Le combat final avec Hazazel qui avait pris place en Enfer, avait laissé des stigmates que l’on pouvait difficilement ignorés. Les démons avaient vu la terre de leur royaume se fendre, du feu explosant de ces cratères, des pluies acides rouges comme du sang. Le mécanisme de défense du royaume infernal n’avait jamais eu à être éveillé avant ce jour de cauchemars. Pourtant, malgré le sol qui avait tremblé, certaines structures avaient tenues. Parmi elle, le Haut Temple. Le symbole ancestral de la foi satanique, demeure millénaire des haut prêtres, tenait encore debout, fier. Lors de ce jour funeste, il avait été l’abris de nombreux habitants de la cité infernale. Depuis, on s’était hâtés de dégager les routes, il fallait reconstruire, déblayer les corps, panser les plaies.
Les portes du Haut Temple restaient ouvertes, les rites funèbres étaient devenus une messe continue, on allumait des bougies, on se recueillait. On s’accrochait à la foi plus que jamais auparavant. La Haute Prêtresse n’avait pas dormi depuis des jours. Elle avait à peine eu le temps de se reposer après l’attaque. Son temple, qui faisait encore office d’asile pour de nombreux fidèles qui avaient perdu leur domicile lors de l’attaque, était devenu un symbole d’espoir et elle, une gardienne. Dès que son temple ne pu plus accueillir de réfugier, elle avait fermé les portes derrière elle, pour défendre les démons ayant trouvé l’asile à l’intérieur. Pourtant, depuis la seconde guerre contre le Paradis, les sirens la terrifiaient encore plus qu’auparavant. Mais elle avait tenu et les portes de son temple n’avait pas cédé.
Elle priait, debout devant la statue de Lucifer de la chapelle, son pentacle dans les mains, murmurant la tête baissée et les yeux fermés. Les mots s’enchaînaient mécaniquement, elle n’avait plus besoin de réfléchir ou de se concentrer pour les prononcer. D’ailleurs, elle était là sans réellement l’être.
Cette voix résonnant dans la chapelle ne l’avait pas faite réagir tout de suite, puisque l’esprit de la prêtresse était ailleurs. La voix se répéta et Alpha sursauta, se retournant rapidement pour se faire percutée. Avant qu’elle ne réalise quoi que ce soit, elle s’était retrouvée dans l’étreinte d’une jeune femme qu’elle pouvait sentir se serrer davantage sur elle. La tête du clergé resta figée, surprise. Elle était une figure sacrée. Dans l’usage, on ne l’appelait plus par son prénom, elle s’était habituée à des titres honorifiques. On ne la touchait plus, non plus. Cela n’était plus arriver depuis des années. Personne n’aurait osé! La Haute Prêtresse était la voix, les yeux et l’ouïe du créateur lui même, choisie par lui! Pour la première fois depuis des décennies, elle ressentait la chaleur d’un autre corps que le siens et la sensation d’une étreinte. Mais cette étreinte pris fin. La demoiselle ayant commis ce que les plus conservateurs considèreraient comme un affront, fini par la relâcher et s’inclina promptement. Alpha pu cependant la détailler un peu. Une démone, relativement modeste, certainement vivant à la limite du Cursed Ground. Elle aussi, accumulait la fatigue. Ses doigts étaient rouges et tâchés de sang, trop fins pour soulever des pierres, mais sûrement participait-elle au déblaiement de la cité.
« I apologies for my careless act, your Eminence, dit-elle les larmes dans la voix. But I wanted to thank you. I found my children back! When the attack started, we were on our way to their school and… a siren’s scream scared us. The second after, the ground shattered under our feet. I asked my children to run as fast as they could, to the temple. I spent days afterwards, to find where they could have ended, and they were here! You saved my children and…
- I did naught but my duty, madam’. Please stand up… »
La demoiselle rougit légèrement et se redressa, comme le lui avait demandé la prêtresse. D’un coup de manche, elle essuya les larmes qui coulaient sur ses joues et tenta de reprendre un peu de contenance. Elle était encore essoufflée après avoir couru et certainement épuisée après les efforts que la reconstruction demandait. Cependant, elle admirait la prêtresse avec des yeux remplis d’espoir et de reconnaissance. Tout n’était pas perdu, elle avait été chanceuse.
« You are a blessing for our people, your Eminence. Please, keep praying for us, may our Lord grace us with a new beginning. I hope He will grant you with the comfort you deserve.
- I will, I promise you. »
La jeune femme sourit à la prêtresse avant de s’incliner une dernière fois et de partir pour rejoindre ses enfants et son mari qui l’attendait aux portes de la chapelle. Elle les salua d’un mouvement de tête avant que les portes ne se referment sur eux. Dès lors qu’ils eurent disparu, ses doigts se resserrèrent sur son pendentif qu’elle porta à sa poitrine avant de baisser la tête et de fermer les yeux en espérant retenir les émotions qui la submergeaient. La solitude, la peur, l’incertitude… Puis les mots de Satan quand elle fut choisie à la tête du clergé résonnèrent en elle.
« Your duty has no end, but keep the faith. They need you and even when you feel helpless and lonely in front of your great task, remember they will cherish you. »