête en pleurant.
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En salle des machines, Milo frottait la surface graisseuse d’un tuyau, utilisant ses anciens vêtements comme nouveaux chiffons.
Les battements erratiques de son cœur pulsant dans ses tympans couvraient en partie le brouhaha mécanique ambiant. Ses genoux et ses mains tremblaient toujours, malgré tous ses efforts pour les calmer. Ses joues portaient encore les traces de ses larmes, mais cela faisait bien longtemps que pleurer n'était plus une chose dont il avait honte. C'était même l'exutoire émotionnel le plus efficace pour un humain au service des Night Lords.
"Pressurisation… 3eme interface à droite, entrée, menu en bas au centre, entrée... doit rester entre 70–101 kPa..."
Sa voix murmurait en boucle chaque terme, geste, donnée comme une litanie salvatrice. Même si le danger de mort immédiat semblait écarté, la terreur de s'être pensé condamné lui tordait toujours douloureusement le ventre. Il ne comprenait pas par quel miracle, ou instinct de survie, il était parvenu à tout retenir.
Encore moins par quel miracle il était encore en vie.
Une douleur sourde pulsa d'un coup dans sa joue droite et ses doigts se crispèrent sur son chiffon. Il grimaça et remonta instinctivement une main vers son visage pour effleurer l’hématome qui le traversait. C’était gonflé et sensible, sans doute marqué pour plusieurs jours... Mais Milo n'arrivait pas à concevoir qu'il s'en sortait avec si peu de séquelles.
Il avait pourtant menti à un demi-dieu et même osé, dans la panique, lui faire un reproche !
Il s'était résigné à ce que le monstre répande sa cervelle sur le cogitateur. Pourtant, ce dernier l'avait relâché, avant de tout lui répéter plus lentement et clairement. Ça n'en était pas moins resté un déluge d'informations, surement insignifiantes pour un Astartes, mais qui pour lui représentait un travail d'apprentissage titanesque. Il l'avait ensuite trainé à travers tout le vaisseau pour s'assurer qu'il reconnaissait bien les différents systèmes et savait comment intervenir en cas de problème.
Au final, ils avaient déjà contrôlé ensemble l'état du Mistralis, seules restaient les tâches de maintenance que le seigneur Karneth l'avait envoyé accomplir.
Et il était là, vivant, à commencer son travail à bord.
Ça semblait si... improbable.
Échecs et erreurs n'étaient pas tolérés dans les ponts inférieurs. Les Maitres se contentaient souvent d'exécuter sur place un humain incompétent pour le faire remplacer immédiatement. Malgré les risques, mentir sur ses capacités était une stratégie courante parmi les esclaves, leur assurant au moins de vivre un peu plus longtemps pour tenter de combler à temps leurs lacunes.
Des souvenirs remontèrent malgré lui. Un homme dont les doigts étaient arrachés, phalanges après phalanges, pour avoir touché à une machine sur laquelle il n'était pas sensé travailler. Un autre qui n'avait pas répondu assez vite à une question, hurlant à l'agonie tandis qu’une énorme main gantée de céramite séparait lentement sa mâchoire de son crâne. Il revoyait un des Astartes marcher indifféremment avec tout le poids de son armure sur les jambes d’une femme, qui avait trébuché dans le noir en voulant s'écarter de son chemin. Des erreurs pourtant bien moins graves que celles qu'il avait commises aujourd'hui.
Les humains ne valaient rien pour eux, éphémères, facilement remplaçables. Des outils de travail ou de distraction.
Milo déglutit et secoua la tête pour chasser ces images.
Il avait eu une chance invraisemblable d'être tombé sur un maitre aussi clément. Blessé, terrifié, traumatisé d'avoir vu la mort de si près, mais terriblement reconnaissant pour la retenue dont il faisait preuve envers lui.
Je suis le seul esclave à bord... se fit-il la réflexion. C'est peut-être pour ça qu'il est si indulgent ? Il n'y aura personne pour me remplacer s'il me tue.
Mais cette pensée ne lui apporta ni refuge ni réconfort. Son maitre avait quitté la barge sans prévoir d'esclaves à son bord pour l'accompagner, au point de devoir lui céder une part de ses propres rations. Autrement dit, il pouvait très bien décider à tout moment de se passer de lui. Ou de lui trouver une utilité plus... vestimentaire.
Un frisson secoua son épiderme au souvenir du visage écorché ornant son épaulière.
Le Seigneur Karneth était descendu à la cale pour gérer une affaire qui lui demanderait apparemment du temps. A l'évidence, il comptait sur lui pour s'assurer à sa place du bon fonctionnement du Mistralis. Une tâche considérable pour un esclave comme lui, mais surtout, une tâche bien plus vitale que de l'entretien : c’était exactement l'opportunité dont il avait besoin pour se montrer indispensable.
Pour devenir son serf...
Milo respira plus lentement, tentant de calmer les tremblements qui agitaient encore ses mains. Malgré ce départ catastrophique, son maitre lui avait laissé la vie sauve. Donc il devait bien lui trouver un minimum de potentiel. Un bien maigre espoir, mais suffisant pour le rassurer un peu sur son espérance de vie.
L'Astartes semblait plutôt calme et mesuré quand il n'était pas contrarié. Sa situation serait peut-être moins dangereuse une fois sa valeur prouvée ? Quand un outil fonctionnait bien, on était moins enclin à s'énerver dessus au risque de le casser.
Et on souhaitait le préserver pour l'utiliser le plus longtemps possible.
Son regard se perdit un instant sur la couche de graisse qu’il venait d’étaler sans s’en rendre compte. Un détail venait de lui revenir en tête, brièvement aperçu quand son seigneur lui montrait comment identifier une dérive dans la trajectoire.
Un décompte.
Ashmire : 3209 heures... se rappela-t-il.
Il plissa les yeux, incertain de ce que cette durée représentait, et se mit à tracer des chiffres dans la tâche de graisse en face de lui pour convertir le nombre en une donnée plus parlante. Après quelques minutes, il recula pour observer ses calculs.
A peu près 133 jours...
Il resta un moment ainsi, clignant béatement des yeux devant le tuyau graisseux. Son maitre avait parlé d'un voyage de quelques jours, pas de plusieurs semaines ! Sans compter le trajet de retour, si Ashmire était bien l'endroit où ils se rendaient. Pour un demi-dieu comme lui, ce temps ne devait pas représenter grand chose, mais Milo mesura qu'en se planquant à bord du Mistralis, il s'était embarqué dans un voyage de potentiellement plusieurs mois. Les poils de sa nuque s'hérissèrent instinctivement de peur en se sachant enfermé seul ici avec un monstre, et la douleur dans sa joue se remit à pulser.
Il avait conscience de la contradiction à tenter d'éviter les horreurs dont étaient capables les Night Lords en cherchant à être accepté entre les pattes de l'un d'entre eux pour s'y réfugier. La seule présence du seigneur Karneth le terrifiait, leur prochaine rencontre lui suscitait même tellement d'appréhension qu'il en avait mal au ventre rien qu'en y pensant.
Pourtant il allait devoir s'y faire.
Il devrait s'adresser à lui au moins une fois par jour pour lui faire un rapport sur l'état du Mistralis. Ce dernier n'était pas très grand, et il fallait s'y déplacer pour assurer sa maintenance. Les probabilités qu'il le croisent souvent étaient... inévitables.
Peut-être qu'il m'ignora juste la plupart du temps ? implora-t-il mentalement.
Les Maitres n'interagissaient généralement avec les esclaves des ponts inférieurs que pour distribuer des ordres ou des punitions. Son existence ne valait guère plus qu'un objet, peut-être ferait-il simplement abstraction de sa présence comme s'il avait toujours été seul à bord.
Une réflexion lucide lui fit froncer les sourcils. Les Night Lords opéraient habituellement en groupe... Alors pourquoi son maitre était seul ici ? Peut-être un genre de mission secrète ? Quelque chose de discret et d’urgent, lié à la situation sur la barge ?
Peut-être que ce qu'il y a dans la cale...
Milo sentit que ses pensées étaient en train de s'égarer sur un terrain inapproprié et il coupa court à sa curiosité. Il n'avait pas à connaitre les objectifs du seigneur Karneth, seulement consacrer son énergie à faire ce qu'il lui disait, et le faire assez bien pour qu'il continue de l'épargner.
Il se remit aussitôt à frotter pour effacer ses calculs dans la graisse, reprenant sa litanie là où il l'avait laissé.
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"Si on m'avait dit un jour qu'un humain m'apprendrait la patience..." grommela avec humeur Karneth en défaisant la sangle de sécurisation d'une caisse de transport.
De ses siècles d'existences, il avait rarement prit autant sur lui. L'agacement et la frustration peinaient cependant à le quitter, stagnant dans ses nerfs en attente que l'on fasse quelque chose d'eux. La violence était la première réponse logique à tous ses problèmes, et la museler, qui plus est face à un misérable petit humain, allait à l’encontre même de sa nature, lui laissant un sentiment persistant de désarroi.
Une chance pour cet avorton qu'en étant ici, elle pouvait se dissiper sans être attisée par sa présence et risquer de le faire changer d'avis.
La cale couvrait tout l'étage inférieur du Mistralis, en une seule et vaste salle comblée de caisses de transport en tout genre. Etant le seul endroit du vaisseau qui n'était pas insonorisé, le grondement des moteurs occupait bruyamment le peu d'espace où l'on pouvait circuler. Les vibrations assaillaient désagréablement ses sens aiguisés, et il lui fallut de longues minutes pour en faire abstraction.
Karneth ouvrit la caisse désormais désanglée et jeta un œil à son contenu hétéroclite.
"Je vais en avoir pour un moment..." il soupira en observant distraitement le reste de la salle.
Son principal objectif était de recenser tous les produits comestibles. Mais quitte à passer en revue toutes les caisses, autant en profiter pour inventorier l'intégralité de la cargaison. Il devrait de toute manière le faire tôt ou tard pour en estimer la valeur, afin de déterminer ce qu'il pourrait tenter de revendre sur Ashmire et ce qu'il pourrait garder pour lui.
A l'aide d'un carnet trouvé dans le salon, il commença à relever et noter le contenu de chaque caisse, conteneur et coffre.
Plusieurs heures s'écoulèrent et il ne fit qu'un dixième de la cale, mais ce fut déjà suffisant pour se faire une idée de la diversité du commerce des contrebandiers.
Des bijoux, métaux et pierres précieuses de toutes sortes. Des vêtements aux textures exotiques, des parfums et cosmétiques dont l’intérêt même lui échappait. Des alcools rares, des drogues et d'autres produits de plaisir et de superficialité humaine. Des appareils inconnus et complexes, probablement coûteux mais dont il ne parvenait à saisir l'utilité. Et des armes. Pour la plupart inadaptées à sa taille, mais certaines parvinrent à lui arracher un sourire : des explosifs, des systèmes de détonation à distance, et des bolters lourds accompagnés d'un généreux stock de munitions.
Puis enfin des vivres. Des produits d'apparente grande qualité soigneusement conditionnés, issus du meilleur des agri-mondes. Il n'en répertoriait pas énormément pour l'instant, mais au moins assez pour apporter un complément aux rations en cas de problème sur le trajet vers Ashmire.
Karneth décida de s'arrêter là pour aujourd'hui et commença à resécuriser avec des sangles la dernière caisse inventoriée. Ses pensées méthodiques se tournèrent spontanément vers sa destination.
Ashmire...
Il ne connaissait pas ce monde, que ce soit ses forces de défense locales ou ses points d'intérêts. Il devait tenir compte de la désagréable réalité de ne plus bénéficier de la réputation terrifiante de sa Légion ni de la force du nombre pour s'imposer là où il irait. Même en demi-dieu, un Night Lord isolé en terrain non-conquis se devait de faire profil bas. D'autant plus si ce Night Lord était catégorisé en déserteur, et que l'information sur sa présence circulait.
Je pourrais me servir de l'humain ? Il pourrait repérer le terrain de jour, ou faire office d'intermédiaire pour pour tout ce qui nécessite une présence physique. Avec sa carrure, il n'attirera pas l'attention.
Milo devrait encore prouver être capable de maintenir le vaisseau en bon état, mais s'il se révélait fiable, Karneth s’imaginait bien le garder sur le long terme. Le mortel allait représenter un investissement, un outil façonné au prix de sa patience et de ses propres rations. Hors de question de gaspiller ses efforts en s'en débarrassant après quelques mois. Milo semblait encore jeune, à peine adulte, lui accordant encore plusieurs décennies avant qu'il ne devienne inutilisable. Une petite créature pleurnicheuse et peureuse, mais malléable, obéissante et soumise.
Encore faut-il qu'il n'ait pas l'idée de s'enfuir une fois que l'on aura atterris... il considéra en plissant des yeux méfiants vers le plafond de la cale.
Même un petite créature comme lui pourrait trouver le courage, ou la stupidité, de l'envisager une fois livrée à elle-même loin de la peur qu'inspirait son maitre. Karneth ne doutait pas de sa capacité à le retrouver si une telle envie lui prenait... Mais il suffisait que l'humain trouve le temps de délier sa langue, de vendre son existence, l'emplacement du Mistralis et le contenu de sa cargaison à des oreilles intéressées. Cela pourrait lui être fatal.
Les informations sont parfois plus dangereuses que les armes.
Raison de plus pour continuer à le maintenir dans l'ignorance, autant sur sa désertion que le contenu de la cale.
Au pire, il y a toujours l'autre alternative... il songea froidement.
Mais si, la veille encore, se débarrasser de son passager clandestin était une option comme une autre, une part de lui n'arrivait désormais plus si facilement à s'y résoudre. La même qui l'avait amené à se montrer patient avec lui aujourd'hui, malgré toutes les bonnes raisons de lui exploser la cervelle.
Sa désertion l'avait dépossédé de toute place et de tout rôle, de tous les repères de sa Légion qui, aussi gangrénés qu'ils étaient devenus, avaient jusque-là structuré son existence... Et face à toutes les nouvelles incertitudes de son avenir, la présence de l'esclave le plaçait dans une position de force rassurante et familière.
Grâce à lui, il se sentait encore pleinement en contrôle de quelque chose.
La vie de Milo dépendait de sa volonté, de ses décisions. Une hiérarchie écrasante qui lui assurait un repère fiable. L'humain était si faible, si lent, si fragile... L'opposé naturel de tout ce qu'il était.
Je suis supérieur.
Sa mâchoire se serra malgré lui, irrité par cette pensée qui revenait un peu trop souvent à son goût... Comme si elle n'était pas pleinement acquise. Comme s'il appréhendait plus qu'il ne voulait l'admettre d'être dorénavant livré à lui-même, non pas en tant que Night Lord, mais en tant qu'individu seul face à une galaxie impitoyable et indifférente à sa nature.
Et cela l'irritait d'autant plus qu'il lui faille ressentir le poids de son autorité sur l'existence d'un petit humain chétif pour apaiser ses insécurités.
Agacé, il balaya mentalement ses pensées, bien qu'amèrement convaincu de ne faire que repousser le moment où il devrait s'y confronter.
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Après de longues heures de travail minutieuses voire maniques, Milo vint finalement à bout de l'entretien des diverses machines et systèmes du Mistralis avec la certitude de ne pouvoir faire mieux. Ses bras et son dos tremblaient d’effort, et il étira timidement ses muscles douloureux.
Et maintenant ?
Le seigneur Karneth n'était toujours pas remonté de la cale. Selon ses ordres, il était censé aller lui présenter un rapport... Mais selon ses mêmes ordres, il n'avait pas le droit de l'y rejoindre. La contradiction pesa lourdement sur ses épaules, et avec elle l'angoisse de prendre une décision qui déplairait à son maitre. Faute de mieux, Milo prit alors la direction de la salle d'entretien pour s'y retrancher. La journée avait été particulièrement éprouvante, et il pourrait s'y reposer un peu en attendant son retour. Peut-être même, allumer un peu la lumière...
Arrivé devant la porte de sa "chambre", sa main se suspendit toutefois au-dessus de la poignée en se rappelant d'un détail.
Tant qu’il ne m’a pas autorisé à disposer, je suis théoriquement toujours en service...
Ses dents mordirent nerveusement ses lèvres. Si l'Astartes revenait, rester actif et disponible serait assurément mieux perçu que d'être surprit en train de dormir. Il fit volte-face presque aussitôt, s'enfonçant dans le couloir à la recherche de quelque chose à faire pour se rendre utile.
Milo passa le seuil du salon, et son regard balaya la grande pièce pauvrement meublée malgré sa taille, pensée pour en faire l'espace de vie le moins étouffant à bord. L’utilitaire y primait clairement sur le confort, pourtant malgré cette austérité, l’endroit trahissait un luxe au delà de tout ce qu’il avait connu, même avant sa capture par les Night Lords. Sa situation ne lui permettait simplement pas de l'apprécier.
Un unique et large canapé occupait un côté de la pièce. A son opposé, une table haute se dressait à côté du réhydratateur, avec son petit évier et le recycleur de déchets. Pas de cuisine ni d'ustensiles puisque les rations étaient prêtes à la consommation. Hormis les quelques meubles de rangement qui y étaient encastrés, les murs étaient essentiellement lézardés par de la tuyauterie ou des appareils de contrôle divers.
Le sol sous ses pieds, comme partout dans le vaisseau, s'organisait en mosaïque de plaques métalliques froides. Les pièces de céramite qu'il avait nettoyées n'y étaient plus éparpillées, sans doute ramenées par son maitre dans sa chambre. Mais les traces de sang qui en avaient dégorgé étaient toujours là.
Sans réfléchir, Milo dénoua les chiffons encore humides enroulés à sa taille et s’agenouilla pour frotter le sol avec application. Ses muscles fatigués rendaient chaque geste plus hésitant et maladroit, mais l'effort fit éclore de son zèle le sentiment sécurisant d'être à nouveau utile.
Une fois sa tâche accomplie, il alla essorer son chiffon à l’évier et sentit avec appréhension la faim lui chatouiller l'estomac. Il dépendait de son seigneur pour se nourrir, et ce dernier avait averti de ne lui céder ses rations que s’il l’estimait méritant. Au vu de la catastrophe qu'avait été son début de journée, Milo ne s'attendait pas à recevoir à manger avant au moins le lendemain.
Mais il était bien trop heureux d'être encore en vie pour s'en plaindre.
Ses yeux glissèrent vers le réhydratateur. Le jeune homme avait au moins le privilège de pouvoir se servir en eau sans autorisation, et après avoir attrapé une bouteille vide dans l'un des rangements, il commença à la remplir pour autant apaiser sa soif que sa faim.
L’eau s’écoulait terriblement lentement dans le contenant, sous son regard impatient et les vibrations de la machine qui crachait son eau recyclée.
Puis un autre son s’imposa doucement.
Lourd. Répétitif.
Milo reconnu les pas nus de son maitre sur le sol du couloir.
Ses doigts se crispèrent autour de la bouteille, et les poils de sa nuque s'hérissèrent. Son corps se figea et seule sa tête parvint à se tourner vers l'entrée du salon pour voir la silhouette massive apparaitre dans l’encadrement et l'obstruer en s'y immobilisant.
Le visage du Night Lord s'orienta vers lui, et Milo eut aussitôt la sensation familière maintenant d’être une proie acculée. Comme à chaque fois, sa seule présence saturait l'espace, pesant sur lui comme une menace qui redéclencha des tremblements dans ses genoux. L'accélération brutale de son cœur refit pulser douloureusement l’hématome sur son visage et il en oublia la bouteille qui continuait de se remplir lentement dans ses mains.
Le seigneur Karneth se mit en mouvement et le jeune homme parvint tout juste à briser son immobilité pour courber sa tête vers l'avant, baissant les yeux pour exprimer sa soumission. Mais l'imposante présence vint se planter juste devant lui, et il dévisagea ses énormes pieds avec angoisse.
Son maitre ne disait rien, se tenant simplement là pour une raison que Milo s'empressa de chercher fébrilement. Ses pensées étaient désorganisées sous l'effet de la peur, autant celle de sa présence, celle de ne pas comprendre ce qu'il lui voulait, que celle de ne pas parvenir à réagir à temps à ce qu'il attendait de lui.
Puis une lueur de lucidité éclaira son esprit brumeux.
Le rapport !
Il releva la tête précipitamment en ouvrant la bouche, pour prendre son souffle et son courage de parler... Mais en se redressant, son regard accrocha la dizaine de rations que le géant tenait entre ses mains. Une quantité de nourriture qui l'interpella si bien que ses pensées décrochèrent de l'instant présent en le faisant saliver.
Normal qu'il en ait besoin d'autant, vu sa taille... rationnalisa t-il en fermant la bouche pour déglutir.
Mais il prit surtout conscience de se tenir entre lui et le réhydratateur.
Cette évidence le foudroya et le sortit de sa torpeur en sursaut.
"M-Mes excuses, monseigneur !" s'empressa-t-il de balbutier en arrachant la bouteille à moitié remplie de la machine et en se décalant pour lui en laisser l'accès.
Idiot ! Idiot ! s'invectiva t-il en serrant les dents et se courbant à nouveau, cette fois à côté de lui.
Il s'étonna pourtant que l'Astartes ne l'ait pas simplement dégagé de son chemin comme un obstacle gênant et ait eu la patience de le laisser comprendre par lui-même.
Ce dernier avança seulement d'un pas et commença à réhydrater les sachets en l'ignorant. Il n'avait toujours pas prononcé le moindre mot depuis son arrivé, drapé d'un calme stoïque, et Milo hésita à briser ce silence dans lequel résidait une forme de sécurité. La dernière fois qu'il s'était adressé à lui, il régurgitait ses enseignements avec la terreur d’être tué au moindre mot de travers.
Sa gorge se serra. Il la racla timidement pour s'annoncer, puis balbutia avec l'incertitude des bons termes à employer.
"J-Je… j’ai terminé l’entretien des systèmes, monseigneur…"
Le concerné ne réagit pas, si bien qu'après de pénibles secondes d'attente, Milo commença à douter qu'il l'ait entendu, et même d'avoir réellement parlé. Il osa relever les yeux, et heureusement ils n'eurent pas à croiser ceux du demi-dieu, toujours rivés sur ses rations. Il rassembla son courage et tenta de présenter un rapport un peu plus convainquant que le précédent.
"Il y avait des boulons un peu lâches… que j’ai resserrés, monseigneur… ceux du moteur M16… Ça avait créé une légère fuite d’huile… Je l’ai colmatée…"
Son maitre tourna légèrement la tête et Milo se figea instantanément face à ce semblant d'intérêt pour sa personne, désormais incapable de détourner le regard par l'instinct primitif de ne pas quitter des yeux un être aussi dangereux.
Ceux du Night Lord étaient une flaque d'encre noire, iris, pupille et sclère indiscernables les uns des autres. Son visage n'étant pas entièrement tourné vers lui, il était presque impossible de savoir où se posait exactement son attention. Et pourtant, Milo fut certain qu'il fixait la marque sur sa joue. Ses mains se resserrèrent d'inquiétude sur sa bouteille.
"Au moins, tu sers à quelque chose..." grommela enfin la voix caverneuse.
Le soulagement qui envahit Milo suite à ce semblant d'approbation fut tel qu'il en ressentit un vertige. Il expira bruyamment et ses épaules endolories se relâchèrent, allégées d'un poids monstre.
"M-Merci Maitre Karnesse !" souffla-t-il, à deux doigts de pleurer pour décharger son surplus émotionnel.
Le visage de l'Astartes se crispa brièvement. Un mot inconnu, probablement du Nostramien, claqua entre ses dents et il rétorqua sèchement.
"C'est Karneth..."
"Hein ?"
Le demi-dieu se tourna lentement vers Milo avec une expression glaciale qui lui fit immédiatement perdre son soulagement.
"Karneth ! Pas Karnessssse...!"
Sa langue siffla agressivement et le jeune homme recula d'un pas, mortifié de réaliser qu'il prononçait mal le nom de son maitre depuis tout ce temps.
"M-Mes excuses monseigneur ! Euh, hmm... Karnezz ?" tenta-t-il de se rattraper.
Les traits du concerné se durcirent davantage, trahissant sa colère derrière son calme apparent. Ses lèvres se retroussèrent légèrement, découvrant ses dents plus pointues que les mortels en articulant d'une lenteur menaçante.
"Kar-neth..."
"K-Kar-neff !" tenta Milo avec affolement, incapable de reproduire correctement cette sonorité étrangère.
D'une vitesse qui prit de court ses sens humains, une énorme main se referma sur sa mâchoire en un étau brutal. Des doigts écrasèrent ses joues, forçant ses lèvres à avancer, déformant son visage sans ménagement. Milo agrippa instinctivement son poignet gigantesque, sa peur éclipsée un instant par la douleur vive qui explosa dans les tissus ecchymosés à nouveau malmenés.
"Khul'var !!!" lui aboya-t-il rageusement au visage. "Souffle moi ce -TH avant que je ne t'arrache une dent pour le faire sortir !"
La menace était absolument crédible et Milo se retrouva submergé par la terreur de voir la situation basculer ainsi vers quelque chose de clairement désastreux pour lui. Il s'empressa de répéter en paniquant.
"Karnesf ! Karneth ! C'est Karneth !!!"
Le nommé le relâcha aussitôt. Milo chancela en arrière et tomba lourdement sur le sol. L'Astartes se replaça devant le réhydratateur et les traits de son visage se défroncèrent légèrement, marmonnant dans sa langue gutturale. Son premier réflexe fut de pousser sur ses pieds pour reculer et fuir hors de sa portée, mais il se ravisa lucidement après seulement quelques centimètres pour plutôt se jeter à genoux.
"Je suis terriblement désolé pour cette erreur, seigneur Karneth !!!" implora-t-il en s’inclinant si bien que son front se pressa contre le métal froid du sol.
Sa respiration n'était plus qu'un halètement saccadé, son corps un ramassis de tremblements et son esprit une ode à l'espoir naïf qu'une telle faute puisse encore être pardonnée. Il entendit son maitre inspirer et expirer avec une lenteur maîtrisée, prenant à l'évidence sur lui pour se calmer.
"C’est la fricative dentaire…" lâcha le Night Lord d’un ton presque las. "Une consonne courante en Nostramien. Mais ce son n’existe pas dans ce foutu Gothique…"
Milo ne répondit pas, conservant son immobilité. La situation semblait s'apaiser, alors il se contenta de rester prostré dans cette posture absente d'actions ou de mots susceptibles d'être retournés contre lui. De longues minutes commencèrent à s'étirer, sous le seul bruit des manipulations de son maitre faisant cliqueter et vibrer le réhydratateur. Finalement, les sons cessèrent en suggérant qu'il en avait fini.
Mais l'Astartes restait campé là.
Milo frissonna, se sachant au centre de son attention en sentant le poids de son regard sur sa nuque. Il l'entendit respirer profondément, humant l'air tel un prédateur à la recherche d'une odeur spécifique... Puis il se mit en mouvement, commençant à le contourner.
Les vibrations de ses pas lourds résonnèrent contre son crâne, en rappel douloureux de sa masse énorme comparée à la sienne vautrée au sol. Le jeune homme ferma les yeux d'appréhensions en se recroquevillant légèrement, presque résigné à se prendre un coup de pied punitif pour avoir osé commettre une erreur si irrespectueuse.
Quelque chose heurta soudain son dos, le faisant sursauter et couiner de surprise. Quelque chose de léger, qui rebondit et tomba à côté de lui.
Mais aucun coup ne vint.
Les pas de son seigneur s'éloignèrent dans son dos jusqu'au canapé, où son corps massif se laissa tomber lourdement. En suivit le bruit d'un sachet de ration sèchement ouvert, qui fit comprendre à Milo que le géant entamait son repas et était, à priori, passé à autre chose.
Lentement, les bras tremblant autant de peur que de fatigue, il releva la tête et son regard glissa sur l’objet tombé à côté de lui.
Une des rations réhydratées.
Il loucha sur le sachet comme une anomalie. Malgré ce qu'il venait de se passer, il venait de lui en céder une.
Au lieu de s'enliser dans l'incompréhension, son cerveau embraya et Milo se releva précipitamment en manquant de trébucher pour se tourner vers l'Astartes, s’inclinant le plus respectueusement possible malgré les spasmes nerveux qui secouaient son corps.
"M-Merci infiniment, maitre Karneth..." souffla-t-il d'une petite voix.
Nonchalamment assis sur le canapé, l’Astartes mordillait déjà dans l'un des sachets pour en récupérer le contenu. Il fit un vague revers de la main, un geste agacé mais l'invitant clairement à disparaitre de sa vue.
Milo ne se fit pas prier.
Il attrapa la ration, récupéra sa bouteille à moitié remplie, et quitta la pièce d'un pas rapide. Ce ne fut qu'une fois le seuil franchit qu'il se permit de courir avec empressement vers la salle d'entretient.
Une fois dans sa chambre, la porte se referma derrière lui et il s'y adossa en s'efforçant de calmer les battements erratiques de son cœur. Il resta ainsi un long moment, à reprendre son souffle, à laisser retomber l’adrénaline, et surtout à réaliser que cette interaction n'avait pas conclu à une débauche de violence. Aucune séquelle physique. Toutes ses dents encore ancrées dans sa mâchoire.
Et une ration.
Milo dévisagea avec incompréhension le sachet dans ses mains, comme une hallucination pouvant disparaître d’un instant à l’autre. Il ne voyait aucune logique à cette indulgence, rien qui correspondait à ce qu’il connaissait des Night Lords. Alors, dans un besoin de rationalité, il imagina que son maitre dressait simplement une liste de ses erreurs, dont la punition globale et terrible se déchainerait sur lui quand une énième faute ferait déborder le puit de sa patience.
Un profond mal-être s’insinua en lui à cette idée, s’ajoutant à ses angoisses déjà bien assez entretenues. Son regard en détresse glissa dans la pénombre de la pièce, et le souvenir de l'ampoule au plafond lui revint avec une urgence soudaine.
De la lumière...
Il n'était pas censé recroiser le seigneur Karneth avant plusieurs heures, et il n'hésita pas longtemps avant de céder à sa pulsion. Malgré son empressement, il eut la présence d’esprit d’attraper l’un des torchons qui composaient son lit et, se hissant à la hauteur du bulbe en s'aidant des étagères, il l’enroula maladroitement autour, bricolant une protection sommaire pour en atténuer l’intensité.
Ses doigts effleurèrent l'interrupteur avec prudence, presque superstitieux après ces mois à considérer les sources lumineuses comme un danger... puis il l'actionna.
Une lueur douce inonda la pièce et en chassa les ténèbres.
Bien que filtrée par le tissu, elle fit tout de même plisser d'inconfort ses yeux désormais accommodés à l'obscurité... Mais il ne les ferma pas. Milo observa autour de lui avec une attention presque émerveillée. Il n’y avait rien d’exceptionnel ici, un simple entassement de matériels divers dédié à dégraisser, nettoyer, récurer.
Mais désormais, les nuances de gris s'étaient transformés en couleurs.
Cela faisait si longtemps qu'il n'en avait pas vu si distinctement... Autre que le rouge du sang et des visières des heaumes de Night Lords.
Le bleu d’un bidon de produits chimiques attira son attention. Un bleu simple, pâle, rappelant le ciel de son monde natal quand la pollution ne l'obstruait pas. Un bleu qui lui arracha un sourire timide et fragile. Il resta là quelques secondes à le regarder, comme pour marquer sur ses rétines son souvenir.
Peu à peu, sa respiration devint plus lente, plus calme.
Il trouva quelque chose d’étrangement apaisant à promener son regard à travers la pièce. Cette dernière lui parut d'ailleurs soudain plus petite, plus étroite sans obscurité pour en remplir l'espace... Sans ombres dans lesquelles projeter ses craintes.
Son cœur se calma finalement. Son ventre se dénoua également, et la faim revint le chatouiller en se rappelant qu'il y avait de la nourriture à sa porté. Quel qu'était le fonctionnement mental de son maitre, il ne pouvait rien y faire... Alors autant profiter de sa clémence.
Milo se laissa tomber en tailleur sur le sol, ramenant la ration et la bouteille contre lui. Il ouvrit le sachet d'un coup de dent et entreprit aussitôt d'en aspirer le contenu en le pressant avec les doigts. Ce repas se résumait à une sorte de purée orange très consistante, au goût indescriptible et inconnu de ses papilles, mais largement meilleure et nourrissant que la matière recyclée fournie sur la barge.
Il n’avait vu ce type de ration lyophilisée qu’une seule fois auparavant, sur un marché noir de son monde, vendu bien au delà de ses maigres moyens. Ce vaisseau devait appartenir à des gens fortunés pour pouvoir s'en payer en grande quantité sur des trajets inter-systèmes.
Avait dû... se corrigea-t-il.
Il appartenait aux Night Lords désormais, probablement capturé au court d'un de leurs récents raids.
Mais pourquoi le seigneur Karneth est parti seul à son bord ?
La question effleura son esprit, mais il chassa sa curiosité avant qu'elle ne s'enracine, préférant profiter du répit physique comme mental dont il pouvait enfin profiter.
Milo finit son repas sous la lumière tamisée et rassurante, écoutant distraitement les vibrations régulières des moteurs étouffées par l'insonorisation des murs. Un son désormais familier, autant que le reste du Mistralis qu'il avait intégré comme son nouvel environnement pour les prochains mois à venir. Une ambiance bien différente de celles des ponts inférieurs, qu'il ne regrettait pour rien au monde...
A l'exception peut-être d'un détail.
Il n’avait jamais vraiment eu le temps de connaître les autres esclaves sur la barge, piégé dans les engrenage d'un travail qui n'en finissait jamais et broyait toute tentative de lien... Pourtant, leur présence lui manquait. L’instinct de groupe des proies, rassuré d'être dilué au sein d'une masse dans laquelle avoir plus de chances d'échapper à un prédateur.
Ici, il n’y avait que lui.
"...Et le seigneur Karneth..." il compléta sa pensée en faisant attention à la prononciation.
Il grimaça d'embarras au souvenir de sa faute, réveillant la douleur dans sa joue qu'il frotta distraitement. Le Nostramien était pourtant la langue dominante à bord de la barge, mais l'apprendre n'avait jamais été à sa porté. Heureusement il avait toujours été sous les directives d'autres esclaves ayant assez de notions pour comprendre les ordres... Mais ici, son maitre s'abaissait constamment à lui parler en Bas Gothique pour qu'il le comprenne.
Hors, ce n'était pas à lui de s'adapter. Si jamais il se lassait de cet effort persistant...
Il faut que j'apprenne le Nostramien… s'intima-t-il en serrant les mains sur son sachet de ration vide. Je ne peux pas devenir serf si je ne peux pas comprendre mon maitre !
Il n’y avait néanmoins qu’une seule option à sa disposition : demander à l'Astartes de lui enseigner.
Rien que d’y penser, son estomac se noua de nouveau. Oser réclamer de son temps au seigneur Karneth, déjà si patient avec lui, semblait d'une grande insolence. D'autant que ce dernier tolérait mal les erreurs, inévitables dans tout apprentissage linguistique.
La main qui effleurait sa joue se posa spontanément sur sa bouche, désormais concernée pour ses dents.
Le jeune homme était cependant bien plus concerné pour sa vie.
Il ne voulait pas retourner dans les ponts inférieurs. Il ne voulait pas être a nouveau pourchassé dans les couloirs de la barge comme du gibier. Pour se montrer à la hauteur d'un serf des ponts supérieurs, pour espérer rester entre les pattes du seigneur Karneth, il devait parler la langue des Night Lords.
Et il allait devoir trouver l'audace et le moment le plus approprié pour solliciter l'aide de son seigneur.
Les mois de voyage qui l'attendaient lui semblèrent alors bien courts, mais peut-être suffiraient-ils à lui permettre d'obtenir les bases de cette langue agressive... Juste assez pour convaincre l'Astartes de le garder à son retour sur la barge.
Milo avala sa salive, puis répéta le seul mot Nostramien qu'il avait entendu et retenu jusque-là.
English isn’t my first language, so feel free to point out any weird wording, sentences, or expressions... It’s probably just a translation mistake! (I’m pushing myself a bit to post in English to step out of my comfort zone)
Ch.1 / Ch.2 / Ch.3 / Ch.4 / ...
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Chapter 3 - Patience
Summary
Karneth tries to teach things to Milo. Milo teaches patience to Karneth.
Notes
I got a bit carried away with this chapter, it’s much longer than expected ^^’ I hope you’ll still enjoy it!
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The Machine Spirit that inhabited the Mistralis was barely perceptible, as if the numerous alterations it had undergone to suit smuggling had eroded its personality. No whims, just a cold obedience devoid of ego. Everything one could expect from a machine.
Karneth meticulously inspected each system, each device, ensuring that everything aboard was perfectly functional. The devices embedded in the walls constantly reported their activity through small indicators projecting their glow into every room, piercing the darkness with just enough restraint not to become a nuisance. An overall luminosity sufficiently balanced not to blind him while allowing the human not to be completely disoriented by the darkness.
Nothing to report... he concluded upon finishing his circuit.
Overall, the Mistralis seemed ready to endure the weeks of travel ahead.
But one detail still lingered in Karneth’s mind and imposed itself as a priority: rations would only suffice if nothing disrupted their route. And that approximation did not suit him.
He only had a vague idea of the contents of the hold, but he was certain he could find consumable goods there, to add to the reserves in case of engine failure or any other unforeseen event on the road to Ashmire. The dataslate listing the cargo had been lost during the ship’s capture, leaving only one option: to completely re-inventory it.
He had personally led the assault. An easy prey, simply docked in a discreet port of Nulaven, protected by mercenaries incapable of resisting a Night Lords Claw. The intended prize was not the hold, but the ship itself: a robust yet lightweight structure, colours blending into the darkness of space, reduced signatures, manoeuvrability optimised as he had rarely seen for a craft of its kind. Its only flaw was the absence of onboard weaponry... But the Mistralis was not designed for combat. Fully optimised for stealth and speed, designed to slip under the radar and outrun those who managed to detect it. If it had been in flight during their attack, Karneth was not certain even a Thunderhawk would have been able to catch it.
That was precisely why he had chosen it to desert.
Its former owners were not petty smugglers. The high-quality goods stacked in the hold and the costly modifications to its structure indicated powerful patrons. A ship that ensured deliveries more... private, more safely and discreetly than a large transport freighter with bribed personnel.
But there was not only food, especially for this kind of trade. The first time he had set foot in the hold, Karneth was certain he had seen a crate of explosives. Typically the kind of detail aboard that Milo did not need to know existed.
Fortunately, he had enough to keep him occupied while he inventoried.
After thirty minutes had passed, the Astartes returned to fetch the mortal in the maintenance storage room. A choice of quarters as amusing as it was appropriate.
Milo was waiting on his knees, trembling at the sight of him and his hair still damp from his shower. But clean, dressed, fed, rested, and ready to serve. No excuse to fail. He had given him a “safe zone” in which to thrive, it was now his to do what was necessary to maintain it.
“Follow me.”
Karneth immediately set off and heard the hesitant footsteps of the human behind him, just far enough to reassure himself that he was out of reach. They both knew this was false. The pheromones he constantly released around him fooled no one.
The serfs of the upper decks were accustomed to serving among the Astartes. Due to their usefulness, their death was seen as wasteful, and they were aware of it. Without making them untouchable, this certainty reassured them enough to tame their fear and not lose their composure whenever they crossed one of their Masters.
But Milo was not of that category. He knew he was not an important cog in the machine, only one of the droplets of grease among all those that helped it run smoothly, disposable and replaceable at any time.
Karneth would give him a chance to become something more.
He led him to the cockpit and settled at the pilot's seat, appreciating the ease of moving in such a confined space without his armour. The young man remained frozen in the doorway, seized by the sudden sight of the void of space beyond the reinforced viewport.
“Sit.” he ordered curtly, pointing at the co-pilot’s seat.
Milo swallowed and cautiously sat down beside him, afraid to brush against any of the console’s instruments.
“Besides maintenance, what other functions can you handle onboard?”
The mortal blinked and finally seemed to understand why he had been brought here. Almost shamefully, he searched for words that would best highlight his skills.
“Uh, I… I-I’ve already worked on most of the equipment. The pipelines, the power systems, the pumps, the engines… I-I mean I can identify most systems, know if there’s a problem and work on it! E-uh, well no, not like a real technician! B-but I… I mean yes, I can manage!”
Karneth closed his eyes and inhaled slowly to suppress the rising irritation. Milo tensed at the sight and fell silent.
He was well aware he was dealing with one of the lowest-ranking slaves of the barge, captured and brought aboard to feed the crew’s labour force. No training; they were sorted according to the tasks they could perform on the day of arrival. Milo had been assigned to the lower decks for a reason. To make something of him, he would need to show a little patience.
But patience was the quality he had always most sorely lacked.
"Do you know how to pilot a ship?"
The question came out colder than he had intended. The human hesitated, fearing that his answer might count against him.
"I... no..." he finally stammered, blushing faintly as he hunched his shoulders.
Karneth detected no trace of deceit and concealed his relief. If the human could not pilot the Mistralis, then any thought of rebelling against him was a dead end. That potential threat was no longer a concern.
Milo claimed he could recognise the different systems of a ship, detect failures, and correct them. Fortunately for him, those notions aligned perfectly with the tasks he intended to delegate to him. But he would at least have to dedicate a moment to clarify what he expected of him and ensure his competence.
It shouldn’t take too long...
Karneth swallowed his irritation at speaking Low Gothic and leaned over the cogitator embedded in the console. His fingers ran across it, and the screens lit up, projecting a multitude of interfaces. In a monotonous, methodical voice, one accustomed to operational preparations for an assault, he began his instructions.
“Your role aboard will be to ensure the proper functioning of the Mistralis. I will show you the different constants to monitor in order of priority...”
He brought up several columns of data and indicated some with a quick gesture.
“First, the life support system: oxygen levels and carbon dioxide recycling. Particle and dust levels in the air. Monitor internal pressure here: the slightest change could signal either a leak or a grav-plate failure. Temperature and humidity must not exceed these thresholds...”
He tapped lightly on the screen to indicate the relevant data. Milo seemed to suddenly realise the instructions concerned him and leaned forward hurriedly to observe.
“Next, the ship’s energy circuit. Since you understand power systems, then you know that part of the engine energy is redirected to power the batteries that keep all onboard devices functioning. Here you have access to their constants, but only the main ones. Normally their levels don’t change: the devices consume as much as the cells recharge. If you notice an irregularity, you are to go to the engine room and determine the cause. The problem may well come from one of the engines, so remember to check their constants as well.”
His fingers quickly tapped and changed the display.
“As for navigation: I have already placed the Mistralis on a stable trajectory, but the slightest turbulence in one of the reactors could be enough to deviate us by several thousand kilometres. You must therefore compare the theoretical location data with what is displayed here: this is the ship’s real-time position relative to the calculated course. Come inform me if you detect any drift, I will correct it. Same for the proximity sensor, right here, it will activate and emit an alarm if debris or asteroids are detected on our trajectory. I will handle manoeuvres.”
He broke off his monologue and turned his head sharply, making Milo recoil into his seat.
“You do not. Touch. Ever. The control stick.”
He made sure to articulate each word. The mortal tensed under this implicit threat, nodding hastily.
“Now something that will be familiar to you: systems maintenance. Whether it is air recycling, water, waste, engine cooling... It should not be necessary to clean them all every day, but their condition must be checked daily. If they clog quickly, there is a problem somewhere. Pay attention to sounds, condensation, smells, vibrations... If something seems abnormal, it is.”
The explanations went on for several more minutes: how to read certain instruments on the console, what operations were needed to access specific Mistralis data, which devices had their constants displayed in other parts of the ship and also required frequent checks...
Karneth finished the tour of what he wanted to show him and finally closed the cogitator interface, relieved to be done with these obvious trivialities. Since Milo already claimed to recognise the ship’s different systems, he would not need to be guided through them all.
“I expect you to check these parameters every twenty-four hours. Maintain what requires maintenance, and correct any anomaly. If something lies beyond your capabilities or directly endangers the ship, you inform me immediately. The current readings are all within acceptable limits, use them as your baseline. Once your tasks are complete, you will report to me with a full account of any corrections made… And if I determine that nothing further requires attention, you may rest until the next cycle.”
There was nothing inaccessible in his demands, nothing beyond the reach of a mortal or even dangerous. Only repetitive and boring tasks, requiring a minimum of rigor and which, if executed efficiently, would grant him more than reasonable rest periods. Since he would also be rationed, he did not intend to overwork him beyond what was necessary.
He had been generous with explanations and demonstrations, more than expected for such trivialities... and although he had had to lower himself to the level of a human, he took a certain pride in the patience he had just shown.
At least with all that, he’ll be able to get started immediately! I’ll go take care of the hold... he thought, with the satisfaction of carefully wasted energy.
He turned his head proudly toward the person concerned.
Milo had his eyes wide open, biting his lips until they bled, his body shaken with apprehension. A little too much apprehension... as if he was hesitating to say something unpleasant.
Like someone about to come bother him every ten minutes because an anomaly was “beyond his competence”.
Karneth slowly narrowed his eyes and asked in a dangerously calm tone.
“Are you capable of assuming this role?”
The young man paled at the question, before finally answering in a small voice.
“Yes, my lord...”
Karneth let a silence hang, measuring the mortal’s nervousness... then he gave a feigned nod of satisfaction.
“Good.”
He slowly rose from his seat and shifted just enough to clear access. With a broad gesture of his hand, he indicated the vacant position.
“Prove it.”
He swore he saw the shiver run through the human's skin at the invitation. With a slow, almost viscous movement, Milo pulled himself from his place and, eyes lowered to avoid his master’s as he passed, sat at the pilot's seat. His dark-circled eyes fixed on the control panel with feverish intensity, as if the slightest wrong interaction would lead to catastrophe. Karneth also sat down in the co-pilot’s seat and crossed his arms. His probing gaze weighed heavily upon him.
“Uh... well... the life support system first...”
His voice was now nothing more than a whisper. His trembling fingers brushed the cogitator keys, opening a menu that had nothing to do with what he had just announced.
For long minutes, Milo tried to recite and clumsily reproduce the Astartes’ gestures... but it quickly became clear he had only retained fragmented pieces of a whole that completely escaped him.
The mortal brought up another interface unrelated to the subject. Karneth felt his nostrils flare.
Incorrect reading of a data stream. One of his fingers tapped irritably against his biceps.
Poor manipulation of a control panel instrument. One of his eyelids twitched.
“Uh… here, theoretical trajectory data… ah… no, those are proximity sensors…”
Milo froze as the wrong constants appeared yet again, clearly lost. His face went pale.
“…I…”
In an impulse, Karneth grabbed the back of his skull and slammed his face into the cogitator screen. The surface cracked under the impact with a dry snap, and the human immediately cried out in pain and terror.
Furious at having his time wasted, the Astartes leaned over him and brought his face close to his.
“DID YOU EVEN LOOK AT WHAT I WAS SHOWING YOU, YOU LITTLE LYING FILTH?!”
His voice erupted like thunder inside the confined space of the cockpit. Though dazed and his face held in a vice, Milo tried to defend himself in broken words.
“M-M-My lord! I’m sorry, i-it’s a lot of information and you were going too fast! I-”
“ARE YOU SUGGESTING THE FAULT LIES WITH ME?!”
He increased the pressure of his grip, pressing his face harder against the cracked screen.
“N-No, my lord! Th-That’s not what I meant!!!” the mortal panicked.
“I TRUST YOU WITH VITAL SHIP SYSTEMS, AND YOU DARE LIE TO ME ABOUT YOUR ABILITY TO HANDLE THEM?!”
“I-I’m sorry!!! I’m so sorry, I-I can do it!!! I-I…!”
His voice broke into uncontrollable sobs. His body reacted instinctively to panic and his hands tried vainly to push him away, to relieve the growing pain.
Karneth swore through his teeth, boiling with rage and frustration. He had just wasted his time on tedious explanations, only for this idiot to not even be able to retain them. This was exactly why he had never taken serfs before! He had never had the patience to deal with their physical and cognitive inferiority. All that time, all those resources and energy invested in beings who would die anyway after a few years!
I might as well crush his skull right here and now, handle those damn chores myself and keep my share of rations.
His fingers itched with the urge to curl, to perform what they were made for.
At the intensity of this thought, Karneth took a mental step back and tried to regain control of his emotions. He had to pull himself together, he was better than these fools whose minds were eroded by Khorne’s influence!
Milo had collapsed under his grip, sobbing in despair, believing his fate sealed.
It was obvious. A lower-deck slave could not, in a few minutes, assimilate the functions of the upper-crew, even for something as simple as this. Even under fear’s grip. It was still too early to blame him for incompetence or disobedience. If he wanted to make something of him, he would have to lower himself to a pace more suited to his small brain.
But it already infuriated him to have to start over from the beginning, even more slowly. Perhaps he would fail again to teach him, wasting his time twice over. His impatience whispered faster, more satisfying solutions.
If I kill him, there will be no one to replace him... he tried to reason. No one else to do the menial work...
Another part of him spoke, more buried, more unspeakable. The one that, in the solitude of his desertion and uncertain future, despite himself valued this human for something beyond pure utility.
No one to remind me of my superiority.
Very slowly, he released the pressure of his hand, and Milo slumped back into his seat. He curled up there, breathing like a drowning man reaching the surface. His hands went to his face, one rubbing his bruised cheek, the other raised as a futile barrier against any further blow. He tilted his head, trying to disappear behind his hair... but through it, his terrified eyes fixed him with the same intensity as a cornered prey waiting for the moment the predator would strike.
Karneth looked down on him with disdain and flicked his fingers to dislodge the strands of hair caught on them.
“I will not show you a third time,” he warned in a glacial tone, pointing at the cracked screen.
The human nodded frantically while crying.
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In the engine room, Milo was rubbing the greasy surface of a pipe, using his former clothes as improvised rags.
The erratic pounding of his heart in his ears partially drowned out the surrounding mechanical din. His knees and hands kept trembling despite all his efforts to steady them. His cheeks still bore the traces of his tears, but it had been a long time since crying was something he felt shame for. It was even the most effective emotional release for a human in the service of the Night Lords.
“Pressurisation… 3rd interface on the right, enter, bottom-centre menu, enter… must remain between 70–101 kPa…”
His voice murmured the same terms, gestures, and data over and over like a salvific litany. Even if the immediate danger of death seemed gone, the terror of having believed himself condemned still painfully twisted his stomach. He did not understand by what miracle, or survival instinct, he had managed to remember everything.
Much less by what miracle he was still alive.
A dull pain suddenly pulsed in his right cheek and his fingers tightened on his rag. He grimaced and instinctively raised a hand to his face, brushing the hematoma that ran across it. It was swollen and sensitive, likely to remain marked for several days... yet Milo could not comprehend that he was getting away with so little.
He had still lied to a demi-god and even dared, in panic, to reproach him!
He had resigned himself to the monster splattering his brains across the cogitator. Yet the latter had released him, then repeated everything more slowly and clearly. It had still been a flood of information, surely trivial for an Astartes, but for him it had represented a titanic learning task. He had then dragged him across the entire ship to ensure he recognized the different systems and knew how to intervene in case of problems.
In the end, they had already checked the Mistralis’ condition together; only the maintenance tasks remained, which Lord Karneth had sent him to perform.
And here he was, alive, beginning his work aboard.
It felt so… improbable.
Failures and mistakes were not tolerated in the lower decks. The Masters often simply executed an incompetent human on the spot to replace him immediately. Despite the risks, lying about one’s abilities was a common strategy among slaves, at least ensuring they lived a little longer to try and make up for their shortcomings in time.
Memories resurfaced against his will. A man whose fingers had been torn off, phalange by phalange, for touching a machine he wasn't supposed to be working on. Another who hadn't responded quickly enough to a question, screaming in agony as an enormous hand, gloved in ceramite, slowly pried his jaw from his skull. He saw again one of the Astartes walking on, indifferent, the full weight of his armor crushing a woman’s legs as she had stumbled in the dark while trying to get out of his way. Mistakes, though, far less serious than his own that day.
The humans were worth nothing to them, ephemeral, easily replaceable. Tools for labour or distraction.
Milo swallowed and shook his head to chase those images away.
He had been incredibly lucky to fall upon such a lenient master. Injured, terrified, traumatised from having seen death so close, yet still deeply grateful for the restraint he showed toward him.
I’m the only slave aboard... he realised. Maybe that’s why he’s so indulgent? There’ll be no one to replace me if he kills me.
But that thought brought him neither refuge nor comfort. His master had left the barge without planning for any slaves aboard to accompany him, to the point of even giving him part of his own rations. In other words, he could very well decide at any moment to do without him. Or to find him a more… wearable purpose.
A shiver ran through his skin at the memory of the flayed face adorning his pauldron.
Lord Karneth had gone down to the hold to deal with something that would apparently take time. Clearly, he was relying on him to ensure the proper functioning of the Mistralis in his absence. A considerable task for a slave like him, but above all, a far more vital task than maintenance: it was exactly the opportunity he needed to prove himself indispensable.
To become his serf...
Milo breathed more slowly, trying to calm the tremors still shaking his hands. Despite this catastrophic start, his master had spared his life. So he must see at least some potential in him. A thin hope, but enough to reassure him somewhat about his life expectancy.
The Astartes seemed rather calm and measured when not angered. Perhaps his situation would be less dangerous once his value was proven? When a tool worked properly, one was less inclined to get angry at it for fear of breaking it.
And one wished to preserve it in order to use it for as long as possible.
His gaze briefly drifted to the layer of grease he had unconsciously spread. A detail had just come back to him, briefly glimpsed when his lord had shown him how to identify a trajectory drift.
A countdown.
Ashmire: 3209 hours... he recalled.
He narrowed his eyes, unsure what that duration represented, and began tracing numbers in the grease stain in front of him to convert it into a more meaningful value. After a few minutes, he leaned back to observe his calculations.
About 133 days...
He stayed like that for a moment, blankly blinking at the greasy pipe. His master had spoken of a journey of a few days, not several weeks! Not counting the return trip, if Ashmire was indeed their destination. For a demi-god like him, that time likely meant little, but Milo realised that by hiding aboard the Mistralis, he had effectively embarked on a voyage potentially lasting several months. The hairs on his neck instinctively stood on end at the thought of being trapped alone here with a monster, and the pain in his cheek began to pulse again.
He was aware of the contradiction in trying to avoid the horrors the Night Lords were capable of by seeking acceptance under the claws of one of them. The mere presence of Lord Karneth terrified him, their next encounter already filled him with such apprehension that it made his stomach ache just thinking about it.
Yet he would have to get used to it.
He would have to report to him at least once a day on the state of the Mistralis. The ship was not very large, and he would need to move through it to ensure maintenance. The chances of crossing paths with him were… inevitable.
Maybe he’ll just ignore me most of the time? he pleaded mentally.
Masters generally only interacted with lower-deck slaves to issue orders or punishments. His existence was scarcely more significant than an object, perhaps he would simply disregard his presence as if he had always been alone aboard.
A lucid thought made him frown. The Night Lords usually operated in groups… so why was his master alone here? Some kind of secret mission? Something discreet and urgent, related to the situation on the barge?
Maybe what’s in the hold…
Milo felt his thoughts drifting into inappropriate territory and cut his curiosity short. He did not need to know Lord Karneth’s objectives, only to focus his energy on doing what he was told, and doing it well enough that he continued to spare him.
He immediately resumed scrubbing, erasing his calculations in the grease, picking up his litany where he had left it.
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"If I had ever been told that a human would teach me patience..." Karneth growled irritably as he loosened the securing strap of a transport crate.
In his centuries of existence, he had rarely had to restrain himself so much. Yet annoyance and frustration still struggled to leave him, stagnating in his nerves, waiting for something to be done with them. Violence was the first logical response to all his problems, and silencing it, especially in the presence of a miserable little human, went against his very nature, leaving him with a lingering sense of unease.
Lucky for that runt that being here allowed it to fade without being stoked by his presence and risking making him change his mind.
The hold covered the entire lower deck of the Mistralis, a single vast chamber filled with transport crates of every kind. Being the only part of the ship that was not soundproofed, the rumble of the engines filled the remaining space where one could move about. The vibrations unpleasantly assaulted his sharpened senses, and it took him long minutes to tune them out.
Karneth opened the now unstrapped crate and glanced at its heterogeneous contents.
"This is going to take a while..." he sighed, idly observing the rest of the room.
His main objective was to take stock of all edible supplies. But since he was going through all the crates anyway, he might as well inventory the entire cargo. He would have to do it sooner or later in any case, to estimate its value, in order to determine what he could try to resell on Ashmire and what he could keep for himself.
Using a notebook found in the lounge, he began recording the contents of each crate, container, and chest.
Several hours passed, and he had only covered a tenth of the hold, but it was already enough to get an idea of the smugglers' trade diversity.
Jewels, metals, and precious stones of all kinds. Clothing with exotic textures, perfumes and cosmetics whose very purpose eluded him. Rare alcohols, drugs, and other products of human pleasure and superficiality. Unknown and complex devices, probably expensive, but whose usefulness he could not grasp. And weapons. For the most part ill-suited to his size, though some managed to draw a smile from him: explosives, remote detonation systems, and heavy bolters accompanied by a generous stock of ammunition.
And finally, provisions. High-quality products, carefully packaged, originating from the best agri-worlds. He had not catalogued many for now, but enough at least to supplement rations in case of trouble on the journey to Ashmire.
Karneth decided to stop there for today and began re-securing the last inventoried crate with straps. His methodical thoughts drifted naturally toward his destination.
Ashmire...
He did not know this world, neither its local defense forces nor its points of interest. He had to take into account the unpleasant reality that he would no longer benefit from the terrifying reputation of his Legion nor the strength of numbers to impose himself wherever he went. Even as a demigod, an isolated Night Lord in unconquered territory had to keep a low profile. All the more so if that Night Lord was classified as a deserter, and word of his presence was circulating.
Could I make use of the human? He could scout the terrain by day, or act as an intermediary for anything requiring a physical presence. With his build, he won’t attract attention.
Milo would still have to prove he was capable of keeping the ship in good condition, but if he proved reliable, Karneth could see himself keeping him in the long term. The mortal would represent an investment, a tool shaped at the cost of his patience and his own rations. There was no question of wasting his efforts by disposing of him after a few months. Milo still seemed young, barely an adult, giving him several decades before he became unusable. A small whimpering, fearful creature, but pliable, obedient, and submissive.
Provided he doesn’t get the idea of running off once we’ve landed… he considered, narrowing his eyes suspiciously toward the ceiling of the hold.
Even a little thing like him could find the courage, or the stupidity, to attempt it once left to himself, far from the fear his master inspired. Karneth did not doubt his ability to find him again if such a desire arose... But all it would take was for the human to find the time to loosen his tongue, to sell his existence, the location of the Mistralis, and the contents of its cargo to interested ears. That could prove fatal.
Information is sometimes more dangerous than weapons.
All the more reason to keep him in ignorance, both regarding his desertion and the contents of the hold.
At worst, there is always the other option... he thought coldly.
But if, only yesterday, getting rid of his stowaway had been just another option, a part of him could no longer resolve himself to it so easily. The same part that had led him to show patience with him today, despite all good reasons to blow his head off.
His desertion had deprived him of every place and every role, of all the points of reference of his Legion which, corrupted though they had become, had until then structured his existence... And in the face of all the new uncertainties of his future, the presence of the slave placed him in a reassuring and familiar position of strength.
Thanks to him, he still felt fully in control of something.
Milo's life depended on his will, on his decisions. An overwhelming hierarchy that provided him with a reliable point of reference. The human was so weak, so slow, so fragile... The natural opposite of everything he was.
I am superior.
His jaw tightened despite himself, irritated by this thought that returned a little too often for his liking... As if it were not fully settled. As if he feared, more than he wanted to admit, that from now on he was left to himself, not as a Night Lord, but as an individual alone in the face of a merciless galaxy indifferent to his nature.
And it irritated him all the more that he needed to feel the weight of his authority upon the existence of a frail little human to soothe his insecurities.
Annoyed, he swept his thoughts away mentally, though bitterly convinced he was only delaying the moment he would have to confront them.
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After long hours of meticulous, even obsessive work, Milo finally completed the maintenance of the various machines and systems of the Mistralis, with the certainty that he could not do better. His arms and back trembled from the effort, and he gently stretched his aching muscles.
And now?
Lord Karneth still had not come back up from the hold. According to his orders, Milo was supposed to go and present him a report… But according to those same orders, he was not allowed to join him there. The contradiction weighed heavily on his shoulders, and with it came the anxiety of making a decision that might displease his master. With no better option, Milo headed toward the maintenance room to take refuge there. The day had been particularly exhausting, and he could rest there a little while waiting for his return. Maybe even turn on a bit of light…
When he reached the door of his “room”, however, his hand hovered above the handle as he recalled a detail.
As long as he hasn’t given me permission to stand down, I am technically still on duty…
His teeth nervously bit into his lips. If the Astartes returned, remaining active and available would certainly be better perceived than being caught sleeping. He immediately turned around, heading down the corridor in search of something useful to do.
Milo crossed the threshold of the lounge, and his gaze swept across the large, sparsely furnished room despite its size, designed to be the least stifling living space aboard. Utility clearly took precedence over comfort here, yet despite this austerity, the place betrayed a level of luxury beyond anything he had ever known, even before his capture by the Night Lords. His situation simply did not allow him to appreciate it.
A single large sofa occupied one side of the room. Opposite it stood a high table next to the rehydrator, with a small sink and a waste recycler. There was no kitchen or utensils, since the rations were ready to consume. Aside from a few built-in storage units, the walls were mostly crisscrossed with piping or various control devices.
The floor beneath his feet, as everywhere on the ship, was a mosaic of cold metal plates. The ceramite pieces he had cleaned were no longer scattered there, likely taken back to his master’s quarters. But the bloodstains that had seeped from them were still there.
Without thinking, Milo untied the still-damp cloths wrapped around his waist and knelt down to scrub the floor with care. His tired muscles made each movement hesitant and awkward, but the effort sparked a reassuring sense of usefulness within him.
Once he finished, he went to wring out his cloth at the sink and felt hunger begin to tickle his stomach with apprehension. He depended on his lord for food, and the latter had warned that rations would only be granted if he deemed him worthy. Given the disaster that had been the start of his day, Milo did not expect to eat before at least the next day.
But he was far too happy to still be alive to complain.
His eyes drifted toward the rehydrator. At least he had the privilege of serving himself water without permission, and after grabbing an empty bottle from one of the storage compartments, he began filling it, trying to ease both his thirst and his hunger.
The water flowed painfully slowly into the container, under his impatient gaze and the vibrations of the machine spitting out recycled liquid.
Then another sound slowly imposed itself.
Heavy. Repetitive.
Milo recognized his master’s bare footsteps in the corridor.
His fingers tightened around the bottle, and the hairs on the back of his neck stood on end. His body froze, and only his head managed to turn toward the lounge entrance, where the massive silhouette appeared in the doorway and blocked it as it came to a halt.
The Night Lord’s face turned toward him, and Milo was immediately struck again by the familiar sensation of being a cornered prey. As always, his mere presence saturated the space, pressing down on him like a threat that reignited tremors in his knees. The sudden acceleration of his heartbeat made the bruise on his face throb painfully again, and he forgot the bottle still slowly filling in his hands.
Lord Karneth began to move, and the young man barely managed to break his paralysis, bowing his head forward and lowering his eyes in submission. But the imposing presence planted itself directly in front of him, and Milo stared at his enormous feet in fear.
His master said nothing, simply standing there for a reason Milo desperately tried to decipher. His thoughts were disorganized by fear: fear of his presence, fear of not understanding what he wanted, and fear of failing to react in time to what was expected of him.
Then a flash of clarity broke through his foggy mind.
The report!
He quickly lifted his head and opened his mouth to gather breath and courage… but as he straightened, his eyes caught the dozen rations the giant was holding. The sight of so much food distracted him so completely that his thoughts drifted away, making him salivate.
It makes sense he needs so many, given his size… he rationalized, closing his mouth and swallowing.
But he then realized he was standing between him and the rehydrator.
That realization struck him like lightning and snapped him out of his daze.
“M-My apologies, my lord!” he stammered, hurriedly pulling the half-filled bottle from the machine and stepping aside to give him access.
Idiot! Idiot! he scolded himself, gritting his teeth and bowing again, this time beside him.
He was surprised, however, that the Astartes had not simply shoved him aside like an obstacle and had instead waited for him to understand on his own.
The latter simply stepped forward and began rehydrating the packets, ignoring him. He still had not spoken a single word since arriving, wrapped in stoic calm, and Milo hesitated to break this silence, which strangely felt safe. The last time he had spoken to him, he had been repeating his instructions in terror, afraid of being killed for the slightest mistake.
His throat tightened. He cleared it timidly to announce himself, then stammered, unsure of the proper words.
“I... I have finished maintaining the systems, my lord…”
The Astartes did not react, and after several painful seconds, Milo began to doubt whether he had even been heard, or whether he had spoken at all. He dared to look up, and fortunately did not meet the eyes of the demigod, his fstill fixed on his rations. He gathered his courage and tried to give a more convincing report.
“There were some loose bolts… I tightened them, my lord… on engine M16… it had caused a slight oil leak… I sealed it…”
His master turned his head slightly, and Milo froze instantly at this hint of attention, now unable to look away due to the primal instinct of not taking his eyes off such a dangerous being.
The Night Lord’s eyes were a pool of black ink, iris, pupil, and sclera indistinguishable. Since his face was not fully turned toward him, it was almost impossible to tell where his attention lay. And yet, Milo was certain he was staring at the mark on his cheek. His hands tightened nervously around the bottle.
“At least you’re useful…” the deep voice finally muttered.
The relief that washed over Milo at this faint approval was so strong that he felt dizzy. He exhaled sharply, and his aching shoulders relaxed, as if a massive weight had been lifted.
“T-Thank you, Master Karness!” he whispered, on the verge of tears from the emotional release.
The Astartes’ face briefly tightened. An unfamiliar word, probably in Nostraman, cracked between his teeth and he snapped back sharply.
“It’s Karneth…”
“Huh?”
The demigod slowly turned toward Milo with a cold expression that immediately wiped away his relief.
“Karneth! Not Karnesssss…!”
His tongue hissed aggressively, and the young man stepped back, mortified to realize he had been mispronouncing his master’s name this whole time.
“M-My apologies, my lord! Uh, hm… Karnezz?” he tried to recover.
The Astartes’ features hardened further, betraying his anger behind his apparent calm. His lips curled slightly, revealing teeth sharper than any mortal’s as he enunciated with a slow, threatening precision.
“Kar-neth…”
“K-Kar-neff!” Milo tried in panic, unable to reproduce the alien sound correctly.
With a speed that overwhelmed his human senses, an enormous hand closed around his jaw in a brutal vice. The fingers crushed his cheeks, forcing his lips forward and deforming his face without restraint. Milo instinctively grabbed at the giant wrist, his fear briefly eclipsed by the sharp pain exploding through his bruised and freshly aggravated tissues.
“Khul’var!!!” the Astartes barked into his face. “Blow that -TH out properly before I rip out one of your teeth to make it come out!”
The threat was entirely credible, and Milo was overwhelmed by the terror of the situation tipping into something clearly disastrous for him. He hurriedly repeated in panic.
“Karnesf! Karneth! It’s Karneth!!!”
The named one immediately released him. Milo staggered backward and fell heavily to the ground. The Astartes repositioned himself in front of the rehydrator, his facial features relaxing slightly as he muttered in his guttural language. Milo’s first instinct was to push himself away and flee, but he reconsidered almost immediately and instead dropped to his knees.
“I am terribly sorry for this mistake, Lord Karneth!!!” he pleaded, bowing so low his forehead pressed against the cold metal floor.
His breathing was nothing but broken, ragged gasps, his body a mass of trembling, his mind clinging to the naïve hope that such an error might still be forgiven. He heard his master inhale and exhale slowly, clearly forcing himself to calm down.
“It’s the dental fricative…” the Night Lord said in a tone bordering on exhaustion. “A common consonant in Nostraman. But that sound doesn’t exist in this damn Gothic…”
Milo did not respond, remaining motionless. The situation seemed to be calming, so he stayed prostrate, offering no action or words that could be used against him. Long minutes stretched on, broken only by the sound of his master’s manipulations as he worked the rehydrator. Eventually, the noises stopped, suggesting he was finished.
But the Astartes remained where he was.
Milo shivered, aware he was the center of his attention as the weight of his gaze pressed onto the back of his neck. He heard him inhale deeply, as if scenting the air like a predator searching for a specific smell… then he moved, circling around him.
The heavy vibrations of his steps echoed through Milo’s skull, a painful reminder of his enormous bulk compared to his own small body on the ground. The young man closed his eyes in anticipation, curling in slightly, almost resigned to receiving a punitive kick for such an irreverent mistake.
Something suddenly struck his back, making him flinch and let out a small, startled sound. Something light, bouncing once, then landing beside him.
But no blow came.
The master’s footsteps moved away toward the sofa, where his massive body dropped down heavily. The sound of a ration pouch being opened followed, and Milo understood that the giant had begun eating and had, apparently, moved on.
Slowly, his arms trembling from both fear and exhaustion, he lifted his head and glanced at the object beside him.
A rehydrated ration.
He stared at it in confusion, as if it were some anomaly. Despite everything that had just happened, he had been given one.
Rather than get bogged down in incomprehension, his brain kicked into gear and Milo scrambled to his feet, nearly stumbling as he turned toward the Astartes, bowing as respectfully as he could despite the nervous spasms shaking his body.
“T-Thank you very much, Master Karneth…” he whispered in a small voice.
Casually seated on the sofa, the Astartes was already biting into one of the packets to retrieve its contents. He gave a vague backhanded wave, an irritated gesture but clearly inviting him to disappear from his sight.
Milo did not need to be told twice.
He grabbed the ration, retrieved his half-filled bottle, and left the room quickly. Only once he crossed the threshold did he allow himself to run back toward the maintenance room.
Once in his “bedroom,” the door closed behind him and he leaned against it, trying to steady his erratic heartbeat. He stayed there for a long moment, catching his breath, letting the adrenaline fade, and above all realizing that this interaction had not ended in violence. No physical damage. All his teeth still in place.
And a ration.
Milo stared at the packet in his hands with incomprehension, as if it might vanish at any moment. He saw no logic in this leniency, nothing that matched what he knew of the Night Lords. So, in a need for rational explanation, he assumed his master was simply compiling a list of his mistakes, whose final and terrible punishment would come when yet another error overflowed the well of his patience.
A deep unease settled in him at that thought, adding to his already well-fed anxieties. His troubled gaze drifted through the dim room, and the memory of the ceiling bulb suddenly resurfaced.
Light…
He was not supposed to see Lord Karneth again for several hours, and he did not hesitate long before giving in to the impulse. Despite his urgency, he remembered to grab one of the cloths from his bedding and, climbing up using the shelves, he awkwardly wrapped it around the bulb, improvising a crude filter to soften its intensity.
His fingers brushed the switch cautiously, almost superstitiously after months of treating light sources as dangers… then he flipped it.
A soft glow filled the room and pushed back the darkness.
Even filtered through the cloth, it made his now-adapted eyes narrow in discomfort… but he did not close them. Milo looked around with something close to wonder. Nothing here was remarkable, just an accumulation of cleaning and maintenance tools.
But now, the shades of grey had become colors.
It had been so long since he had seen them so clearly… other than the red of blood and the visors of Night Lord helms.
The blue of a chemical container caught his attention. A simple, pale blue, reminiscent of the sky on his home world when pollution didn’t obscure it. A blue that drew a small, fragile smile from him. He stayed there a few seconds, staring at it as if imprinting it into his retina.
Gradually, his breathing slowed.
He found something strangely calming in letting his gaze wander across the room. It suddenly felt smaller, less oppressive without darkness to fill its spaces… without shadows in which to project his fears.
His heart finally settled. His stomach loosened, and hunger returned, reminding him of the ration within reach. Whatever his master’s mental workings were, he could not change them… so he might as well take advantage of his mercy.
Milo sat down cross-legged, pulling the ration and bottle close. He tore open the packet with his teeth and immediately began squeezing the contents into his mouth with his fingers. The meal was a thick orange paste, of indescribable, unfamiliar taste, but far better and more nourishing than the recycled sludge from the barge.
He had only ever seen this kind of freeze-dried ration once before, on a black market on his home world, sold far beyond his means. This ship must belong to wealthy people to afford so many of them for intersystem travel.
Must have… he corrected himself.
He now belonged to the Light Lords, likely captured during one of their recent raids.
But why did Lord Karneth leave alone on that ship?
The question brushed his mind, but he pushed it away before it could take root, preferring instead to enjoy the physical and mental reprieve.
Milo finished his meal under the soft, reassuring light, idly listening to the steady vibration of the engines muffled by the ship’s insulation. A sound now familiar, like the rest of the Mistralis, which he had come to accept as his environment for the coming months. A very different atmosphere from the lower decks, one he would not miss for anything…
Except perhaps one detail.
He had never truly had time to know the other slaves on the barge, trapped in an endless grind that crushed any attempt at bonds… yet he missed their presence. The instinct of prey in a group, reassured by being diluted within a mass that increased its chance of escaping a predator.
Here, there was only him.
“…And Lord Karneth…” he completed his thought, carefully pronouncing it.
He winced in embarrassment at his earlier mistake, touching his cheek absently. Nostraman was the dominant language aboard the barge, yet he had never been able to learn it. He had always relied on other slaves who understood enough orders to translate… but here, his master constantly lowered himself to speak Low Gothic so he could understand.
But it was not for him to adapt. If he ever grew tired of this persistent effort…
I need to learn Nostraman… he told himself, tightening his grip on the empty ration packet. I can’t become a serf if I can’t understand my master!
However, there was only one option available: ask the Astartes to teach him.
Just thinking about it tightened his stomach again. Asking Lord Karneth for his time, already so patient with him, felt like insolence. Especially since the latter tolerated mistakes poorly, mistakes that were inevitable in any linguistic learning process.
The hand that had been brushing his cheek moved instinctively to his mouth, now worried for his teeth.
But Milo was far more concerned for his life..
He did not want to return to the lower decks. He did not want to be hunted again through the barge’s corridors like prey. To prove himself worthy of a serf of the upper decks, to hope to remain between Lord Karneth’s paws, he would have to speak the language of the Night Lords.
And he would need to find the courage, and the most appropriate moment, to ask his lord for help.
The months of travel ahead suddenly felt far too short, yet perhaps they would be enough to give him the basics of that aggressive language… just enough to convince the Astartes to keep him upon their return to the barge.
Milo swallowed, then repeated the only Nostraman word he had managed to remember so far.
“Cool…va?”
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Notes
My first language is French, and when I learned English, the -th sound was clearly an obstacle to overcome because that sound doesn’t exist in French ^^' It actually took me years before I could finally pronounce it without having to think about it X)
Just so you know, I first write the story in French and then translate it into English. So it probably works a bit less in this version since the characters are speaking English/Low Gothic...
Résumé
Milo et Karneth trouvent leur équilibre à bord du Mistralis.
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Il ne m’a pas tué...
Milo hyperventilait, incapable de détacher son regard de l’encadrement de la porte laissée grande ouverte. Il respirait si vite que l’air lui brûlait la gorge comme s'il courrait encore dans les couloirs de la barge.
Il ne m’a pas tué...
Une pensée primitive lui hurlait de fuir de la pièce, une autre de ne surtout pas bouger, au risque de recroiser l'Astartes plus loin. Son corps refusait de toute façon de lui obéir et le tétanisait à l'endroit même où on l'avait laissé tombé, affaissé contre le mur et les doigts crispés sur le matériel autour de lui.
Il ne m’a pas tué...
Au loin, des bruits lourds et répétitifs résonnaient dans la structure du vaisseau. Des pas clairement identifiés maintenant, qui allaient et venaient méthodiquement, cherchant apparemment si d'autres comme lui s'étaient invités à bord.
Ce Maitre là était assurément différent de ceux qu'il avait croisé les dernières heures, s'affrontant ou arrachant sans raisons la vie des esclaves. Milo avait seulement interféré avec ses... projets, quelle qu'était la raison qui l'avait poussé à prendre ce vaisseau pourtant conçu pour les humains. Les raisons des demi-dieux ne regardaient qu'eux.
Mais se retrouver face à un des Maitres furieux et rester en vie était une chance dont peu d'esclave pouvait se vanter. Il ne l’avait pas puni pour être à bord. Milo sentit son ventre se tordre.
Pas encore...
Le destin sembla se jouer de lui, car au moment où il acheva sa pensée, une voix éclata dans tout le vaisseau, amplifiée et déformée par un vox.
"Humain ! Viens à moi. Tout de suite... Si tu ne veux pas que ce soit moi qui vienne à toi..."
Un ordre sans possibilité de s'y soustraire, qui vibra dans les parois et jusque dans ses os. Un frisson glacé coula le long de son dos en s'en sachant au centre. Il lui fallut plusieurs longues secondes pour reprendre conscience de son propre corps engourdit par l'adrénaline, pour sentir ses mains, ses jambes, pour comprendre qu’il pouvait encore bouger... Ou plutôt qu'il devait bouger.
Qu'importe ce que lui voulait l'Astartes, que ce soit pour le punir ou non... Il devait absolument lui montrer qu'il n'y avait pas une once de rébellion dans ses veines. Qu'il n'était pas monté à bord de ce vaisseau pour déserter ou désobéir d'une quelconque façon.
Le stress d'être en train de faire attendre un de ses Maitres parvint à lui donner l'impulsion de se relever. Lentement, maladroitement, il se remit sur ses jambes tremblantes et un pas après l'autre, les força à se diriger vers la porte ouverte comme une gueule qui attendait de se refermer sur lui.
Il s'aventura dans le couloir sombre sans même savoir où il devait aller, avançant à tâtons en longeant le mur d'une main, la respiration hachée. Chaque pas lui donnait l’impression de se rapprocher de sa propre exécution, lui intimant de faire demi-tour et retourner se cacher au milieu des balais... Mais les conséquences d'une désobéissance semblaient bien plus terrifiantes et prévisibles. Il valait mieux que ce ne soit pas le Maitre qui vienne à lui.
Une seule pensée tournait en boucle, fragile et désespérée, mais il s'y accrochait avec espoir.
Il ne m’a pas tué...
...Alors peut-être qu’il ne le ferait pas ?
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Immobile au milieu du salon, Karneth patienta quelques secondes après son ordre. Puis enfin, la signature thermique de l'humain s’anima.
Au moins, celui-là a tous ses neurones...
Il attendit dans le silence, jusqu’à percevoir ses pas hésitants approcher dans le couloir. Lorsqu'il atteignit finalement le seuil, l’humain se figea net en le voyant trôner droit au centre de la pièce. Son corps transpirait d'une détresse évidente rien que par sa vue, et une odeur de peur explosa dans le salon. Bien. C'était exactement ce qui était attendu de lui.
Karneth ne dit rien. Il se contenta de pointer du doigt le sol devant lui.
Le mortel déglutit, les épaules tendues, et il avança comme si chaque pas lui coûtait un effort immense. Plus il approchait, plus son regard s'orientait vers le sol, évitant soigneusement les optiques rouges braquées sur lui par crainte d'exprimer une quelconque forme de provocation. Lorsqu’il l'atteignit enfin, ses jambes cédèrent presque aussitôt. Il tomba à genoux à ses pieds, autant par faiblesse que par soumission.
l'Astartes l’observa un instant, impassible, avant de demander froidement en Bas Gothique.
"Ton nom."
Comme un moteur qui peinait à se mettre en marche, la voix tremblante du jeune homme bégaya un instant avant d'articuler faiblement.
"M-Milo, m-monseigneur…"
"Milo…"
Karneth répéta lentement, faisant rouler la sonorité entre sa langue et ses dents comme s'il découvrait un met étranger. Un met au goût fade, sans aspérité ni caractère. L’humain frémit en entendant son nom répété ainsi.
"Tu ne parles pas le Nostramien."
Ce n'était pas une question, mais l'humain hocha quand même négativement la tête, le regard toujours fixé sur ses pieds.
Une grimace agacée tira brièvement ses traits sous son casque. Il détestait le Gothique, langage universel de ce foutu Imperium. Le Nostramien était la langue principale parlée à bord de la barge, donc essentiel pour y survivre. Surtout en tant qu'esclave. S’il ne le parlait pas… alors cela signifiait qu'il venait des ponts les plus inférieurs, à la machinerie. Là où l'on envoyait ceux destinés à mourir à la tâche.
Il l'observa avec un peu plus d'attention : une tignasse châtain en désordre, un épiderme marqué de saletés, de bleus et d’égratignures… mais le mortel avait tous ses membres et tous ses sens. Sa peau était presque sur ses os suite à la malnutrition à bord, mais son corps semblait encore assez vaillant pour servir. En tout cas, plus que ses haillons rapiécés qui semblaient à deux doigts de se décrocher entre eux. Ses pieds étaient nus et noircis par la crasse.
"Quel est ton rôle à bord de la barge ?"
"Je… Je suis à l’entretien, monseigneur…"
"Précise."
Milo se crispa nerveusement. Il savait que l'Astartes était en train de décider de son sort.
"U-Un peu de tout, monseigneur ! Entretien des moteurs… du matériel… de la tuyauterie..."
Karneth leva les yeux au ciel et soupira de dépit : il avait vu juste.
Je suis tombé sur le plus sous-fifre des sous-fifres…
Pourtant la frêle créature était encore en vie, un fait suffisant pour nuancer son jugement. S’il avait pu survivre à bord, c’est qu’il était parvenu à être utile. Et plus encore, il avait réussi à quitter les massacres des ponts inférieurs et se frayer un chemin jusqu'au Mistralis sans se faire tuer.
"Debout."
L’ordre claqua fermement sur sa langue. Milo s’exécuta tant bien que mal, se hissant sur ses jambes tremblantes, ses bras ramenés contre sa poitrine comme s'il ne savait pas quoi en faire. Il se dressa mais sa posture demeura en partie voutée, sa tête toujours orientée vers le sol pour fuir son regard.
Karneth leva ses mains et son mouvement fit fermer les yeux à Milo qui s'attendit à recevoir un coup... mais elles atteignirent son casque. Un souffle d’air pressurisé s’échappa de son col en un léger sifflement avant qu’il ne le retire complètement.
Sans un mot, il le força dans les bras du jeune homme. Ce dernier referma par reflexe ses mains sur ce qu'on lui tendait, et ses genoux fléchirent en en accueillant pleinement le poids, manquant de le faire tomber. Ses yeux se posèrent sur la surface de céramite, en partie couverte d'une substance qu'il reconnut même sans assez de luminosité pour distinguer la couleur rouge.
Confus et ne sachant pas ce qu'on attendait de lui, il leva par reflexe les yeux vers Karneth.
Une peau pâle, presque translucide. Des yeux entièrement noirs comme deux puits d’encre. Des cheveux lisses et sombres plaqués vers l'arrière qui tombaient comme de l'eau sur ses épaules. Des traits durs et marqués, et pourtant habités par une forme d’élégance froide et dérangeante.
Milo n’avait probablement jamais vu le visage d'un Night Lord d'aussi près, car il le dévisagea de longues secondes avant d'en prendre conscience et détourna son regard d'un coup, bafouillant des excuses. Karneth ne s'en formalisa pas et pointa du doigt son casque.
"Puisque tu sais nettoyer… Nettoie ça."
L'instant sembla se suspendre pendant un instant. Milo fixa le casque dans ses mains... Puis quelque chose changea dans sa posture et son visage s'éclaircit comme s'il venait d'avoir un déclic.
On lui offrait l'opportunité d'être utile. Et être utile était le meilleur moyen de rester en vie.
"O-Oui maître !" il s'exclama en se ragaillardissant d'un coup.
Il se rua presque vers le canapé pour s'y assoir avec le casque sur ses genoux. D'un geste sûr et sec, il arracha une de ses manches et se mit à frotter le sang sur la céramite comme si sa vie en dépendait.
Ce qui en un sens était vrai.
Karneth observa son zèle avec la sensation satisfaisante que l’ordre des choses venaient d'être restauré.
Puis, sans un mot, il désengagea les ports de connexions qui reliait son corps à son armure et ses charnières se déverrouillèrent dans une successions de cliquetis secs. Le bruit fit tressaillir Milo, qui fit au mieux pour rester concentré sur sa tâche. Une pièce après l’autre, il commença à s'en délester et les poser au sol, révélant peu à peu la combinaison noire qui l'habillait. Chaque élément était souillé de saletés en tout genre et demandait à être nettoyé. De toute manière, il n’allait pas passer les prochaines semaines enfermé là-dedans, le vaisseau était déjà bien assez étroit pour lui.
Finalement libéré de son blindage, Karneth s’assit lourdement sur le canapé, à quelques centimètres à peine de Milo. Le mortel se crispa, assurément dérangé par la proximité et semblant hésiter entre quitter sa place ou ne surtout pas interrompre son travail. L'Astartes l'ignorait, alors il priorisa la deuxième option.
Karneth se mit à inspecter ses armes. Quand la mutinerie avait éclaté, il avait dû réagir vite et n'avait emporté que ce qu'il portait déjà sur lui. Son pistolet bolter, qu’il tourna entre ses mains, évaluant son encrassement et ce qu'il lui restait de munitions. Son épée tronçonneuse, dont les dents étaient encore chargées de diverses matières. Puis enfin sa dague, n'ayant pas servi depuis quelques temps et relativement propre.
Il se pencha sans prévenir vers Milo, et arracha d’un coup sec un pan déjà déchiré de son pantalon au niveau du genou. L’humain sursauta violemment, laissant échapper un couinement étranglé en se recroquevillant sur lui-même... Mais Karneth se replaça sans plus dans le canapé et se mit à utiliser le tissu pour nettoyer ses armes souillées. Milo canalisa la peur qui lui tordait les tripes et se remit lentement au travail, essayant d'intégrer que son maitre n'allait pas le tuer alors qu'il venait juste de lui trouver une utilité.
Le salon se vit plonger dans un calme ni vraiment confortable ni vraiment désagréable, donnant l'impression que le temps s'était figé et qu'un certain équilibre venait de se mettre en place.
Démonter. Nettoyer. Vérifier. Remonter. Des gestes ancrés à en devenir mécaniques, exécutés sans plus avoir besoin d'y penser. Distrait par la répétition, l'esprit de Karneth dériva lentement ailleurs.
Cinq chargeurs... Il ne me reste que cinquante tirs...
Ses narines se froncèrent légèrement. Sa légion souffrait déjà d'une lente agonie logistique... Mais maintenant qu'il était seul, les raids et les pillages pour se réapprovisionner ne seraient plus des formalités brutales assurées par la force du nombre.
Chaque balle devrait compter. Chaque tir devrait être justifié. Chaque proie choisie avec précaution.
Et quel genre de proie ?
Pour la première fois, la question ne sembla pas évidente.
Il n'avait pas l'intention de perdre son temps à poursuivre la vengeance vaine de sa Légion à l'égard de l'Imperium. Ce serait toujours un plaisir de l'attaquer à l'occasion pour en piller des ressources, mais maintenant qu'il était seul, il ne pouvait plus se permettre l'ambition qu'offrait l'effet de meute. Il devrait viser au mieux des installations modestes, des petits avant-postes négligés et isolés... en espérant qu'il y ait des choses intéressantes à y pilier. L'Imperium était peu ancré dans ce système en marge de ses frontières, négligeant ses défenses. C'était la raison même pour laquelle sa Compagnie avait choisi d'attaquer Nulaven.
Restait la vermine : la pègre, les gouvernements corrompus, les contrebandiers, les marchés noirs et autres gangs locaux... Des cibles surement plus intéressantes, mais peut-être mieux organisées et défendue que les structures impériales. Il suffisait de jeter un coup d'œil à la cale du Mistralis et la qualité de certains produits pour comprendre que ce bisness était alimenté par des personnes puissantes.
Je pourrais déjà en revendre une partie sur Ashmire, ça me laissera le temps de...
Il suspendit sa pensée. Le temps de quoi ? D'acheter du temps ? Vendre pour acheter des munitions et des vivres, pour à nouveau piller et revendre ? Il avait du mal à se faire une idée d'à quoi allait ressemblait sa vie...
Il repoussa ces réflexions agaçantes et probablement prématurées. Il devrait plutôt se concentrer sur l'instant présent s'il voulait mieux planifier l'avenir.
Ses yeux glissèrent instinctivement vers l’humain assis à côté de lui.
En parlant de vivres...
Il allait devoir prendre en compte cette petite présence inopinée et vérifier les rations à bord, s'assurer qu'il y en aurait assez pour eux deux sur quatre mois et deux semaines. Milo n'avait aucune idée de ce dans quoi il s'était embarqué en se planquant à bord. Aucune idée qu'il aidait un déserteur parti pour un aller simple.
Devrais-je lui dire ?
Son regard en coin devint plus insistant, apparemment assez pour être ressentit par le concerné qui se tendit aussitôt sous le poids de son attention. Son corps relâcha des phéromones qui ne laissèrent pas de doutes sur la peur que lui inspirait sa seule présence.
Karneth inspira lentement cette odeur familière.
Le Night Haunter avait appris à sa légion comment utiliser la peur en un outil de contrôle, de discipline et de justice. Un outil chirurgical, qui frappait précisément et profondément les esprits pour les mettre dans le rang... Pas une hache qu'on agitait dans une foule, comme le faisaient les Night Lords d'aujourd'hui. La peur s'appliquait avec mesure et cohérence, afin que l'obéissance offre une zone de sécurité juste assez confortable pour ne pas susciter le besoin de se rebeller.
Mais la peur avait aussi ses limites, et Karneth n'aima pas le doute qui s'immisça dans ses pensées. Si l'humain comprenait que son maitre était un déserteur, il risquerait de penser qu'il était désormais le seul obstacle entre lui et sa liberté. Que s'il parvenait à se débarrasser de lui, ce serait sans risque de représailles de la légion. Qu'il pourrait prendre ce vaisseau et en devenir le seul maitre pour aller où bon lui semblait... Ou en tout cas, que ça valait le coup d'essayer.
Les lèvres de l'Astartes se crispèrent en une ombre de rictus.
Non, aucune chance. Milo aurait pu profiter du chaos pour voler le Mistralis. Au lieu de ça, il s'était misérablement recroquevillé dans un coin. Il était soit une petite chose trop lâche, soit pas assez compétent pour piloter le vaisseau. Dans les deux cas, le jeune homme n'était pas un danger physique. Son expérience au sein des ponts inférieurs de la barge l'avait déjà bien assez brisé et conditionné à obéir pour espérer survivre un jour de plus.
Chaque mouvement de Karneth faisait tressaillir le mortel, comme si le moindre geste pouvait devenir un déchainement de violence, un rappel de sa supériorité et un avertissement pour tout écart à l'ordre. Et même si cette petite chose ne représentait pas une réelle menace, il avait tout intérêt à ce que cela dure.
Il n'a pas besoin de savoir... il trancha en achevant de nettoyer son épée tronçonneuse.
Milo termina également sa propre tâche. Très lentement, comme pour avertir de son geste, il se tourna vers son maitre et lui tendit le casque qu'il peinait à soulever. Avec une hésitation clairement visible, il avala sa salive et osa demander.
"Q-Qui ai-je l’honneur de servir, m-monseigneur ?"
Sa voix vacilla, incertaine comme s'il doutait encore du fait d'avoir bien été accepté à son bord et à son service. Karneth prit le heaume. Ses doigts glissèrent un instant sur la céramite propre, appréciant distraitement le travail accompli. Puis il répondit le plus simplement du monde, sans y mettre la moindre forme.
"Karneth."
Cela faisait bien longtemps qu'il ne tirait plus de fierté des titres et honneurs à rallonge. De toute manière, ils ne lui serviraient plus. Sans plus d'explications, il lui mit dans les bras une autre pièce de son armure, validant tacitement son travail. Un léger mouvement de menton désigna les divers morceaux de céramite éparpillés au sol.
"Fais le reste."
"O-oui, maître Karnesse !" acquiesça aussitôt Milo avec un soulagement évident dans la voix.
L'Astartes grimaça brièvement, mais se retint de corriger la mauvaise prononciation Gothique de son nom Nostramien. C'était une erreur commune de ceux qui ne maitrisaient pas la langue... Mais il avait mieux à faire que de donner des cours à un esclave.
Bien décidé à faire l'inventaire des rations, il se leva du canapé et quitta le salon, laissant l'humain à sa tâche. Il n'avait aucune appréhension à laisser ses armes dans la même pièce que lui.
Ce n'était pas comme s'il avait la force physique ou mentale de les brandir.
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La silhouette massive disparut dans le couloir, et sans le poids de son armure, le son de ses pas désormais plus légers s'estompèrent jusqu'à échapper à ses sens.
Milo se figea, s'autorisant quelques secondes pour réaliser qu'il était toujours en un seul morceau. Puis lentement, ses épaules s’affaissèrent comme si une tension se relâchait et un long soupir soulagé s'échappa de ses lèvres. Même sans geste hostile, même sans menace explicite, la simple présence de l’Astartes écrasait tout. Il se sentait comme une petite créature logée sous les pattes d’un prédateur immense, qui pourrait le tuer en lui marchant dessus sans même le faire exprès.
Mais il était toujours en vie.
Ses mains se remirent au travail, frottant la pièce d’armure avec une énergie nerveuse. Il avait eu une chance inouïe de tomber sur un maitre qui ne l'avait pas puni d'avoir été au mauvais endroit au mauvais moment. Un maitre qui lui avait offert une chance d'être utile... Mais sa place à bord n'était pas un acquis pour autant.
Ses yeux glissèrent vers les autres pièces d’armure éparpillées au sol. Il se retrouvait malgré lui dédié exclusivement au service d'un Astartes.
Peut-être... Peut-être que je pourrais le rester ?
Ses mains ralentirent légèrement sur cette pensée intrusive. Il avait entendu des rumeurs dans les ponts inférieurs. Certains Night Lords garderaient près d'eux les esclaves les plus compétents, pour les servir plus efficacement. Des serfs, considérés non pas comme utiles, mais comme indispensables, et donc dignes d'être gardés en vie par la Légion. Protégés... ou plutôt, épargnés.
L’idée d'une telle possibilité lui serra la poitrine : quitter les ombres incertaines des ponts inférieurs pour rester dans celle d'un demi-dieu, préservé des autres maitres par son influence.
Si je me rends indispensable, peut-être que le seigneur Karneth...
Le jeune homme secoua la tête, honteux de songer à de telles espoirs. Il n'était qu'un esclave dispensable de la barge, n'ayant jamais appris à faire plus à son bord que récurer. Rien qui ne mérite d'être protégé. Si l'Astartes lui autorisait encore d'être utile quand il aurait terminé de nettoyer son armure, il pourrait une fois de plus s'estimer chanceux.
Son estomac se noua. Il devait au moins exceller dans la tâche qu'on lui avait confié. Nettoyer, il savait faire. Ça l'avait bien gardé en vie les derniers mois de son existence. Ses gestes se firent encore plus minutieux, quitte à en avoir mal aux doigts, et il termina la pièce en s'assurant bien qu’aucun oubli ne pourrait lui être reproché.
Puis il se leva pour en prendre une autre. Ses yeux esquivèrent au mieux les armes que le maitre avait laissé, non pour réprimer des pensées rebelles, mais par appréhension de nourrir celles s'imaginant les blessures qu’elles pourraient lui infliger. Il avisa une des épaulières... Mais la pièce était trop lourde pour être déplacée jusqu'au canapé. Savoir que son maitre pouvait porter ça lui rappela durement l'écart colossal de force entre eux. Qu'importe, le travail devait être fait. Il en fit le tour pour s'agenouiller devant, mais il lui fallut plusieurs secondes pour que l'absence de couleurs due à la faible luminosité ne lui fasse prendre conscience de ce qu'il avait sous le nez.
Son corps se figea instantanément.
Clouée à la céramite comme un trophée macabre, une peau humaine était tendue pour recouvrir en partie l'épaulière. Un visage écorché, rapiécé et étiré dans une expression de terreur, les orbites vides et la bouche béante dans un hurlement muet. Ses traits déformés portaient encore la souffrance qu’ils avaient enduré entre les mains du Night Lord.
Cette vision chassa d'un coup le sang de son propre visage, et un vertige le fit tomber en arrière. Son souffle commença à redevenir erratique et ses membres à trembler. Les battements de son cœur l'assourdirent à nouveau. Le jeune homme n'arrivait pas à détourner le regard, saisit par la vision d'horreur devant lui.
Un cruel rappel de ce qu'il y avait derrière l'apparente clémence du seigneur Karneth.
Un monstre.
Un être qui pouvait enchainer quelqu'un à un mur et le maintenir en vie tandis qu'il lui arrachait lentement la peau du visage, pour la porter fièrement comme un accessoire. Était-ce autrefois celle d'un esclave ? D'un prisonnier ennemi ? D'un traitre ? Ou celle d'un civil quelconque qui avait eu le malheur de croiser sa route ?
Milo déglutit et se concentra sur sa respiration, tentant d'en reprendre le contrôle. Ses doigts se resserrèrent sur le chiffon improvisé dans sa main, crispée à en blanchir. Ce n'était pas la première fois qu'il voyait ça. Certes, jamais d'aussi près, mais ce n'était pas nouveau. Ce n'était pas le premier monstre qu'il croisait.
Qu'importe d'où venait cette peau... Tant que ce n'était pas la sienne.
"Être utile..." il se murmura pour se ragaillardir.
Il se repositionna avec une lenteur extrême et, l'esprit replié sur l'importance d'exécuter la tâche confiée, il commença à nettoyer les éclaboussures de sang sur la peau tannée.
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Une fois à la réserve, Karneth fut accueilli par la même montagne de vivres lyophilisés qu'il avait aperçu la première fois qu'il était entré dans le vaisseau. Entre le raid et la mutinerie qui avait suivi, c'était une chance que personne sur la barge n’ait eu le temps de mettre la main dessus.
Il prit le temps de tout compter, de tout examiner, de réorganiser les caisses selon la valeur calorique des rations. Son esprit déroula méthodiquement chaque variable, chaque scenario et comment ils pouvaient se répercuter sur ces réserves : avec ou sans Milo à nourrir, avec ou sans problèmes moteurs pour ralentir le voyage, potentielles erreurs de trajectoire ou nécessité de la changer, rencontres inattendues...
Cette pièce disposait en apparence de bien assez pour nourrir deux personnes sur un trajet d'au moins un an, quels qu'étaient les imprévus... Mais c'était sans compter sur un détail qui changeait tout.
Karneth était un Astartes. Et pour fonctionner, son corps quémandait au moins dix fois plus de calories qu'un humain. Pour un trajet de 134 jours sans retard, les caisses de vivres en présentaient juste assez pour lui assurer le trajet seul jusqu'à Ashmire.
Mais s'il prenait en compte Milo dans ses calculs, cela voulait dire qu'il allait devoir réduire son propre rationnement pour assurer celui de l'humain.
Karneth grimaça de déplaisir à l'idée de se serrer la ceinture pour cet avorton.
Un choix devait être fait.
Garder l'humain et lui déléguer les tâches à bord... mais lui céder une partie de sa nourriture.
Ou se passer de l'humain, avoir toutes les rations pour lui... mais maintenir seul le vaisseau pendant des mois.
Il se surprit à hésiter.
Garder Milo le contraindrait à réduire ses activités à bord, pour minimiser l'impact du déficit calorique. Pour un être comme lui, évoluant constamment dans la surstimulation mentale et physique, la perspective d'une telle apathie sonnait comme extrêmement débilitante... Mais ce n'était pas comme s'il pourrait de toute façon faire grand chose de stimulant à bord de ce vaisseau, autre que des corvées de maintenance. Au moins, l'humain pourrait pourvoir à sa place de ces tâches qui convenaient bien plus à un esclave.
"On verra bien dans les prochains jours s'il en vaut le coup..." il trancha en maugréant.
Il valait mieux pour lui. Si le mortel se révélait incompétent, il n'aurait pas de scrupules à faire de lui une source supplémentaire de calories.
L'inventaire désormais fait, Karneth traversa le vaisseau pour revenir dans le salon.
Milo était assis nerveusement au bord du canapé, comme s’il n’osait pas s’y installer. Dès que son maitre entra, il se laissa glisser au sol et se mit à genoux, tête baissée et les mains crispées posées sur ses cuisses.
Karneth l’observa un instant en silence. Le mortel tremblait toujours, assurément terrifié par sa seule présence, mais il y avait autre chose. Il semblait plus pâle, son regard plus hagard, sa respiration plus profonde comme si son corps cherchait plus d'oxygène.
Il n’avait pas l’habitude de gérer et entretenir des humains, encore moins de se soucier de leurs besoins, mais il avait néanmoins bien conscience de leurs limites… Et cette journée chaotique avait dû être longue pour une petite chose comme lui, déjà surexploitée dans les ponts inférieurs. Il allait devoir le ménager un peu pour espérer en tirer quelque chose de durable.
Ses yeux de jais se portèrent sur les diverses pièces d'armure réparties au sol. Chaque plaque de céramite semblait impeccable, parfaitement débarrassée des traces de sang et de crasses accumulées malgré les moyens dérisoires. Milo avait déchiré davantage de ses vêtements pour improviser des chiffons, lui donnant l'air encore plus misérable. Le bout de certain de ses doigts saignait légèrement. Ça n'avait rien de louable, mais ce zèle apaisa un peu l'amertume qu'il lui vouait à devoir partager ses rations avec lui.
L'air était encore chargé de l'odeur des phéromones humaines associées à la peur et au stress. Karneth savait que son contrôle sur lui en dépendait, mais il connaissait aussi l'importance de bien doser cette pression pour ne pas le briser ni susciter de pensées rebelles. Milo n'avait connu que la terreur grossière et bruyante des Night Lords d'aujourd'hui, incohérente et avide, frappant indifféremment même quand le travail était bien fait. Karneth comptait lui faire découvrir celle de Nostramo : celle qui s'abattait là où l'ordre manquait, mais que sous son ombre, chaque être pouvait prospérer. Par sa soumission et son obéissance, Milo détenait les clés de sa propre sécurité.
Karneth détourna les yeux de son armure propre, émettant un bref grognement satisfait pour seul validation. L’absence de reproche était déjà bien assez parlant.
"Nous en avons pour plusieurs jours de voyage."
Sa voix caverneuse était calme, mais sa soudaine prise de parole fit tressaillir les épaules du mortel.
"J’ai pris la seule chambre. Trouve-toi un endroit où dormir."
Cela sembla étonner l'humain, qui redressa vers lui des yeux confus mais animés par l'espoir inespéré qu'on l'autorisait à aller se reposer.
"Tu peux circuler dans le vaisseau et utiliser ce dont tu as besoin... Mais tu n'iras ni dans la réserve, ni dans la cale sans mon autorisation."
"T-Très bien, monseigneur..." acquiesça Milo en opinant activement du chef.
Karneth enchaina.
"J'ai calculé les rations nécessaires pour ce voyage en tenant compte de ta présence..."
D'un pas lent et mesuré, il commença à avancer vers lui et reprit d'un ton plus dur.
"Je connais exactement le nombre de rations disponibles. Je te les apporterai moi-même, quand j'aurais décidé que tu le mérites."
Milo sentit le changement d'humeur et se tendit, ses lèvres se pincèrent en une ligne mince. Fébrile, il baissa à nouveau les yeux vers le sol alors que son maitre arrivait à son niveau. Karneth se pencha sur lui, assez près pour que le souffle de sa voix agite ses cheveux.
"Si je découvre qu'il en manque… Je t'arrache un membre et je le boufferai pour compenser."
Une goutte de sueur déferla sur le visage de l'humain, qui déglutit bruyamment et acquiesça silencieusement. Satisfait de s'être fait comprendre, Karneth se redressa et maugréa distraitement.
"Je suis obligé de réduire mes propres rations pour que tu en ais..."
Il fut presque surpris de voir Milo se redresser brusquement pour le regarder avec de grands yeux. Sa voix tremblante s'étrangla presque en se précipitant pour parler.
"M-merci infiniment, maitre Karnesse !"
L'Astartes en oublia l'erreur de prononciation tant ces mots le saisirent par leur manque de familiarité. Qu'importe la langue, il ne se souvenait même pas de la dernière fois qu'on l'avait remercié.
Mais au moins, le mortel reconnaissait le sacrifice qu'il faisait pour lui.
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Milo était retourné s'enfermer dans la pièce où était rangé le matériel d'entretien.
C'était le seul endroit où il était à peu près sûr de ne pas croiser le Night Lord par inadvertance. Ce dernier était en train de rassembler les pièces de son armure dans le salon. A l'instant où il avait reçu le droit de s'éclipser, Milo l'avait fui sans considération pour le confort qu'offrait le canapé. Dormir en présence d'un des maitres sonnait comme un affront.
Après l'interminable journée de service dans les ponts inférieurs de la barge, après l'incompréhensible chaos et la traque dans les couloirs, après avoir été surpris par le seigneur Karneth à son bord, après l'ascenseur émotionnel de se penser condamné puis finalement accepté à son service, après avoir nettoyé son amure de fond en comble... Il n'en pouvait plus, physiquement et mentalement. Il avait faim, il avait soif, il avait froid... Mais plus que tout, il désespérait de pouvoir dormir.
Et pour la première fois, on l'y autorisait.
Le jeune homme s'était roulé en boule sur ce qu'il avait pu trouver : des serpillières usées, des chiffons encore imbibés de produits chimiques... Un matelas dérisoire, mais c'était déjà mieux que ce qu’il avait connu : sur la barge, "dormir" consistait à s'écrouler par terre quand personne ne surveillait. C'était le seul moyen de se reposer, sinon on ne le laissait jamais faire. Puis il reprenait le travail quand un autre esclave le surprenait et le réveillait par crainte qu'il ralentisse les quotas.
Il n'avait plus l'habitude de dormir d'une seule traite. Son esprit s'abandonnait au sommeil par intermittence, appréhendant l'arrivé de quelqu'un pour le remettre au travail. Savoir qu'un monstre rodait dans les parages n'aidait pas... Mais cette fois personne ne venait, et ses pensées épuisées avaient enfin accepté de baisser leur garde pour s'abandonner à un repos plus que nécessaire.
Il dormait comme une souche quand la porte s’ouvrit brusquement.
Le bruit le traversa comme une décharge. Avant même de comprendre ce qu'il faisait, son corps se redressa maladroitement et son esprit désorienté chercha la source du son. En reconnaissant la silhouette massive de son maitre sur le seuil, Milo se laissa tomber à genoux, tête baissée et le cœur douloureux tant il rebondissait dans sa poitrine.
"M-Monseigneur ! Je suis à votre service, monseigneur !" il balbutia spontanément, incertain de savoir s'il disait ça pour lui ou l'Astartes.
Sa présence imposante ne disait rien, comme s'il observait et jugeait son choix de s'être installé là. Puis il y eut un mouvement, et quelque chose tomba sur lui sans violence. Malgré la frayeur de ce contact inattendu, Milo contint sa panique et se redressa légèrement pour attraper et comprendre ce qu'il venait de lui jeter.
Des vêtements. Propres et en bon état.
Incrédule, le jeune homme ouvrit la bouche sans parvenir à formuler un mot. Non, ce n'était peut-être pas ce qu'il pensait...
"Tu te laveras avant de les mettre. J'ai pu te retrouver à l'odeur..." grogna la voix caverneuse. "La salle d'eau est après le salon."
Cette fois, Milo releva des yeux médusés dans sa direction.
L'Astartes avait retiré sa combinaison noire. Il portait un assemblage de vêtements trop petits pour sa stature, probablement trouvés dans la chambre, découpés et recousus ensembles pour l'habiller d'un pagne et d'une sorte de peignoir qui le couvrait plus ou moins. Sa peau exposée ressortait avec une blancheur presque surréelle dans l'obscurité. Des ports de connexion circulaires perforaient ça et là son épiderme, révélant les zones où son système nerveux se connectait à son armure. En voyant ainsi pour la première fois la masse musculaire monstrueuse d'un des demi-dieux, cette puissance crue, Milo comprit pleinement pourquoi ils étaient considérés comme tels. Il y avait quelque chose de profondément dérangeant dans la vision d'un organisme construit sur une logique humaine, tout en étant pourtant si peu humain.
Il en vint même à penser que l'armure de céramite était moins terrifiante.
Absorbé par sa contemplation, il réalisa tardivement que son seigneur lui tendait un sachet de ration lyophilisé. Milo le fixa bêtement, se demandant sérieusement s'il n'était pas encore en train de dormir. Son esprit fatigué refusait encore de croire qu'il lui avait donné des vêtements.
Le géant soupira devant son manque de réaction et lui jeta le sachet sur les genoux.
"Le système de réhydratation est dans le salon. Je crois que c’est la seule source d'eau à bord qui soit potable pour un mortel..."
Il fit volteface en attrapant la poignée.
"Je reviens te chercher dans trente minutes. Soi prêt."
Puis il partit en claquant la porte.
Milo resta immobile, les vêtements dans les mains, le sachet sur les genoux. L'esprit complètement court-circuité.
Un genre de système de survie automatique s'enclencha quelque part dans son cerveau. Lentement, mécaniquement, son corps se releva de lui-même et se mit en marche vers la porte. Trente minutes. Il avait trente minutes pour se laver, s'habiller, manger. Il devait être prêt dans trente minutes...
Mais ses jambes flanchèrent, et il se rattrapa maladroitement contre le mur. Ses doigts heurtèrent quelque chose. Il y eut un déclic, et une lumière blanche jaillit du plafond comme une douche glaciale.
Milo étouffa un cri de surprise en portant ses mains à ses yeux, douloureusement aveuglé. Dans un primitif sentiment d'urgence, il chercha frénétiquement l’interrupteur. Ses doigts en devinèrent la surface et un déclic plus tard, l'obscurité revint en le laissant haletant et le cœur battant à tout rompre. Ses yeux se raccommodèrent difficilement aux ténèbres et depuis que son maitre était venu, il eut enfin l'impression d'être vraiment réveillé.
De la lumière.
Il y a de la lumière ici... il réalisa en relevant la tête vers le bulbe suspendu au plafond.
Les Night Lords la haïssaient, leurs yeux étant conçus pour évoluer dans les environnements nocturnes. La barge était ainsi plongée dans une obscurité constante, où chaque source lumineuse était perçue comme un désagrément voire une offense. Un danger qui attirait l'attention. Comme tous les autres esclaves, Milo avait du apprendre à s'en passer, à travailler et se mouvoir dans cette obscurité angoissante. On lui accordait parfois une lanterne sourde pour les tâches les plus minutieuses... Mais là, là...
C'était la première fois depuis si longtemps qu'il avait la possibilité de chasser totalement les ténèbres de son environnement et de "voir".
Il baissa les yeux vers l'interrupteur. Sa présence faisait sens après tout, le vaisseau semblait conçu pour les humains, et il y en avait probablement d'autres à bord.
Milo eut soudain l'impression de détenir un secret hautement précieux. Dans cette petite pièce isolée, l'éclairage n'importunerait pas son maitre. Il avait terriblement envie de le réenclencher, juste un peu... Mais une pensée avisée craignit que ses rétines perdent leur accommodation avant le retour du seigneur Karneth.
Plus tard... il s'intima prudemment. S'il m'autorise encore à dormir ici...
Cette pensée fit craquer quelque chose en lui.
Ses jambes cédèrent à nouveau, mais cette fois, Milo ne tenta pas de se retenir. Il s’effondra à genoux, serrant les vêtements et le sachet contre lui. Il se mit à sangloter. Peut-être était-ce du soulagement, ou juste ses nerfs qui lâchaient après le stress de toutes ces récentes expériences. Mais pour certitude, cela lui fit un bien fou.
L'espoir de devenir le serf personnel du seigneur Karneth revint l'habiter avec audace. Après toutes les faveurs qu'il lui avait accordées, il se sentit légitime d'y croire. Certes, il servirait un monstre. Mais un monstre d'une improbable clémence, alors même qu'il n'aurait pas dû être là : de la nourriture généreusement cédée de son propre rationnement, des vêtements pour remplacer ses haillons, un peu de temps de sommeil, un endroit qui lui offrait un minimum d'intimité... Et de la lumière.
Il ignorait si le chaos qui s'était emparé de la barge allait devenir la nouvelle norme... Mais l'idée de perdre tous ces privilèges à peine acquis, de retourner travailler parmi les horreurs des ponts inférieurs, lui souleva des angoisses plus puissantes encore que celle de devoir se tenir entre les pattes d'un monstre. Surtout si celui-ci estimait qu'il méritait d'être entretenu et préservé des autres monstres.
Milo se ressaisit et essuya ses joues, se rappelant qu'il n'avait que trente minutes pour se préparer. Son seigneur avait apparemment quitté la barge pour une mission de plusieurs jours. Ça lui laissait donc quelques jours pour lui prouver son utilité.
Pour devenir indispensable... il songea en se mordant les lèvres.
English isn’t my first language, so feel free to point out any weird wording, sentences, or expressions... It’s probably just a translation mistake! (I’m pushing myself a bit to post in English to step out of my comfort zone)
Ch.1 / Ch.2 / Ch.3 / Ch.4 / ...
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Chapter 2 - Serf
Summary
Milo and Karneth find their balance aboard the Mistralis.
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He didn’t kill me…
Milo was hyperventilating, unable to tear his gaze away from the doorway left wide open. He was breathing so fast the air burned his throat, as if he were still running through the barge’s corridors.
He didn’t kill me…
One primitive instinct screamed at him to flee the room, another warned him not to move at all, lest he run into the Astartes again. His body refused to obey him anyway, locking him in place where he had been dropped, slumped against the wall, fingers clenched tight around the equipment nearby.
He didn’t kill me…
In the distance, heavy, rhythmic sounds echoed through the ship’s structure. Footsteps, unmistakable now, pacing back and forth methodically, apparently searching to see if others like him had made their way aboard.
This Master was clearly different from the ones he had encountered over the past few hours, fighting among themselves or tearing the lives out of slaves without reason. Milo had only interfered with his... plans, whatever reason had driven him to take a vessel built for baseline humans. The motives of demi-gods were theirs alone.
But to come face to face with one of the Masters in a rage and survive was a stroke of luck few slaves could claim. He hadn’t punished him for being on board. Milo felt his stomach twist.
Not yet…
Fate seemed to mock him, because the moment the thought crossed his mind, a voice rang out through the ship, amplified and distorted by a vox.
“Human! Come to me. Now… unless you want me to come to you…”
An order that allowed no refusal, vibrating through the walls and into his bones. A cold shiver ran down his spine as he realized he was at its center. It took him several long seconds to regain awareness of his own body, numbed by adrenaline, to feel his hands, his legs, to understand that he could still move… or rather, that he had to.
Whatever the Astartes wanted from him, punishment or not… He had to show him there wasn’t a trace of rebellion in his veins. That he hadn’t boarded this ship to desert or disobey in any way.
The stress of making one of his Masters wait was enough to force him into motion. Slowly, clumsily, he pushed himself upright on trembling legs and, step by step, forced them toward the open doorway, like a maw waiting to close around him.
He ventured into the dark corridor without even knowing where to go, moving blindly, one hand trailing along the wall, breath ragged. With every step, he felt as though he were walking toward his own execution, his instincts urging him to turn back and hide among the brooms… but the consequences of disobedience felt far more certain, and far more terrifying. Better that the Master not come to him.
Only one thought kept circling in his mind, fragile and desperate, yet clung to with hope.
He didn’t kill me…
…so maybe he wouldn’t?
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Immobile in the middle of the lounge, Karneth waited a few seconds after giving his order. Then, at last, the human’s thermal signature stirred.
This one still has a functioning brain…
He remained silent, listening until he could make out hesitant footsteps approaching down the corridor. When the human finally reached the threshold, he froze at once at the sight of Karneth standing tall in the center of the room. His body radiated obvious distress at the mere sight of him, and the scent of fear flooded the space. Good. It was precisely what was expected of him.
Karneth said nothing. He simply pointed at the floor in front of him.
The mortal swallowed, shoulders tense, and stepped forward as if each movement cost him a tremendous effort. The closer he came, the more his gaze dropped, carefully avoiding the red optics fixed upon him for fear of seeming even remotely defiant. When he finally reached him, his legs almost gave out immediately. He collapsed to his knees at his feet, as much from weakness as from submission.
The Astartes observed him for a moment, impassive, before asking coldly in Gothic.
“Your name.”
Like an engine struggling to turn over, the young man’s trembling voice stuttered before managing to form the words.
“M-Milo, m-my lord…”
“Milo…”
Karneth repeated it slowly, rolling the sound between his tongue and teeth as though tasting something foreign. A bland thing, without edge or character. The human shuddered at hearing his name spoken like that.
“You do not speak Nostraman.”
It was not a question, yet the human still shook his head, eyes fixed on his feet.
A brief, irritated grimace crossed Karneth’s features beneath his helm. He hated Gothic, the universal tongue of this wretched Imperium. Nostraman was the primary language aboard the barge, essential for survival. Especially for a slave. If he did not speak it… then he must have come from the lowest decks, home to the ship's machinery. Where those meant to be worked to death were sent.
He studied him more closely: a mess of brown hair, skin marked with grime, bruises, and scratches… but the mortal had all his limbs and all his senses. His frame was gaunt from malnutrition aboard the ship, yet still sturdy enough to be of use. Certainly more so than the patched rags barely clinging to him. His feet were bare, blackened with filth.
“What is your function aboard the barge?”
“I… I handle maintenance, my lord…”
“Be specific.”
Milo tensed. He knew the Astartes was deciding his fate.
“A-A bit of everything, my lord! Engine… equipment… piping…”
Karneth rolled his eyes and let out a faint sigh of disappointment. He had guessed correctly.
I ended up with the lowest of the low…
And yet the frail creature was still alive, a fact that tempered his judgment. If he had survived aboard, then he had managed to be useful. More than that, he had escaped the massacres of the lower decks and made his way to the Mistralis without being killed.
“Up.”
The order snapped from his tongue. Milo obeyed as best he could, pulling himself onto trembling legs, arms drawn awkwardly to his chest as if unsure what to do with them. He stood, though still slightly hunched, head lowered to avoid his gaze.
Karneth raised his hands. The motion made Milo shut his eyes, bracing for a blow… but they reached his helmet. A hiss of pressurized air escaped from the collar as he removed it.
Without a word, he forced it into the young man’s arms. Milo reflexively closed his hands around it, his knees buckling under the weight, nearly sending him to the floor. His eyes settled on the ceramite surface, partially coated in a substance he recognized even without enough light to see its red hue.
Confused, unsure what was expected of him, he instinctively looked up at Karneth.
Pale skin, almost translucent. Eyes entirely black, like twin wells of ink. Dark, straight hair swept back, falling like water over his shoulders. Hard, sharp features, yet marked by a cold, unsettling elegance.
Milo had probably never seen the face of a Night Lord from so close before. He stared at him for several long seconds before realizing what he was doing, then abruptly averted his gaze, stammering an apology. Karneth paid it no mind and pointed at the helmet.
“You can clean, right? So clean this.”
For a moment, time seemed to stall. Milo stared at the helmet in his hands… then something shifted. His posture changed, his expression brightening as if something had clicked.
He was being given a chance to be useful. And being useful was the best way to stay alive.
“Y-Yes, my lord!” he blurted, sudden energy rushing into his voice.
He practically rushed to the couch, sitting down with the helmet on his knees. With a sharp, practiced motion, he tore off one of his sleeves and began scrubbing the blood from the ceramite as if his life depended on it.
Which, in a way, it did.
Karneth watched his display of zeal with the quiet satisfaction that the natural order had been restored.
Then, without a word, he disengaged the connection ports linking his body to his armor. The seals unlocked with a series of dry clicks. The sound made Milo flinch, though he did his best to stay focused on his task. Piece by piece, Karneth stripped it away, setting each part aside, revealing the black undersuit beneath. Every element was fouled with grime and in need of cleaning. In any case, he had no intention of spending the coming weeks sealed inside it, the ship was already cramped enough as it was.
Freed at last from his plating, Karneth sat heavily on the couch, barely a few centimeters from Milo. The mortal tensed, clearly unsettled by the proximity, hesitating between moving away or not daring to interrupt his work. Karneth ignored him, so he chose to prioritize the second option.
Karneth began inspecting his weapons. When the mutiny had erupted, he had been forced to act quickly, taking only what he already carried. His bolt pistol, which he turned in his hands, assessing its fouling and remaining ammunition. His chainsword, its teeth still clogged with various matter. And finally his dagger, unused for some time and relatively clean.
Without warning, he leaned toward Milo and tore off a strip of his already tattered trousers at the knee. The human jolted violently, a strangled noise escaping him as he recoiled… but Karneth simply leaned back and began using the fabric to clean his weapons. Milo forced down the fear twisting in his gut and slowly resumed his work, trying to accept that his master was not going to kill him, not when he had just found a use for him.
The lounge fell into a silence that was neither comfortable nor entirely unpleasant, as though time itself had stalled and a fragile balance had settled into place.
Disassemble. Clean. Check. Reassemble. Motions so ingrained they became mechanical, performed without thought. Lost in the repetition, Karneth’s mind began to drift.
Five magazines… Fifty rounds left…
His nose wrinkled slightly. His Legion was already suffering a slow logistical death… and now that he was alone, raids and plunder would no longer be simple displays of overwhelming force.
Every bullet would have to count. Every shot justified. Every prey chosen carefully.
And what kind of prey?
For the first time, the answer did not come so easily.
He had no intention of wasting his time pursuing his Legion's futile vendetta against the Imperium. Striking at it from time to time to plunder whatever resources he could would always hold a certain appeal, but now that he was alone, he could no longer afford the ambitions that came with the strength of the pack. At best, he would have to set his sights on modest facilities, neglected and isolated outposts... and hope they contained something worth looting. The Imperium had only a tenuous foothold in this frontier system, its defenses left wanting through neglect. That was precisely why his Company had chosen Nulaven as its target.
Then there was the vermin: underworld scum, corrupt governments, smugglers, black markets, local gangs… likely more profitable targets, but perhaps better organized and defended than Imperial structures. One glance at the Mistralis’ cargo hold and the quality of some of its contents was enough to tell that powerful hands were behind it.
I could sell part of it on Ashmire… Buy myself time to...
The thought stalled. Time for what? To buy more time? Sell to buy ammunition and supplies, only to raid again and repeat the cycle? He found it difficult to picture what his life would become.
He pushed the thoughts aside, annoying, premature. Better to focus on the present if he wanted to plan the future.
His eyes drifted, almost instinctively, to the human beside him.
Speaking of supplies…
He would have to account for this unexpected presence. Check the rations. Make sure there was enough for both of them for four months and two weeks. Milo had no idea what he had gotten himself into by hiding aboard. No idea he was aiding a deserter on a one-way path.
Should I tell him?
His sideways glance grew more intent, enough for Milo to feel it. The human tensed immediately under the weight of his attention, his body releasing fear in waves.
Karneth inhaled the familiar scent slowly.
The Night Haunter had taught his Legion to wield fear as a tool of control, discipline, and justice. A precise instrument, striking deep into the mind to enforce order… Not a blunt weapon to be swung wildly, as many Night Lords did now. Fear was to be applied with measure, with logic, so that obedience created a fragile sense of safety, just enough to prevent rebellion.
But fear had its limits, and Karneth did not like the doubt that crept into his thoughts. If the human realized his master was a deserter, he might start to believe he was the only obstacle between himself and freedom. That removing him carried no risk of retribution. That he could take the ship for himself… or at least that it might be worth trying.
A shadow of a smirk tugged at the Astartes’ lips.
No. Not a chance. Milo could have taken advantage of the chaos to steal the Mistralis. Instead, he had huddled in a corner. Either too cowardly, or too incompetent, to pilot it. In either case, he posed no threat. Life on the lower decks had already broken and conditioned him enough to obey, if he hoped to survive another day.
Every movement Karneth made caused the mortal to flinch, as though any gesture might erupt into violence, a reminder of dominance, a warning against disorder. And even if the little creature posed no real threat, it was in his best interest to keep it that way.
He doesn’t need to know… he decided, finishing the cleaning of his chainsword.
Milo finished his own task as well. Very slowly, as if to warn him, he turned and held out the helmet, struggling with its weight. With visible hesitation, he swallowed and dared to ask.
“Whom do I have the honor of serving, m-my lord?”
His voice wavered, uncertain, as though he still doubted whether he had truly been accepted aboard, into his service. Karneth took the helm, his fingers brushing over the clean ceramite, idly appreciating the work. He gave the answer plainly, without embellishment.
“Karneth.”
It had been a long time since titles or honors meant anything to him. They would serve him no purpose now.
Without further explanation, he placed another piece of armor on Milo's knees, silently validating his work. A slight tilt of his head indicated the other ceramite plates scattered across the floor.
“Do the rest.”
“Y-Yes, Master Karness!” Milo replied at once, relief clear in his voice.
Karneth grimaced faintly but did not correct the Gothic mispronunciation of his Nostraman name. It was a common mistake among those who did not speak the language... But he had better things to do than teach a slave.
Intent on checking the rations, he rose from the couch and left the lounge, leaving the human to his task. He felt no concern leaving his weapons in the same room as him.
It wasn’t as if he had the strength or the will to wield them.
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The massive figure disappeared down the corridor, and without the weight of his armor, the sound of his now lighter footsteps faded until it slipped beyond his perception.
Milo froze, giving himself a few seconds to realize he was still in one piece. Then slowly, his shoulders sagged as if a tension had released, and a long, relieved sigh escaped his lips. Even without a hostile gesture, even without an explicit threat, the mere presence of the Astartes crushed everything around him. He felt like a tiny creature beneath the feet of a massive predator, one that could kill him simply by stepping on him without meaning to.
But he was still alive.
His hands returned to work, scrubbing the piece of armor with nervous energy. He had been unbelievably lucky to run into a master who had not punished him for being in the wrong place at the wrong time, a master who had offered him a chance to be useful… Yet his place aboard was not guaranteed.
His eyes drifted to the other pieces of armor scattered across the floor. He had, much against his own wishes, become solely dedicated to the service of an Astartes.
Maybe… maybe it could stay this way?
His hands slowed slightly at the intrusive thought. He had heard rumors in the lower decks. Some Night Lords kept the most competent slaves close, to serve them more efficiently. Serfs, regarded not merely as useful, but as indispensable, and therefore worthy of being kept alive by the Legion. Protected... or rather, spared.
The idea of such a possibility tightened his chest: leaving the uncertain shadows of the lower decks to remain in those of a demigod, shielded from other masters by his influence.
If I make myself indispensable, maybe Lord Karneth…
The young man shook his head, ashamed to entertain such hopes. He was nothing more than a dispensable slave aboard the barge, having never learned to do anything beyond scrubbing its decks. Nothing worth protecting. If the Astartes allowed him to remain useful once he finished cleaning his armor, he could once again consider himself lucky.
His stomach knotted. He had to at least excel at the task he had been assigned. Cleaning, he knew how to do that. It had kept him alive over the past months. His movements became even more meticulous, despite the ache creeping into his fingers, and he finished the piece making sure that no flaw could be blamed on him.
Then he stood up to take another. His eyes avoided as best they could the weapons the master had left behind. Not to suppress rebellious thoughts, but out of fear of feeding those that imagined the wounds they might inflict on him. He noticed one of the pauldrons… but the piece was too heavy to be moved to the couch. Knowing his master could lift it reminded him harshly of the colossal gap in strength between them. No matter, the work had to be done. He circled it to kneel in front of it, but it took several seconds for the lack of color in the dim light to make him realize what he had right in front of him.
His body froze instantly.
Pinned to the ceramite like a macabre trophy, human skin had been stretched to partially cover the pauldron. A flayed face, patched and twisted in an expression of terror, empty eye sockets and a mouth frozen in a silent scream. The features still carried the suffering endured at the hands of the Night Lord.
The sight drained the blood from his own face, and a wave of vertigo made him fall backward. His breathing became erratic, his limbs trembled. The thudding of his heart thundered in his ears. The young man could not look away, gripped by the horror before him.
A cruel reminder of what lay behind Lord Karneth’s apparent leniency.
A monster.
A being capable of chaining someone to a wall and keeping them alive while slowly peeling the skin from their face, then proudly wearing it as an accessory. Had it once belonged to a slave? An enemy prisoner? A traitor? Or some civilian who had merely crossed his path?
Milo swallowed and focused on his breathing, trying to regain control. His fingers tightened around the improvised cloth in his hand, blanching his knuckles. This was not the first time he had seen something like this. Certainly never so close, but it was not new. It was not the first monster he had encountered.
No matter whose skin it had been… as long as it wasn’t his.
“Be useful…” he muttered to steel himself.
He repositioned himself with painstaking slowness, mind fixed on the importance of completing the task, and began cleaning the blood splatters from the tanned skin.
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Once in the food storage room, Karneth was greeted by the same mountain of freeze-dried supplies he had seen the first time he entered the ship. Between the raid and the mutiny that had followed, it was a stroke of luck that no one on the barge had gotten their hands on them.
He took the time to count everything, examine every crate, and reorganize them according to the caloric value of the rations. His mind methodically ran through every variable, every scenario, and how they might affect these supplies: with or without Milo to feed, with or without engine problems slowing the journey, potential course errors or the need to adjust it, unexpected encounters…
The room appeared to have enough to feed two people for a voyage of at least a year, no matter the unforeseen events… But that was without considering one detail that changed everything.
Karneth was an Astartes. And to function, his body demanded at least ten times the calories of a baseline. For a journey of 134 days without any setbacks, the crates of provisions contained just enough to sustain him alone to Ashmire.
But if he included Milo in his calculations, it meant he would have to reduce his own rations to ensure the human’s.
Karneth grimaced at the thought of tightening his belt for that runt.
A choice had to be made.
Keep the human and assign him all the tasks aboard the ship... but surrender a portion of his own food.
Or do without the human, keep all the rations for himself… but maintain the vessel alone for months.
He found himself hesitating.
Keeping Milo alive would force him to limit his activity aboard the ship, minimizing the impact of the caloric deficit. For a being like him, constantly immersed in mental and physical overstimulation, the prospect of such inactivity sounded extremely debilitating.
But it wasn’t as though he would be able to do anything particularly stimulating aboard this vessel anyway, aside from chores. At least the human could handle those tasks in his stead, duties far more suited to a slave.
"We’ll see in the coming days whether he’s worth it…" he muttered, making his decision.
It would be better for him. If the mortal proved incompetent, he would have no qualms about making him an additional source of calories.
Inventory done, Karneth crossed the ship to return to the lounge.
Milo sat nervously on the edge of the couch, as if he didn’t dare sit properly. As soon as his master entered, he slid to the floor and went down on his knees, head lowered and hands clenched tightly on his thighs.
Karneth observed him silently for a moment. The mortal was still trembling, clearly terrified by his presence alone, but there was something else. He seemed paler, his gaze more vacant, his breathing deeper as if his body demanded more oxygen.
He was not accustomed to managing and maintaining humans, much less to concerning himself with their needs, but he was nonetheless well aware of their limits… And this chaotic day must have been a long one for a little thing like him, already overexploited in the lower decks. He would have to spare him a little if he hoped to get something lasting out of him.
His jet-black eyes fell on the various pieces of armor scattered on the floor. Each ceramite plate appeared immaculate, perfectly rid of blood and accumulated grime despite the meager means. Milo had torn more of his clothes to improvise rags, making him look even more pitiful. The tips of some of his fingers were bleeding slightly. It was nothing commendable, but that zeal eased a little the bitterness he felt at having to share his food with him.
The air was still heavy with the scent of human pheromones associated with fear and stress. Karneth knew his control over him depended on it, but he also understood the importance of applying just the right amount of pressure to not break him nor encourage rebellious thoughts. Milo had only known the coarse, noisy terror of the Night Lords of today, inconsistent and greedy, striking indiscriminately even when work was done well. Karneth intended to introduce him to that of Nostramo: the terror that fell where order was lacking, but under its shadow, every being could thrive. Through submission and obedience, Milo held the keys to his own safety.
Karneth turned his gaze from the clean armor, letting out a brief satisfied grunt as his only validation. The absence of reproach was already telling enough.
“We have several days of travel ahead.”
His cavernous voice was calm, but the sudden words made the mortal’s shoulders twitch.
“I’ve taken the only cabin. Find yourself a place to sleep.”
It seemed to surprise the human, who lifted his eyes to him, confused but glimmering with the faint hope that he was being allowed to rest.
“You may move about the ship and use what you need… But you will go neither into the food storage nor the hold without my permission.”
“V-Very well, my lord…” Milo nodded emphatically.
Karneth continued.
“I’ve calculated the rations needed for this travel, taking your presence into account…”
With slow, measured steps, he advanced toward him and resumed in a harsher tone.
“I know exactly how many rations are available. I will bring them to you myself, when I’ve decided you deserve them.”
Milo sensed the shift in mood and tensed, lips pressing into a thin line. Nervous, he lowered his eyes to the floor again as his master reached his level. Karneth leaned toward him, close enough that the breath of his voice stirred Milo’s hair.
“If I find any missing… I will tear off one of your limbs and eat it to make up for it.”
A bead of sweat rolled down the human’s face. He swallowed audibly and nodded silently. Satisfied that he had made himself understood, Karneth straightened and muttered distractedly.
“I have to reduce my own rations so that you have yours…”
He was almost surprised to see Milo snap upright, looking at him with wide eyes. His trembling voice rushed out in gratitude.
“Th-thank you so much, Master Karness!”
The Astartes overlooked the pronunciation error, struck by the unfamiliarity of the words. No matter the language, he couldn’t even remember the last time someone had thanked him.
But at least, the mortal recognized the sacrifice he was making for him.
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Milo had returned to lock himself in the room where the maintenance supplies were kept.
It was the only place where he could be reasonably sure of not running into the Night Lord by accident. The latter was busy gathering the pieces of his armor in the lounge. The moment he had been allowed to slip away, Milo had fled without regard for the comfort of the couch. Sleeping in the presence of one of the masters felt like an affront.
After the interminable day of service in the lower decks of the barge, after the incomprehensible chaos and the chase through the corridors, after being caught by Lord Karneth aboard, after the emotional rollercoaster of thinking himself doomed and then finally accepted into his service, after having cleaned his armor from top to bottom… he could take no more, physically or mentally. He was hungry, thirsty, cold… But above all, he desperately needed sleep.
And for the first time, he was allowed to have it.
The young man curled up on whatever he could find: worn mops, rags still soaked with chemicals… A meager mattress, but already better than what he had known: on the barge, “sleeping” meant collapsing to the floor whenever no one was watching. It was the only way to rest, otherwise, he was never allowed. Then he would resume work whenever another slave caught him, waking him out of fear he might slow the quotas.
He was no longer accustomed to sleeping in one stretch. His mind surrendered to sleep intermittently, anticipating someone arriving to put him back to work. Knowing that a monster was lurking nearby didn’t help... But this time no one came, and his exhausted thoughts finally let their guard down to surrender to much-needed rest.
He slept like a log when the door suddenly opened.
The sound struck him like a shock. Even before he realized what was happening, his body awkwardly sprang upright and his disoriented mind searched for the source of the noise. Recognizing the massive silhouette of his master in the doorway, Milo dropped to his knees, head lowered, heart pounding painfully in his chest.
“M-Master! I am at your service, my lord!” he stammered instinctively, unsure if he was saying it to himself or to the Astartes.
His imposing presence said nothing, as if merely observing and judging his choice to have settled there. Then there was a movement, and something fell onto him without force. Despite the fear from this unexpected contact, Milo stifled his panic and lifted himself slightly to grab and make sense of what had just been thrown to him.
Clothes. Clean and in good condition.
Incredulous, the young man opened his mouth but could not form a word. No, this was probably not what he thought…
“You’ll wash before putting them on. I could track you by the smell…” growled the cavernous voice. “The bathroom is past the lounge.”
This time, Milo lifted his astonished eyes in his direction.
The Astartes had removed his black suit. He wore an assemblage of clothes too small for his stature, probably found in the bedroom, cut and sewn together to form a loincloth and some sort of robe that covered him more or less. His exposed skin was almost unrealistically pale in the darkness. Circular connection ports perforated it here and there, revealing where his nervous system interfaced with his armor. Seeing for the first time the monstrous muscular mass of one of the demigods, this raw power, Milo fully understood why they were regarded as such. There was something deeply unsettling in witnessing a body constructed on human logic, yet so inhuman.
He even thought that the ceramite armor was less terrifying.
Absorbed in his contemplation, he realized belatedly that his lord was holding out a packet of freeze-dried ration. Milo stared blankly, seriously wondering if he was still sleeping. His exhausted mind still refused to believe he had just been given clothes.
The giant sighed at his lack of reaction and tossed the packet onto his lap.
“The rehydration system is in the lounge. I think it’s the only source of water on board that’s safe for a mortal…”
He spun on his heel, grabbing the handle.
“I’ll be back to fetch you in 30 minutes. Be ready.”
Then he left, slamming the door.
Milo remained motionless, clothes in his hands, the ration on his lap. His mind completely short-circuited.
Some sort of automatic survival system kicked in somewhere in his brain. Slowly, mechanically, his body rose on its own and moved toward the door. Thirty minutes. He had thirty minutes to wash, dress, eat. He had to be ready in thirty minutes…
But his legs gave way, and he caught himself against a wall. His fingers hit something. There was a click, and a white light shot from the ceiling like an icy shower.
Milo stifled a scream, bringing his hands to his eyes, painfully blinded. In a primitive sense of urgency, he frantically searched for the switch. His fingers found its surface, and another click later, the darkness returned, leaving him panting and heart racing. His eyes slowly readjusted to the dim, and for the first time since his master had arrived, he felt truly awake.
Light.
There’s light here… he realized, lifting his gaze to the bulb suspended from the ceiling.
The Night Lords hated it, their eyes adapted to nocturnal environments. The barge was thus plunged in constant darkness, where any light source was perceived as a nuisance, even an offense. A danger that drew attention. Like all other slaves, Milo had learned to do without it, to work and move in that oppressive gloom. Sometimes he was granted a small lantern for the most meticulous tasks. But here, here…
It was the first time in so long he had the chance to completely banish the darkness from his surroundings and truly “see.”
He lowered his eyes to the switch. Its presence made sense after all, the ship seemed designed for humans, and there were probably others aboard.
Milo suddenly felt as if he held a highly precious secret. In this small, isolated room, the lighting would not bother his master. He desperately wanted to turn it on again, just a little… But a cautious thought warned that his retinas might lose their adjustment before Lord Karneth returned.
Later… he told himself prudently. If he allows me to sleep here again…
This thought broke something within him.
His legs gave way again, but this time, Milo made no attempt to catch himself. He collapsed to his knees, clutching the clothes and packet to his chest. He began to sob. Perhaps it was relief, or just his nerves giving out after the stress of all these recent experiences. But whatever it was, it felt incredibly good.
The hope of becoming Lord Karneth’s personal serf surged back into him with boldness. After all the favors he had been granted, he felt entitled to believe it. True, he would serve a monster. But a monster of improbable clemency, even though he should never have been there: generously ceded rations from his master’s own allotment, clothes to replace his rags, a bit of time to sleep, a place offering minimal privacy… and light.
He didn’t know if the chaos that had taken over the barge would become the new norm… But the thought of losing all these barely acquired privileges, of returning to work among the horrors of the lower decks, stirred anxieties stronger than even the fear of standing between a monster’s paws. Especially if that monster judged him worthy of being maintained and preserved from other monsters.
Milo pulled himself together and wiped his cheeks, remembering he had only thirty minutes to prepare. His master had apparently left the barge on a multi-day mission. That left him a few days to prove his usefulness.
To become indispensable… he thought, biting his lips.
J'avais cette idée de fic en tête depuis un moment et j'ai ressenti le besoin de l'exorciser. Je n'ai pas essayé d'être lore accurate, donc pas taper sur les incohérences si vou plé !
Je vais essayer de faire un dessin pour chaque chapitre :3
Ch.1 / Ch.2 / Ch.3 / Ch.4 / ...
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Chapitre 1 - Désertion
Résumé
Un Night Lord profite du chaos créé par une mutinerie au sein de sa compagnie pour prendre un petit vaisseau et déserter. Sauf qu’il découvre qu’un des esclaves s’était planqué à bord pour échapper au dit chaos. Après réflexion, un serf pourrait bien lui être utile pour sa nouvelle vie.
Avertissements /!\
Va y avoir du sang, de la violence, du gore, de la maltraitance (bref on est chez les Night Lords quoi)... Mais aussi un peu de fluff. Parce que les monstres aussi en ont besoin (mais ils ne le savent pas encore)
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La mutinerie avait éclaté dans la brutalité d'une rupture entre deux plaques tectoniques. Sur la barge de bataille, la tension entre les Night Lords qui s’étaient abandonnés au Chaos et ceux qui prétendaient encore servir loyalement la vision de leur père avait enfin trouvé son exutoire. Une décision du Capitaine, encore tacitement contestée par une trop grande majorité, avait suffi à faire basculer ce qu'il restait de cohésion à sa Compagnie. S'en était suivi son assassinat, presque comme une formalité... Et la nouvelle de son siège vacant avait brisé les derniers reliquats de discipline.
Les couloirs s’étaient changés en arènes. Les groupes de guerriers s’entre-déchiraient pour leurs idéologies, d'autres pour le simple attrait du pouvoir. D'autres encore profitaient du chaos pour se laisser aller à leurs pulsions et traquaient les esclaves humains de l'équipage comme du gibier, transformant les ponts inférieurs en terrains de chasse. La Compagnie n'était plus que folie et discorde sans réelle cause ni but.
Mais Karneth s'en foutait.
A ses yeux, cela faisait bien longtemps que les Night Lords avaient sombré dans cette disgrâce. La vérité ne faisait qu'enfin se manifester en une réalité tangible.
Dès l'assassinat et le début des premières altercations, l'Astartes s'était mis en route vers le hangar. Il progressait au pas de course, ignorant les carnages autour de lui comme s'ils ne le concernaient pas. Les cris des agonisants, les explosions des tirs de bolter, les rires déments des corrompus... tout glissait sur lui avec une lassitude indifférente.
Sa compagnie n'accueillait plus que des rebus de l'Impérium dans ses rangs. Des guerriers qui n'avaient pas connu Konrad Curze ni Nostramo. Pas servi pour l'Ordre, la Justice ou la Vengeance. Pas appris à tourmenter chairs et esprits pour punir avec justesse, ni d'employer la terreur comme un outil stratégique... La torture et la peur n'étaient plus que des divertissements et des mets à consommer. Des "frères" dont il fallait se méfier parfois plus que ses propres ennemis. Ses vrais frères, ceux ayant servis les même idéaux et causes que lui, étaient partis depuis bien longtemps. Seuls restaient des bêtes s'enivrant du sang qu'elles versaient et de la peur qu'elles suscitaient. Des coquilles creuses. Des criminels dégénérés. Des pantins du Chaos. Tous aussi idiots que ceux servant le faux Empereur.
Karneth les haïssait. Tous autant qu'ils étaient.
Déserter...
Au début, ce n’était qu’une pensée fugace et honteuse. Tourner le dos à tout ce qu'il était et avait connu... Pour aller où ? Pour faire quoi ? Mais cette pensée n'avait cessé de revenir, encore et encore, jusqu’à devenir une obsession silencieuse, puis une évidence : les Night Lords n'étaient plus. Pas seulement ceux de sa Compagnie, mais en tant que VIIIème Légion. Ils n'étaient plus que des bandes de guerre désorganisées, aux valeurs déformées et aux ambitions individualistes. Il ne faisait que suivre une boussole cassée, jusqu'à mourir à son tour pour une cause creuse, sous des ordres absurdes. Il n'y était plus à sa place, et chaque seconde passée à servir sur cette barge lui scandait l'envie d'être partout sauf à son bord.
Il n'aurait pas pu espérer une si belle occasion. Qu’importe qui gagnerait cette guerre interne, s'il restait quelqu’un pour la gagner. Personne ne se souciait de lui à cet instant. Personne ne remarquerait son absence avant longtemps.
Il évita deux Night Lords qui s’éventraient à coups de griffes énergétiques, puis plus loin un autre qui poursuivait des mortels terrifiés entre les vaisseaux stationnés. Karneth aperçu enfin celui qu'il cherchait.
Le Mistralis.
Le petit vaisseau de contrebande était toujours là, où il l’avait laissé après sa capture lors de leur dernier raid. Il l'avait lui-même piloté jusqu’ici, surpris par sa maniabilité, l'efficacité de ses moteurs sous son apparence modeste... Et par sa cale pleine de richesses en tout genre, prêtes à servir ou être revendues
L'idée de l'utiliser pour déserter lui avait traversé l'esprit à ce moment-là, bien plus adapté et polyvalent qu'un Thunderhawk. Mais il lui manquait l'opportunité de la concrétiser... Il n’aurait pas cru qu'elle viendrait si vite à lui.
L'Astartes fut stoppé dans son élan par un de ses "frères" qui surgit de derrière un conteneur, tenant entre ses griffes le corps à moitié démembré d'un esclave. Il n'avait plus son casque, sa face rouge du sang qu'il buvait et ses yeux fous cherchaient une nouvelle proie.
"Du sang... Des crânes !" scandait le guerrier à qui voulait l'entendre.
Un pion sous l'emprise de Khorne, surexcité par l'ambiance de mort. Karneth le toisa froidement à travers son casque, répugné que ce genre de corrompu soit toléré à bord malgré leur instabilité. L'autre lâcha son jouet ensanglanté et se jeta sur lui sans d'autres raisons que sa folie.
Le combat fut bref, ce genre de corrompus ne brillait pas par leur stratégie. Une esquive. Le râle mécanique d'une épée tronçonneuse. Un mouvement précis. Karneth reprit sa route sans se retourner pour voir son adversaire tomber. Il entendit seulement sa tête décapitée rebondir sur le sol derrière lui, puis le fracas de son armure percutant le sol.
"Tu peux offrir les tiens à ton dieu..." il grommela avec mépris en essuyant le sang qui dégoulinait de sa visière.
Il atteignit enfin le Mistralis. Sa rampe était déjà ouverte, et il se glissa à l'intérieur avant de la refermer derrière lui. Il traversa l'appareil jusqu'au cockpit, se contorsionnant avec agacement pour s'installer au poste de pilotage conçu pour les mortels. Ses doigts pianotèrent sur les commandes et les systèmes s’éveillèrent en un grondement sourd. Par-delà la verrière renforcée, des membres de sa Compagnie continuaient à s'écharper sans lui prêter attention.
Les moteurs vrombirent enfin et il s'arracha aussitôt du sol. L'appareil le surprit encore par sa réactivité et sa maniabilité, bien que deux fois plus long qu'un Thunderhawk. Karneth activa plus ou moins tout ce que les contrebandiers avaient mis en place à bord pour rendre le vaisseau le plus invisible possible aux autres, puis manœuvra avec aisance jusqu'aux portes béantes du pont d'envol et les franchit sans la moindre nostalgie.
Comme une bouteille jetée à la mer, le petit vaisseau s'éloigna de la barge dans l'indifférence totale. Aucun poursuivant sur ses capteurs. Aucun vox à son intention. C’était presque insultant de facilité. Il n'y avait étrangement ni appréhension ni excitation pour lui tordre les tripes devant sa décision, comme s'il accomplissait une banalité.... Mais après tout, cette désertion était convenue depuis longtemps.
Devant lui s'étendait la courbe de Nulaven, la planète autour de laquelle la barge orbitait. On pouvait voir d'ici les zones encore fumantes que les Night Lords avaient récemment pillé. Les mondes situés en périphérie de la galaxie étaient des proies isolées et faciles, livrées à eux-mêmes au sein d'un Imperium qui les considérait peu. Karneth commença à pousser le manche de pilotage pour y faire plonger le vaisseau, mais un doute retint finalement son geste.
Si sa Compagnie survivait à sa propre folie, ceux qui restaient reviendraient peut-être sur ce monde pour faire des réparations et se réapprovisionner avant de replonger dans le Warp. Il ne pouvait pas prendre le risque d'y être retrouvé.
Le Mistralis n'était pas équipé pour parcourir le Warp mais pour les voyages inter-système, de quoi convenir à la contrebande de planètes locales. Il chercha dans le cogitateur du vaisseau l'historique de navigation, et bingo : il y avait les détails de vol déjà préenregistrés pour un trajet vers Ashmire, un autre monde habité du système. Les trafiquants devaient avoir fait de nombreuses fois l'aller-retour avec Nulaven pour leur petit commerce. L'écran du cogitateur indiqua une durée de voyage.
3216 heures
Karneth se sentit froncer les ailes du nez en calculant ce que ce temps représentait.
"Ça fait 134 jours... Soit 4 mois et 2 semaines."
Son nez se fronça complètement, jusqu'à entrouvrir ses lèvres et dévoiler ses dents. Quand quelque chose l'irritait, il avait ce reflexe à grimacer comme si une odeur empestait l'air. Il consulta le reste de l'historique. Il y avait bien d'autres mondes habités que le Mistralis avait déjà visité, mais Ashmire ressortait clairement comme la planète la plus proche.
Un soupir agacé fit finalement relâcher les traits de son visage. Il entra les coordonnées indiquées vers Ashmire, puis orienta le Mistralis vers sa nouvelle destination, s'extirpant de l'orbite de Nulaven en filant droit.
Puis il n'y eut plus rien d'autre à faire.
C'est fait... songea-t-il en relâchant lentement le manche.
Il avait déserté. Il avait enfin tourné le dos à ce qu'il restait de sa Légion. Il n'arrivait pas à s'en réjouir, mais pour autant il n'éprouvait aucun regret. Et cette vérité le rendait imperméable au doute.
Devant lui, l’immensité du vide lui offrit ses plus beaux ténèbres. Un silence tel qu'il n'en avait jamais connu s’installa peu à peu dans la cabine, à peine perturbé par le ronronnement régulier des moteurs à travers la carlingue. Karneth resta immobile un moment, observant les voyants qui s'allumaient à répétition sur le tableau de bord, et les constantes du moteurs qui défilaient sans urgence. Puis il se laissa aller contre le siège geignant sous son poids, et une tension qu’il n’avait même pas remarquée se relâcha enfin.
Il ne se souvenait pas de la dernière fois qu'il avait été si seul et si loin d'un autre Astartes. Pas que ça lui manquait de côtoyer des êtres qui pouvaient décider sur un coup de tête de le tuer dans son sommeil pour lui piller ses pièces d'armure... mais la sensation le déstabilisait. Il avait toujours eu l'habitude de faire parti d'un tout, d'évoluer au sein d'un groupe, d'aller et venir selon des ordres. Il n'arrivait pas à comprendre sa place parmi ce silence.
La liberté était un concept qu'il avait toujours peiné à définir, mais il se retrouvait démuni face au manque de repères qu'elle lui imposait désormais. Qu'allait-il faire une fois sur Ashmire ? Comment allait-il survivre, se réapprovisionner... trouver un sens à son existence, alors même qu'il peinait à en trouver un au sein de ses "semblables" ?
Son nez recommença à se froncer. Il n'avait pas vraiment eu le temps de réfléchir à ça avant de déserter.
M'enfin... Je vais avoir tout le temps de le faire... il songea en jetant un œil au décompte de 3216 heures qui venait de s'actionner.
Il observa distraitement le reste de la petite pièce et quelque chose sur les bords de l'auspex de son casque attira soudain son attention. Une faible signature thermique, plus loin dans le vaisseau.
Karneth se tourna sèchement vers la porte qui menait hors du cockpit, les sens en alerte. Ses sourcils se froncèrent alors qu'il étudiait ce point de chaleur. Ce n'était peut-être que de la machinerie, il y en avait d'autres semblables un peu partout à bord... Mais un instinct prudent l'invita à quitter son poste.
Il n'était peut-être pas si seul au milieu de ce silence.
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Milo courait, paniqué, à travers les couloirs sombres de la barge. Ses poumons lui brûlaient, ses pieds nus se blessaient sur chaque aspérité du métal froid, son corps se heurtait aux murs qu'il peinait à distinguer... Mais derrière lui résonnaient l'écho de hurlements et d'implorations qui le dissuadait de s'arrêter pour reprendre son souffle.
Malgré l'enfer qu'était cet endroit, il avait finit par en discerner une forme de logique... Mais ce qu'il se passait actuellement n'en avait aucune.
Les Maitres étaient venus, puis avaient commencé à tuer sans explications tous les mortels qu'ils croisaient. Ce n'était pas comme les descentes punitives, quand les esclaves ne remplissaient pas leurs quotas ou avaient mal exécuté leurs tâches. Ce n'était pas non plus une de ces fois où les monstres venaient simplement se repaitre de leur terreur. C’était autre chose. Plus grand, trop grand pour être compris par quelqu’un comme lui. Il n'avait que la certitude viscérale que l’ordre naturel à bord s’était effondré.
Même en demi-dieux, les Astartes ne pouvaient pas chasser plusieurs proies en même temps, et Milo était parvenu avec d'autres esclaves à échapper à leur intérêt suffisamment longtemps pour quitter le pont inférieur et s'aventurer dans les entrailles du vaisseau. Il entendait plus qu'il ne voyait les silhouettes haletantes autour de lui, se bousculant et s'agrippant pour ne pas tomber. Ils ne savaient pas où aller, ni même où se cacher. La sécurité avait toujours été un concept inexistant ici... Ils avaient tous pour seul guide la peur qui leur déchirait les entrailles et les poussait à avancer.
Milo était assourdi par ses propres battements de cœurs qui pulsaient dans ses oreilles. Mais il sentit dans ses pieds nus une vibration parcourir le sol.
Régulière. Lourde.
Des pas.
Le jeune homme osa perdre de précieuses secondes pour jeter un regard derrière lui. Il regretta de ne pas être resté dans l'ignorance tant ses jambes fléchirent sous le poids de la terreur. Un des Maitres les suivait, les optiques rougeoyantes de sa visière déchiraient les ténèbres lointains et éclairaient suffisamment autour d'elles pour dessiner la silhouette massive de son armure... Et celle d'un humain convulsant dont il écrasait petit à petit le crâne entre ses doigts.
Ils les avaient pris en chasse.
Milo se retourna en geignant de détresse, et il ne fut plus capable de savoir s'il courrait plus ou moins rapidement que les autres. Il ne sentait plus leur présence autour de lui, ajoutant à ses angoisses celle d'être la prochaine proie que l'Astartes pourrait attraper.
Puis le décor changea. Malgré l’obscurité écrasante et les longs mois qui s'étaient écoulés depuis son arrivé à bord, il reconnut immédiatement l'endroit. C’était le tout premier qu’il avait vu en venant ici, déchargé comme du bétail avec les autres mortels capturés pour servir l'équipage : le hangar. Mais là aussi, l'ordre des choses y était bousculé. Des éclats de lumière aveuglants jaillissaient ça et là dans les ténèbres, l'impact d'armes qui s’entrechoquaient révélait par intermittence des formes gigantesques qui s’affrontaient.
Les Maitres se battent entre eux ?
Un hurlement derrière lui le ramena à la réalité. Il s'était arrêté de courir !
Il s'élança à nouveau vers l'avant sans savoir où, évitants les géants qui s'écharpaient, cherchant un endroit où se cacher parmi les conteneurs et le matériel entreposé. Son corps meurtris par la servitude arrivait au bout de ses limites et cherchait maintenant un endroit où se faire oublier. Peut-être qu'au milieu de ce chaos, son poursuivait perdrait sa trace ou se lasserait. Il discerna des vaisseaux alignés un peu plus loin, mais tous avaient leur rampe d'accès fermée.
Tous, sauf un.
Avant même que l’idée ne prenne forme dans son esprit, il s'était glissé à bord. L’obscurité se montra plus clémente, moins étouffante. Des voyants luisaient faiblement ça et là, diffusant une lumière pâle mais suffisante pour distinguer son environnement en nuance de gris. Les sons à l'extérieur furent peu à peu étouffés à mesure qu'il progressait en chancelant. Ce n’était pas un vaisseau de guerre Astartes. L’intérieur était différent, plus étroit, plus… humain. Une de ses mains longeait les murs et quand elle sentit la forme d'une poigné, elle l'attrapa par réflexe. Milo s'enferma immédiatement dans la petite pièce qu'elle ouvrait, et se recroquevilla dans un coin parmi le matériel d'entretien qui y était rangé.
Puis il attendit.
Les sons ne l'atteignaient plus, le privant de repères. Les secondes s'étiraient et il n'était même pas capable de dire depuis combien de temps il s'était retranché ici. Il tremblait, les bras serrés autour de lui, la tête enfouie dans ses genoux, essayant de faire le moins de bruit possible. Il ne savait même pas ce qu'il attendait. Que la barge cesse son coup de folie et retrouve son état "normal" ? Qu'on le retrouve pour l'éviscérer ou le renvoyer à son poste ?
Il songea brièvement à tenter de rejoindre le cockpit.
Même sans savoir piloter, peut-être qu'avec un peu de chance...
Il n'eut même pas le courage d'aller au bout de sa pensée, craignant bien trop le courroux des demi-dieux s'il se faisait prendre en train d'essayer de voler un vaisseau.
Ils me pardonneront peut-être de m'y être seulement caché...
Un choc sourd résonna dans la carlingue.
Milo sursauta violemment, étouffant de justesse un cri. Un son lourd et répétitif commença à traverser l'appareil, et son esprit bondit immédiatement vers l’horreur la plus évidente : l'Astartes qui avait prit les esclaves en chasse.
Il m'a suivi ! Il va me trouver ! Il va...!
Le bruit s’éloigna.
Milo resta figé, incapable d’y croire. Très lentement, il s'autorisa à reprendre son souffle. Était-ce vraiment arrivé ? Est-ce qu'il venait d'échapper à son destin ?
Il lui fallut plusieurs minutes pour discerner un autre genre de bruit. Plus subtile, plus diffus... Puis de plus en plus net jusqu'à devenir omniprésent, sa vibration traversant le sol et les murs jusqu'au moindre rivet. Un crescendo de systèmes s'éveillant et de mécaniques se mettant en branle.
Ses yeux s'écarquillèrent.
"Non… non..." murmura-t-il malgré lui.
Les moteurs rugirent, effaçant le moindre doute possible. Quelqu'un venait de les démarrer. Les divers objets dans la pièce basculèrent avec lui alors que le vaisseau s'arrachait brusquement du sol. L'accélération qui en suivit le plaqua contre le meuble à côté de lui jusqu'à ce que la gravité redevienne à peu près normale. Il se redressa maladroitement, tandis que la panique revenait lui tordre le ventre.
Quelqu’un pilotait. Quelqu'un venait de quitter la barge et sans le savoir, l'emmener avec lui. Pendant d'interminables minutes, Milo essaya d'assimiler cette information, d'en comprendre les conséquences. On ne lui avait pas donné l'autorisation de monter. S'il se faisait prendre, on pourrait le penser en train d'essayer de déserter... et il avait déjà vu ce qui arrivait aux esclaves à l'esprit un peu trop rebelle.
Je n'aurais pas du me cacher là...
Il s'était condamné. Le jeune homme sentit les larmes envahir ses yeux sans pouvoir les retenir. Elles coulèrent silencieusement sur son visage sale. Il l'enfouit dans ses mains tremblantes, essayant de réfléchir.
Peut-être… peut-être que c'est un autre esclave ? essaya-t-il de se rassurer. Quelqu’un qui sait piloter… quelqu’un qui essayait de fuir comme moi ?
C’était possible après tout. Le vaisseau semblait conçu pour les humains. Peut-être...
Des pas résonnèrent à nouveau.
Son cœur se serra si violemment que Milo en tressaillit. Un frisson glacé lui foudroya l’échine et le tétanisa. Toutes les ressources de son corps se virent dédiées à analyser ce qu'il entendait.
Les pas étaient lourds. Lents. Inarrêtables. Ceux d'un être deux fois plus grand que lui dans des centaines de kilos d'armure en céramite. Il n'y avait plus de doute possible. Chaque impact sur le sol sonnait comme son propre glas. Milo sortit de sa torpeur et se plaqua contre le mur, mains sur la bouche, tentant désespérément de retenir les halètements de panique qui soulevaient sa poitrine. Son cœur battait si fort qu’il était sûr qu’on pouvait l’entendre.
Les pas approchaient.
Encore.
Et encore.
Il pouvait maintenant entendre le crissement des différentes pièces d'armure glissant les unes sur les autres, accompagné du ronronnement caractéristique de la batterie dorsale des armures Astartes. Un sanglot s'échappa de ses lèvres.
Les pas s’arrêtèrent juste derrière la porte.
Milo cessa de respirer. Une larme de désespoir glissa de sa joue. A l'instant où elle percuta le sol, la porte s’ouvrit violemment.
Il n’eut pas le temps de crier qu'une énorme main le saisit au col et le souleva sans effort hors de sa cachette. Ses pieds quittèrent le sol et son corps ne se débattit même pas, se recroquevillant sur lui-même pour tenter vainement de se protéger.
Comme un animal pris dans des phares, il se pétrifia quand ses yeux rencontrèrent les deux optiques rougeoyantes qui éclairaient sinistrement son visage.
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"QU'EST-CE QUE TU FOUS A BORD ?!"
Le mortel le dévisageait avec des yeux écarquillés par la terreur. Il ne se débattait même pas, sa bouche s’ouvrait et se refermait, mais aucun son cohérent n’en sortait. Malgré sa colère de découvrir un passager clandestin, Karneth eut la lucidité de se demander si l'esclave parlait le Nostramien. Il le plaqua durement contre l’un des murs et réitéra sa question en Bas Gothique. La langue de l'humain se délia d’un seul coup pour bégayer rapidement.
"J-je me cachais, monseigneur !! Je me cachais seulement de… J-Je suis désolé, je voulais juste me cacher ! J'ignorais que vous aviez besoin du vaisseau, je le jure !! Je suis désolé, je-"
"Est-ce qu’il y en a d’autres ?!" le coupa Karneth.
Il accentua la pression de sa poigne contre le mur. Le corps frêle se tendit sous la contrainte et des petites mains vint agripper instinctivement le poignet de céramite, cherchant vainement à alléger le poids qui écrasait sa cage thoracique.
"Je l’ignore !" sanglota-t-il. "Je vous jure, monseigneur ! Je ne sais pas !! Je suis désolé ! Je ne sais pas !!!"
Un juron en Nostramien siffla entre les dents de l'Astartes. Il relâcha sa prise et le mortel s'effondra entre les seaux et les balais. Ses supplications cessèrent aussitôt et Karneth fit volteface, quittant la pièce en se désintéressant de lui. Il devait être certain que personne d'autre n'avait eu l'idée de s'incruster.
Le Mistralis n'avait pas tant d'endroits où se cacher, tout juste aménagé pour rendre les longs trajets supportables. L’étage principal ne comptait que quelques pièces : la salle d'entretien, une sorte de salon servant de cœur au vaisseau, le cockpit et juste à côté une chambre, une salle d’eau, une réserve pour stocker les rations et la salle des machines. Le tout relié par un couloir étroit. Tout l'étage inférieur était dédié à la cale, pleine à craquer, accessible par une petite échelle au bout du couloir.
Il inspecta chaque pièce, remonta méthodiquement chaque signature thermique, chaque variation de chaleur que pointait son auspex... Mais il ne trouva personne d'autre. Il semblait n'y avoir qu'un seul passager clandestin.
Il se détendit légèrement en sentant l'appréhension d'un potentiel danger s'effondrer, l'intru n'en présentant quasi aucun. Pour autant, cette présence imprévue à son bord lui fit froncer les ailes du nez, venant troubler la sérénité à peine acquise de sa désertion.
Ce n’est pas un problème compliqué à régler... il songea froidement.
Mais une autre pensée vint alors contredire l'envie de se débarrasser du mortel. Une part de lui se sentait remis à sa place parmi le silence grâce à la petite présence tremblante et misérable.
Avec ou sans Légion, il demeurait un demi-dieu. Pas de ceux qu'on vénérait, il ne croyait pas à la sainteté de ses ascendants génétiques... Mais de ceux que l'on craignait pour leur supériorité écrasante, devant lesquels tout humain se soumettait et s'en remettait au jugement. Son regard dériva un instant là où son auspex identifiait la signature thermique. Il observa, pensif, la forme recroquevillée restée là où il l'avait laissé.
Au final… Ce n'est peut-être pas une si mauvaise chose qu'il se soit glissé là...
Un serviteur pourrait s’avérer utile, surtout maintenant qu'il était livré à lui-même.
Karneth n'avait jamais eu de serf personnel, se laissant servir, équiper et entretenir par ceux qu'on assignait par défaut à sa Griffe. Il n’avait jamais pris le temps ni éprouvé l’envie d’en former un selon ses besoins. Ils mouraient toujours tous trop vite de toute façon, constamment remplacés par d'autres plus ou moins compétents.
Mais cette fois, il avait le temps... ça, et l'envie de déléguer les tâches ingrates qui l'attendaient à quelqu'un d'autre.
D'un pas résolu, il se rendit dans le salon et se campa en son centre, puis activa les hauts parleurs de son vox suffisamment fort pour être entendu dans tout le vaisseau.
"Humain ! Viens à moi. Tout de suite... Si tu ne veux pas que ce soit moi qui vienne à toi..."
I had this fic idea stuck in my head for a while and felt the need to exorcise it. I didn’t really try to stay lore-accurate, so don't mind for any inconsistencies!
I’ll try to make a little drawing for each chapter :3
English isn’t my first language, so feel free to point out any weird wording, sentences, or expressions... It’s probably just a translation mistake! (I’m pushing myself a bit to post in English to step out of my comfort zone)
Version en français
Ch.1 / Ch.2 / Ch.3 / Ch.4 / ...
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Chapter 1 - Desertion
Summary
A Night Lord takes advantage of the chaos caused by a mutiny within his company to steal a small ship and desert. But he soon discovers that one of the slaves had hidden aboard to escape that very same chaos. After some thought, a serf might actually be useful for his new life.
Warnings /!\
There will be violence, gore, abuse (I mean… it’s the Night Lords)… but also a bit of fluff. Because even monsters need some (they just don’t know it yet)
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The mutiny had erupted with the brutality of tectonic plates colliding. Aboard the battle barge, the tension between the Night Lords who had given themselves over to Chaos and those who still claimed to serve their father’s vision had finally found its outlet. A decision from the Captain, still tacitly contested by far too many, had been enough to shatter what little cohesion remained within his Company. His assassination followed, almost as a mere formality… and the news of his vacant seat broke the last remnants of discipline.
The corridors had turned into arenas. Groups of warriors tore each other apart over ideology, others for the sheer lure of power. Still others took advantage of the chaos to indulge their impulses, hunting ship's human slaves like prey and turning the lower decks into hunting grounds. The Company had become nothing but madness and discord, without any true leader, cause or purpose.
But Karneth didn’t care.
In his eyes, the Night Lords had long since fallen into this disgrace. The truth was only now manifesting as something tangible.
As soon as the assassination took place and the first clashes erupted, the Astartes had made his way toward the hangar. He moved at a steady run, ignoring the carnage around him as if it didn’t concern him. The screams of the dying, the explosions of bolter fire, the manic laughter of the corrupted… it all slid past him with weary indifference.
His Company now harbored nothing but the dregs of the Imperium. Warriors who had never known Konrad Curze or Nostramo. Who had never served in the name of Order, Justice, or Vengeance. Never learned to torment flesh and mind with purpose, nor to wield fear as a strategic tool… Torture and terror had become nothing more than entertainment. “Brothers” who were sometimes more dangerous than his own enemies. His true brothers, those who had served the same ideals and causes as he had, were long gone. All that remained were beasts, intoxicated by the blood they spilled and the fear they inspired. Hollow shells. Degenerate criminals. Puppets of Chaos. Just as foolish as those who served the false Emperor.
Karneth hated them. All of them.
Desertion…
At first, it had been a fleeting, shameful thought. To turn his back on everything he was and had known… but to go where? To do what? Yet the thought had kept returning, again and again, until it became a silent obsession, then an obvious truth: the Night Lords were no more. Not only those of his Company, but the VIII Legion itself. All that remained were disorganized warbands, their values twisted and their ambitions self-serving. He was merely following a broken compass, until he too died for a hollow cause, under senseless orders. He no longer belonged there, and every second spent aboard this barge fueled his desire to be anywhere but on its decks.
He could not have hoped for a better opportunity. Whoever won this internal war, if anyone even survived to claim victory, didn’t matter. No one cared about him at this moment. No one would notice his absence for a long time.
He avoided two Night Lords disemboweling each other with lightning claws, then further on another chasing terrified mortals between docked ships. Karneth finally spotted what he had been looking for.
The Mistralis.
The small smuggling vessel was still where he had left it after its capture during their last raid. He had piloted it here himself, surprised by its maneuverability, the efficiency of its engines beneath its modest appearance… and by its cargo hold filled with all manner of riches, ready to be used or sold.
The idea of using it to desert had crossed his mind back then, far more versatile and better suited than a Thunderhawk. But he needed the opportunity to make it a reality… He hadn’t expected it to come so soon.
The Astartes was halted by one of his “brothers”, who emerged from behind a container, clutching the half-dismembered body of a slave in his claws. He had removed his helmet; his face was smeared with the blood he drank, and his crazed eyes searched for a new prey.
"Blood... Skulls!" the warrior chanted to anyone who would listen.
A pawn under Khorne’s influence, overstimulated by the atmosphere of death. Karneth looked down at him coldly through his helmet, disgusted that this kind of corrupted creature was tolerated aboard despite its instability. The other let his bloodied plaything fall and lunged at him for no reason beyond his own madness.
The fight was brief, this kind of corrupted warrior did not excel in strategy. A sidestep. The mechanical snarl of a chainsword. A precise motion. Karneth resumed his path without turning back to see his opponent fall. He only heard the severed head bounce against the floor behind him, followed by the crash of his armor hitting the deck.
"Offer your own to your god…" he muttered with contempt, wiping the blood dripping across his visor.
He finally reached the Mistralis. Its ramp was already open, and he slipped inside before sealing it behind him. He moved through the vessel to the cockpit, contorting himself with irritation to fit into a seat designed for mortals. His fingers danced across the controls, and the systems awakened with a low rumble. Beyond the cockpit window, members of his Company continued tearing each other apart without sparing him a glance.
The engines roared to life, and he immediately lifted off. The ship once again surprised him with its responsiveness and agility, despite being twice the length of a Thunderhawk. Karneth activated more or less everything the smugglers had installed to make it as difficult to detect as possible, then maneuvered smoothly toward the gaping hangar doors and passed through them without a trace of nostalgia.
Like a bottle cast into the sea, the small ship drifted away from the barge in total indifference. No pursuers on his sensors. No vox transmissions directed at him. It was almost insultingly easy. Strangely, there was neither apprehension nor excitement twisting his gut at his decision, as if he were performing something mundane... But after all, this desertion had been a long time coming.
Before him stretched the curve of Nulaven, the planet around which the barge orbited. From here, one could still see the smoking regions the Night Lords had recently plundered. Worlds on the fringes of the galaxy were isolated and easy prey, left to fend for themselves within an Imperium that barely regarded them. Karneth began to tilt the controls to dive toward it, but doubt stayed his hand.
If his Company survived its own madness, those who remained might return to this world to repair and resupply before plunging back into the Warp. He could not risk being found there.
The Mistralis was not equipped for Warp travel, but for inter-system journeys, perfect for local smuggling operations. He searched the ship’s cogitator for navigation history, and there it was: pre-recorded flight data for a route to Ashmire, another inhabited world in the system. The smugglers must have made the trip to and from Nulaven many times. The cogitator screen displayed a travel duration.
3216 hours.
Karneth felt his nose wrinkle as he calculated what that meant.
"That’s 134 days… Four months and two weeks."
His nose wrinkled further, his lips parting to reveal his teeth. When something irritated him, he had a habit of grimacing as if the air itself stank. He checked the rest of the history. There were other inhabited worlds the Mistralis had visited, but Ashmire was clearly the closest.
An annoyed sigh finally eased his expression. He entered the coordinates for Ashmire, then aligned the Mistralis toward its new destination, breaking free from Nulaven’s orbit and accelerating away.
Then there was nothing left to do.
It’s done… he thought, slowly releasing the control stick.
He had deserted. He had finally turned his back on what remained of his Legion. He could not bring himself to feel satisfaction, yet he felt no regret... And that truth made him impervious to doubt.
Before him, the vastness of the void offered its deepest darkness. A silence unlike any he had ever known gradually settled into the cabin, barely disturbed by the steady hum of the engines through the hull. Karneth remained still for a moment, watching the indicators flicker across the console and the engine readouts scroll without urgency. Then he let himself sink back into the seat, which creaked under his weight, and a tension he hadn’t even noticed finally eased.
He could not remember the last time he had been so alone, so far from another Astartes. Not that he missed the presence of beings who might decide on a whim to kill him in his sleep for a piece of his armor… but the sensation unsettled him. He had always been part of a whole, moving within a group, acting under orders. He did not understand his place within this silence.
Freedom was a concept he had always struggled to define, and now he found himself at a loss before the lack of structure it imposed upon him. What would he do once on Ashmire? How would he survive, resupply… find meaning in his existence, when he had struggled to find any even among his own kind?
His nose wrinkled again. He hadn’t really had time to think about that before deserting.
Well… I’ll have plenty of time now… he thought, glancing at the 3216 hour countdown that had just begun.
He idly observed the rest of the small room when something at the edge of his helmet's auspex suddenly caught his attention. A faint thermal signature, deeper within the ship.
Karneth turned sharply toward the door leading out of the cockpit, his senses on edge. His brows furrowed as he studied the heat signature. It might just be machinery, there were others like it scattered throughout the vessel… But a cautious instinct urged him to leave his seat.
He might not be so alone in the silence after all.
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Milo ran, panicked, through the dark corridors of the barge. His lungs burned, his bare feet were torn on every rough edge of the cold metal, his body slammed into walls he could barely make out… But behind him echoed screams and desperate pleas that kept him from stopping to catch his breath.
Despite the hell this place was, he had eventually begun to discern a kind of logic to it… But what was happening now had none.
The Masters had come, and then had begun killing every mortal they came across without explanation. This wasn’t like the punitive sweeps, when slaves failed to meet their quotas or poorly carried out their tasks. Nor was it one of those times when the monsters came simply to feed on their terror. This was something else. Bigger, too big for someone like him to understand. He only had the visceral certainty that the natural order aboard had collapsed.
Even as demi-gods, Astartes could not hunt multiple prey at once, and Milo had managed, along with other slaves, to escape their attention long enough to leave the lower decks and venture deeper into the ship’s innards. He heard more than he saw the panting figures around him, shoving and clinging to one another to keep from falling. They didn’t know where to go, nor even where to hide. Safety had always been a nonexistent concept here… They had only fear as their guide, tearing at their insides and driving them forward.
Milo was deafened by his own heartbeat pounding in his ears. But through his bare feet, he felt a vibration running along the floor.
Steady. Heavy.
Footsteps.
The young man dared waste precious seconds to glance behind him. He immediately regretted it as his legs nearly gave way under the weight of terror. One of the Masters was following them. The red-glowing optics of his visor tore through the distant darkness, casting enough light to outline the massive shape of his armor… and that of a convulsing human whose skull he was slowly crushing in his grip.
They were being hunted.
Milo turned back with a whimper of distress, no longer able to tell whether he was running faster or slower than the others. He could no longer feel their presence around him, adding to his dread the certainty that he would be the next prey the Astartes would seize.
Then the surroundings changed. Despite the crushing darkness and the long months that had passed since his arrival, he immediately recognized the place. It was the very first he had seen upon arriving here, unloaded like cattle alongside the other captured mortals meant to serve the crew: the hangar. But here too, the natural order had been overturned. Blinding flashes of light burst through the darkness, the clash of weapons intermittently revealing gigantic forms battling one another.
The Masters are fighting each other?
A scream behind him snapped him back to reality. He had stopped running!
He surged forward again without knowing where he was going, dodging the giants tearing each other apart, searching for somewhere to hide among the containers and stacked equipment. His body, worn down by servitude, was reaching its limits and now sought only a place to disappear. Perhaps in the midst of this chaos, his pursuer would lose track of him… or grow bored.
He spotted a line of ships further ahead, but all of them had their access ramps closed.
All except one.
Before the thought had even fully formed, he had slipped inside. The darkness within was kinder, less suffocating. Dim indicators glowed here and there, casting a pale light just enough to make out his surroundings in shades of gray. The sounds outside gradually faded as he staggered deeper inside. This was not an Astartes warship. The interior was different, narrower, more… human. One of his hands slid along the wall, and when it found the shape of a handle, he grabbed it instinctively. Milo immediately shut himself inside the small room it opened, curling up in a corner among maintenance supplies.
And then he waited.
The sounds no longer reached him, depriving him of any sense of time. Seconds stretched endlessly, and he couldn’t even tell how long he had been hiding there. He trembled, arms wrapped tightly around himself, head buried in his knees, trying to make as little noise as possible. He didn’t even know what he was waiting for. For the barge to stop its madness and return to its “normal” state? To be found and either gutted or sent back to his duties?
He briefly considered trying to reach the cockpit.
Even if I don’t know how to pilot… maybe, with a bit of luck…
He didn’t even dare finish the thought, far too afraid of the demi-gods’ wrath if he were caught trying to steal a ship.
Maybe… Maybe they’ll forgive me for just hiding here…
A dull impact echoed through the hull.
Milo flinched violently, barely stifling a cry. A heavy, repetitive sound began to reverberate through the vessel, and his mind immediately leapt to the most obvious horror: the Astartes who had been hunting the slaves.
He followed me! He’s going to find me! He’s going to...!
The sound moved away.
Milo remained frozen, unable to believe it. Very slowly, he allowed himself to breathe again. Had that really just happened? Had he somehow escaped his fate?
It took several minutes before he noticed another kind of sound. Subtler, more diffuse… then growing clearer, more and more present, its vibration spreading through the floor and walls down to the smallest rivet. A crescendo of systems awakening, machinery coming to life.
His eyes widened.
"No… No…" he whispered despite himself.
The engines roared, leaving no room for doubt. Someone had started them. Objects in the room shifted and toppled as the ship suddenly lifted off. The acceleration slammed him against the nearby cabinet until gravity stabilized again. He clumsily pushed himself upright, panic twisting his stomach once more.
Someone was piloting. Someone had just left the barge, and without knowing it, had taken him along. For endless minutes, Milo tried to process this, to understand what it meant. He hadn’t been given permission to board. If he were discovered, he might be taken for someone attempting to desert… and he had already seen what happened to slaves with rebellious thoughts.
I shouldn’t have hidden here…
He had doomed himself. Tears welled in his eyes, spilling silently down his dirt-streaked face. He buried it in his trembling hands, trying to think.
Maybe… Maybe it’s another slave? he tried to reassure himself. Someone who knows how to pilot… Someone trying to escape like me?
It was possible, after all. The ship seemed designed for humans. Maybe…
Footsteps echoed again.
His heart clenched so violently that Milo jolted. An icy shiver shot down his spine, freezing him in place. Every instinct in his body focused on analyzing what he heard.
The footsteps were heavy. Slow. Unstoppable. Those of a being twice his size, encased in hundreds of kilos of ceramite armor. There was no doubt anymore. Each impact against the floor rang like his own death knell. Milo snapped out of his stupor and pressed himself against the wall, hands clamped over his mouth, desperately trying to stifle the panicked breaths shaking his chest. His heart pounded so loudly he was sure it could be heard.
The footsteps drew closer.
Closer.
Closer still.
He could now hear the scraping of armor plates sliding against one another, accompanied by the distinctive hum of the backpack power unit that powered the energy armor. A sob slipped past his lips.
The footsteps stopped just behind the door.
Milo stopped breathing. A tear of despair slid down his cheek. The moment it struck the floor, the door was wrenched open.
He didn’t have time to scream. A massive hand seized him by the collar and lifted him effortlessly from his hiding place. His feet left the ground, and his body didn’t even struggle, curling inward in a futile attempt to protect itself.
Like an animal caught in headlights, he froze as his eyes met the two glowing red optics that cast a sinister light over his face.
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"WHAT THE HELL ARE YOU DOING ON BOARD?!"
The mortal stared at him, eyes wide with terror. He didn’t even struggle, his mouth opened and closed, but no coherent sound came out. Despite his anger at discovering a stowaway, Karneth had the presence of mind to wonder whether the slave even spoke Nostraman. He slammed him harshly against one of the walls and repeated his question in Low Gothic. The human’s tongue loosened instantly, words tumbling out in a frantic stammer.
"I-I was hiding, my lord! I was just hiding from... I-I’m sorry, I just wanted to hide! I didn’t know you needed the ship, I swear! I-I’m so-sorry, I...!"
"Are there any others?!" Karneth cut him off.
He increased the pressure of his grip against the wall. The frail body tensed under the strain, small hands instinctively clutching at the ceramite wrist, vainly trying to ease the weight crushing his ribcage.
"I don’t know!" he sobbed. "I swear, my lord! I don’t know!! I’m sorry! I don’t know!!!"
A curse in Nostraman hissed through the Astartes’ teeth. He released his grip, and the mortal collapsed among buckets and brooms. His pleas stopped immediately as Karneth turned on his heel, losing interest in him as he left the room. He needed to make sure no one else had had the same idea.
The Mistralis did not offer many places to hide, its layout barely designed to make long journeys tolerable. The main deck held only a handful of rooms: the maintenance room, a sort of common area serving as the heart of the vessel, the cockpit, and right beside it a small cabin, a bathroom, a a food storage room, and the engine room, all connected by a narrow corridor. The entire lower level was dedicated to the cargo hold, packed to the brim, accessible by a ladder at the end of the corridor.
He checked every room, methodically tracking each thermal signature, each variation of heat picked up by his auspex… but found no one else. There seemed to be only a single stowaway.
He relaxed slightly as the concern of a potential threat faded, the intruder posed virtually none. Still, this unexpected presence aboard his ship made his nose wrinkle, disturbing the fragile calm he had only just gained through his desertion.
This isn’t a complicated problem to solve… he thought coldly.
But another thought rose, pushing back against the urge to dispose of the mortal. A part of him felt grounded again within the silence by that small, trembling, miserable presence.
With or without his Legion, he remained a demigod. Not one to be worshipped, he put no faith in the sanctity of his gene-sires... but one to be feared for his crushing superiority, before whom ordinary humans would submit and await his judgment. His gaze drifted briefly toward where his auspex marked the thermal signature. He watched, thoughtful, the curled-up shape still lying where he had left it.
In the end… maybe it’s not such a bad thing that he slipped aboard…
A servant could prove useful, especially now that he was on his own.
Karneth had never had a personal serf, relying instead on those assigned by default to his Claw to serve, equip, and maintain him. He had never taken the time, nor felt the desire, to train one according to his needs. They all died too quickly anyway, constantly replaced by others of varying competence.
But this time, he had time… and the desire to delegate the more menial tasks awaiting him to someone else.
With a decisive stride, he moved into the common area and planted himself at its center. Then he activated the vox speakers, loud enough to be heard throughout the entire ship.
"Human! Come to me. Now… if you don’t want me to come to you."