L'humour irrésistible de Fabrice Caro se décline sous plusieurs formes et styles, humour absurde dans ses bandes dessinées, comique d'observation dans ses romans. Il y a un humour pour chaque rieur. Mais si celui du Discours vous emporte, alors les autres romans de Caro sont pour vous !
“Isabelle appartenait à cette génération d'étudiantes qui voulait partir en Afrique, à cette époque c'était une fatalité qui s'abattait sans prévenir sur une certaine frange de la population féminine, on n'y échappait pas, l'acné à douze ans, l'Afrique à dix-neuf, elles attrapaient l'Afrique comme on attrape la varicelle. On les voyait, du jour au lendemain, transfigurées, transmutées, déambuler vêtues de sarouels informes, le vêtement le moins sexy qui soit, transformant le campus en immense course en sac. Tout juste sarouélisées, elles vous toisaient, vous écoutaient à peine, vos problèmes n'en étaient pas vraiment pour elles que la plaie suintante de l'Afrique empêchait de vivre sereinement. La pupille lointaine, elles savaient, elles, la valeur des choses. Lors de leurs prochaines vacances, elles allaient apporter des stylos au Bénin, peux-tu seulement comprendre ça dans ton petit cerveau étriqué d'Occidental nanti : des stylos au Bénin. Elles s'attelaient alors à une collecte parmi leur entourage, collecte qui avait moins pour fonction de collecter que de montrer qu'elles collectaient. S'engageait alors pour certains d'entre nous une course-poursuite quotidienne, voyant arriver les sarouels de loin, un vent de panique se levait, merde les stylos, quoi les stylos, les stylos, j'ai promis à Isabelle de lui faire passer un stock de stylos pour le Bénin et j'ai complètement oublié.”