* Prince Wally (FRA) / Niska (FRA) / Lala &ce (FRA) / Kalash (FRA) / Alkpote ( FRA) / Vald (FRA) / Caballero & JeanJass (BEL) - Festival Check The Rhyme (Nice), le 01.06-18
 Checks reconnaissants à Roxane Bessou et Hélène Parmentier…
Expand
C’est arrivé : le premier juin, son atmosphère lourde et douceâtre propice à la baignade, et ce Check The Rhyme condensé en une soirée au Nikaia après avoir été annoncé initialement au Théâtre de Verdure. La formule prévue sur deux soirs au bord de l’eau faisait rêver, mais je présume que le maire aura eu peur - une fois de plus, de quoi, je ne sais pas - et aura fait délocaliser cette affiche très excitante qui, devant la Prom’, aurait fait rentrer un maximum de cash, alors que là , ce soir, on s’interroge un peu sur l’équilibre d’un festival qu’on estime toujours autant.
 Cette année, MC*5 et Panda ont misé sur une programmation 100% francophone, bien dans l’air du temps (donc assez trap) mais pas moins audacieuse, avec deux versants : un plutôt gentiment « racoleur » à base de poids lourds (Niska, Kalash, Alkpote et Vald : oui, louuurd) et un autre plus frais et expérimental qui aura eu nos faveurs. Non loin de là , l’équipe de France de football signait une belle victoire face à l’Italie, et l’on pouvait se demander si les Bleus n’allaient pas rendre une visite à leur copain Niska - nul doute qu’ils ne se soient retrouvés on ne sait où pour la fête d’après-match, mais c’est là une autre histoire…
 Pendant ce temps, la bourgeoisie alt_rivieresque et la quasi-totalité des hipsters niçois avaient transhumé, comme chaque année, jusqu’à Nîmes et son TINALS (voir le compte-rendu tranchant de mon nouveau collègue Mr Pickles), tandis que, demeuré seul ici avec mon précieux t-shirt Trap Lord, j’angoissais un peu en pensant aux hordes d’ados qu’il me faudrait sans doute chaperonner durant cette soirée, tel Seth Rogen ou Bill Hader dans Superbad  - un de mes films préférés, cela dit… Chris m’avait dépeint en daron putatif de collégiens en rupture de ban, et j’en venais presque à envisager le forfait. C’était sans compter sur la gentillesse de l’équipe Panda/ALLOVER, qui faisait de son mieux pour me programmer des interviews… Sur la force de frappe, aussi, de la bande à Pathak et sa « connection » marseillaise : ils étaient tous là , ou presque, et j’emmenais même la « so global » Janya dans ma fidèle Saxo, sécurisant on ne peut mieux mon arrivée au Nikaia, sur les parkings duquel l’apéritif avait déjà frappé. Il faut dire aussi que mon t-shirt Trap Lord et ma casquette de cycliste m’assuraient le respect de tous.
 A l’heure oĂą rap et r’n’b, genres les plus populaires, occupent en partie la place de la variĂ©tĂ©, tu pourrais de bon droit considĂ©rer la scène trap comme un symptĂ´me supplĂ©mentaire de la dĂ©cadence qui trace narquoisement son signe de croix sur notre culture (comme le ferait, dans un ricanement impuissant et satanique, un pape noir tirĂ© d’un tableau de Francis Bacon)… Tu pourrais en singer les paroles et l’auto-tune, les refrains bon-marchĂ©, t’affliger de son rĂ©alisme Ă la fois dĂ©primant et bravache, de son retard sur la scène US. C’est lĂ le point de vue de la plupart de mes amis. Tu aurais tort cependant de nĂ©gliger son bouillonnement actuel, sa profusion de projets et de particularitĂ©s. Avec un talent très variable - et certes parfois de la maladresse - la trap consacre la vitalitĂ© (in)contestable du son et de l’écriture made in Francophonie. J’irai mĂŞme jusqu’à affirmer - histoire de faire hurler Ă la mort les Arsonists - que le niveau moyen d’écriture en trap est bien supĂ©rieur Ă celui en pop-rock… J’en vois qui dĂ©crochent, mais j’ai un argument massif et dĂ©finitif : outre la trap, c’est en effet la Francophonie qui explose - dĂ©mographiquement - ce qui fait que notre langue pourrait se retrouver - Ă condition bien sĂ»r que la France et ses Ă©lites ne ratent pas le coche, ce qu’elles rĂ©ussissent en gĂ©nĂ©ral avec une aisance confondante - au premier plan mondial dès le milieu de ce XXIe siècle. En vĂ©ritĂ© je vous le dis : on ne pourra donc pas (on ne le peut dĂ©jĂ pas) stopper la crĂ©ativitĂ© d’expression française dans les genres les plus populaires - rap et r’n’b, et trap dĂ©sormais. Elle se fiche de notre avis et c’est bien ainsi. Â
 Ok, j’en viens aux concerts… Alors certes, comme toute famille - comme la tienne ou la mienne - la famille (t)rap propose un panel large, grouillant, pas toujours glorieux : un oncle scandaleux qui rĂ©gale la tablĂ©e de propos gĂŞnants (Alkpote), un tonton qui a rĂ©ussi quoiqu’un peu paumĂ© (Booba), puis on Ă©numère sur la photo une kyrielle de cousins plus ou moins pâlots et fayots, les uns sortis de leur Ă©cole de commerce de troisième zone (Orelsan, Nekfeu, je sais, je suis mĂ©chant), d’autres quelque peu dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s (Mao la GoĂ«le), plus quelques sportifs Ă tĂŞtes d’abrutis, quelques Ă©nergumènes (Stromae, Biffty), et surtout un tas de gamins qui attendent leur heure en polissant leur trap. Celle-ci dĂ©ferle sur toutes les couches de la sociĂ©tĂ©, consacrant le triomphe d’une (petite) bourgeoisie qui a priori n’avait aucune chance d’intĂ©grer le « game » - pas assez de muscles, pas assez de rue. On n’imaginerait ainsi jamais Orelsan et Nekfeu (je les additionne afin qu’à eux deux ils aient une chance d’approcher la masse de Booba) faire le poids face Ă IAM, NTM, et a fortiori le Wu Tang ou Cypress Hill. Seulement voilĂ : comme durant la RĂ©volution française qu’elle est parvenue Ă confisquer, la bourgeoisie a su en faire de mĂŞme avec le rap, qu’elle dilue dĂ©jĂ dans la variĂ©tĂ© depuis un moment - et c’est aussi inĂ©luctable que le mĂ©lange d’un acide et d’une base. Qu’ajouterai-je ? Qu’on peut ĂŞtre très sceptique sur la durĂ©e de vie de la trap (c’est l’avis de Julien), mais qu’on peut Ă©galement se demander jusqu’oĂą iront ses hybridations : certains trappeurs (Retro X etc) parlent dĂ©jĂ de « trap rock alternative », et on soyez sĂ»rs qu’à l’heure oĂą je vous parle des groupes indé’ mĂ©langent trap et psychĂ©, trap et mĂ©tal symphonique, ou encore trap et cold-wave, ou que sais-je encore… Verra-t-on surgir, un beau matin tranquille et serein, un Bertrand Cantrap ? (vu que le vrai arrĂŞte). Ou, plus inquiĂ©tant, Jean-Louis Aubertrapignac fondera-t-il l’affreux groupe Smartphone, inondant les ondes pour trente ans de stupides refrains ? Un Jean-Jacques Goldtrap ? La trap rĂ©gĂ©nèrera-t-elle la pop ? Plus largement, l’avènement de la trap rĂ©pond Ă une demande sociale (je verrai cela plus loin). Mais une question demeure : d’oĂą provient l’ego-trip ? Non-non, pas de Kanye West… Historiquement, je reste incertain… De la fureur poĂ©tique ? Des sorciers, des pythies sous fumigations ? En tout cas, je me souviens parfaitement avoir vu et entendu mon oncle Pierre faire des free-styles d’ego-trip hilarants dans les annĂ©es 80, et cela ne m’étonnerait pas qu’en MĂ©sopotamie, au XXIe avant J.-C. (le trappeur ultime), des poètes partissent dĂ©jĂ en vrille sĂ©vère, imbibĂ©s de bière aromatisĂ©e au pavot et jouant avec l’écho d’un temple d’Ishtar…Â
Allez, les concerts… Mais avant cela, retrouver enfin Hélène Parmentier - qui porte une superbe robe jaune - et partir en coulisses pour les interviews. Rencontre sympathique du beatmaker G Tellaxxxx, mais rdv manqué avec la fascinante Lala &ce, pour deux très bonnes raisons : elle a pris du retard sur la route, et surtout elle n’accorde guère d’entretien avant la sortie de son album. Mais pas grave, on prend date pour plus tard. Direction la salle Nikaia Live (ex-700) et Prince Waly : déjà vu lors de Marsatac 2017 (comme par hasard j’arrive pile au même moment de son petit tube “Rov or Benz“), le rappeur de Montreuil propose des textes pleins d’humour (l’influence lointaine de TTC) sur une base nettement boom-bap, et son show est un régal - la débauche d’énergie du groupe dans une chaleur d’étuve, les interventions simples et amusantes d’un Moussa en nage et ravi, et un public qui affiche un enthousiasme inoxydable. « Vous m’avez usé, les Niçois… » Au-delà de la flatterie d’usage, Prince Waly ne peut que constater que ce public du 06, souvent privé d’affiches hip-hop, possède la passion et l’énergie cardinales du genre, à un niveau rarement égalé qui surprend toujours les Nordistes. C’est rarement, aussi, que je fais un compliment au 06, alors profitez… En attendant, on aurait besoin ici de nos propres princes Waly, histoire de “Soudoyer le maire“.
Entretemps, Kalash joue dans la grande salle, et force est de constater que c’est quasiment du Patrick Bruel. Pas tant d’ironie que cela dans cette remarque, mais plutôt la constatation que ce rap des îles sait reprendre le flambeau d’une variété grand-public, avec des paroles simples et une musicalité pas négligeable : respect. Pause, on rejoint la horde, direction le parc à nicotine. Ils sont tous là ou presque : Bambo trop calme, Arthur, Janya, Marco - dont c’est l’anniversaire - et les autres. Paisible.s. À l’intérieur, malgré l’heure modeste, un ado ultra-pompette évacue déjà les lieux sur une frêle chaise roulante poussée par la Croix Rouge : le(s) pauvre(s).
Retour dans la petite salle - lieu de chaos idéal - où jouent Caballero & JeanJass. A priori, leurs vidéos, leurs looks un poil baltringue et surtout leurs noms de clubbeurs ne m’inspiraient guère… En live, c’est pourtant, instantanément, un duo dévastateur et plein d’esprit qui balaie tous les doutes, tels des miettes huileuses de tacos géant sous le revers d’une manche de sweat Trap Lord XXXXL porté par Teddy Rinner. Comme pour Prince Waly, un jeu de scène très au point, un humour sans façon, modeste mais tranchant, et une finesse d’écriture qu’il serait de très mauvais aloi de ne pas relever (cf. §4). La voilà , cette faconde et cet esprit qui font défaut à la pop actuelle ! Et au travers des réjouissants “Clonez-moi“, “Incroyaux“, “Chef“, on savoure l’astuce avec laquelle ces textes explorent la langue du quotidien (toujours l’influence de TTC) sur des sonorités trap finement produites. « Vous êtes incroyaux », soulignent les deux acolytes, forcés de tout donner - ils ne peuvent que constater à leur tour que c’est le carnage dans cette salle Nikaia Live, avant de conclure par une version galvanisante de “Sur mon nom“. Bravo.
Un détour par la grande salle : le prince (lui se dit empereur, mais j’ai vérifié, il n’en est rien) Alkpote (nom génial), connu autrefois sous l’enviable sobriquet de « rappeur le plus crade de la couronne parisienne » arpente la scène en débitant ses ego-trips, un peu comme mon père quand il soliloque, à ceci près que mon père n’a pas la tête rasée à blanc, ne porte pas de lunettes de soleil de blaireau et ne se balade pas avec une pochette de dealer en bandoulière. Pour le reste, c’est bien un daron qui parle, dans une langue redoutablement précise et éloquente. Nulle ironie ici, encore une fois : il suffit d’écouter les productions d’Alkpote pour s’apercevoir que son vocabulaire possède une étendue peu commune, bien supérieure à celle que j’observe, par exemple, chez mon pote Gillou ou encore chez mes amies agrégées de Lettres… - Eh bien elles seront contentes de l’apprendre, cher Arnauld H. ! - Pas de risque : elles ne me lisent pas !
Pour reprendre des forces, entre deux brefs aperçus de Niska (toujours du Bruel, version foot), on délaisse le tabac et l’on se tourne (puis l’on retourne) vers ce stand de gaufres de Liège : rien à redire, c’est assez proche de ce qu’on peut déguster “là -bas“, et ça s’accorde assez bien avec la coloration “outre-Quiévrain“ de la scène trap. Adoucis et ragaillardis, on prend patience avant Lala &ce. Prononcer « ace », comme au tennis. Dans la salle, seul.e.s les pur.e.s et dur.e.s seront présents pour apercevoir la rappeuse française la plus énigmatique. Je devrais dire « la rappeuse française » tout court, vu que la scène rap féminine actuelle semble dévastée, décimée par (Disiz ?) la peste. Et ça, d’un point de vue féministe, ça craint… Ce n’est pas MeToo mais plutôt OnlyMe… Tout le monde a convergé vers la salle principale, où doit se produire au même moment l’idole Vald. Mais ici, devant une quinzaine de personnes, sa collègue Lala &ce aura tout de l’idole idéale. Car pour l’heure encore secrète. Je te laisse écouter les titres déjà frappants de cette Londonienne qui se définit plus simplement comme « une jeune négresse » (cf son interview pour i-d.vice.com). A la fois vaporeux, somnambulique, amniotique, anxiolytique, ténu, énigmatique, cryptique, laconique, semblant s’esquiver devant sa propre puissance, le flow de cette « trappeuse » invite l’auditeur attentif à une Kabbale contemporaine, où se perdre comme en une floraison étrange à l’accroissement indéfini. Et les superbes “Bright“, “Cabriole 78“ ou l’inusable “Why so icy“ de s’inviter durablement sur les playlists les plus sélectes. Et là , devant le maigre public, après s’être fait attendre agréablement grâce à son efficient DJ - lequel est flanqué d’une choriste brunette tout aussi efficace - c’est une possible « future grande », apprêtée simplement (un maillot-marinière rouge, un pantalon de sport immaculé et fluide, quelques bijoux, une paire de lunettes juchée sur une couronne de dreads), un peu ici, un peu ailleurs, déphasée mais se mouvant avec une sobriété sensuelle… Plus dangereuse, à elle seule, que les duos les plus agressifs (a fortiori tout le 1995), malgré ce fameux « air de ne pas y toucher » qui est une de ses marques de fabrique. Je suis conquis. Guillaume, de son côté, trouve que le son est loin d’être parfait… Je reste quant à moi ravi de voir un « rap ’n’ roll animal » aussi élégant. Le concert de la soirée selon Alt_Riviera, malgré sa brièveté. « To the happy few ».
On a un peu de mal à quitter la salle - et l’affluence n’en est pas la cause - mais on se souvient que la sensation Vald a déjà bien entamé son concert. On le supervisera depuis la large galerie supérieure, appréciant le repos mérité d’une chaise en plastique. Je ne sais pas trop pourquoi j’associe toujours Vald à Jesse Pinkman, héros n°2 de la série Breaking Bad… Je vais tâcher de savoir dans ce §. D’abord, admirez les grands moyens mis à la disposition de ce trappeur qui s’est fait connaître il y a pile trois ans : plan de feu inspiré des pontes de l’électro (on pense à Vitalic ou Mr Oizo), hystérie de néons façon Die Antwoord pour enfants : ça sent la t(h)une ! Cela dit, première constatation : Vald n’est pas vraiment une bête de scène, il semble en effet peu à l’aise - à moins que ce ne soit une attitude. Il garde un bon moment sa capuche, tel un collégien rétif, arpentant une scène bien trop grande pour lui. Je dis ça sans méchanceté : rares sont les rappeurs qui font vraiment mieux, et je serais sans doute en détresse au milieu d’un espace pareil. Toutefois, c’est assez touchant de percevoir cela chez ce trappeur dont l’ascension a été plus que rapide, Gillou parlerait même de « croissance exponentielle ». Je pense du reste que son public sait gré à son idole de cette fragilité, s’y reconnaît, la salue, encourage son blondinet de plus belle, comme un gosse qu’on soutiendrait en famille, de toutes ses forces, lors de son spectacle de fin d’année devant toute l’école. Vald avouera d’ailleurs en fin de concert que sa famille est là ce soir, avant de demander le soutien de la foule sentimentale pour un “Lalala“ massif, histoire de montrer cela à la parentèle. Mais pour en revenir à Jesse Pinkman, j’ai trouvé : outre la ressemblance physique assez vague mais suffisante, c’est le côté baltringue, ces oripeaux trop amples et trop frimeurs de celui qui veut cacher son manque d’assurance, d’épaisseur, ce réel complexe devant le professeur admiré - Alkpote ou Walter White. D’un point de vue social, on l’a vu plus haut (plus haut, plus haut), c’est l’accession au rang de star du rap du petit babtou sans qualité notable, issu de son petit milieu, avec son petit flow crânement assumé avec une bonne dose d’auto-dérision (comment faire autrement) - mais aussi, sous-jacente, une réelle ambition. Tu pourrais te lamenter de cette évolution, si ce n’est qu’elle sanctionne assez logiquement la génération de rappeurs précédente, dont la vacuité fut parfaitement symbolisée par son culte de la gonflette. Vald fait donc ce qu’il peut lors de ce « show », et son comparse idem. Par moments l’abus de playback est vraiment agaçant. Mais, contrairement à Nekfeu et Orelsan (on dirait que je les hais) qui, cherchant à accumuler des points de prestige, nous demandent de bien vouloir faire comme s’ils étaient des choco-princes, Vald a du moins la politesse de ne pas nous demander de le considérer autrement que pour ce qu’il est : un petit gars en apparence un peu perdu, mais malin et travailleur. Et qui dit bonjour.
 J’en viens au moment-clef de la soirée : le duo avec Alkpote sur “Plus haut“. Vu par Pathak d’abord : Gui a en effet la chance d’être emmené juste derrière la scène par quelqu’un… Le voici au niveau du plateau. Moiteur, vapeur, noirceur. Il se demande quand Alkpote va apparaître… Un mouvement derrière lui, puis déjà quelqu’un l’effleure : Alkpote en personne s’avance pour son entrée en scène. Au même moment, la voix d’un de ses techniciens - « micrlo-micrlo » -, ambiance à la tunisienne, familiale, qui surprendra et attendrira ensuite Guigui lors de son passage en coulisses. Et là , le départ du King, comme vers un plébiscite, comme dans une tragédie, forêt hurlante de bras dressés vers les cieux… Surpuissant. Vu de mon côté, c’est d’abord la surprise de voir des enfants en transe - notamment ce mini-moi de Vald sur les épaules de son père (pas celui du rappeur) -, j’oubliais de dire qu’il y avait pas mal d’enfants ce soir-là (histoire sans doute de faire se sentir vieux les ados, haha), puis la stupéfaction d’entendre toutes les générations entonner la Marseillaise des Marches de l’Empereur, avec ces versets mémorables : « Pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute, salope, plus haut plus haut plus haut plus haut plus haut (encore 11 temps). » Un moment, j’ai une pensée pour les Arsonists : ils en feraient une attaque. Malaise. Des enfants de huit ans s’identifient donc à Vald ? Ou plutôt aux baltringues de leur famille qui n’ont trouvé personne d’autre à qui s’identifier ? Auto-dérision ou impuissance exaspérée ? Les deux ? Ravages de l’ironie ou de la théorie du complot ? Les deux ? Triomphe du baltringue comme modèle humain ? après le chevalier, l’honnête homme, le libertin, le philosophe des Lumières, le romantique, le réaliste, le naturaliste, le scientifique, le surréaliste, l’existentialiste, le hippie, le PDG, le socialiste, le bobo, le sarkoziste et le hipster ?
 Voilà . Il ne me reste plus qu’à vous laisser (plus ou moins) en paix, après ces monceaux d’incertitude. Je vois distinctement Cath & Jay-Bee finir de gober tous leurs Doliprane… Et s’il fallait garder en tête un dernier moment du concert de Vald, ce serait cette version émue, reprise en chœur par des milliers de gens, de “Deviens génial“ (le clip, pompé sur Disclosure, est en ligne depuis une semaine) : rythmiques façon « ERA 1992 », mélodie à la Goldman, paroles à la Bruel, pas une once de grossièreté, et un message confondant de candeur qui ferait passer ceux du pape François pour des grosses vacheries… Est-il vraiment besoin de vous écrire une conclusion ?