9 juillet
je me suis levée à 9h20 j'ai loupé ma fenêtre d'ouverture pour sortir de l'appartement, j'ai loupé un jour de plage, c'est une catastrophe.
12 juillet
mmh petit petit vent pas encore chaud, je vois les montagnes au loin et j'entends la neste qui coule en bas. j'ai envie d'aller y mettre les pieds mais elle est bordée de champs clôturés. dans l'aubrac le type de l'hôtel m'avait dit que je pouvais les traverser mais ici j'ose pas parce que le voisin a l'air méchant et c'est bien parce que ça casse mon image idyllique de la campagne, les abrutis existent partout, même dans un trou paumé au pied des pyrénées. on entend les cigales, les grillons, les oiseaux, le bélier et les brebis d'à côté, des vaches au loin, mais aussi les chiens du voisin qui aboient sans arrêt parce qu'ils sont enfermés dans des cages et le voisin qui leur crie dessus dès six heures du matin et parfois les chiens crient et ça me glace les os. mais hier quand on est arrivés, avant que je découvre les chiens, j'ai de nouveau senti la félicité de la campagne, comme l'année dernière dans l'aveyron ou l'autre jour à la pierre plantée, celle qui me rend légère et qui me donne envie de chanter et de sautiller dans les herbes malgré la chaleur.
il faisait quand même très très chaud hier alors je suis restée enfermée dans la pénombre de la maison pendant qu'ils étaient partis faire les courses et j'ai joué du piano dans la salle à manger, sur le vieux piano en bois. il était un peu désaccordé mais ça allait. j'ai inventé une chanson sur le réchauffement climatique et puis j'ai trouvé des nouveaux accords pour i saw a white horse parce que je me rappelais plus de ceux que je jouais et je la trouvais mieux comme ça. comme y a pas de voisins directs je chantais fort et je m'amusais trop, jusqu'à ce qu'ils me coupent dans mon élan en rentrant des courses. s'ils étaient jamais rentrés et que j'avais passé la semaine seule dans cette maison sans internet, je crois que j'aurais pu faire des choses fantastiques. il faut que je fasse une résidence isolée quelque part. officielle ou pas, avec ou sans subventions. c'était impossible d'écrire à la mer. je crois toujours que je peux écrire partout mais je peux pas. il faut que je sois seule.
l'autre jour aux infos j'ai vu un reportage sur une fille "exploratrice et créatrice de contenu" qui avait entrepris de grimper sur les sept sommets les plus hauts du monde pour disperser les cendres de son père. il est mort quand elle avait neuf ans. je sais plus s'il était alpiniste ou quoi mais c'était son souhait le plus cher. la fille n'était pas alpiniste en tout cas mais elle était très déterminée. elle avait aussi crée une association pour les enfants qui ont un parent mourant ou déjà mort. ils font du surf ensemble et ils se font des amis qui traversent la même chose. ou pas. j'avais l'impression qu'ils faisaient le deuil de leur parent dans une eau claire et transparente, alors que j'ai fait le mien, ou jamais fait le mien justement, dans une eau trouble et marécageuse, dont je suis peut être jamais tout à fait sortie. ils ont fait parler un petit garçon de sept ans qui venait de perdre son père d'un cancer et ça m'a donné envie de pleurer. il avait pas l'air trop triste. je me demande ce que j'aurais dit moi à sa place, à sept ans. je suis sûre que j'aurais pas eu l'air trop triste non plus. j'ai aucun souvenir de comment j'ai traversé ça. comme je me rappelle pas de ma vie intérieure d'avant mes 14 ans, c'est comme si elle existait pas.
quand je regarde les pyrénées là-bas je me dis qu'en fait je préfèrerais ne pas les voir du tout, parce que quand je vois des montagnes j'ai envie de monter dessus. peut être que c'est ce que je devrais faire. peut être que la symbolique sera tellement forte que ça déclenchera un déclenchement de quelque chose. comme en islande avec jonatan sur la montagne glacée que j'avais redescendue sur les fesses mais ça reste un moment clé de ma mythologie. jonatan, i can't believe you can just do things! sauf qu'à un moment c'est retombé comme un soufflet. sur ig je suis une fille qui a écrit un livre sur sa relation érotique avec la montagne quand elle fait de la randonnée et puis elle en a fait une performance avec de la musique et elle chante et là elle vient de faire une émission pour france culture où elle grimpe sur une montagne de la haute-savoie et ça s'appelle baiser des montagnes et j'ai l'impression qu'elle m'a volé mon concept. bon moi c'est la mer que je baise mais en 2017 je me prenais déjà en photo en train de faire l'amour à la roche à 2500m d'altitude au bord du lac de l'eychauda, mais j'ai jamais réussi à en informer radio france.
14 juillet
je vais pas me plaindre et je vais me concentrer sur les jolies choses: - les abeilles recouvertes de pollen qui plongent dans les fleurs d'hibiscus sur la terrasse trop CHOU - j'ai bien dormi (volets et fenêtres fermés, ventilateur non stop toute la nuit) - la visite d'une expo d'art contemporain dans une abbaye et le merveilleux, merveilleux élan de vitalité qui m'a pris au milieu du jardin parsemé de sculptures, quand j'ai appris que ça fermait dans cinq minutes et que j'avais oublié de voir la dernière oeuvre dans les escaliers de la sortie et que j'ai couru à travers le jardin puis sous le grand porche et dans les grands escaliers en pierre pour aller la voir. mon oeuvre préférée: une vidéo de hicham berrada projetée sur tout un mur avec un paysage aquatique artificiel bleu pâle avec des perles transparentes qui poussaient sur des faux coraux bleus, ça faisait très mon enfance, la clé de tout. j'étais sûre de les avoir dejà vus, d'avoir déjà été dans ce paysage, d'avoir touché ces trucs. c'était incroyablement familier et très bizarre. j'ai vu en rentrant que c'était le résultat d'une performance où il versait des substances chimiques dans un aquarium et ça provoquait des réactions entre le cuivre et le fer, mais c'est pas ce que j'ai vu moi. peut être qu'en fait ça provoquait plutôt des souvenirs enfouis.









