La Paparmane m’a rappelée combien le Québécois aime vivre dans une bulle, et surtout il aime beaucoup que ça ne change pas.
Il se trouve que j’ai discuté bonbon avec ma mère il y a 3 semaines. Nous parlons des paparmanes, qui sont des peppermints. Ce sont des bonbons vert, rose ou blanc. Bref. Quand on est québécois et un peu bilingue, on voit tout de suite que Paparmane et Peppermints, c’est la même chose. L’anglais étant la langue de l’envahisseur, il est souvent déformé et adapté aux accents québécois. L’adoption des anglicismes est plus récente au Québec ( et du coup plus intense, on se souviendra que Fuck n’est pas considéré comme un juron, mais que tout le monde l’utilise )
Peppermint est devenu papermint et enfin paparmane très rapidement.
C’est d’ailleurs la définition dans Wikitionaire :
( ici et même un fichier audio pour l’entendre : https://fr.wiktionary.org/wiki/paparmane )
Ma mère s’emballe aussitôt : Non, on dit paparmane. J’insiste ( parce que j’ai mangé le dictionnaire et que voilà, j’aime m’astiner sur les mots okay !? ) Le défi est lancé. Si elle trouve un paquet de bonbon avec l’appellation paparmane, alors je dois lui rendre visite. Au Canada. Sinon, c’est elle qui viendra me rendre visite. En France.
C’est important. Aucune de nous n’aime l’idée d’aller dans le pays de l’autre. Sérieusement, si on a 6 000 km entre nous, ce n’est pas sans raison. Si nous n’avons que des visios de 3 heures 1 fois par mois, c’est également, pas sans raison.
Ma mère m’envoie des photos de google avec parparmane partout. On voit bien que paparmane n’est qu’une appellation ( ... pas contrôlé, ca n’existe pas ) et que la décadence est sans limite puisque ça existe aussi en gel pour le corps.
Ma chère et tendre trouve la définition de Wikitionaire. Je maintiens que ma mère ne trouvera pas de sac de bonbon avec paparmane dessus.
De fait, elle trouve une confiserie. Sur un post-it bleu est écrit : “Paparmane Assortie 250g / Assorted Papermints 250g”
En bonne fille je lui concède la victoire. Je lui souligne néanmoins que même en 2021, le Québécois ne sait toujours pas écrire peppermint correctement. A moins que d’un geste de résistance passive ? Le pays étant bilingue, les emballages doivent spécifier en 2 langues.
Ce qui s’est transformé en “[tu es] une criss de snob qui parle en trou de cul de poule faque les analphabètes, illettrés, d’imbéciles de Québécois que NOUS sommes ....”
DONC, ceci rejoint une expatriée avec laquelle je discutais qui me disais “Je ne comprends pas pourquoi en France ils trouvent utile de sous-titrer les Québécois. Vraiment, c’est insultant. Est-ce que nous on les sous-titre au Québec ?”
Non, le Français n’est pas sous-titré, en revanche il est très moqué. Le Québécois s’imagine qu’il parle français. Simplement par opposition, ou revenche, de l’incompréhension du Français face au Québécois. Le Québécois dira qu’il ne comprend pas pourquoi il n’est pas comprit par le Français, puisqu’ils parlent tous les 2 français. Le québécois a certainement évolué depuis la patois de mes grands-parents, mais il n’est toujours pas un français compréhensible par le reste de la francophonie.
Il y a 15 ans, même après avoir répété 3x, il m’était toujours difficile de me faire comprendre. J’ai dû m’adapter et prendre “l’accent de baguette à pain” ( gracieuseté de mon cousin )
Comme on me l’a déjà dit : “On comprendre mieux des francophones d’Haïti ou même du créole, que du québécois.”
Le Québécois ne peut concevoir d’évoluer sa langue parlée, il le considère comme une insulte, une perte de son identité. Et ma mère me le rappelle chaque fois qu’on discute.