Relationship : Sasuke x Sakura
J’espère que mon texte vous plaira.
Résumé : Sakura Haruno, star mondiale de la musique, ne s’attendait pas à tomber en panne au milieu de nulle part. Encore moins à trouver, dans une petite auberge tranquille de Konoha, un homme qui ne la reconnaît pas.
Sasuke Uchiha, avocat rationnel et farouchement attaché à sa tranquillité, voit sa routine bouleversée par cette inconnue aux cheveux roses. Il ne sait rien de sa célébrité, rien de ses concerts, rien de ses millions de fans.
Et pour la première fois depuis longtemps, Sakura peut respirer.
Dans le calme loin des projecteurs, une parenthèse inattendue naît entre eux.
Disclaimer : Naruto appartient à Masashi Kishimoto.
Sakura enleva son costume de scène et enfila quelque chose de plus confortable. Elle venait de terminer son concert dans le plus grand stade de la capitale. La musique, les projecteurs, les cris des fans… Tout ceci faisait partie de son quotidien. Elle ne s’en plaignait pas, elle adorait ce qu’elle faisait et elle avait travaillé tellement dur pour arriver là où elle en était. Mais parfois, quand la fatigue devenait trop grande, elle rêvait d’une journée où personne ne la reconnaîtrait.
On frappa à la porte. Sakura prit son sac et ouvrit. Elle savait que c’était le moment de quitter sa loge pour rejoindre son équipe dans le bus de tournée et se rendre à la prochaine ville. Comme prévu, un agent de sécurité se tenait derrière la porte.
« La voiture vous attend, mademoiselle Haruno.
-La voiture ? Je dois rejoindre le bus. »
L’agent fronça les sourcils et consulta son téléphone.
« On m’a signalé un changement de programme. Je dois vous accompagner jusqu’à la voiture qui vous attend. »
Sakura l’imita et regarda son propre téléphone. Personne ne l’avait prévenue d’un quelconque changement. Elle fronça les sourcils lorsqu’elle vit un message d’Ino, sa meilleure amie et manageuse. Elles se connaissaient depuis le collège. Tandis que Sakura rêvait de monter sur scène et de chanter, Ino rêvait de devenir une femme d’affaires. Alors, lorsque Sakura s’était lancée dans la musique, elle était devenue la première artiste d’Ino et elle savait que si elle était arrivée aussi loin, c’était en grande partie grâce à elle.
« Tu as été invitée pour une interview à l’émission Good Morning Hits. Une voiture t’attend. Tu rejoindras ensuite le reste de l’équipe pour le prochain concert. »
Good Morning Hits était l’émission musicale matinale la plus regardée du pays. S’ils l’avaient invitée, il était hors de question de refuser. Tant pis pour ses heures de repos dans le bus. Le travail passait avant tout.
Elle rangea son téléphone et suivit l’agent de sécurité. Ils arrivèrent à l’arrière du stade et sortirent. Une voiture noire aux vitres teintées les attendait dans un endroit discret. Elle remercia l’agent et monta. La route la berça. Elle était tellement épuisée qu’elle finit par s’endormir. Après tout, elle n’arriverait sur le plateau de l’émission que dans plusieurs heures.
Sakura se réveilla lorsque la voiture freina brusquement. Elle regarda par la vitre. Il faisait nuit et ils étaient arrêtés sur la route déserte. Elle entendit le chauffeur grommeler.
« Il y a un problème ? Demanda-t-elle.
-Je suis désolé, mademoiselle Haruno. Il y a un souci avec la voiture. »
Il sortit et ouvrit le capot. Un nuage de fumée blanche s’en échappa. Sakura commença à s’inquiéter. Le moindre retard risquait de lui faire rater l’interview. Le chauffeur revint, son téléphone collé à l’oreille.
Il raccrocha et se tourna vers elle.
« La dépanneuse ne viendra que dans deux heures. J’ai vu qu’on n’était pas loin d’une ville. J’ai averti mademoiselle Yamanaka. Elle va vous réserver une chambre à l’hôtel si ça vous convient. Par contre, il y a un peu de marche.
-Ne vous inquiétez pas. Ça ira. »
Deux heures, pensa-t-elle. Comment allait-elle faire ? Il fallait qu’elle contacte Ino pour organiser la suite. Ils marchèrent environ une demi‑heure avant d’arriver dans une petite ville nommée Konoha, qui, d’après la pancarte, comptait à peine cinq mille habitants.
Ce n’était pas le genre d’endroit dont Sakura avait l’habitude. Elle était née et avait grandi à Tokyo. Les concerts et les émissions se déroulaient toujours dans de grandes villes. Sur la route, ils traversaient parfois des petites villes, mais ne s’y arrêtaient jamais.
Ils arrivèrent à l’hôtel, qui ressemblait plutôt à une petite auberge. Sur la pancarte de l’entrée était inscrit : Auberge de la Libellule. Ils entrèrent. Sakura regarda autour d’elle. L’intérieur s’ouvrait comme une parenthèse chaleureuse, un refuge où chaque détail semblait choisi pour apaiser le voyageur. Dès le seuil franchi, une vague de chaleur douce les enveloppa. La lumière, tamisée par des abat‑jour couleur miel, dessinait des halos dorés sur les murs.
Le sol en parquet, légèrement irrégulier, craquait sous les pas. Des tapis ponctuaient l’espace, apportant des touches de rouge, de bleu et de vert. À droite, un comptoir en bois clair, patiné par les années, accueillait un vase débordant de fleurs sauvages et un vieux registre aux écritures variées.
Plus loin, Sakura remarqua un petit salon. Deux fauteuils moelleux, recouverts de tissus fleuris, entouraient une table basse où reposaient quelques magazines. Une cheminée en pierre laissait danser une flamme. Elle écarquilla les yeux en apercevant un piano.
Un couple les accueillit. L’homme avait des yeux noirs et de longs cheveux lisses qui retombaient en mèches disciplinées autour de son visage calme. Il dégageait une présence tranquille, presque apaisante. La femme, douce et chaleureuse, avait de grands yeux bruns expressifs et des cheveux sombres légèrement ondulés.
« Enchantée, mademoiselle Haruno. Je suis Izumi, et voici mon mari Itachi. »
Un immense sourire illumina le visage d’Izumi. Sakura connaissait cette expression par cœur. Elle voyait bien qu’Izumi se retenait de lui demander un selfie. Mais Sakura ne lui en voulait pas. C’était ce qu’elle provoquait chez les gens qu’elle rencontrait. Il n’y avait jamais rien de méchant. Itachi, lui, lui souriait avec bienveillance.
« Nous avons préparé vos chambres, continua Izumi. Si vous voulez bien me suivre.
-Je retourne à la voiture attendre la dépanneuse, dit le chauffeur, Kenji, comme Sakura l’avait appris. Est‑ce que tout ira bien ? »
Sakura acquiesça et le remercia. Il sortit et elle suivit Izumi à l’étage. L’endroit était petit mais chaleureux. On sentait tout de suite une ambiance familiale.
« Nous avons été surpris quand votre manageuse nous a appelés. C’est la première fois que nous recevons une célébrité. »
Izumi se racla la gorge, sentant qu’elle était en train de s’emballer et redevint tout de suite professionnelle.
« Vous serez tranquille ici. C’est la basse saison, nous n’avons pas beaucoup de clients. À part quelques retraités qui viennent pour se ressourcer quelques jours. »
Elles s’arrêtèrent devant une porte en bois. Izumi l’ouvrit.
« Voici votre chambre. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, dites‑le‑nous.
Izumi s’en alla et Sakura entra dans la chambre. Ça n’avait absolument rien à voir avec les hôtel de luxe auxquels elle était habituée. La chambre dégageait une chaleur douce. Les murs, peints dans un beige crème, étaient décorés de petites aquarelles représentant des paysages. Le lit, large et moelleux, était recouvert d’une courtepointe patchwork aux couleurs douces.
Une commode en bois clair, un peu ancienne mais parfaitement entretenue, occupait le mur opposé. Sur son plateau repose une lampe à abat-jour fleuri qui diffuse une lumière dorée. Dans un coin, un fauteuil rembourré et une petite bibliothèque murale complétaient l’ensemble.
Sakura s’assit sur le lit et regarda son téléphone. Ino lui avait laissé des dizaines de messages, promettant de tout faire pour qu’on vienne la chercher, lui assurant qu’elle ferait l’émission.
Sakura soupira. Ino était la meilleure des manageuses, mais certaines choses échappaient même à son contrôle. Elle s’allongea et ferma les yeux, sentant la fatigue la submerger.
Sakura ouvrit les yeux et sursauta en se retrouvant nez à nez avec une petite fille d’à peine huit ans. Elle se rappela soudain de la panne de voiture et de l’auberge.
La fillette se mit aussitôt à sautiller, surexcitée.
« Sakura Haruno est chez nous ! »
Elle poussa un cri de joie au moment où la porte s’ouvrit brusquement et où Izumi entra.
«Aiko ! Je t’avais dit de ne pas la déranger. »
Elle attrapa la petite dans ses bras et adressa à Sakura un sourire embarrassé.
« Je suis vraiment désolée. Nous ne vous dérangeons pas plus longtemps. »
Elle disparut aussi vite qu’elle était arrivée, Aiko toujours dans les bras. Sakura regarda l’heure sur son téléphone. Six heures du matin. Elle grogna. L’émission était une matinale et l’interview devait avoir lieu dans deux heures. C’était beaucoup trop tard.
Son téléphone sonna. Le nom d’Ino s’afficha. Sakura décrocha aussitôt.
« Bonne nouvelle ! S’exclama Ino. J’ai trouvé une solution.
-Tu m’as déniché un hélicoptère ? Répondit Sakura, sarcastique. »
Elle imagina sans peine Ino lever les yeux au ciel.
« J’ai convaincu la production de faire l’interview en visio. Alors prépare‑toi. Dans moins de deux heures, tu es en direct. »
Elle raccrocha aussitôt. Sakura se leva et commença à se préparer. C’était toujours mieux que rien.
Sakura referma l’ordinateur qu’Itachi avait eu la gentillesse de lui prêter. L’interview était terminée et tout s’était déroulé sans accroc. Une heure avant le direct, elle avait croisé Kenji, qui l’avait avertie que la panne était plus grave que prévu. Le garagiste devait commander une pièce, et elle n’arriverait que dans quelques jours.
Elle avait immédiatement appelé Ino.
« Au final, ce n’est pas si grave, lui avait dit celle‑ci. Ton prochain concert est dans une semaine. Profite pour te reposer un peu. L’équipe prendra aussi quelques jours. Et quand la voiture sera réparée, tu les rejoindras. »
Sakura se leva du fauteuil et regarda par la fenêtre. Cela faisait tellement longtemps qu’elle n’avait pas pris de vraies vacances qu’elle ne savait même plus ce que cela faisait de ne pas travailler.
Elle prit l’ordinateur, sortit de la chambre et descendit à l’accueil. Itachi était là.
« Tout s’est bien passé ? Demanda‑t‑il.
-Oui. Et merci encore pour l’ordinateur. »
Elle le lui rendit. Itachi hocha légèrement la tête.
« Mon séjour ici durera quelques jours de plus, dit-elle. La voiture ne sera pas réparée avant un moment. »
Itachi ne sembla ni surpris ni gêné. Il posa simplement l’ordinateur derrière le comptoir, puis releva les yeux vers elle.
« Nous ferons en sorte que vous soyez à l’aise, répondit-il calmement. Vous avez l’air d’avoir besoin de repos. »
Sakura eut un petit rire fatigué.
« Ça se voit tant que ça ?
Son ton n’était ni moqueur ni intrusif. Juste honnête. Elle détourna le regard vers la fenêtre. La lumière douce du matin filtrait à travers les rideaux. Rien à voir avec les néons agressifs des coulisses ou les projecteurs brûlants des scènes.
« Je ne sais pas trop quoi faire de moi-même, avoua-t-elle. Je n’ai pas eu de vraie pause depuis longtemps. »
Itachi croisa les bras, pensif.
« Konoha est petite, mais agréable. Il y a un sentier derrière l’auberge, si vous aimez marcher. Et Izumi prépare toujours quelque chose de bon pour le petit-déjeuner. »
Sakura sourit malgré elle. Elle sentit une chaleur étrange lui monter au cœur. Peut-être la fatigue. Peut-être le soulagement d’être enfin dans un endroit où personne ne lui demandait rien.
« Merci, Itachi. Pour tout. »
Il inclina légèrement la tête.
« Si vous avez besoin de quoi que ce soit, je suis là. »
Sakura hocha la tête, puis remonta lentement les escaliers, laissant derrière elle l’odeur du bois chaud et le calme rassurant de l’auberge.
Pour la première fois depuis longtemps, elle se dit qu’une pause ne serait peut-être pas une si mauvaise chose.
Après une balade sur le sentier et le petit-déjeuné copieux qu’Izumi avait préparé, Sakura avait décidé de s’aventurer en ville, parée de ses lunettes de soleil qui lui couvrait la moitié du visage et d’une casquette. Elle aurait pu être ridicule, mais heureusement que cette journée de printemps était chaude et ensoleillée et que d’autres personnes portaient des lunettes et des casquettes.
Konoha était vraiment une petite ville. Le genre qui se visite en une heure et où tout le monde semble connaître tout le monde. Cette tranquillité lui rappelait les décors de certaines séries. Ces villes qui semblaient hors du temps où chaque personnage finit par trouver son bonheur.
Elle s’arrêta pour prendre un café dans le seul coffee-shop de la ville. Elle avait hésité à entrer, de peur d’être reconnue. Seul le serveur lui fit une remarque :
« Vous ressemblez à la chanteuse Sakura Haruno. »
Puis il avait ri, persuadé d’avoir affaire à un simple sosie qui était de passage en ville. Sakura commanda un latte et ressortit. Elle flâna dans les rues, observant les vitrines. Elle souriait. Cela faisait si longtemps qu’elle n’avait pas pris le temps de simplement vivre.
Elle s’arrêta devant une bijouterie, admirant les bijoux derrière la vitre. Lorsqu’elle se retourna pour reprendre son chemin, elle percuta quelqu’un. Son latte se renversa sur sa chemise. Elle leva les yeux vers cette personne.
L’homme était grand. Bien plus qu’elle. Et son ombre couvrait presque la lumière du soleil derrière lui. Il portait un costume sombre parfaitement taillé. Le tissu, d’un bleu nuit presque noir, épousait ses épaules larges et sa taille fine avec une précision impeccable.
Sakura sentit son cœur rater un battement.
L’homme avait des traits d’une netteté presque irréelle : une mâchoire ciselée, des pommettes hautes, un nez droit. Ses cheveux noirs, légèrement plus longs que la moyenne, retombaient en mèches disciplinées sur son front, comme s’ils avaient été coiffés sans effort mais avec une précision calculée. Une mèche rebelle effleurait sa tempe.
Mais ce furent surtout ses yeux qui la figèrent. Des yeux noirs, profonds, d’une incroyable intensité.
Il baissa les yeux vers sa chemise tachée, puis vers le gobelet écrasé dans la main de Sakura. Elle retira ses lunettes, embarrassée. L’homme, lui, semblait extrêmement agacé.
« Vous ne pouviez pas faire attention !
-Je suis désolée ! Je ne vous ai pas vu. »
Il essuya sa chemise avec un mouchoir, ce qui ne fit qu’empirer la tache.
« Si vous ne portiez pas ces énormes lunettes de soleil, vous auriez peut‑être vu où vous alliez. »
Sakura écarquilla les yeux. Elle savait qu’elle était en tort, mais ce n’était pas une raison pour être aussi désagréable. Elle ravala sa fierté. Ce n’était pas le moment de faire un scandale. Quelques passants commençaient à les observer.
« Laissez‑moi au moins vous aider, proposa‑t‑elle.
-Pas la peine. Vous avez fait assez de dégâts comme ça. »
Il tourna les talons et s’éloigna sans un regard. Sakura remit aussitôt ses lunettes pour éviter d’être reconnue. Puis elle se figea. Cet homme l’avait vue sans ses lunettes et pourtant, il ne l’avait pas reconnue.
Sakura retourna directement à l’auberge pour se changer. À part ce petit incident, sa sortie avait été plutôt calme. Elle poussa la porte de l’auberge et se retrouva nez à nez avec—
« Est‑ce que vous me suivez ? »
Sakura fronça les sourcils. L’homme du café se tenait devant elle. Sa chemise était propre cette fois.
« C’est plutôt vous qui me suivez, répondit‑elle en croisant les bras. »
Elle se mit immédiatement sur la défensive. Peut‑être l’avait‑il reconnue finalement. Peut‑être était‑il un de ces fans obsessionnels qui persécutaient les stars et qui lors d’un moment de folie essayaient de les tuer. Elle avait déjà eu des fans qui avaient un comportement limite, mais elle avait toute une équipe pour la protéger. Mais là…
Elle jeta un coup d’œil vers l’accueil. Itachi n’était pas là et elle ignorait où se trouvait Kenji.
L’homme lui adressa un sourire gêné.
« Je voulais m’excuser pour tout à l’heure. J’avais passé une très mauvaise journée et j’ai passé mes nerfs sur vous. »
Sakura vit dans son regard qu’il était sincère.
« Ce n’est rien. Oublions ça.
-Je m’appelle Sasuke Uchiha. »
Il lui tendit la main. Sakura écarquilla les yeux. Il avait bien dit Uchiha ?
-Itachi est mon frère. Et vous êtes ? »
Sakura se ressaisit et lui serra la main. Elle sentit un minuscule choc remonter le long de son bras au moment où leurs mains se touchèrent. Elle oublia de respirer pendant une seconde. Sa paume se referma autour de celle de Sasuke avec un léger décalage, comme si son corps hésitait entre fuir et rester. La chaleur de sa main la surprit. Elle n’aurait pas su dire pourquoi, mais elle s’attendait à quelque chose de froid et distant, à l’image de son attitude de tout à l’heure. Elle sentit sa propre main devenir moite. Génial, pensa-t-elle. Elle pria pour qu’il ne le remarque pas.
Son cœur, lui, avait décidé de battre un peu trop vite, un peu trop fort. Elle espérait que ça ne s’entendait pas dans sa voix, ni dans la manière dont ses doigts tremblaient légèrement. Quand elle releva les yeux, elle croisa son regard. Et ce fut pire. Les yeux noirs de Sasuke, calmes et profonds, la fixaient avec une attention qui la déstabilisa complètement.
Sakura rougit. Elle détourna les yeux une fraction de seconde, puis revint vers lui, incapable de faire autrement. Elle retira sa main un peu trop vite, comme si elle venait de se rendre compte qu’elle la tenait depuis trop longtemps.
« Sakura, dit-elle, la voix légèrement plus basse qu’elle ne l’aurait voulu. »
Elle se racla discrètement la gorge, essayant de reprendre contenance. Mais au fond d’elle, une pensée s’imposa. Pourquoi ce simple contact avait-il eu autant d’effet sur elle ? Elle hésita une seconde avant de continuer.
Aucune réaction. Pas même un battement de cil. Comme si elle venait de lui donner un nom parfaitement banal, sans la moindre résonance.
« Enchanté, dit-il simplement. Si vous voulez bien m’excuser, je dois partir. »
Il inclina légèrement la tête, un geste poli mais distant, puis se dirigea vers la sortie. La porte se referma derrière lui dans un léger claquement. Sakura resta immobile, les yeux fixés sur le battant. Rien. Pas un regard surpris, pas un froncement de sourcils, pas même cette micro-seconde de reconnaissance qu’elle voyait d’habitude chez les gens quand elle donnait son nom.
Soit cet homme était un acteur de génie, soit il n’avait vraiment aucune idée de qui elle était.
Et étrangement, c’était cette deuxième option qui la troubla le plus.
Sasuke arriva juste à temps lorsque la sonnerie de l’école primaire retentit. Itachi et Izumi n’avaient pas pu aller chercher Aiko et il s’était proposé. Sasuke n’avait jamais été très à l’aise avec les enfants. Même avec ceux de son meilleur ami, Naruto. La seule qu’il supportait vraiment, et qu’il aimait sincèrement, c’était sa nièce.
Il la vit accourir vers lui au milieu de la foule d’élèves.
Elle lui sauta dans les bras, comme à chaque fois qu’elle le voyait.
« Je suis trop contente que ce soit toi qui sois venu me chercher ! »
Il lui prit la main et tous deux prirent le chemin de l’auberge.
Les yeux d’Aiko s’illuminèrent aussitôt.
« Oui ! Je l’ai rencontrée ! »
Sasuke grimaça en repensant à leur première rencontre. Il espérait ne pas avoir fait mauvaise impression à une cliente de l’auberge, ni avoir mis son frère et sa belle‑sœur dans l’embarras.
Cela faisait près d’un an qu’il vivait à Konoha. Il avait ressenti le besoin de s’éloigner de la ville, du grand cabinet d’avocats où il travaillait, et de ses clients richissimes. Itachi l’avait convaincu de venir se ressourcer à l’auberge, malgré le désaccord catégorique de leur père.
Le changement de vie avait été brutal, mais il avait fini par ouvrir un petit cabinet d’avocat en ville. Parfois, certains de ses anciens clients faisaient encore appel à lui. Ce qui expliquait sa mauvaise humeur.
Aiko, elle, continuait de s’extasier sur la nouvelle cliente de l’auberge.
« Elle est trop belle et elle chante trop bien ! »
Sasuke se demanda si cette fille n’avait pas soudoyé sa nièce pour qu’elle l’apprécie autant. Tout le long du chemin, Aiko ne parla que de Sakura.
Sakura resta un moment immobile dans le hall, encore troublée par ce qui venait de se passer. Elle inspira profondément, tenta de calmer son cœur qui battait trop vite, puis monta dans sa chambre pour se changer. Une fois seule, elle s’appuya contre la porte, ferma les yeux et laissa échapper un soupir.
Pourquoi cet homme la mettait-il dans cet état ? Elle avait rencontré des centaines de personnes, des artistes, des producteurs, des fans. Mais jamais quelqu’un qui la regardait comme si elle était… normale.
Elle secoua la tête, chassa cette pensée et se changea rapidement avant de redescendre. Elle avait besoin d’air. Et peut-être d’un peu de compagnie. En bas, Izumi était revenue à l’accueil.
« Oh, Sakura ! Vous êtes déjà rentrée ? Votre balade s’est bien passée ? »
« Oui, très bien. J’ai juste renversé un café sur quelqu’un. »
Izumi porta une main à sa bouche, étouffant un rire.
« Oh non. J’espère que ce n’était pas trop grave. »
Sakura hésita une seconde.
« C’était… votre beau-frère. »
Izumi se figea, puis éclata de rire.
« Sasuke ? Alors là, vous avez fait fort. Il déteste les taches. Et les imprévus. Et à peu près tout ce qui n’est pas parfaitement sous contrôle. »
Sakura sentit ses joues chauffer.
« Il est venu s’excuser. »
Izumi haussa les sourcils, sincèrement surprise.
« Alors vous lui avez vraiment plu. Sasuke ne s’excuse jamais. »
Sakura ouvrit la bouche, la referma, puis tenta de reprendre contenance.
« Je ne pense pas que… enfin… »
Izumi lui adressa un sourire doux, presque complice.
« Ne vous inquiétez pas. Sasuke est quelqu’un de bien. Un peu raide, parfois. Mais il a un grand cœur. »
Sakura hocha la tête, sans trop savoir quoi répondre. Elle allait remonter dans sa chambre quand la porte de l’auberge s’ouvrit brusquement. Aiko entra en trombe, tenant Sasuke par la main.
Elle courut vers elle, laissant Sasuke derrière, légèrement essoufflé d’avoir dû suivre la petite tornade.
« Tu es encore là ! Je voulais te montrer mon dessin ! »
Elle brandit une feuille où Sakura reconnut… elle-même, dessinée avec un micro trop grand pour elle. Elle sourit, touchée.
« Il est magnifique Aiko. »
La petite se tourna vers son oncle.
« Tonton Sasuke, regarde ! C’est Sakura ! »
Sasuke jeta un coup d’œil au dessin, puis à Sakura. Son expression resta neutre, mais elle remarqua un léger mouvement de ses lèvres, comme un sourire retenu.
Sakura détourna les yeux et rougit. Izumi intervint :
« Sasuke, tu restes dîner avec nous ? Itachi cuisine ce soir.
-Je… oui. Je peux rester. »
« Sakura, tu viens aussi ? Demanda-t-elle avec un regard plein d’espoir. »
Sakura ouvrit la bouche, surprise. Elle n’avait pas été invitée à un dîner familial depuis des années. Elle regarda Izumi, hésitante.
« Si cela ne vous dérange pas… »
Izumi secoua la tête avec un sourire chaleureux.
« Vous êtes ici chez vous. Et puis, Aiko ne nous laissera pas commencer sans vous. »
Aiko hocha vigoureusement la tête. Sakura sentit quelque chose se détendre en elle. Une sensation presque oubliée. Comme si, pour la première fois depuis longtemps, elle avait trouvé un endroit où elle pouvait respirer. Elle croisa le regard de Sasuke. Il ne disait rien. Mais ce simple regard suffit à faire accélérer son cœur.
L’odeur du dîner flottait dans toute l’auberge, chaude et réconfortante. Sakura suivit Izumi jusqu’à la petite salle à manger, où une grande table en bois clair avait été dressée. Des assiettes fumantes attendaient déjà, alignés avec soin. Itachi se tenait derrière le comptoir, concentré sur une casserole. Aiko tournait autour de lui comme un petit satellite surexcité.
« Sakura ! Tu viens à côté de moi ! S’exclama la fillette en tirant une chaise. »
Sakura sourit et s’installa. Elle sentit alors une présence derrière elle. Sasuke venait d’entrer, les mains dans les poches, l’air un peu plus détendu que plus tôt. Il salua son frère d’un signe de tête, puis prit place en face d’elle. Leurs regards se croisèrent une seconde avant que Sakura ne détourne les yeux la première.
Itachi arriva et s’assit à sa place.
« C’est une recette de notre mère, expliqua-t-il. Izumi dit que je la fais mieux qu’elle. »
Izumi leva les yeux au ciel.
« Je n’ai jamais dit ça. J’ai dit que tu la faisais différemment. »
Aiko éclata de rire et Sakura aussi. L’ambiance était simple, douce, presque familiale. Elle n’avait pas ressenti ça depuis… elle ne savait même plus quand.
Elle goûta le plat et ferma les yeux une seconde.
« C’est délicieux, murmura-t-elle. »
Itachi inclina légèrement la tête, touché.
« Je suis content que ça vous plaise. »
Sasuke, lui, mangeait en silence. Mais Sakura sentait son regard glisser vers elle par moments. Pas insistant. Pas lourd. Juste curieux. Aiko, elle, parlait sans reprendre son souffle.
« Sakura, tu sais que tonton Sasuke il travaille trop ? Même quand il joue avec moi, il pense à ses dossiers ! »
« Je ne pense pas toujours à mes dossiers.
-Si ! Même quand tu fais des puzzles ! »
Sakura observa Sasuke. Il semblait gêné, mais pas contrarié.
« Et vous, Sakura ? Demanda Izumi. Vous faîtes quoi quand tu veux te détendre ? »
Sakura se figea une demi-seconde. La question était innocente, mais elle n’avait pas l’habitude qu’on lui demande ça sans arrière‑pensée. Elle posa sa fourchette et réfléchit.
« J’aime marcher. Et écouter de la musique. Lire, parfois. Mais je n’ai pas vraiment eu le temps, ces derniers mois.
-Vous devriez en prendre. Du temps, dit Sasuke. »
Sa voix était calme, posée. Mais il y avait quelque chose dans son regard. Une compréhension silencieuse, comme s’il savait ce que c’était, lui aussi, de s’oublier dans le travail. Sakura sentit son cœur se serrer légèrement. Aiko, elle, n’avait rien remarqué.
« Sakura, tu veux voir ma chambre après ? J’ai plein de dessins ! »
Izumi posa une main sur l’épaule de sa fille.
-Il y a un dessert ? Demanda Sakura, surprise.
« Un gâteau au thé matcha. Izumi l’a préparé ce matin. »
Sakura sentit une chaleur douce l’envahir. Elle n’était pas une cliente ici. Elle était accueillie, presque comme une amie.
Elle jeta un coup d’œil à Sasuke. Il la regardait.Pas comme une inconnue, ou comme une star, oucomme quelqu’un qu’il jugeait. Juste comme une personne normale. Et c’était peut-être ce qui la déstabilisait le plus.
La soirée touchait à sa fin. Aiko avait fini par s’endormir sur les genoux d’Izumi et Itachi l’avait portée à l’étage. L’auberge s’était vidée peu à peu de ses bruits, ne laissant que le crépitement discret de la cheminée.
Sakura, incapable de trouver le sommeil, errait dans le hall plongé dans une lumière tamisée. Son regard se posa sur le piano. Le même qu’elle avait remarqué en arrivant.
Elle hésita. Puis s’assit. Ses doigts glissèrent sur les touches. Elle joua quelques notes, timides d’abord, puis plus assurées. Une mélodie douce, presque nostalgique, emplit la pièce. Elle ne remarqua pas tout de suite la silhouette appuyée contre l’encadrement de la porte. Sasuke. Il ne disait rien. Il l’écoutait. Quand elle s’arrêta, il s’avança.
Sakura sursauta légèrement.
« Je ne vous avais pas entendu arriver.
- Je ne voulais pas interrompre. »
Il s’assit sur la chaise en face du piano, les bras croisés, l’air pensif.
« Vous jouez souvent ? Demanda-t-il. »
Sakura haussa les épaules.
« Quand j’ai le temps. Et quand j’en ai besoin. »
Sasuke hocha la tête, comme s’il comprenait parfaitement. Un silence s’installa entre eux. Puis Sakura le brisa, presque hésitante.
Elle ne savait pas pourquoi elle avait dit ça. Peut-être parce qu’il ne la regardait pas comme les autres. Ou peut-être parce qu’il ne savait rien d’elle. Sasuke leva un sourcil.
« Vous chantez ? Professionnellement ? »
Il hocha la tête, sans la moindre étincelle de reconnaissance.
Puis il ajouta, d’un ton neutre :
« Je ne connais pas vraiment les musiques actuelles. »
Sakura sentit son cœur se serrer. Elle tenta un sourire.
Mais Sasuke continua, sans se douter une seule seconde de ce qu’il était en train de dire.
« Ce n’est pas contre vous. C’est juste que… la musique populaire d’aujourd’hui, je trouve ça assez superficiel. »
Sakura sentit le coup, mais elle garda le sourire. Comme toujours quand quelqu’un critiquait ce qu’elle faisait. Elle était habituée. Certaines personnes, professionnelles ou non, aimait s’en prendre à elle. Mais cette fois, c’était différent. Comme si ce qu’il pensait vraiment d’elle était important.
-Oui. Elles chantent toutes la même chose. L’amour, les ruptures, les paillettes… C’est formaté. Sans âme. »
Il parlait calmement, sans mépris. Juste avec une honnêteté brute.
« Pour moi, la vraie musique, c’est le classique. Le jazz. Quelque chose qui raconte vraiment quelque chose. »
Sakura baissa les yeux vers les touches du piano. Elle sentit une brûlure dans sa poitrine.
« Je comprends, dit-elle doucement. »
Sasuke la regarda. Longuement. Comme s’il avait compris l’impact de ses mots.
Ce n’était pas une question. C’était une constatation. Sakura releva la tête, forcée de sourire.
« Non, pas du tout. Vous avez le droit d’avoir vos goûts. »
Mais ses yeux la trahissaient. Une ombre, fine mais réelle, traversait son regard. Sasuke se redressa légèrement, surpris par ce qu’il voyait.
« Ce n’est pas ce que je voulais. »
« Ce n’est rien. Je suis juste… fatiguée. »
Il ne répondit pas. Il la regarda encore, comme s’il essayait de comprendre quelque chose qu’il n’arrivait pas à saisir. Puis, doucement :
« Vous chantez quel genre de musique ? »
Elle hésita. Puis, répondit dans un souffle :
« Le genre que vous trouvez superficiel, je suppose. »
Sasuke ouvrit la bouche, puis la referma. Pour la première fois depuis qu’elle l’avait rencontré, il sembla réellement déstabilisé.
Sakura sourit. Un sourire fragile. Un sourire qui disait je suis habituée.
« Ce n’est rien, Sasuke. Vraiment. »
Elle posa ses doigts sur les touches et joua une autre mélodie. Plus triste. Sasuke l’écouta, sans un mot. Et cette fois, il comprit que ce qu’elle jouait n’avait rien de superficiel.
Le soleil filtrait à travers les rideaux de la petite chambre lorsque Sakura ouvrit les yeux. Elle avait dormi d’un sommeil lourd, presque réparateur. Mais la scène de la veille lui revint aussitôt. Le piano, Sasuke, ses mots et la blessure qu’elle avait tenté de cacher. Elle soupira, se leva, et descendit à l’accueil.
Itachi était là, comme toujours, déjà en train de préparer du café. Izumi rangeait quelques papiers. Aiko dessinait sur une table basse.
Mais Sasuke n’était pas là. Elle les salua et sortit dehors. Sasuke était là, assis sur le petit banc près de l’entrée. Il se leva en la voyant approcher.
Elle s’arrêta, surprise par la douceur de son ton.
Il inspira profondément, comme s’il se préparait à quelque chose.
« Je voulais m’excuser. Pour hier soir. »
Il s’approcha d’un pas, sans jamais franchir la limite de son espace.
« Je n’aurais pas dû parler comme ça. Je ne savais pas que ça comptait autant pour vous. »
« Je suis habituée. Les gens ont souvent des avis très tranchés. »
-Ce n’est pas une excuse. »
« Je ne voulais pas vous blesser. »
Elle releva les yeux. Il avait l’air sincère. Vraiment sincère.
Un silence doux s’installa entre eux. Puis il ajouta, un peu maladroit :
« Vous… vous avez quelque chose de prévu aujourd’hui ? »
Sakura cligna des yeux, ne s’attendant pas à cette demande.
« Euh… non. Pas vraiment.
-Je dois aller en ville. Pour quelques courses. Et si ça vous dit… vous pourriez m’accompagner. »
Il détourna légèrement le regard, comme s’il n’était pas habitué à proposer ce genre de choses. Sakura sentit un sourire lui échapper.
Ils partirent à pied, le soleil encore bas dans le ciel. Konoha s’éveillait lentement. Quelques boutiques ouvraient, des volets claquaient, des oiseaux chantaient. Sasuke marchait à côté de Sakura, les mains dans les poches, l’air plus détendu que la veille.
Toujours prête à toute éventualité, Sakura sortit de son sac ses lunettes de soleil et sa casquette. Elle voyait bien les regards étonnés que lui lançait Sasuke. Elle lui dit la première chose qui lui vint à l’esprit, tandis qu’elle cachait ses cheveux roses sous la casquette.
« Ma peau est extrêmement sensible au soleil. »
Sasuke acquiesça, les sourcils légèrement froncés. Sakura eut envie de se gifler. Quelle idiote, pensa‑t‑elle. Comme si elle ne pouvait pas trouver mieux comme excuse. Mais il fut assez délicat pour ne pas relever.
Il l’emmena visiter le Konoha qu’il avait appris à connaître et à aimer depuis l’année qu’il vivait ici : la librairie où il passait trop de temps, le café où il commandait toujours la même chose, le marché du centre‑ville où il connaissait déjà quelques vendeurs. Sakura remarqua qu’il ralentissait parfois pour marcher à son rythme, ou qu’il se tournait vers elle pour vérifier qu’elle suivait. Des gestes minuscules, mais qui la touchaient plus qu’elle ne voulait l’admettre.
« C’est un endroit vraiment calme, déclara-t-elle. Ça change de ce à quoi je suis habitué. »
Il hocha la tête, comme s’il comprenait parfaitement ce que cela signifiait. Il l’emmena ensuite dans le seul magasin de musique de la ville. Sakura ne s’était pas amusée ainsi depuis longtemps. Ces petites choses simples, partagées avec quelqu’un qu’on apprenait à connaître et qu’on commençait à apprécier, avaient un goût inattendu de liberté.
Sur le chemin du retour, Sakura sentit quelque chose changer. Une proximité nouvelle. Un fil invisible entre eux. Arrivés devant l’auberge, Sasuke s’arrêta.
-Merci de m’avoir invitée.
Il hésita. Puis dit, d’une voix plus basse :
« J’aimerais que vous me montriez ce que vous chantez. Un jour. Si vous voulez. »
Sakura sentit son cœur se serrer. Il n’y avait pas de jugement, pas de mépris. Juste de la curiosité.
Sasuke hocha la tête, satisfait.
Il entra dans l’auberge. Sakura resta dehors un moment, le cœur battant. Pour la première fois depuis longtemps, elle avait passé une journée entière sans masque, sans rôle, sans devoir être quelqu’un. Juste elle.
Et Sasuke Uchiha ne s’en était même pas rendu compte.
Les jours qui suivirent prirent des allures de routine douce pour Sakura. Elle passait la plupart de son temps avec les membres de la famille Uchiha, surtout avec Sasuke. Elle vivait dans une petite bulle dont elle espérait qu’elle n’éclaterait jamais.
Mais malheureusement, elle fut ramenée à la réalité lorsque Kenji lui annonça que la voiture était prête.
« La voiture est réparée. Nous pouvons partir demain matin. Vous serez à temps pour votre prochain concert. »
Sakura avait simplement souri et l’avait remercié. Demain, pensa‑t‑elle tristement. Tout sera terminé.
Sasuke passa à côté du petit salon où il entendait une mélodie au piano. Il s’arrêta et observa la scène devant lui. Sakura était assise au piano, tandis qu’Aiko chantait à tue‑tête et dansait avec enthousiasme.
Aiko avait toujours été de nature enjouée et sociable, mais c’était la première fois qu’elle s’attachait autant à une inconnue. Même s’il était vrai que Sakura était charmante et amusante. Il sourit en repensant aux moments qu’ils avaient passés ensemble.
« Elles sont adorables toutes les deux. »
Sasuke sursauta légèrement. Izumi venait d’arriver à ses côtés sans qu’il ne l’entende.
« Aiko l’apprécie beaucoup, dit‑il. »
Elle n’est pas la seule, pensa‑t‑il.
« C’est surtout sa fan numéro un, ajouta Izumi en riant doucement.
-Sa fan numéro un ? répéta Sasuke, les sourcils froncés. »
Izumi le fixa, stupéfaite.
« Tu ne sais toujours pas qui elle est ? »
Devant son air perdu, elle leva les yeux au ciel.
« Est‑ce que tu as déjà regardé les murs de la chambre de ta nièce ? »
Qu’est‑ce que ça avait à voir avec Sakura ? Tout ce qu’il y avait sur les murs d’Aiko, c’étaient des posters de bébés animaux et de chanteuses pop à la mode, sans intérêt, qui chantaient toutes la même chose.
« C’est Sakura Haruno ! »
Il resta immobile. Elle avait prononcé son nom comme si c’était une évidence.
« La chanteuse la plus connue de ces dix dernières années. Elle est célèbre dans le monde entier. »
Il cligna des yeux, abasourdi.
« Si elle est si connue que ça, qu’est‑ce qu’elle fait ici ? »
Izumi savait qu’il ne cherchait pas à la vexer, mais elle se mordit l’intérieur de la joue pour ne pas répondre trop sèchement.
« Sa voiture est tombée en panne et elle a décidé de passer quelques jours au calme avant de reprendre ses concerts. »
Sasuke écarquilla les yeux et reporta son attention sur Sakura. Jamais il n’aurait imaginé qu’elle était une chanteuse mondialement connue. Bien sûr, elle lui avait semblé un peu étrange, mais maintenant il comprenait pourquoi. Elle ne ressemblait en rien à l’image qu’il se faisait des chanteuses pop. Écervelées, superficielles, chantant des chansons d’amour sans intérêt.
Il repensa à leur conversation autour du piano. Même s’il s’était excusé et qu’elle avait accepté ses excuses, il comprenait encore mieux pourquoi ses mots l’avaient blessée.
Sasuke passa devant la chambre d’Aiko, dont la porte était entrouverte. Il entra et regarda pour la première fois les posters accrochés aux murs. La plupart représentaient Sakura. Il y avait même une étagère remplie de goodies à son effigie. Toutes ces choses ne l’avaient jamais intéressé, et maintenant il se sentait stupide de ne pas y avoir prêté attention. Stupide de ne pas avoir vu ce qui était sous ses yeux depuis le début.
« On dirait que j’ai été découverte. »
Il se retourna. Sakura se tenait dans l’embrasure de la porte, un sourire timide aux lèvres. Elle se tortillait les mains, gênée. Sasuke se passa la main dans les cheveux, tout aussi mal à l’aise.
« Encore une fois, je suis désolé pour ce que j’ai dit l’autre jour. J’étais rempli de préjugés. Je ne voulais pas vous blesser. »
Une question le taraudait depuis qu’il connaissait la vérité.
« Pourquoi n’avoir rien dit ? »
Sakura entra dans la chambre et s’assit sur le lit. Sasuke s’installa à côté d’elle, laissant un espace respectueux. Elle inspira profondément.
« Parce que c’était la première fois que quelqu’un ne me reconnaissait pas. C’était inimaginable pour moi et ça m’a fait tellement de bien. Je pouvais être moi‑même, sans faire attention à tout ce que je faisais ou disais, de peur que ça finisse sur les réseaux sociaux. »
Sasuke l’écouta en silence. Derrière le glamour et les paillettes se cachait une jeune femme qui voulait vivre simplement, être aimée pour ce qu’elle était, et non pour la star qu’elle était devenue. Elle le touchait plus qu’il ne l’aurait imaginé. En quelques jours seulement, elle chamboulait déjà sa vie et sa vision des choses.
Il posa délicatement sa main sur la sienne. À sa grande surprise, Sakura ne la retira pas et entrelaça ses doigts avec les siens.
« Quand est‑ce que tu pars ? Demanda‑t‑il doucement. »
Le tutoiement lui échappa, mais il ne le regretta pas. Il avait l’impression qu’une certaine intimité s’installait entre eux.
« Demain matin, très tôt. Les concerts reprennent demain soir. »
Sasuke acquiesça. Elle allait disparaître de sa vie aussi vite qu’elle y était entrée. Sakura s’avança et posa délicatement ses lèvres sur sa joue.
« Merci. À toi et à ta famille de m’avoir offert cette parenthèse. »
Elle se leva et sortit de la chambre. Sasuke resta un instant immobile, puis la suivit dans le couloir. Elle allait entrer dans sa chambre lorsqu’il l’appela doucement :
Elle se retourna et ils se regardèrent. Longtemps. Sans un mot. Il leva une main et effleura sa joue, un geste hésitant mais sincère. Elle ferma les yeux une seconde, comme pour retenir ce moment. Puis elle murmura :
Elle entra dans sa chambre et referma la porte.
Quand Sasuke passa devant sa porte au petit matin, la chambre était vide. Elle était partie. Il resta un long moment dans le couloir, les mains dans les poches, le regard perdu. Elle disait qu’il lui avait offert une parenthèse. Mais elle aussi lui en avait offert une.
Une parenthèse qu’il n’était pas prêt d’oublier.
Une semaine s’était écoulée. Aiko écoutait le dernier album de Sakura en boucle et regardait des vidéos de ses concerts, fascinée.
Pour la première fois, Sasuke écouta ses chansons. Il comprit alors qu’il n’était pas étonnant qu’elle soit devenue la chanteuse numéro un. En temps normal, il aurait vite oublié leur rencontre et serait passé à autre chose. Mais Sakura restait dans son esprit. Il n’arrivait pas à oublier son sourire, sa douceur, la façon dont elle avait bouleversé son quotidien. C’était comme si elle avait gravé son empreinte dans son cœur.
Quel idiot, se maudit‑il. Il était tombé amoureux d’une femme qu’il ne reverrait peut‑être jamais.
Sasuke poussa la porte de l’auberge en soupirant, desserrant sa cravate. Sa journée de travail lui avait semblé interminable, et il était soulagé qu’elle soit enfin terminée.
Il passa devant le salon quand Aiko l’appela. Il fronça les sourcils en voyant Itachi et Izumi assis avec elle. Ils l’attendaient clairement. Il espéra qu’il ne s’agissait pas d’une énième « réunion de famille » dont Itachi avait le secret. Il en organisait pour tout et n’importe quoi, et Sasuke n’était pas d’humeur.
Aiko lui prit la main et le fit s’asseoir sur le canapé. Elle s’installa à côté de lui, les yeux pétillants d’impatience.
« Qu’est‑ce qu’il se passe ? Demanda‑t‑il avec prudence.
-Réunion de famille, annonça Itachi.. »
Sasuke leva les yeux au ciel. Il en était sûr. Izumi rit doucement, devinant sa pensée.
« Ne t’inquiète pas. Je suis certaine que celle‑ci te plaira. »
Je ne parierais pas là‑dessus, pensa‑t‑il. Itachi lui tendit une enveloppe qu’il cachait derrière son dos. Sasuke l’ouvrit et resta figé. À l’intérieur se trouvait un ticket pour le concert de Sakura.
« Je ne sais pas ce qu’il s’est passé entre vous, dit Itachi. Mais je vois bien que tu tiens à elle. Et que tu n’es pas toi‑même depuis son départ. »
Sasuke fixa le ticket. Il avait une chance de la revoir. Mais était‑il prêt à la saisir ? Il avait toujours été rationnel et avait les pieds sur terre. Il ne s’était jamais laissé emporter par l’amour. Il avait toujours écouté sa tête plutôt que son cœur.
Izumi s’assit près de lui et posa une main douce sur la sienne.
« Je sais que ça peut paraître effrayant, dit‑elle. « Quand on rencontre la bonne personne. Celle avec qui on peut imaginer le reste de sa vie. »
Elle échangea un regard tendre avec Itachi.
« Sakura est cette personne. Va la retrouver. Ne laisse pas passer ta chance d’être heureux. »
Sasuke baissa les yeux vers le ticket. Il était amoureux de Sakura. Il en était certain. Mais était‑elle vraiment la bonne ? Celle avec qui il voulait passer le reste de sa vie ?
Sasuke ne ferma pas l’œil de la nuit. Le ticket posé sur sa table de nuit l’obsédait. Il réfléchit pendant des heures, puis il avais finalement pris sa décision. Izumi avait raison. Il devait saisir cette chance. Pour une fois, il allait écouter son cœur.
Il roula toute la journée pour arriver à temps au concert Il ignorait comment Izumi et Itachi s’étaient débrouillés, mais ils lui avaient obtenu un pass pour les coulisses.
C’était la première fois qu’il voyait l’envers du décor. Les techniciens qui couraient partout, les musiciens qui répétaient, les danseurs qui s’échauffaient. Personne ne faisait attention à lui.
Il continua d’avancer et finit par la trouver. Sakura se tenait à quelques mètres de la scène, à l’écart, faisant les cent pas tout en vocalisant. Elle portait sa tenue de scène. Sasuke en resta un instant sans voix. C’était la première fois qu’il la voyait ainsi. Cette vision lui semblait irréelle.
Il inspira profondément et s’approcha.
« Sasuke ! S’exclama‑t‑elle. »
Elle écarquilla les yeux, se demandant si elle rêvait ou non.
« Qu’est‑ce que tu fais là ? »
Il s’approcha encore et lui prit la main. Sakura entrelaça automatiquement ses doigts aux siens.
« C’est la première fois que je fais quelque chose comme ça, avoua‑t‑il. J’ai toujours gardé la tête froide. Je n’ai jamais écouté mes sentiments jusqu’à ce que je te rencontre. »
Sakura rougit et dut se retenir de sourire jusqu’aux oreilles.
« Je n’arrête pas de penser à toi depuis que tu es partie. »
« J’ai même écouté toutes tes chansons, la taquina‑t‑il. »
Sakura rit doucement. Sasuke posa une main sur sa joue.
« Tu me plais. Énormément. »
C’était plus que ça. Il l’aimait. Il ne savait pas que c’était possible de tomber amoureux de quelqu’un aussi vite. Mais il ne voulait pas l’effrayer.
« Tu me plais énormément aussi. Mais… »
Sakura se mordit la lèvre, laissant sa phrase en suspens. Sasuke sentit son cœur se serrer. Ce qu’il redoutait arrivait. Elle ne ressentait pas la même chose que lui.
« Si on est ensemble, ta vie va changer. Les paparazzis, les fans… Tout le monde te connaîtra. Tu ne seras plus tranquille. Je ne veux pas que tu souffres à cause de moi. »
Sasuke savait tout cela. Il y avait déjà réfléchi. Et il s’en moquait.
« Ce qui me rend malheureux, c’est d’être loin de toi. »
Le visage de Sakura s’illumina. Pour elle aussi, c’était la première fois qu’elle ressentait quelque chose d’aussi fort. Elle se hissa sur la pointe des pieds et l’embrassa. Sasuke répondit immédiatement à son baiser.
Les bons comme les mauvais côtés de la célébrité n’avaient plus d’importance.
Tant qu’ils étaient ensemble.