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@soissauvage
nina simone photographed by alfred werthemier, 1965.
Casse Gueule
https://soundcloud.com/thecassegueule/sets/machins
https://aguirrerecords.bandcamp.com/album/fleur-de-chagrin
https://deadly-prey-gallery.myshopify.com/
https://www.studiozef.fr/emissions/b-side/b-side-24
https://moriartyland.net/
https://augustinrebetez.com/
Till Rabus, 'Patchwork hotel 1, huile sur toile', 190x 170
Mirza Cizmic, Stolen memories, Happy Fathers day, 56×76 cm,oil on primed paper, 2021
hamtaro (˶^ з^(〃‿〃✿)
Madones.
Ex-fan des nineties, où sont tes années folles ? Ah, bah, peut-être dans les bandes dessinées de Nine Antico. Du moins celles où l’autrice raconte sa vie d’ado complexée dans le 93. Comme Le Goût du Paradis, un premier livre tout en saynètes punchy et poilantes, savoureuses mémoires juvéniles découpées façon coppa, très fines et forcément savoureuses. Bahut, boum et boys… Un détonnant cocktail d’autobiographie et de romances type AB production en banlieue qui fût adoubé par une sélection officielle au Festival d’Angoulême 2009, dans la catégorie « Révélations ».
Ou peut-être se sont-elles nichées dans son film Playlist dont la bande-son fleure bon ces années-là ? Daniel Johnston, Slint, Yo la Tengo, etc. Dans ce premier long métrage, Nine Antico brosse le portrait touchant et drôle d’une parisienne quasi-trentenaire, qui jongle comme elle peut avec des jobs alimentaires et des flirts décevants, en attendant de trouver quoi faire de sa vie. Heureusement pour elle, sa passion dévorante pour le dessin lui sera salutaire, car si le véritable amour vous trouve toujours à la fin, c’est plus souvent l’amour de l’art que celui des petits copains.
D’ailleurs, cette période de quête personnelle et d’affirmation de soi, Nine Antico la connaît bien. Bouleversée par le film puis par la lecture de Ghost World de Clowes, elle passa sa vingtaine à jongler avec des petits boulots et à noircir des pages de carnets des nuits durant, avant d’être publiée et reconnue comme une artiste majeure du neuvième art.
Le désir de reconnaissance, la soif de vivre une vie pleine et entière quand on est une jeune fille de vingt ans, Nine Antico le met prodigieusement en scène dans Coney Island Baby, un voyage dans le temps aux côtés de deux icônes de la contre-culture libertine : la sulfureuse pin-up Bettie Page et l’actrice pornographique et féministe Linda Lovelace. Narré par le patron de Playboy Hugh Hefner, le destin de ces deux stars mythiques des fifties et des seventies prend pourtant des allures de conte cruel au fur et à mesure que les deux femmes se voient dépossédées de leur image et devenir malgré elles des instruments d’enjeux économiques et politiques. Ascension, réussite et chute, Coney Island Baby retrace le chemin de croix de la condition féminine et s’achève dans une conclusion pas si morale que ça, par un avertissement sororal à toutes les prétendantes au statut d’icône.
La moralité, du moins celle censée dicter aux femmes leurs mœurs comme leurs comportements, Nine Antico lui taille d’ailleurs un joli costard dans les deux volumes d’Autel California.
Cet épais diptyque nous plonge à nouveau dans la culture américaine des années 50-70 à l'heure de l'apparition du mythe moderne de la rock star et de son cortège de groupies. On y suit la jeune et naïve Bouclette, une ado fan des Beatles et du King, qui, à force de rencontres, d’idylles et d’aventures avec ses idoles, va finir par devenir à son tour une célébrité. Inspirée par la vie déjantée de Pamela Des Barres, starlette par procuration et muse de profession, amante insouciante de Jim Morrison, Mick Jagger, Brian Jones ou Jimmy Page entre autres, la bande dessinée de Nine Antico nous plonge en toute impudeur dans les coulisses moites de l’histoire du rock’n’roll.
Loin du cliché macho et tenace faisant de la groupie une femme forcément sous influence, subordonnée au pouvoir des légendes dépravées qu’elle fréquente, Autel California brosse, dans un style rétro bubble-gum tout en volutes sensuelles de noir et blanc, la lutte folle de ces pionnières de la libération sexuelle et du féminisme décomplexé, de toutes celles qui ont revendiqué haut et fort leur droit à la liberté, à l’amour du sexe, de la drogue et du rock’n’roll…Quitte parfois à en payer le prix fort.
Ce serait un tort de croire que Nine Antico s’est spécialisée dans la chronique de mœurs des jeunes filles en fleur. À y regarder de plus près, si elle parle de femmes aux vies radicales et de féminismes parfois contradictoires, c’est pour mieux nous faire prendre conscience qu’il n’y a pas d’émancipation possible sans un peu d’insouciance et une soif inextinguible de nouvelles expériences. Affirmer sa liberté en bravant les conventions reste encore et toujours le meilleur moyen de trouver sa voie. Nine Antico, c’est de l’empowerment par bande.
(Texte réalisé pour l’exposition CAPRICES dans le cadre du Festival Formula Bula N°10, 2022.)
Plateaux.
Sammy Stein : “Les vieux jeux videos, ceux aux graphismes datés et aux emballages fantastiques, souvent réalisés à l'aérographe avec des logos pas possibles m'ont marqué visuellement. Comme il était impossible de tester un jeu avant de l'acheter, il fallait avoir une confiance quasi aveugle en ce que nous proposaient ces jaquettes et éventuellement quelques photos du jeu que l'on trouvait au verso accompagnées d'un résumé. Mais plus que les pochettes, ce que j'aimais et aime encore restent les manuels de jeu, qui étaient souvent dotés de dessins plus beaux que le graphisme du jeu en lui-même.
Pour les jeux de rôle, c'est pareil. Ceux sont les manuels qui m'intéressaient. Je pense d'ailleurs avoir lu plus de manuels que je n'ai réellement joué aux jeux en question. Les dessins, les descriptions des créatures, les univers détaillés, les listes d'objets, me fascinaient tout de même plus que les règles complexes de jeux de rôle ou de plateau. Je fantasmais aussi énormément la position du maître du jeu, celui qui raconte l'histoire mais les vaines tentatives que j'ai pu faire avec des camarades de classe se sont révélées catastrophiques. Il faut réussir à plonger les joueurs-auditeurs dans un univers cohérent, faire semblant d'y croire. C'est un vrai travail d'acteur. Je suis le contraire d'un acteur, le dessin est un travail solitaire. Certes tu racontes des histoires pour que d'autres les lisent mais tu les racontes tout seul dans ton coin avant de les montrer. Bien sûr tu peux te mettre en scène comme un acteur dans tes pages, certain.e.s le font très bien, mais ce n'est pas mon truc, voilà tout.
Les céramiques que nous réalisons avec Séverine Bascouert peuvent rappeler des items de jeu video, ces objets que l'on ramasse en jouant et que l'on glisse dans notre sac à dos virtuel. Ce côté inventaire, lister tout un monde d'objets, je l'ai souvent aussi utilisé dans mes bandes dessinées. Certains jeux m'ont certainement influencé dans la composition de mes planches, dans la vue subjective, le fait de ne pas représenter de personnage (les jeux où vous vous promènez dans une labyrinthes en voyant ce que voit le personnage etc). Dans ma recherche autour des compositions de gaufriers, ça a pu aussi avoir une influence, je ne m'en rends pas vraiment compte. Richard Mc Guire dit dans une interview que l'inspiration directe pour son livre HERE c'est l'apparition du système d'exploitation Windows. Il raconte avoir rendu visite à un ami venant d’acquérir un ordinateur. Quand Mc Guire voit les différentes fenêtres s'ouvrir sur l'écran, l'idée du livre lui pète à la tête. Ce genre de composition permet de sortir d'une certaine linéarité.
Dans Le Plateau, une des bande dessinée parue dans Marécage (Lagon n°4), des personnes s'apprêtent à jouer à un jeu de rôle. On ne les voit jamais sur les pages. Les lecteur.ice.s lisent seulement leurs voix en off. Avant de commencer à jouer, ils choisissent des noms, tirent les dés, peignent des figurines, construisent leurs personnages. Quand le jeu va commencer, le récit s'arrête. La partie la plus excitante n'est-elle pas de créer celui ou celle que l'on incarne, d'inventer, de faire fonctionner son imagination ? L'aventure ? Peu importe… En sous-couche, ce récit est une métaphore de la création, avec tout le coté très DIY, autonome, bricolé que cela veut dire pour moi.
Dans ce récit, il y a une double page où je me suis amusé à inventer une série de cartes sans trop de références aux jeux type Magic, avec des gobelins, des elfes…Je voulais que cela soit un peu plus bizarre, déconnecté de ces représentations fantasy qui sont associé à ‘univers du jeu de rôle. Séverine Bascouert de L'institut sérigraphique m'a proposé de les imprimer en sérigraphie et d'en faire une petite collection. Elles étaient imprimées avec de la dorure à chaud et pas mal de couleurs. On retrouvait l'idée de la collection, des images qu'on aime regarder et ramener chez soi, qui rentrent dans la poche. À l'occasion d'un entretien avec le dessinateur Acacio Ortas pour la revue Collection, nous avons beaucoup parlé de ces jeux de cartes. Accio, qui écrivait à ce moment-là son mémoire sur les images fétiches, les comparaient à des images pieuses, des porte-bonheurs. Ces cartes pourraient aussi fonctionner comme des cases de BD que le hasard du jeu associerait pour en faire un récit. Je dis ça sans vraiment réfléchir car je ne suis pas très à l'aise avec ce type d'idée : un récit qui évoluerait au hasard, se créerait « tout seul ». Non, je préfére affirmer les choses, savoir où je vais et ce que j'ai envie de proposer aux lecteur.ices.
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Uwe Henneken (German, b. 1974)
Charger ,2016