« Your time is not now, Edda… »
Miss Norling se réveilla en sursaut, se redressant en une seconde, d’un mouvement brusque. Sa respiration était saccadée et son front perlant de sueur. Elle balaya la pièce du regard. L’horloge indiqué quatre heure quinze du matin, dans son appartement de Stockholm. Edda passa sa main sur son visage et tenta de reprendre ses esprits. Encore une fois, la valkyrie avait vécu en cauchemar, à nouveau, la chute du Nord. Son regard se posa sur son bras. Le bras qu’avait empoigné la déesse Freyja pour la jeter dans une brèche et la sauver de l’effondrement de son temple. Ces mots sont les derniers qu’elle avait entendu de la part de la déesse nordique. Il lui semblait qu’elle avait vécu une centaine de vies. Chacune était tragique. Miss Norling maudissait son éternité autant qu’elle la préservait. Odin seul savait quand les portes du Valhalla s’ouvriraient pour elle, mais elle ne les avait encore jamais aperçu. Ses pensées fut interrompue quand on toqua à la porte. Elle enfila une robe de chambre en vitesse pour aller ouvrir.
« I apologise to disturb you so early in the morning, Miss Norling…
- It’s okay Marshall, I was already awake. »
Pour rassurer son interlocuteur, la valkyrie esquissa un léger sourire. Eric Marshall, un nécromancien qui avait été sous les ordres d’Oswald Montgomery, puis s’était retrouvé sous l’égide de Lotte Silverstein avait de finir sous son commandement. Eric était connu dans les manteaux bleus, puisque pendant des années, près de vingt ans pour être précis, il avait été victime d’un amour inconditionnel mais à sens unique porté sur l’aînée d’Adrian Silverstein. Edda s’était retrouvée complice, sans vraiment le vouloir, de la coupure violente mais nécessaire du lien qui unissait le nécromancien à la succube. Cela n’avait pas été facile, miss Norling en avait été témoin.
Eric répondit au sourire de la capitaine scandinave des manteaux bleus par un sourire similaire, discret mais sincère. La frontière entre professionnel et intime avait toujours été un peu floue, entre Miss Norling et Marshall. Ils coopéraient très bien, mais blaguaient souvent, flirtaient aussi, parfois. C’était toujours léger, mais difficile à ignorer. Cependant, tous les deux semblaient inaccessible. On disait qu’après la fin tragique de l’histoire d’Eric avec Lotte, plus jamais il ne pourrait aimer qui que ce soit. Edda, elle, n’avait plus été vue avec un homme depuis des décennies. Son contrôle et sa carrière dans le crime étaient même basés en partie sur cette solitude. Sans proches, les seules menaces possibles ne pouvaient se tourner que sur sa personne. Mais quand on est nordique, valkyrie de Freyja qui plus est, on ne craint pas la mort, alors cette menace devient complètement absurde et inefficace.
Pourtant, Edda aimait flirter avec Eric. Elle aimait être avec Eric tout court, même. Eric se prenait rarement au sérieux, même en pleine mission. Il a toujours le mot habile ou la remarque sarcastique qui fait mouche et qui a le don de la faire sourire. Mais quand il est sérieux, il l’est vraiment. Il a quelque chose d’attendrissant, aussi. Miss Norling ne se voilait pas la face, elle savait qu’au fond, elle avait été séduite par Marshall. Elle s’en était rendue compte quand elle s’était prise à apprécier un verre après une opération, juste avec lui. Ou quand il lui souriait et qu’elle avait envie de déposer un baiser sur ses lèvres. Il y avait eu ce moment où, lors de coups de feu, il l’avait plaquée contre le mur et qu’ils s’étaient regardés, silencieux et confus après coup, alors qu’il y avait eu comme une tension dans l’air. Mais il ne s’était jamais rien passé. Edda aussi, était convaincue que Lotte avait détruit Eric et que même sans souvenir de cette histoire, il en gardait des séquelles si lourdes qu’il ne parviendrait pas à tourner la page.
« The operation is a success, however, we couldn’t say it went « smooth », reprit Eric.
- Does it mean, in your language, that it was close to the total fiasco ?
- We have been attacked.
- Everyone is fine ?
- Yes.
- Wait for me in the lobby, I will be here soon.
- Yes, Miss Norling. »