Quand Paris-Nice finit à Lyon
Vol AF 6222, le 16/10/2013.. Panne d'un circuit hydraulique, puis d'un deuxième, et déroutement sur Lyon, sortie du train par gravité, et tractage de l'avion une fois au sol. Raconté comme ça, ce n'est pas vendeur. Pourtant, même s'il n'y a pas de détails, ce sont là les faits. Concis, et pas dramatisés. Simple, non ?
Mais c'est là qu'arrive le journaliste.
A Nice Matin, il écrit:
"Ils ont réduit la puissance de l’appareil pour lui faire perdre de l’altitude"
Sans aller dans des explications de mécanique du vol, le premier clampin qui prend l'avion pourra noter que c'est ce qu'il se passe à chaque descente ! C'est normal ! Même quand on a une panne !
On notera aussi deux citations de tweets. Oui, twitter est devenu une source de témoignages techniques irréfutables pour le journaliste.
L'article continue:
Le pilote a même sorti le train d’atterrissage à l’aide... d’une manivelle
Ah oui. Les points de suspension souligne un étonnement. Notre journaliste connait-il la procédure de sortie du train par gravité sur A320 ? Et bien oui, ami journaliste, c'est bien une petite manivelle, située entre les pilotes, légèrement en arrière, qui permet de déverrouiller les trains, qui, du coup, tombent sous leur propre poids et se verrouillent en position sortie grâce à de puissant ressorts.
L'article conclue par:
(...) pour poser (...) [l'avion] (...) sous les applaudissements des 173 passagers soulagés
Oui. les pax étaient soulagés. Moi, pas encore. Donc, trouvons d'autres articles... Allez ! Nice Matin, encore !
Car maintenant, le journaliste, il veut du témoignage, il veut comprendre. Donc il va voir Air France. Ah ? Bah non... Il va voir les passagers. Ceux qui n'étaient pas dans le cockpit. Qui n'ont rien vu de l'action. Ceux qui, par contre, ont eu peur. Ca vend, la peur..
Commençons par le témoignage de Sindy Roque. Sindy était assise d'après l'article:
siège 16E, côté hublot
Alors... Sur un A320, il y a 6 sièges par rangé, de gauche à droite: A, B, C, D, E, F. Les sièges étant à l'intérieur du fuselage, il est assez raisonnable d'assumer que les sièges A et F sont à côté des hublots, et les C et D de part et d'autre de l'allée. Le siège E, est à côté de rien, en fait, si ce n'est d'autres sièges.
Le témoignage commence par:
Le bruit sourd que nous avons entendu cinq minutes après notre départ m’a interpellée
Oui, la passagère sait. Pardon Sindy, je suis sûr que vous êtes parfaitement sincère, mais sérieusement. Qu'est-ce que vous en savez ? Il est fréquent d'entendre la pompe de transfert de puissance booster un peu le circuit hydraulique vert lorsqu'on rentre les trains, sur A320. C'est son job, et 'est parfaitement normal.
l’avion n’arrêtait pas de monter
Pour monter au niveau de croisière, il faut entre 15 et 20 minutes, avec un A320, suivant le profil de monté choisi. C'est relativement long. Surtout quand on a cru remarquer quelque chose d'inquiétant...
et le voyant qui nous indique de rester attachés ne s’éteignait pas!
Le constructeur préconise de ne pas éteindre le voyant avant 10 000 pieds. Ca fait déjà 5 bonnes minutes que le train est rentré. Mais après, les pilotes peuvent le laisser allumé pour d'autres raisons... Les turbulences, par exemple... Et parfois, un simple oubli ! Quand on oublie de l'éteindre, c'est pas bien grave. C'est plus sûr d'avoir les passagers assis et attachés, de toute façon !
Au moins, il était réaliste et nous a informés.
Pardon, mais en quoi était-il réaliste ?
Moi, j’ai regardé par le hublot et j’ai remarqué que les ailes ne se déployaient pas. Ni ne se rétractaient.
On va supposer que vous parlez des volets. Oui, ils sont mus par la puissance hydraulique. Donc pas de puissance, pas de volets. Mais vous en faites pas, ça vole très bien. Ca implique juste de se poser plus rapidement qu'à la normale. D'où le choix de Lyon et sa piste de 4000 m, une des plus longue de France !
Il annonçait un compte à rebours, c'est hyper-stressant. "2 min: crispez-vous", "1 min: crispez-vous" comme cela jusqu'à l'atterissage.
C'est normal, ça aussi. Le pilote sait où il en est de la descente. Les passagers et les PNC, non. Il prévient, "attention, là, ça va taper". Sinon, les gens ne tiennent pas la position jusqu'au bon moment.
Mais il y avait encore le risque d’incendie
Les freins ont chauffé, du fait de la vitesse plus élevée. Mais c'est pour ça qu'on prépare les secours aussi. Les pompiers d'aéroport sont en contact avec le pilote, qui leur dit si les freins ont chauffé ou non. Et au pire, s'il y a des flammes, les pompiers arrose copieusement avant que cela ne se propage.
Sindy a du mal à tenir ses nerfs lorsqu’elle évoque la prise en charge d’Air France (...) "On devait repartir à 20 heures. Puis 21 heures. On est arrivé à Nice à 23h30. Sans explications"
Le temps pour Air France de réparer l'avion et/ou d'acheminer un autre avion... Bizarrement, les avions, à 70 millions de $ l'investissement, on en gare pas un dans chaque aéroport au cas où on ait un autre avion qui a une panne... Et quand bien même il n'y aurait pas eu de vol, AF aurait logé tout le monde à l'hotel (dans le genre 100€ la nuit, hein, pas le Formule 1 du coin... testé et approuvé par bibi !)
Bref.. un article qui ne sert à rien. Quand France 3 a fait l'effort de citer les déclarations d'Air France...
BFM TV, eux, doivent avoir des soucis.. haut, bas, gauche, droite.. Ca doit être confus.
L'avion aurait ensuit tangué un peu avant de se diriger vers Lyon.
Tanguer un peu ? Le tangage, c'est quand le nez d'un bateau ou d'un avion monte ou descend. Pencher de gauche à droite, c'est le roulis ! Quel est l'intérêt de cette remarque ? Un peu de turbulence, et ça bouge... C'est pas à cause d'un bruit sourd ! Mais ce n'est pas le premier truc bizarre de l'article:
(...) qu'il va devoir procéder à un atterrissage forcé à Lyon.
Un atterrissage d'urgence, à la limite.. Mais pas un atterrissage forcé !!! Un atterrissage forcé, c'est quand on se pose ailleurs que sur une piste. Sur une autoroute, dans un champ, dans une forêt.. Ca, c'est un atterrissage forcé... Cette erreur est tellement commune qu'on va appeler ça du journalisme forcé: le journaliste est obligé au moins une fois dans sa carrière, de dire "atterrissage forcé".
Contactée par BFMTV.com, Air France indique que l'aéroport de Lyon a été choisi car il était le plus proche. La procédure préconisée par Airbus pour ce genre d'avarie, celle en l'espèce, du train d'atterrissage, est de se dérouter vers l'aéroport "le plus proche".
La première ligne, c'est LAND ASAP. Ca veut dire "se poser sur la piste la plus proche où un atterrissage sûr peut être effectué". Sinon, ce qui est générallement le plus proche, ce sont des pistes en herbe pour ULM, de 500m de long... Pas glop pour les 60 tonnes de l'Airbus... Comme dit plus haut, Lyon était un choix logique ! Une belle piste de 4000m, quand on n'est pas sûr de freiner correctement et qu'on se pose un peu plus vite que prévu, c'est un joli cadeau !
BFM TV se base aussi sur les analyses des passagers :
"On était vraiment sur un cas critique", analyse-t-il.
Alors... Ou pas. Un cas critique, c'est quand l'avion vole mal. Là, l'avion a encore un circuit, et se posera même avec deux circuits. Il est parfaitement contrôlable. Il a ses deux moteurs, il a encore du carburant... Bref, ce n'est pas un cas critique.
Le Parisien nous met une photo d'un avion d'US Airways. Au moins, c'est un Airbus... Et la photo est jolie, donc on pardonne.
TF1/LCI fait du traditionnel (vidéo):
En plein départs en vacances, 173 passagers (...) ont frôlé la catastrophe (...)
Non, ils n'ont rien frôlé du tout ! Et merci pour les 6 membres d'équipage... Ils étaient à bord, aussi...
C'est d'abords la gouverne qui ne répondait plus, avant que les circuits hydrauliques ne tombent en rade
Hmmm. Un A320 a deux gouvernes de profondeur, deux ailerons et une gouverne de direction. Toutes sont mues par plusieurs circuits hydraulique assurant ainsi une redondance. Et il y a 3 circuits hydrauliques indépendants. Monsieur le présentateur n'a aucune idée de ce dont il parle... Rappelons-le, la panne vient d'un circuit hydraulique. Au moins, l'essentiel du message du porte-parole d'AF n'a pas été coupé au montage:
C'est presque un non-évènement pour nous.
Bah oui. Au moins, on n'aura pas vu Feldzer !








