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Aqua Utopia|海の底で記憶を紡ぐ
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Prélude
C’était il y a très longtemps, dans une cantina spatiale d’un système quelconque, ça n’a pas d’importance. Un homme que le destin, ou un hasard des plus chanceux, amena à passer l’entrée de cette cantina.
C’était un être des plus exceptionnels dans cette galaxie morose et morne, on eut dit qu’il était le fruit d’une faille de l’espace-temps. Tout chez lui faisait penser à un homme venu des confins du temps, comme s’il appartenait à une race et à une culture ancienne et oubliée. C’était un humain tout ce qu’il y a de plus banal.
Il avait de longs cheveux bruns plaqués en arrière, brillants comme s’ils avaient été coiffés à l’aide d’une sorte de colle pour qu’ils tiennent en place. Une moustache des plus glorieuses étoffait son visage anguleux et juvénile, il portait une paire de lunettes noires dont l’usage m’échappe encore.
Outre son physique qui aurait rendu plus d’une Galathéenne folle de désir charnel, (tout le monde sait bien qu’il ne vaut mieux pas, pour sa propre intégrité corporelle, en arriver là avec ces sans-gêne de Galathéennes) son style vestimentaire était assez extravagant pour être remarqué.
Il portait une veste bleu neptune avec une ligne dorée, allant d’une extrémité de manche à l’autre qui était anormalement long comparé au reste de l’apparat. Pour compléter sa tenue, un pantalon de cuir brun ornait ses cuisses puissantes, la qualité du cuir était telle qu’elle pouvait faire pâlir n’importe quel couturier de tout le système d’Aldébaran (ce système est réputé à travers la galaxie pour ses étoffes, de cuir ou synthétique, d’une qualité surpassant nettement celle que l’on peut se procurer ailleurs). Malgré la volupté appréciable de sa tenue, l’ensemble était complètement désuet.
Dans son dos pendait un objet des plus étranges, je n’en avais jamais vu de pareil, on eut dit un instrument de musique. Il avait un long manche rectangulaire paré de cordes, à son bout le manche se séparait en trois parties formant un trident, sur chaque branche du trident se trouvaient divers boutons dont j’ignore encore l’utilité. À l’autre extrémité du manche, ce dernier s’élargissait brusquement et les cordes firent place à des touches rectangulaires blanches et noires, alternant une blanche puis une noire. La vision de cet « instrument » me laissa perplexe, mais attisa néanmoins ma curiosité.
Je n’étais pas le seul que cet individu intriguait, en effet je me rendis compte que beaucoup d’autres occupants de la cantina portaient une attention toute particulière à notre homme. Déterminé à en savoir plus, je décidai d’aller lui parler.
Arrivé à sa table, je me présentai rapidement et rentrai directement dans le vif du sujet; qui était-il, d’où venait-il et surtout quelle était cette chose dans son dos. Il m’accueillit chaleureusement et avec entrain, sa voix était mélodieuse et joyeuse. Il m’apprit donc qu’il était barde de profession (une sorte de musicien vagabond contant ces aventures) et qu’il se nommait Scara Mouchi, un nom des plus charmants et inédits. Puis il me dit qu’il pourrait me chanter quelque chose en échange de quelques crédits, j’acceptais et le voici debout un pied sur la table et l’autre sur la banquette, empoignant son instrument, qu’il décrivait comme son plus fidèle compagnon.
Cette image resta figée dans mon esprit tel ces hologrammes de héros défiant le temps, à jamais baignés dans la gloire.
Dans des temps reculés et oubliés, un marchand d’armes venant du système Hadar décida d’emprunter une route commerciale très peu utilisée. La raison est qu’une légende rocambolesque raconte que nombre de vaisseaux, d’origines et d’occupations très diverses, auraient disparu en cours de route. Mais le capitaine Eulyc n’est pas du genre à croire ce genre de ragot de bonne femme, surtout quand, avec un seul voyage pour Andromède, il remporterait plus d’argent qu’il n’en avait jamais compté: alors au grand vide ces sottises et à lui la fortune.
Le galion d’Eulyc, nommé « Nessos », mesurait environ 60 mètres de long pour 20 de haut. Son équipage comptait plus de 50 personnes; cuisiniers, mécaniciens, pilotes et soldats, on n’est jamais à l’abri des pirates du cosmos avides de pillage et de sang. Parmi ces compagnons de route, peu partageaient l’enthousiasme de leur capitaine. Quant à sa décision de passer par cette route tristement surnommée la route de l’oubli, ils étaient tout bonnement contre ou terrifiés à l’idée de rencontrer je ne sais quelle créature sidérale.
À cette époque le voyage stellaire n’était pas aussi développé qu’aujourd’hui, la distance à couvrir étant vraisemblablement gigantesque, plusieurs saut dans l’hyper-espace s’avéraient nécessaires et inévitables. C’est dans cette atmosphère de tension et d’appréhension que le Nessos mit les voiles dans l’espoir de revenir riche et surtout entier.
Les coordonnées du 1er arrêt furent saisies dans l’ordinateur de bord, un signal lumineux apparut pour signifier au capitaine que tout était prêt pour le bond. La main d’Eulyc était posée sur la commande principale, ce dernier jeta un ultime coup d’œil sur les membres de l’équipage présent dans la cabine de commande. Il sentait dans leurs regards l’anxiété, la peur, l’impatience et l’audace. Puis sans crier gare il actionna le bouton qui les rendraient riche, ou pas. Une fois le système enclenché c’est tout le Nessos qui se mit en branle à un point où l’on aurait pu croire qu’il se disloquerait avant même d’entamer son grand périple aux confins du vide sidéral. Mais il tint bon et quelque instant plus tard le Nessos disparut, chargé d’espoir.
Le Nessos retrouva brusquement sa vitesse normale, le saut était terminé, non sans mal pour ses occupants dont certains eurent l’envie de partager avec tout le monde leur mal de l’hyper-espace. Suite à quelques menues vérifications il s’avéra que les calculs étaient corrects et que le vaisseau se trouvait bel et bien à l’endroit désiré. Eulyc ne comptait pas perdre son temps, aussi il ordonna aussitôt la préparation du nouveau saut à peine sortit de l’hyper-espace, malgré les protestations des mécaniciens de bord. Ces derniers affirmaient qu’il fallait attendre que les moteurs refroidissent au risque qu’ils explosent à cause du surmenage, mais le capitaine fit la sourde-oreille et leur jura que si ce n’était pas fait dans l’heure ils finiraient carbonisés pour leur insubordination. C’est qu’il sait tenir son équipage en laisse le bougre d’Eulyc. Ses menaces portèrent leurs fruits et plus rapidement que prévu tout était prêt pour le second saut. Eulyc s’empressa donc d’actionner la commande principale et les voilà repartis pour un tour de manège spatial pour le plaisir des grands comme des petits.
Tout se passait bien lors du voyage jusqu’à ce que, soudain, un des moteurs prenne feu, ce qui eut pour effet de stopper net le Nessos dans sa course effrénée. La panique pris rapidement le dessus sur la décontraction générale, des ordres ont été aboyés et exécutés dans une cacophonie de cris, alarmes, extincteurs et autres nuisances sonores. Une fois la situation reprise en main, Eulyc demanda à ce qu’on lui dise, avec exactitude, où ils se trouvaient. Pendant ce temps il alla s’enquérir auprès des mécanos de la raison dysfonctionnement et de l’ampleur des dégâts. Au fond de lui il connaissait la cause de cet incident mais s’excuser, suite à une altercation avec quelques un de ses hommes, auprès de ces derniers lui ferait perdre sa crédibilité et risquerait la mutinerie, surtout si son échange verbal de tout à l’heure venait à s’ébruiter. Il les envoya donc inspecter le Nessos de l’extérieur, à l’aide d’un vaisseau de combat, avec pour consigne de revenir uniquement quand toute la carlingue aurait été minutieusement étudiée et tout danger écarté.
De retour dans la cabine Eulyc ne put que rester ébahi de stupeur en voyant ses hommes: tous sans exception regardaient dans la même direction avec la même expression d’horreur et de terreur. Suivant leur regard fou, Eulyc fut frappé, tout comme eux, d’une terrible vision. Là, dehors juste sous leur nez, se trouvait une gigantesque nébuleuse aux couleurs enchanteresses et attirantes, mais le souci n’était pas la nébuleuse. C’était plutôt la quantité affolante de cadavres de croiseurs interstellaires qui semblaient sortir de l’amas de poussières cosmiques. Eulyc savait pertinemment que ces vaisseaux étaient ceux dont on dit qu’ils avaient disparu et ils se trouvaient sous ses yeux, cela lui déplaisait grandement car le moral de son équipage prit un sacré coup de massue.
Une communication par interphone interrompit cette transe d’effroi dans laquelle était pris tout le personnel présent dans la cabine, aucun ne semblait remarquer la sonnerie de l’interphone. C’était comme s’ils n’étaient plus là, envoutés par le mélange détonnant d’horreur et de beauté, certains en avaient même les larmes aux yeux. La sonnerie se fit plus insistante ce qui permit au capitaine de reprendre ses esprits et de répondre à cet appel visiblement assez urgent. Au bout du fil, les mécanos, envoyés à l’extérieur, hurlaient de panique n’arrivant même pas à constituer une phrase cohérente. Décidément, un danger important menaçait le Nessos. Quand les mécanos furent calmés, grâce au bon soin d’Eulyc, ils purent raconter ce qu’ils avaient vu dehors. Malgré qu’ils soient toujours sous le choc et visiblement pour un bon moment encore.
Dans leurs délires paranoïaques ils déblatéraient des inepties au sujet de ce qu’ils avaient vu, une créature de l’espace si l’on en croit ce qu’ils disent. Aucun des deux ne fit la même description de ladite créature, l’un disait qu’elle avait un buste humanoïde bleuté avec quelques nuances phosphorescentes, selon ses dire il l’avait aperçue vers le moteur qui était endommagé. Le second lui dit avoir vu une sorte de bulle quasi-translucide d’où émanait une lueur pâle aussi froide que l’univers lui-même, la bulle était percé au bas et des tentacules en sortaient. Il finit en expliquant que la créature s’en allait vers la nébuleuse au moment où il la vue.
Ce rapport laissa Eulyc perplexe, mais bon sang qu’est-ce que c’est que cette saleté de nébuleuse, les officiers présents ne semblaient pas mieux comprendre la situation à l’exception du vieux Cabat. Ce dernier était le plus âgé et le plus sage des hommes à bord, il conta alors une très vieille légende, oubliée tout comme la route.
Il existait autrefois des créatures géantes qui pouvaient détruire une flotte de guerre en quelques secondes à peine. Selon les récits des malheureux qui ont croisé leur chemin elles ressemblaient fortement à la description qu’a faite le deuxième mécano mais en beaucoup plus gros. En ce temps-là on les appelait les Gorgos, en souvenir à une autre créature dévastatrice vraisemblablement, mais les Gorgos étaient censés avoir disparu depuis de nombreuses années.
L’énonciation de cette histoire déclencha quelque chose chez Eulyc, une envie irrésistible d’aller voir de lui-même ces témoins des âges anciens et cela même au prix de ses compagnons et de son précieux navire. Cette pensée l’obsédait telle une musique tournant en boucle dans sa tête, dont la seule façon de s’en débarrasser est de donner libre cours à son envie. Ce qu’il fit sur le champ, il ordonna de poursuivre les réparations nécessaires au prochain bond. Il sauta à bord de la nacelle de surveillance et partit à toute vitesse en direction de la nébuleuse, à le voir on aura dit qui était retombé en enfance courant vers l’avenir faisant fi du monde qui l’entoure et rempli de joie juvénile et fébrile.
À l’orée de la nébuleuse Eulyc sentit comme un appel venant du cœur de celle-ci. Il sentait que s’il pénétrait dans la nébuleuse il n’en sortirait probablement jamais, il regarda une dernière fois ce vaisseau qui l’avait déjà porté si loin. Mais ces pourritures avides d’argent avaient mis les voiles dès qu’il fut assez loin pour être sûr qu’il ne remarque qu’une fois trop tard la supercherie. Finalement ce renversement de situation fut une aubaine pour Eulyc car plus rien ne le retenait et au moment où il portait son regard sur la nébuleuse il les vit, des créatures mi-femme mi-gorgo, il comprit que c’étaient elles qui l’appelait.
Il entendit clairement leurs voix cette fois, elles disaient tout en chantant qu’elles l’attendaient depuis longtemps, elles l’appelaient à les rejoindre pour vivre dans la nébuleuse avec elles. Saisi par ces propos Eulyc ouvra le cockpit et s’élança dans les bras de la première venue, il savait qu’il mourrait surement dans quelques instants, du fait du manque d’air, mais cela il s’en contrefichait car il avait trouvé ce qu’il avait toujours cherché surtout dans son enfance d’orphelin misérable: l’amour. Tout ce qu’il avait accompli il l’avait fait dans ce but même s’il l’ignorait : reconnaissance, amitié, compassion, famille.
Comprenant cela il se rendit compte qu’il était l’homme le plus riche de l’univers.
Quant au Nessos, il fut retrouvé à la frontière de la galaxie d’Andromède sur le chemin du retour après avoir livré sa marchandise de mort en échange d’argent. Mais l’avidité est un vice présent en chacun de nous, il y eu donc un combat au sein du vaisseau causant de gros dommages collatéraux, ce qui fit le bonheur des pillard de l’espace qui avaient eu vent de la transaction. L’épave portait les stigmates de cette violence fratricide provoquée par le manque d’amour et l’illusion que l’argent pourrait combler ce vide à jamais.
Comme chacun le sait le grand prix de Cérès fut instauré suite à de nombreuses guerres entre plusieurs systèmes galactiques qui se battaient pour savoir qui était le plus fort. Cela causa énormément de dommage à chacun des acteurs de ces guerres, que ce soit en perte de vie ou économiquement. N’arrivant pas à se départager, ils se mirent d’accord pour régler le problème d’une manière différente, ce fut les diplomates du système Procyon qui proposèrent une compétition sportive où chaque participant représenterait sa nation. Mais quel sport choisir ? Car les races concernées avaient toutes des prédispositions physiques ou intellectuelles, comparées aux autres. Dans un souci d’impartialité, et aussi afin d’éviter tout incident diplomatique, il ne fallait pas donner l’avantage à l’une ou l’autre des nations présentes, la course de vaisseau de vitesse, aussi appelée supra-machina, fut adoptée à l’unanimité. L’astéroïde Cérès était tout désigné pour accueillir cet événement, du fait de sa position centrale vis-à-vis des nations concurrentes et de son indépendance.
Les règles de cet évènement légendaire étaient on ne peut plus simples, tout était permis sauf l’utilisation d’armes. Les supra-machinas étaient à la charge des nations, ces dernières les concevaient selon leur bon vouloir, de même que les pilotes qui n’avaient aucune obligation d’être originaire de la nation qui l’employait. Le grand prix se déroulait en trois courses à la surface de Cérès, de quoi exalter les spectateurs, ainsi que leur porte-monnaie, qui, soit dit en passant, n’étaient là que pour voir de terribles accidents mortels pour la plupart des acteurs de ces embardées sensationnelles.
C’est dans ce climat de fête mêlé à la tension politique que débarqua notre champion, acclamé par les passants le reconnaissant, sa réputation n’était plus à faire. Vainqueur de beaucoup de courses effrénées, il était le favori pour remporter ce grand prix, je vous parle bien évidemment du grand Speed Star. Il avait été engagé par le système de Rigil Kent, qui avait visiblement quelque chose à prouver à ses concurrents, il était sous la tutelle d’Ozma Brez qui le manageait depuis ses débuts en supra-machina, la relation qu’ils entretenaient portait à croire qu’ils se connaissaient depuis bien plus longtemps. Ozma devint très riche et influent grâce à Speed Star, dont le vrai nom était Briguit Juff mais tout le monde s’en fichait.
Speed Star était grand, mince, de long bras effilé qui accentuaient l’impression de grandeur, la peau lisse couleur rouille avec des cornes contrastant la finesse de son visage étroit. Il était évident qu’il devait venir d’Auroch dans le système d’Aldébaran. Il portait un peignoir bleu incrusté d’étoile qui lui allait sacrément bien, ce qui ne tarda pas à attirer à lui les créatures les plus frivoles des alentours. Ce qui n’était pas pour lui déplaire, il adorait les femmes, peu importe leurs origines ou leurs coutumes.
Le départ de la 1ère course avait lieu le lendemain, il était commun que des journalistes viennent interviewer les coureurs pour connaitre leurs impressions sur leurs rivaux, et aussi recueillir ce qui pourrait bien être leurs dernières paroles dans cette vie. C’est ainsi que Speed Star rencontra la journaliste du journal stellaire de Spica, Wigchta Zobr, promise à un grand avenir médiatique, elle n’avait pas peur de taper là où ça fait mal et elle maitrisait cette art à la perfection.
Ce sont donc deux prodiges qui se rencontrent pour la première fois. Sans perdre une seconde Wigchta rentre dans le vif du sujet en demandant à Speed Star ce qu’il pense de ses adversaires, qu’il connait depuis longtemps pour la plupart. Tout aussi direct il annonce que le seul, parmi les pilotes présent, digne de son estime se trouve être son compatriote Bov, originaire de Watusi dans le système d’Aldébaran. À l’inverse de Speed Star, Bov était petit, fort, avec des cornes aux proportions démesurées par rapport à sa petite tête. Lui et Speed Star ont rivalisé de nombreuses fois sur les circuits les plus variés, tous deux sont d’excellents pilotes ce qui ravit les spectateurs, ébahis devant leur lutte, à la frontière entre prise de risque considérée et pure folie.
Ensuite Speed Star déblatéra de vils propos vis-à-vis du champion des nations technocrates, ces stupides robots se croyant au-dessus de tout le monde. Leur champion, alias Paquette, une unité P-Q fortement imbue d’elle-même ne cachait pas son mépris envers les pilotes non-mécaniques, ce qui représentait la quasi-totalité des participants.
Une fois les questions de routine terminées, Wigchta commença à approfondir son interview, pour ce faire elle demanda à Speed Star comment lui et Ozma s’étaient connus. Speed Star accepta de lui raconter l’histoire seulement si elle venait boire un verre après cette question, elle acquiesça avec ferveur, Speed Star commença à conter l’histoire de sa vie.
À l’époque, Ozma dirigeait une troupe de chasseurs de prime, agissant surtout dans le système de Fomalhaut et ses alentours. Un jour alors qu’ils étaient en pleine chasse, ils croisèrent un chasseur solitaire qui visiblement convoitait la même proie qu’eux. Ce chasseur, plus que confiant, partit seul à l’attaque d’un criminel redoutable. Ozma tenta d’établir une communication, afin de raisonner cet hurluberlu, mais rien ne put lui faire abandonner sa mission suicide. Mais rien n’y fit, il fonça droit sur sa cible, pilotant comme personne ne l’avait vu dans l’équipage d’Ozma. C’était irréel, aucun tir venant du vaisseau ne fit mouche, il les évitait tous avec une dextérité et une aisance dépassant le commun. Puis soudain le vaisseau pourchassé explosa, tout le monde crut que cet as du pilotage était réduit en poussière, mais contre toute attente, son vaisseau surgit des débris de l’explosion, visiblement endommagé et nécessitant de l’aide. Ozma l’invita donc à venir sur son vaisseau afin de pouvoir faire un bilan des dégâts. Mais une fois le moteur coupé et l’aire d’atterrissage dégagée, il ne sortit pas. Interloqué, Ozma pris l’initiative, alla voir de quoi il en retournait. Il fut stupéfait de voir un Aldeb (diminutif des originaires d’Aldébaran), sur le point de souffler son dernier soupir lui désigner un compartiment de son vaisseau. Il s’avérait qu’un bébé, se trouvait là, sans qu’Ozma ait le temps de poser une question, le pilote était mort et le bébé s’éveillait.
Voilà Speed Star avait fini de s’étendre sur sa rencontre avec Ozma, il pria donc Wigchta de tenir parole et de le suivre pour une soirée endiablée.
La 1ère course se déroula sans accroc, Speed Star finit en tête suivi de près par Bov et PQ, la moitié des coureurs fut disqualifiée, pour ceux encore en vie, cette mise en jambe fit pas moins de 25 accidents dont en tous cas 10 mortels.
Le soir venu Speed Star se réjouissait de revoir la charmante Wigchta et de répondre à ses questions. Il fut surpris de ne pas la voir pendant la conférence de presse d’après course. À son grand étonnement il ressentait une sorte de manque. Cette créature délicieuse lui avait fait un effet qu’aucune autre n’avait pas pu susciter jusqu’à maintenant, et c’est peu dire qu’il était un grand séducteur aux conquêtes aussi diverses que nombreuses.
Ozma qui passait par là vit son champion, qu’il considérait comme son fils, accablé. Visiblement celui-ci n’avait pas la forme malgré sa victoire du jour. Ne supportant pas de voir son protégé dans cet état, Ozma vint s’assoir à côté de lui. Sans que Speed Star n’ait le temps de dire un mot, Ozma avait compris qu’il s’agissait d’une histoire de femme, ayant déjà souvent vu Speed Star dans ce genre de moment il savait donc comment s’y prendre.
Après une longue discussion Ozma réussit à trainer Speed Star dans une cantina des plus réputées de tout Cérès, célèbre pour ses filles de joies et sa débauche omniprésente, ce tour de force a d’ailleurs coûté un œil au beurre noir à Ozma. Cela a valu à Speed Star d’être emmené de force par deux des plus costauds mécaniciens de son équipe technique. Speed Star ne passa pas vraiment une bonne soirée, malgré le charme incontestable des filles et de l’endroit, il n’arrivait pas à se sortir Wigchta de la tête.
Le lendemain matin, après une nuit agitée, Speed Star n’était pas en grande forme: il était morose, l’esprit ailleurs, la course se profilait mal.
Dès le top départ ce fut une catastrophe, après un tiers de la course Speed Star était en mauvaise posture à la 30ème position. La plupart des coureurs autour de lui voulaient se faire un nom, en s’en débarrassant. D’un côté la chute inexorable dans un canyon de l’astéroïde, de l’autre un concurrent vraisemblablement décidé à en finir. Devant et derrière pris en étau, la fin semblait proche, mais il n’en fut pas ainsi.
Speed Star reçu un appel sur son intercom de bord, c’était Wigchta, elle lui dit :
«Speed, je suis désolée pour hier soir, le boulot m’a retenue plus longtemps que j’aurais voulu. J’ai une simple question pour toi, connais-tu un dénommé Rockette Marciano ?» Réponse négative et un poil agressive au vue des circonstances. «C’est pas grave, le plus important pour le moment, c’est que tu te tires de là. Dépêche-toi de me revenir pour que je te sers contre moi et plus jamais je ne te laisserai t’éloigner. Fonce et reviens-moi»
L’écoute des mots de sa tendre muse déclencha chez Speed Star une fougue semblable à celle d’un gosse. À peine eut-il le temps de se remettre en selle que les trois fripouilles mirent leur plan macabre à exécution, tous trois convergeaient vers le même point: lui. Gardant la tête froide Speed Star attendit le bon moment pour augmenter la puissance de ses réacteurs antigravitationnels au maximum, ce qui eut pour effet de le propulser dans les airs. Vrille sur la gauche puis ajustage de la puissance et revoilà le resplendissant Speed Star paré pour conquérir l’univers. Les trois zigotos qui voulaient tirer un trait sur sa carrière finirent par se rentrer dedans, explosion de couleur d’un ciel d’été sur Io, puis plein gaz direction la tête de la course.
Le publique exaltait, le spectacle que leur offrait Speed Star était sans précédent. La remontée du courant n’était pas chose aisée, mais sa maitrise dépassait l’entendement laissant derrière lui de nombreux concurrent dans des états plus ou moins proches du néant. Il virevoltait aussi gracieusement qu’on ait vu un pilote le faire, à chaque instant où il se reprochait de l’arrivée, il gravait son nom plus profondément dans l’Histoire galactique. Lui-même n’avait plus conscience de sa propre pensée, il était la route, il se sentait imperturbable suivant sans cesse le chemin qui lui était destiné.
Soudain une vision s’imposa à lui: il se voyait dans une sorte de lit dans un vaisseau, enfant. Quelqu’un se tenait là, à côté de lui, cette personne le regarda et lui dit avec fermeté «vois mon fils, l’univers est sans limite alors pourquoi en crée ? Une route n’est qu’une indication qu’on peut, à loisir, décidé de suivre. Mais on peut tout aussi bien suivre notre propre route, dont la fin ne sera pas accessible, car prenant sa source dans le grand tout elle est sans limite. Ferme les yeux fiston et laisse-toi envelopper par l’infini de ton esprit.»
Il reprit conscience à quelques mètre de l’arrivée, visiblement il était resté dans cet état un bon moment, une fois les ardeurs du public retombées, les résultats de la course furent donnés, Speed Star s’était qualifié pour la dernière étape laissant derrière lui 25 pilotes, vaisseaux en charpies et rêves brisés.
À peine Ozma se dirigea vers son champion que celui-ci partit à toute jambe à la recherche de celle qui l’avait sauvé. Ce qui eut pour effet de mettre Ozma en rogne, sale gosse, après tout ce qu’il a fait pour lui il ose le laisser en plan.
Ses retrouvailles avec Wigchta furent loin de ce à quoi il pensait, pas de longues accolades suivies d’un tendre baiser. Au contraire Wigchta n’avait qu’une chose en tête «Rockette Marciano».
Qui était-il ? Elle lui relata son histoire. Autrefois c’était un pilote très célèbre mais son nom disparu dans les méandres de l’espace, célèbre pour avoir justement remporté deux fois consécutives le grand prix. Mais c’est cette notoriété ne lui fut pas bénéfique, bien au contraire elle a eu le mérite de lui mettre tout un tas de racailles stellaires aux trousses. Il semblerait que certains de ces malandrins soient arrivés à leur fin car on a retrouvé la carcasse de son vaisseau ainsi que son corps, flottant à quelque distance de là.
C’était bien joli tout ça mais qu’est-ce que ça a à voir avec Speed Star ? Il était vivant, lui, et au prix de la sueur et du sang. Alors pourquoi lui cassait-elle pied avec ce revenant du fin fond de l’oubli collectif ? Il semblerait que cela la froissa et son humeur perdit de sa jovialité usuelle, elle continua comme si de rien était et Speed Star se fit tout petit comme un gosse attrapé par sa mère en train de faire une bêtise. Elle lui expliqua que Rockette avait, semble-t-il, un fils qu’il élevait seul mais on ne retrouva aucune trace de l’enfant. Encore plus surprenant, le vaisseau d’Ozma était enregistré dans un port spatial non loin de là.
Speed Star comprit tout de suite ce qu’elle sous-entendait: Ozma l’assassin de son père, ainsi que son ravisseur ? Qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre comme connerie. Pourquoi une bande de pirate s’enquiquinerait à kidnapper un enfant s’il n’y a personne à qui réclamer une rançon. Comment ça tabler sur l’avenir ? Un père pilote ne signifie pas que son enfant aura un quelconque don pour ces choses-là. La colère monta en Speed Star et il s’emporta bientôt, les mots fusaient des deux coté, lassé de cette dispute sans fondement il se leva et s’en alla, disant qu’il allait voir la seule personne qu’il considérait véritablement comme un ami.
Il disparut toute la nuit, personne ne l’aperçu, Wigchta s’en inquiéta et Ozma aussi. Comment peut-on disparaitre ainsi avant une course aussi importante ? Le lendemain il réapparu sur la ligne de départ, le regard sombre, sa concentration avait atteint son paroxysme. Il se comportait très froidement avec tout son staff, passant ses nerf sur sa supra-machina à la faire briller tel une comète flamboyante.
Il était coutume, pour la dernière course, que les pilotes sortent leurs plus beaux engins, P-Q, par exemple, faisait sensation avec son model « avaleur de bitume », il faisait réellement partie de son véhicule connecté dans un espace pouvant accueillir son corps mécanique. Une véritable figure de proue vivante le rendant encore plus menaçant. L’ambiance était électrique à quelques minutes du départ, la tension était palpable, une personne parmi toutes celles présentes semblait plus imperturbable que jamais: Speed Star.
Et voilà que la course que tout le monde attendait commença. Speed Star ne tergiversa pas, il mit toute la gomme d’emblée. Jouant des coudes pour prendre la pole position, il se fraya un chemin vers la victoire après seulement quelques minutes de course. C’était sans compter sur P-Q et Bov qui ne se laisseraient pas berner comme les autres amateurs, ils collèrent au train de Speed Star.
L’unique tour que présentait la course devint une vraie jungle où la loi du plus fort régnait. Au milieu de ce tumulte Speed Star tenait le coup, fidèle à ses habitudes, il se baladait sur la piste évitant les obstacles, bataillant pour sa place, on aurait dit un oiseau virevoltant.
Depuis son vaisseau, en stationnement au-dessus de l’arrivé, Ozma jubilait. Sacré gamin il leur rapportait bien plus que la prime de son père, et ce n’était que le début, après il y aurait la gloire et les récompenses diverses et variées. Il suffisait que Birguit n’apprenne jamais la vérité et la belle vie serait à lui. Mais cessons de tergiverser car les voilà qui arrivent et Speed Star est en tête.
Dernière ligne droite et il serait enfin débarrassé de cette course et il pourrait se reposer. Tout à coup voici que P-Q donne un coup de collier, dépassement puis tête à queue, la situation se corse. Bov aussi n’a pas dit son dernier mot et le voilà qui revient à la charge. À une centaine de mètres environ il se passa quelque chose d’inattendu, Speed Star mis plein gaz malgré que P-Q soit juste devant lui. La supra-machina de P-Q présentait une sorte de rampe à l’arrière, Speed Star s’en servit donc pour se propulser dans les airs. Une fois en l’air Speed Star se concentra sur son véritable objectif: Ozma.
Les révélations de Wigchta avaient eu raison de Speed Star, ne sachant plus quoi faire il était allé voir Bov, ce dernier lui dit son admiration pour Rockette et le profond respect que lui insufflait ce nom. Il dit aussi que P-Q le connaissait personnellement étant donné qu’il ne vieillit pas. P-Q confirma la découverte de Wigchta et, hologramme à l’appui, il dévoila la troublante ressemblance entre Speed Star et Rockette, ce qui finit de convaincre notre héros. Ils échafaudèrent un plan pour se débarrasser de Ozma et c’est ce qui se passait sous le regard ébahi du publique frénétique.
Le cockpit s’ouvrit, Speed Star sauta de son véhicule, lancé à pleine vitesse, celui-ci percuta de plein fouet le vaisseau d’Ozma. Les moteurs entrés en surchauffe implosèrent, ainsi que tout le vaisseau. Que voilà un magnifique feu d’artifice offert par la crème de la crème des pilotes. Quant à Speed Star, Bov le réceptionna et ils passèrent la ligne tous le trois, avec P-Q bien sûr, triomphant de la félonie, bienheureux de ne plus être simplement rivaux mais ami.
La renommée de Speed Star se propagea dans le cosmos telle la trainée laissée par une comète, à une vitesse stupéfiante. Et voilà que bientôt, comme son père, Speed Star fut la cible de nombreux malfrats.
Mais lui décida de les combattre et de leur montrer ce que c’est de piloter.
Tout commença lorsque Rofus Puréto reçu une invitation, très raffinée, qui l’appelait à se présenter dans trois jours au grand bal des Technocrates. Cela le préoccupait, car il n’avait jamais entendu parler des Technocrates. Il se précipita chez lui, s’assit devant son ordinateur, l’alluma et effectua une recherche sur les Technocrates. Voici le fruit de sa pêche aux infos.
Tout vient des robots, créés par les hommes, pressés d’insuffler la vie, tout comme les dieux qu’ils vénéraient. Dans cette volonté d’égaler leurs divinités, les hommes créèrent les robots, puis l’intelligence artificielle. Mais leur création ne se montra pas aussi docile que préalablement prévu, ils perdirent le contrôle, qu’il n’avait jamais eu soit dit en passant. Cette perte eut des répercussions dramatiques sur les relations humain-robot. Les robots se rebellèrent, une guerre éclata entre les humains et leurs progénitures, les humains subirent de lourdes pertes et l’issue de cette guerre se présageait mal pour l’humanité. L’homme capitula face à l’écrasante puissance des machines, celles-ci, nouvellement indépendantes, s’octroyèrent une partie de la Terre.
Après la guerre, les robots créèrent leur société, étrangement proche de celle de l’homme. Des classes sociales se formèrent. Il s’en suivit une montée de certaines classes et donc un système élitiste ressortit d’un début de politique boiteuse. Cette élite contrôlait tout, c’était, en quelque sorte, le cerveau du gouvernement. On appelle communément les membres de cette élite les Technocrates.
Les Technocrates, afin de perpétuer le souvenir de la guerre, organisèrent un bal, qui, selon la légende, serait le bal le plus raffiné de la galaxie. Toujours pour commémorer la guerre les Technocrates ont décidé que, dans ce bal ou n’importe quels autres qui suivraient, la présence d’un humain lambda était obligatoire.
Notre ami Rofus était donc un élu, lui que personne ne remarque jamais pour ses talent, lui et lui seul était assez important pour être choisi. L’orgueil et la vanité lui montèrent à la tête, il ne se rendit pas compte que ses infos dataient d’il y plus de 300 ans. Une société change énormément en autant d’années, Rofus s’en rendra compte à ses risques et périls.
Peu de temps après il contacta le service des relations techno-humaines pour les informer de l’invitation qu’il avait reçu. Ceux-ci s’en réjouirent et lui proposèrent de s’occuper des modalités du voyage, un chauffeur viendrait le prendre dans deux heures. C’est court deux heures pour se préparer à un événement de cette envergure, aussi Rofus n’eut pas le temps de prévenir ses proches de la chance providentielle qui le mènerait dans les plus hautes sphères politiques de l’humanité.
Le chauffeur, très ponctuel, était là, il l’attendait comme une personne de la plus haute importance. Très courtoisement, il invita Rofus à monter dans le véhicule, pendant qu’il mettait les bagages dans le coffre. Une fois cela fait il remonta dans son bolide et se mit en route pour le centre des relations techno-humaines, où Rofus serait pris en charge et instruit, si cela s’avère nécessaire, sur la bonne-séance à avoir lors d’un banquet de Technocrates.
Le voyage fut passablement long, étant donné que Rofus vivait dans la campagne profonde et éloigné des grands axes de communication entre les grandes métropoles humaines. Après l’extase des paysages changeant et inconnu, Rofus arriva à destination. Le bâtiment était imposant de par sa grandeur autant que de par sa beauté, il contrastait avec les autres bâtiments de la ville, que Rofus avait pu entrevoir durant le voyage. Cela soulignait l’importance du relationnel avec les nations Technocrates, et donc aussi l’importance de Rofus dans toute cette histoire.
Après une soirée très ennuyante, passée principalement à revoir l’histoire des Technocrates, où Rofus n’était guère attentif, tellement il était excité et impatient, Rofus embarqua à bord du vaisseau qui l’emmènerait sur la station où se déroulerait le bal, en orbite autour de la Lune.
C’était la première fois que Rofus quittait la Terre, le décollage ne fut donc pas de tout repos, mais une fois sorti de l’atmosphère terrestre, tout alla pour le mieux. Rofus pu à loisir contempler sa planète et voir de ses yeux les stigmates que la guerre a laissés à la surface de cette masse moléculaire imposante. Une fois l’orbite terrestre quittée le reste du voyage fut très monotone, mais Rofus était comme un gamin, il courait partout, s’émerveillait devant la plus frivole des commodités de la vie dans l’espace. Au grand regret de Rofus tout ce qui a commencé, doit finir: l’engin se posa sur l’une des pistes d’atterrissages de la «salle de bal», l’invitation de Rofus fut acceptée, il eut même droit à des compliments sur sa tenue. Il portait un smoking blanc avec des chaussures noir et une chemise noir, ainsi qu’une écharpe en soie noir.
Avant le début de la cérémonie Rofus remarqua qu’il y avait quelque chose d’étrange, il n’avait beau ne plus être sur terre dans la société humaine, tout ici y ressemblait, dans la forme du moins. Les coutumes terriennes présentent dans ce genre d’événement, se retrouvaient dans cette pâle copie façon robots. Mais bon il n’était pas là pour juger les êtres qui allaient faire de lui un homme puissant, il se dit donc qu’il n’avait qu’à faire comme à la fête de printemps de son village.
Tout à coup quatre robots entrèrent sur scène, il s’agissait visiblement de l’animation musicale de la soirée. Rofus s’en réjouit, car c’était pour lui l’occasion d’écouter une autre musique que celle qu’on jouait généralement sur Terre. Ce qui lui parvint aux oreilles était loin de ce à quoi il s’attendait, on aurait dit que c’étaient les robots eux-mêmes qui chantaient. La musique et ses accords étaient très minimalistes, les sonorités étaient virtuelles et passablement monotones. Pourtant, quand Rofus tourna la tête, il vit que toute l’assistance, exclusivement peuplée de robots, mis à part ce bon vieux Rofus, dansait à faire rouiller leurs articulations. La danse des robots laissa Rofus perplexe, elle concordait bien avec la musique. L’ensemble ressemblait, aux yeux de Rofus, à une de ces débauches comme on en fait plus sur Terre, les corps se frottant, se déhanchant sur la rythmique insensée de la folle musique technocrate.
Rofus prit soudain conscience que si cela lui rappelait plus la Terre, que ce qu’il savait des nations Technocrates, c’est parce que tous les robots présents dans la salle étaient habillés. Pour lui c’était inconcevable, ces robot n’avaient rien à couvrir ou cacher, ils ne risquaient pas de prendre froid ou de se blesser. Alors pourquoi ces satanés robots s’entêtaient à porter des vêtements, était-ce une tradition ou un quelconque rite étrange ? Malgré lui Rofus sentait monter en lui un dégout vis-à-vis des Technocrates, il avait l’impression de se trouver devant une mauvaise contrefaçon du comportement humain.
Enfaite tout était une contrefaçon de l’humain, les relations entre les robots, leur manière de communiquer, de se déplacer, manger et boire, ça allait même jusqu’aux émotions. Mais cela n’était pas naturel. À force d’imiter les humains, parce que c’était le seul model sociétaire que les robots ont connu depuis des générations de robots, l’imitation s’est tellement perfectionnée que les robots ont réussi à ressentir une émotion. C’est ce qu’ils pensent mais tout le monde sait bien que les robots n’ont pas d’émotions, non ?
Désemparé Rofus ne savait pas quoi faire, en plus cette musique lui tapait sur le système. Puis il se dit qu’il était là pour représenter l’humanité, lui seul était humain dans cette réception, les robots n’avaient pas le droit de s’approprier le mode de vie de l’Homme impunément, alors il décida de montrer à ces prétentieux, ce qu’est un homme, fait de chair et d’os. Il essaya tout ce qui lui venait à l’esprit, mais rien y fit, les robots ne lui prêtaient aucune attention. Soudain Rofus se rendit compte de sa solitude, totale. Cela faisait maintenant bien 1h30 qu’il était là et personne n’est venu lui parler, ou même semble s’intéresser à lui. Maintenant conscient d’être le seul homme parmi des imitations d’homme, il sentit le désespoir planer au-dessus de lui, il rêverait d’un compatriote pour divaguer toute la soirée, il rêverait de femme bien en chair pour consoler son petit cœur friable, il rêverait d’une bonne musique sur laquelle danser avec l’une de ces femmes. Malheureusement pour Rofus il se trouve actuellement au milieu de la vermine robotique, et il n’y a pas de bonne âme pour lui donner ce qu’il désire.
Cependant Rofus n’était pas au bout de ses surprises, en effet voilà qu’un robot vient prendre un des micros sur la scène, et il fit une annonce. Il prévenait les invités que les hôtes de cette magnifique soirée, feraient bientôt leur apparition, mais pour patienter il proposa de faire rire l’assistance. Il s’en suivit une myriade de blague de robot pour le plus grand déplaisir de Rofus, en voici une des plus exhaustives :
« C’est l’histoire d’un humain », ces propos firent se tordre de rire toute l’assemblée, on aurait dit un orchestre de cuivre cacophonique «…qui rentre dans un bar de Technopolis (la plus grande mégapole des Technocrates), il se dirige vers le barman et commande un scotch, un peu perdu le barman s’absenta quelques instants. Il revint vers l’humain avec un rouleau de ruban adhésif, celui-ci ne parut pas satisfait du résultat. Du coup il commanda une bière se disant qu’il devait en servir, même ici. Grossière erreur car le barman lui demanda s’il comptait passer le reste de ses jours dans une boite sous terre, ou s’il allait aider quelqu’un à le faire. Décontenancé l’humain fut pris d’un accès de folie appelant à tue-tête un certain Bondieu. Une fois calmé il revint à la charge et demanda cette fois-ci de l’eau, le barman lui répondit : Diésel ou sans-plomb avec votre eau ? »
Le brouhaha provoqué par le rire tonitruant de ces pantins empêcha Rofus de saisir toute la subtilité de l’humour technocrate, mais bon à quoi bon essayer de comprendre un robot.
Une fois le calvaire des blagues passé les grands pontes arrivèrent, celui qui semblait être la tête des Technocrates était fait d’or, quand on le regardait se déplacer on avait l’impression de se trouver devant un alpha d’une meute de loup. Ses courbes élancées lui donnait un style très épuré et pas dégueu à regarder. Il avait réellement le charisme d’un roi d’entant.
Il se dirigea sur la scène, saisit le micro qu’on lui tendait humblement, et pris la parole.
« Mes cher frères et sœur, c’est un plaisir de vous voir tous réunit ce soir, ce soir est un soir important car il marque le 3XXème anniversaire de la victoire robotique. À cette occasion je voudrais vous récompenser pour votre fidélité. Je vous offre l’humanité. »
Au moment où il prononça ces mots il y eut un flash gigantesque qui aveugla Rofus. Quand il y vu enfin clair, il s’aperçu que cette bonne vieille Terre avait disparu, aspirée par le vide sans fond du cosmos. Il se rendit soudain compte, que le roi des Technocrates continuait de parler, devant une foule extasiée.
« …La raison est simple toute notre vie nous avons copié les humains dans le seul but de les remplacer, mais ces bougres on trop jouit de ce qu’ils ne méritaient pas. Alors maintenant qu’ils ne sont plus là prenons ce que nous avons toujours désiré, atteignons l’extase et saisissons nous de l’humanité.»
À ces mots Rofus ne résista pas, la colère l’entraina dans la frénésie, il se précipita sur scène saisit un des instruments des robots, celui qu’il prit était un étrange mélange entre une guitare, un piano et un trident. Il se servit de l’instrument pour défoncer le crane des robots à proximité, puis pris de remord et de chagrin, il commença à jouer magnifiquement sur cet instrument qu’il ne connaissait pas, il y déversait toute son âme, il ne faisait plus qu’un avec la musique. Ces notes portèrent atteinte à certains robots. Toujours en jouant et en chantant Rofus prit sa valise, et s’en alla au hangar, il y vola un vaisseau et mis les voiles, il disparut dans les méandres de l’univers.
Le dernier rejeton de Gaia la belle, seul dans l’univers avec comme seul exutoire la musique.
Sa musique. Balades Cosmiques - Zéfiron Lantmari
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