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CâEST QUI QUI A COUPE LES COUILLES AUX FRANĂAISÂ ? (01)
Aujourdâhui je me pose la mĂȘme question quâhier et que je me pose tous les jours : Câest qui qui a coupĂ© les couilles français ? Câest plein dâhumour dit comme ça mais la question est grave et dĂ©nuĂ©e de tout humour en rĂ©alitĂ©. Cette question nâest pas aussi âcause-effetâ quâelle en a lâair. Ăa fait tout de suite âbrĂ»lons la sorciĂšreâ. Cette question a bien plus grande quâelle : Quâest-ce qui a coupĂ© les couilles aux français ? Subtil. Plus objectif bien que complĂštement subjectif. Câest dĂ©jĂ plus ouvert, plus complet, plus âconcours de circonstancesâ ou âphĂ©nomĂšneâ. Mais vous entendrez bien en la rĂ©pĂ©tant Ă voix haute, cette question, quâelle est beaucoup moins chantante et donc beaucoup moins sympathique Ă poser. Cette question je me la pose chaque jour, Ă chaque heure, Ă chaque minute, peu importe la saison en cours ou lâĂ©tat de mon compte en banque content de recevoir 430⏠de plus quâun smic. Les français ont les couilles coupĂ©es. Je ne parlerai pas des populations dâautres pays car cet article se transformerait en roman fleuve empli de complaintes humanistes, un type de contenu dĂ©jĂ suffisamment distillĂ© au fil de lâarticle. Quand jâentends que des voisins, femmes et hommes, ont ignorĂ© pendant des annĂ©es les cris et pleurs dâun enfant victime de violences commises par ses propres parents, enfant mort sous les coups, sont relaxĂ©s, cela me met en colĂšre.Tout simplement en colĂšre. Tous complices. La peine aurait du en faire des exemples. Mais lâon craint tellement les martyres quâon nâose plus aller trop loin quand tous nous avons des comportements et des tempĂ©raments de plus en plus abominables et mĂ©prisants. Ce manque de bienveillance se mue lentement mais assurĂ©ment vers la malveillance. Cet homme relaxĂ© et bon nombre de gens qui se sont retrouvĂ©s impliquĂ©s dans une affaire similaire ressentiront toujours cette culpabilitĂ© ; chacun sait que la culpabilitĂ© est lâune des pires angoisses quâil ait Ă©tĂ© donnĂ©e Ă un humain de vivre. Dimanche dernier, 21h, trombes dâeau incessantes, dans ma rue des jeunes français originaires dâAfrique du Nord dĂ©boulent pour gagner leur vie. Ce nâest pas le problĂšme, ils font bien ce quâils veulent et peuvent, le problĂšme est quâils ont foutu un bordel immense dans ce quartier historique oĂč toutes les familles bobos se connaissent. Un voisin de type chĂ©tif qui a du se faire racketter plus jeune commençait Ă se faire pousser. Il voulait juste sortir sa voiture de son garage. Cela a durĂ©. Personne ne faisait rien autour alors que tout le monde entendait ce quâil se passait. La police nâarrivait pas. Tout le monde avait peur. Me sentant enclin Ă dĂ©samorcer la situation et Ă les faire dĂ©gager sans trop de violence verbale et sans aucune violence physique, jây suis allĂ©e. Lorsque je suis apparue et que jâai eu attirĂ© leur attention en leur parlant, le voisin sâest planquĂ© dans sa voiture. Il y a les voisins qui mâont fĂ©licitĂ© dâĂȘtre un Batman, une hĂ©roĂŻne. Il y a les voisins qui mâont remerciĂ© ce qui compte davantage pour moi plutĂŽt que de paraĂźtre Ă©pique puisque tout le monde aurait pu, sâil avait confiance et foi en lui-mĂȘme, aurait pu chasser sa peur et aider son prochain que pourtant il pense beaucoup aimer lorsquâil le croise au marchĂ© des lĂ©gumes bio sur la place. Câest peut-ĂȘtre parce que les français nâont plus de courage ni assez dâĂ©nergie vitale quâils aiment les Marvel et les DC, et tout ce qui peut sâapparenter Ă un hĂ©ros. Je pense que câest toujours plus facile de se cacher derriĂšre quelquâun surtout quand on est faible physiquement mais rien ne peut en fait pardonner la paresse qui immobilise les français pour ne pas se manifester, ce flegme qui les empĂȘche de se transcender pour et grĂące au corps social. On dirait que tout le monde a oubliĂ© la superbe morale de David et Goliath, rĂ©fĂ©rence en mettant de cĂŽtĂ© toute notion religieuse mais pour uniquement valoriser lâhumanisme qui imprĂšgne cette histoire. Enfin, je cherche la trace du mausolĂ©e Ă©garĂ© oĂč reposent ces balloches poilues ou pas poilues, pleines de verve endormie, dont jâestime quâelles devraient ĂȘtre recollĂ©es fissa. Je recollerai les couilles coupĂ©es Ă leur possesseurs Ă gros coups de procĂšs aux peines exemplaires. Entendez-moi bien, je cause de quelques peines bien partiales, injustes, comme outil de la violence nĂ©cessaire, comme une cure mĂ©dicale forcĂ©e, dans le strict et rigide but de faire rentrer du plomb dans les cerveaux, dĂ©calcifier la glande pinĂ©ale, revigorer les esprits inanimĂ©s, faire se mouvoir les corps en accord avec lâĂ©veil des Ăąmes. Lyrique. Je sais. Jâavais prĂ©venu sur les tricks Ă venir sur lâhumanisme. Câest Ă©trange mais je ne vois la paix que par un passage, au minima, Ă la dictature. Je sais que beaucoup de personnes, au fond, qui ont Ă©tudiĂ© ou non mais qui ont un avis construit sur âla choseâ ont rĂ©alisĂ© cela depuis longtemps. Que le systĂšme ne peut fonctionner parfaitement quâen dictature. Quand un gauchiste comme Sartre se rend compte de ça, ça fait mal. Oui ça leur fait vachement mal. Les plus intelligents dâentre eux se lâavoueront malgrĂ© les difficultĂ©s et lâassumeront pour se relever plus forts, et, les plus bĂȘtes deviendront tĂȘtus. Dommage car nous sommes et avons tous besoin de forces vives en mouvement. Le mec de droite ne comprend pas ça car il naĂźt au monde, au chaud dans sa classe sociale aux mĆurs dominantes refoulĂ©es, avec cette conscience, ce savoir innĂ©. Quand le mec aura lâoccasion de il nâhĂ©sitera que trop peu. VoilĂ peut-ĂȘtre une raison de lâĂ©chec socialiste français de nos jours. VoilĂ peut-ĂȘtre une raison de lâĂ©chec des vraies dictatures modernes. Putain, quand je relis des biographies de Blum ça me fait tout drĂŽle, comme si jâavais connu cette Ă©poque dans une autre vie. Bref, mĂȘme ce bon gros LĂ©on a les couilles coupĂ©es. Les ciseaux de sa descendance et des Ă©vĂ©nements concomitants les ont coupĂ© aprĂšs sa mort, brĂ»lant alors lĂ tout lâhĂ©ritage de ses contemporains et ne laissant quâun faux souvenir mĂ©lancolique aux humanistes idĂ©alistes qui nâont pas connu cette Ă©poque. La problĂ©matique de base - celle Ă propos des couilles coupĂ©es des français - ne trouvera surement pas sa chute ce soir car demain je n'aurais plus cette fameuse question Ă me poser, quâun trop grand vide dans mon espace cĂ©rĂ©bral se serait crĂ©er alors, et jâen serais dĂ©stabilisĂ©e par la brutalitĂ© de la rĂ©ponse qui mâassommerait en me tombant dessus subitement. Je me sens comme un Musset dont le passĂ© Ă©tait un grand projet glamour, profond et excitant et dont lâavenir est une partie colin-maillard oĂč tout le monde a les yeux bandĂ©s.Â
Il faut choisir de faire une sociĂ©tĂ© inĂ©gale avec des hommes Ă©gaux ou une sociĂ©tĂ© Ă©gale avec des hommes inĂ©gaux. Qui a quelque goĂ»t pour lâĂ©galitĂ© ne devrait pas hĂ©siter : les individus sont des ĂȘtres rĂ©els et la sociĂ©tĂ© une fiction. Câest pour des ĂȘtres rĂ©els que lâĂ©galitĂ© a du prix, non pour une fiction. Il suffirait dâapprendre Ă ĂȘtre des hommes Ă©gaux dans une sociĂ©tĂ© inĂ©gale. Câest ce que veut dire sâĂ©manciper.
Jacques RanciĂšre, Le maĂźtre ignorant : cinq leçons sur lâĂ©mancipation intelectuelle.Â
LES LEGITIMITATEURS QUI PUENT LE HĂRISSON
Il faut ĂȘtre lĂ©gitime pour tout. LĂ©gitime pour penser, lĂ©gitime pour parler, lĂ©gitime pour agir, lĂ©gitime pour tyranniser, lĂ©gitime pour violenter, lĂ©gitime pour apporter de la paix, lĂ©gitime pour respirer. Il faut ĂȘtre lĂ©gitime pour lĂ©gitimer. Le dictionnaire donne plusieurs dĂ©finitions Ă ce terme. 1) Qui est consacrĂ© par la loi ou reconnu conforme au droit. 2) Conforme Ă la justice, Ă lâĂ©quitĂ©. 3) JustifiĂ© par le bon droit, la raison, le bon sens. Ces dĂ©finitions sous-entendent que personne ne peut se dĂ©clarer lĂ©gitime lui-mĂȘme. Elles indiquent quâune âforceâ, une âentitĂ©â, un âconceptâ, en tous les cas, quâune âidĂ©eâ supĂ©rieure confĂšre le statut de lĂ©gitimitĂ©. Cette âidĂ©eâ directrice nâest autre que la loi, le droit, la justice, la raison, donc la morale quâune sociĂ©tĂ© et sa culture pratiquent. La morale a lâaura, lâimage abstraite et conceptuelle dâun dieu antique qui consacre ou qui dĂ©daigne, dâun CĂ©sar qui lĂšve son pouce vers le ciel ou le renverse vers la terre. La loi, le droit, la justice, lâĂ©quitĂ© et le bon sens tels que les administrations les pensent, ne sont pas vus ni vĂ©cus de la mĂȘme maniĂšre par tous, alors ce ne sont pas des âchosesâ universelles, alors chacun dans le quotidien les applique comme bon lui semble. Au quotidien, les hommes se posent tout-Ă -tour en âidĂ©e directriceâ, en Dieu Antique, en CĂ©sar dotĂ© dâun pouce, en garant de nobles valeurs que seule leur force innĂ©e ou imposĂ©e, en personne de bonne constitution. Il nây a pas de rĂ©el respect pour ceux-lĂ , il nây a que la crainte quâils inspirent. Ce nâest pas lâhomme ni les hommes qui sâoctroient une lĂ©gitimitĂ©, pourtant la loi, le droit, la justice, lâĂ©quitĂ© et le bon sens tels quâon les pratique en sociĂ©tĂ© ne sont pas vus ni vĂ©cus de la mĂȘme maniĂšre par tous. Alors jâai le droit dâemmerder les gens qui se dressent Ă ce poste de âlĂ©gitimitateursâ des consciences, des paroles et des gestes. Ils se croient au-dessus de Dieu ou de la loi, ou au moins Ă leur Ă©gal.Â
LA MACHINE MOLLE - WILLIAM S. BURROUGHS (1961-1968)
Ce que jâai lu et compris de La Machine Molle.Â
Prenez Koons. Rendez Le Bernin.
François Ier
STAGIAIRE DE LâANNĂE
Attaque Ă la PrĂ©fecture de Police de Paris avec un couteau en cĂ©ramique : 4 policiers morts. Au JT de 13h Pernaud me dit que les policiers sont sous le choc, une cellule psychologique a Ă©tĂ© ouverte. Un policier senior interviewĂ© dit âOn nâimagine pas que ça puisse arriver chez nous, Ă la PPâ. On peut relever lâironie cachĂ©e de cette pensĂ©e qui nous parait dâabord dâune banalitĂ© dĂ©nuĂ©e de patronyme. Comment avons-nous fait pour que mĂȘme nos policiers, prĂ©caires et dĂ©laissĂ©s par la RĂ©publique, puissent vivre dans une rĂ©alitĂ© aussi parallĂšle Ă la nĂŽtre ? Ils ont pourtant pour quotidien depuis ces derniĂšres annĂ©es de se taper des horreurs sans noms : des gros attentats lourdement meurtriers, des mĂ©gas attaques sur civils, comme des attaques sur des flics - justement - et des militaires, des Ă©gorgements de curĂ©s. Autant dâĂ©vĂ©nements qui pourraient leur faire comprendre, ne serait-ce quâinconsciemment, que nous sommes dans un cycle dâhyper violence ciblĂ©e, ciblĂ©e comme dans le marketing. Les policiers de la PP entendent au moins Ă la tĂ©lĂ©vision, ou dans les couloirs des administrations, les rĂ©cits sanglants et barbares de nombreuses autres abominations autour du monde, chaque jour. Merde. Les mecs sont complĂštement dĂ©connectĂ©s. Comme nous tous. Mais on pourrait imaginer Ă leur sujet quâils rĂ©alisent plus que nous le prĂ©sent. Je les vois comme au âcĆur de lâactionâ. DorĂ©navant, je ne les vois plus vraiment au creux de la rĂ©alitĂ©, comme acteurs de lâaction, puisquâon peut constater lâabsence de certains qui est dĂ©jĂ de trop. JâĂ©prouve de lâempathie - Ă la limite de la compassion - pour la crise quâils connaissent mais Ă entendre cette intervention, je ne me sentirais pas plus rassurĂ©e ou sous bonne garde si je devais me sentir rassurĂ©e ou sous bonne garde. On apprend que câest un policier stagiaire arrivĂ© il y a 15 jours qui a abattu courageusement lâassaillant en usant de son arme. Est-ce que câest la classe ? Oui et non Ă la fois ? Si cela est un dilemme alors on peut reformuler le problĂšme ainsi : est-ce que le policier stagiaire, stagiaire du mois pour lâinstant, sera tenu dâĂ©crire un rapport de stage ? Lui demander pourrait ĂȘtre âindĂ©licatâ et serait taxĂ© dâun manque de tact fou car il a ĆuvrĂ© pour le bien dans un instant aussi Ă©lectrique. Ce stagiaire pourrait ĂȘtre dispensĂ© exceptionnellement de rapport, dâexamens ou de tests quelconques. Pour dire plus simplement, il ne sâest pas chiĂ© dessus et a fait ce quâil fallait faire dans un cas pareil. Cela dit, comme il va probablement prochainement Ă©crire un livre-tĂ©moignage de cette affaire - comme souvent cela arrive - on pourrait lui demander dâĂ©crire un rapport qui lui servira de brouillon, et au pire, de thĂ©rapie par lâĂ©criture pour passer Ă autre chose en profondeur et sereinement. Tout mauvais cynisme Ă part, jâai beaucoup de respect pour cet homme qui sâest Ă©croulĂ© en larmes aprĂšs avoir tirĂ© et tuĂ© de fait lâassaillant. Tout a fait dâaccord de ce journaliste de TF1 et comme le serait des millions de frenchies. Jâai une forte et chaleureuse pensĂ©e, une pensĂ©e trĂšs singuliĂšre, pour ce stagiaire policier qui mĂ©rite de trĂšs loin le titre de stagiaire de lâannĂ©e. Ah, si seulement on en avait des aussi couillus Ă prendre sous sa coupe au bureau pour Ă©crire des rapports hĂ©roĂŻques.Â
Le monde des fils du patron se divise entre deux types de fils du patron : les fils du patron qui montrent l'exemple, et ceux qui ne montrent pas l'exemple.
#montrepaslexemple
Il faut une grande maturité pour comprendre que l'opinion que nous défendons n'est que notre hypothÚse préférée, nécessairement imparfaite, probablement transitoire, que seuls les trÚs bornés peuvent faire passer pour une certitude ou une vérité.
Milan Kundera
Prenez Hanouna. Rendez Barthes.
ĂpictĂšte
ENCENSEZ LAÂ SORCIĂRE
Documentaire sur Kate Bush actuellement sur le replay dâARTE. Seulement quelques kilomĂštres nous sĂ©parent de lâAngleterre et pourtant nous ne connaissons ici Kate Bush quâĂ travers ses tubes. Mettons ça, si vous voulez bien, sur lâancestrale rivalitĂ© entre la France et lâAngleterre. Kate Bush, puisses-tu ĂȘtre louĂ©e pour des siĂšcles et des siĂšcles car câest toi qui a donnĂ© des codes aussi prĂ©cieux - mais aussi qui tournent parfois au ridicule avec dâautres - Ă la pop et Ă lâĂ©lectronique. Kate Bush est la premiĂšre Ă avoir utilisĂ© des samples du quotidien, dâobjets et de bruits familiers. Kate Bush est une femme qui a imposĂ© sa vision artistique Ă une maison de disques qui voulait - aprĂšs lâavoir rincĂ©e et tentĂ© de lâĂ©cerveler - la formater dans un style populaire dĂ©jĂ bien dĂ©fini. Kate Bush a tenu Ă associer de multiples disciplines en un show : son, chant, danse, costume, mises en scĂšne, théùtre. Une tournĂ©e qui lâa bien lessivĂ©e dâailleurs puisquâelle nâest pas remontĂ©e sur scĂšne pendant un bail aprĂšs ça. Kate Bush est aussi la premiĂšre Ă avoir demandĂ© Ă ses techniciens de lui faire un micro serre-tĂȘte, avec le micro bien prĂšs de la bouche, pour quâelle puisse sâexprimer physiquement en mĂȘme temps quâelle balançait ses volutes aiguĂ«s dans lâair chaud, sans ĂȘtre gĂȘnĂ©e par le fait de tenir son micro. Madonna, MylĂšne Farmer, Janet Jackson, puis les Rihanna, Lady Gaga ou encore BeyoncĂ©, toutes observent les mĂȘmes rituels et la mĂȘme technique. Un nouveau propos jetĂ© pour dire quâil faut rendre Ă CĂ©sar ce qui appartient Ă CĂ©sar. Kate Bush est aussi une artiste - certains estiment que le trait suivant relĂšve plus du concept de Diva - qui a su dire au revoir au public Ă©galement, se mettre en retrait et ne rien laisser filtrer sur sa vie personnelle. Une pause si longue que les sosies se multiplient et des âfauxâ concerts sâorganisent pour combler lâabsence. Peut-ĂȘtre nâa-t-elle vraiment pas apprĂ©ciĂ© dâĂȘtre si Ă©rotisĂ©e avec ses petits seins qui pointent sous le body - enfin, câest tellement beau quand mĂȘme - va savoir, tout ce qui compte Ă mes yeux chassieux câest de rĂ©tablir cette vĂ©ritĂ© : Kate Bush est la premiĂšre queen de la pop.
Le monde se divise entre deux types de personnes : ceux qui laissent 20 mĂštres entre eux et la voiture devant eux alors qu'ils sont au point mort, et ceux qui ne laissent pas 20 mĂštres entre eux et la voiture devant eux alors qu'ils sont au point mort.
#lepériphlematin
Trois Ă©lĂ©ments partageaient donc la vie qui s'offrait alors aux jeunes gens : derriĂšre eux, un passĂ© Ă jamais dĂ©truit, s'agitant encore sur ses ruines, avec tous les fossiles des siĂšcles de l'absolutisme ; devant eux, l'aurore d'un immense horizon, les premiĂšres clartĂ©s de l'avenir ; et entre ces deux mondes⊠quelque chose de semblable Ă l'OcĂ©an qui sĂ©pare le vieux continent de la jeune AmĂ©rique, je ne sais quoi de vague et de flottant, une mer houleuse et pleine de naufrages, traversĂ©e de temps en temps par quelque blanche voile lointaine ou par quelque navire soufflant une lourde vapeur ; le siĂšcle prĂ©sent, en un mot, qui sĂ©pare le passĂ© de l'avenir, qui n'est ni l'un ni l'autre, et qui ressemble Ă tous deux Ă la fois, et oĂč l'on ne sait, Ă chaque pas qu'on fait, si l'on marche sur une semence ou sur un dĂ©bris. VoilĂ dans quel chaos il fallut choisir alors ; voilĂ ce qui se prĂ©sentait Ă des enfants pleins de force et d'audace, fils de l'Empire et petits-fils de la RĂ©volution. Or, du passĂ©, ils n'en voulaient plus ; car la foi en rien ne se donne ; l'avenir, ils l'aimaient ; mais quoi ? comme Pygmalion GalatĂ©e(1) ; c'Ă©tait pour eux comme une amante de marbre, et ils attendaient qu'elle s'animĂąt, que le sang colorĂąt ses veines. Il leur restait donc le prĂ©sent, l'esprit du siĂšcle, ange du crĂ©puscule, qui n'est ni la nuit ni le jour ; ils le trouvĂšrent assis sur un sac de chaux plein d'ossements, serrĂ© dans le manteau des Ă©goĂŻstes, et grelottant d'un froid terrible. L'angoisse de la mort leur entra dans l'Ăąme Ă la vue de ce spectre moitiĂ© momie et moitiĂ© fĆtus ; ils s'en approchĂšrent comme le voyageur Ă qui l'on montre Ă Strasbourg la fille d'un vieux comte de Saawerden, embaumĂ©e dans sa parure de fiancĂ©e. Ce squelette enfantin fait frĂ©mir, car ses mains fluettes et livides portent l'anneau des Ă©pousĂ©es, et sa tĂȘte tombe en poussiĂšre au milieu des fleurs d'oranger. Comme Ă l'approche d'une tempĂȘte il passe dans les forĂȘts un vent terrible qui fait frissonner tous les arbres, Ă quoi succĂšde un profond silence, ainsi NapolĂ©on avait tout Ă©branlĂ© en passant sur le monde ; les rois avaient senti vaciller leur couronne, et, portant leur main Ă leur tĂȘte, ils n'y avaient trouvĂ© que leurs cheveux hĂ©rissĂ©s de terreur. Le pape avait fait trois cents lieues pour le bĂ©nir au nom de Dieu et lui poser son diadĂšme ; mais NapolĂ©on le lui avait pris des mains. Ainsi tout avait tremblĂ© dans cette forĂȘt lugubre des puissances de la vieille Europe ; puis le silence avait succĂ©dĂ©.
Alfred de Musset, Confession dâun enfant du siĂšcle, 1836.
Prenez Gattaz. Rendez Blum.
Saddam Hussein
AVANT DEMANDE A LA POUSSIERE
John Fante. Fante. Rien que de penser Ă son nom, sans mĂȘme le dire, sans mĂȘme lâentendre vraiment, je frĂ©mis. Quel auteur de gĂ©nie. Jâhallucine complĂštement Ă travers ses histoires et les personnages dont il Ă©voque des morceaux de vie. Je les ai tous ses livres. Tous. Dans ma bibliothĂšque le gars a une place dâenfer, une place de prestige. Il est tout prĂšs de Marguerite Duras, Marguerite Yourcenar, William Burroughs, Jean Cocteau, Tennessee Williams, Truman Capote, Alfred de Musset, Milan Kundera. Mais jâen lis un tous les trois ans en moyenne parce que le mec est mort. Ils trouvent des nouvelles Ă gauche Ă droite dans les tiroirs mais la rĂ©serve est Ă©puisable et pour ainsi dire : câest mort pour en avoir dâautres. Alors je prends mon temps pour les lire. Histoire dâen avoir profiter longtemps en mettant que je ne meurs pas avant la fin de sa bibliographie. Je suis triste pour John Fante. Il est complĂštement sous-cĂŽtĂ©. Les Charles Bukowski, Jack Kerouac et consoeurs - et Dieu sait comme ils sont excellents eux-mĂȘmes - ont fait de âlâombreâ Ă John Fante, le petit fils dâitaliens immigrĂ©s, plus amĂ©ricain quâitalien. Câest des tatillons qui connaissent John Fante, câest les diggers de la jeune littĂ©rature amĂ©ricaine underground qui connaissent. Les gens qui aiment la littĂ©rature sont forcĂ©ment snobs, plus ou moins en fonction. Jâai voyagĂ© en Italie rĂ©cemment et je pense encore plus que si John Fante avait connu lâItalie, il ne serait pas John Fante. Ce type est tellement douĂ© dans le brossage de portraits, dâune maniĂšre sublime, efficace et gracieuse de ces personnes quâil a vĂ©cu ou croisĂ©. ImmĂ©diatement, on visualise tout le personnage, Ă lâintĂ©rieur et Ă lâextĂ©rieur. Je me dĂ©lecte paisiblement, tous les trois ans, de ces rencontres quâon peut faire dans ses livres. Les gens y sont tellement authentiques ; il y a un bout de leur Ăąme dans les livres de John Fante, magicien qui leur a volĂ© une photo vivace dâeux, qui a pris leur ombre en otage, pour les enfermer Ă©ternellement dans ses bouquins. Jâai connu John Fante par une personne avec qui jâai travaillĂ© il y a une dizaine dâannĂ©es, quelquâun qui me dĂ©routait complĂštement tant nous Ă©tions antinomiques. A lâĂ©poqu, je me disais que ce type Ă©tait une sombre merde aux valeurs dĂ©traquĂ©es, au mode de vie mortifĂšre et pitoyable. Il mâavait donnĂ© un livre de John Fante : Bandini. Il Ă©tait enthousiaste et me lâa vivement conseillĂ©. Pendant des annĂ©es jâai regardĂ© ce livre en chien de fusil. Je le voyais comme se tapant lâincruste sur mes Ă©tagĂšres sans pour autant rĂ©ussir Ă le jeter, comme jâavais pourtant dĂ©sir Ă faire. Enfin jâai aussi pour circonstance quâĂ lâĂ©poque jâidolĂątrais tellement le livre comme objet que jâĂ©tais incapable dâen jeter. Jâai Ă©tĂ© soignĂ©e de ce mal par des annĂ©es de bĂ©nĂ©volat chez Emmaus au rayon livres, mais je garde comme trouble dâĂȘtre incapable de prĂȘter un livre Ă qui que ce soit. Pour revenir Ă la sombre merde aux valeurs dĂ©traquĂ©es, et au mode de vie mortifĂšre et pitoyable, je lâai complĂštement pardonnĂ© ce type. PardonnĂ© mais sans me retourner. Je ne peux pas lui enlever que je lui suis reconnaissante Ă vie et mĂȘme encore aprĂšs, si jamais il y a effectivement un aprĂšs. Le jour du jugement dernier quand on me demandera de parler Ă son sujet, postĂ©e Ă la barre sĂ»rement faite de nuages, je dirais que son Ăąme nâest peut-ĂȘtre pas aussi mauvaise que ça parce quâil connaĂźt John Fante. John Fante ne sait parler que de lui-mĂȘme, sa vie câest sa seule richesse, et il la raconte si bien, comme si vous y Ă©tiez avec une voix off dans votre oreillette. Quand enfin jâen ai eu assez de me demander si jâallais le lire avant de le donner Ă dĂ©faut de rĂ©ussir Ă le jeter, je lâai lu. La claque dâair frais que jâai prise ce jour lĂ je ne lâoublierai jamais. Pour parler vulgairement jâĂ©tais sur le cul. Actuellement - et depuis un mois presque parce que je prends mon temps - je lis des nouvelles recueillies dans Grosse faim et ce que je dĂ©crivais plus haut, la finesse, la beautĂ©, du coup de pinceau quâil a pour prĂ©senter ses personnages, nâen sont que dâautant plus vibrantes et criantes, grĂące Ă ce format court qui montre, humblement, davantage lâart de la spontanĂ©itĂ© dans lequel il excelle. Jâen raffole. La vie nây est pas romancĂ©e, elle est ainsi, une misĂšre heureuse, une violence comique, elle est rebutante et touchante. Câest un oxymore permanent et je ne connais pas de meilleur exemple ou compĂ©titeur - sauf Milan Kundera, on ne touche pas Ă Milan Kundera - dans ce rĂ©alisme rĂ©el et pas ârĂ©alisteâ, le rĂ©alisme nâĂ©tant quâun semblant de rĂ©el. Je tâen citerais si tu es sage lecteur absent, silencieux.Â
ET TOUT LE MONDE EST DâACCORD SUR CE CONSTAT
On ne peut plus dire que les femmes sont fĂ©minines. On ne peut plus dire que les hommes sont Hommes. On ne peut plus dire que les noirs sont noirs. On ne peut plus dire que les nains sont petits. On ne peut plus dire quâun lapin est un lapin. On ne peut plus dire que les gros sont gros. On ne peut plus dire quâune blague est une blague. On ne peut plus dire quâon est nationaliste. On ne peut plus dire quâon aime trop les enfants. On ne peut plus dire quâon aime interprĂ©ter lâhistoire. On ne peut plus dire quâon est socialistes. On ne peut plus dire quâune pute est une pute. On ne peut plus dire aux enfants quâils sont des enfants. On ne peut plus dire quâune victime est une victime. On ne peut plus dire quâon ne peut plus dire.
Le monde se divise entre deux types de personnes : ceux qui ont des choses précieuses dans leur tente au camping à voler, et ceux qui qui n'ont pas de choses précieuses dans leur tente à voler au camping.
#pauvresvsriches