Conférence plénière de Jacques Delcuvellerie, fondateur et directeur artistique du Groupov : Le hiéroglyphe humain tend à s’effacer
« Mais qu’est-ce que vous aimez au théâtre? » C’est en posant cette question directe, bien peu scientifique, que Jacques Delcuvellerie a voulu pousser les participants du colloque à réfléchir à leur positionnement par rapport aux technologies sur la scène. Son intervention porte en effet un point de vue critique, discordant, tant sur la perspective du colloque que sur son objet. D’une part Delcuvellerie regrette l’unanimité des intervention écoutées pendant la première journée et le manque d’une problématisation de la concurrence entre acteurs et images sur les scènes actuelles. Car ce dont pour lui il est question c’est la place de l’homme dans le monde, le risque, bien réel, de sa disparition en tant qu’espèce. Face à l’énormité de cette transformation déjà en cours, le théâtre actuel semble répondre avec deux reactions, à l’apparence opposées, mais en réalité convergentes : un désir de rendre l’acteur superflu par sa médiatisation; une recherche exacerbée de matérialité, de réalité brute, quotidienne, de sécrétions, de corps qui, finalement, se perdent dans l’accumulation boulimique, voire pornographique, des éléments. Les scènes technologiques actuelles, dont il est question dans le colloque, perdraient ainsi la qualité essentielle du théâtre : la présence de l’acteur, sa rencontre avec le spectateur dans le hic et nunc de la représentation. Une présence construite depuis toujours sur l’artificialité, sur l’augmentation donc, comme dans les théâtres traditionnels de l’Orient. D’où la référence à Artaud, à l’acteur capable de devenir hiéroglyphe et d’établir une relation unique, mystérieuse avec le spectateur. Ryszard Cieślak dans le Prince Constant de J. Grotowski, Helene Weigel, la prise de la Bastille dans 1789 du Théâtre du Soleil. Une présence fragile, instable, comme pendant le choeur des morts de Rwanda 94 jouée au Rwanda, lorsque une spectatrice se lève et tend un mouchoir à l’actrice sur scène qui ne parvient pas à retenir ses larmes.
Mais est-ce que vraiment les images et plus largement les dispositifs numériques sur scène contribuent à l’effacement du hiéroglyphe, diminuent la force de l’homme et banalisent donc la dimension tragique de sa disparition?
Erica Magris (Univ. Paris 8)















