À l’ennui, je réponds par la douce griserie des passionnettes et du petit péché. Rien de grave, rien de grave… ! Rien qui vaille, n’est-ce pas, les feux de l’enfer ; mon vice ne brûle pas, il n’est que douceur. C’est le miel, la liqueur et le sirop ; je suis sage et ne griffe pas. Je crains, moi, ces anges déchus qui cherchent à forcer avec d’effrayants outils les chairs blanches et délicates ; je leur préfère les hommes simples, sans rêveries, sans orgueil, et sans profondeur. Quand je dégrafe mon corset pour mieux boire, ils rient en enfants qu’ils sont, parfois avec distinction, souvent avec gaillardise. Ils trépignent dès que je frôle ma jarretière, et se la disputent tels des chiots turbulents ; mais un sourire entendu, et chacun sait retourner à sa place. Il en est parfois, bien sûr, qui semblent aimables lorsque je leur adresse un sourire, et qui se révèlent tout à fait différents dans l’alcôve ; ceux qui ne rient pas, qui regardent avec une ardeur qui ne me dit rien qui vaille. Leur souvenir est grave, âpre ; les brasiers qu’ils allument me dévorent sitôt que je tente de les éteindre, et les laisser flamber, c’est me résigner à leur servir de flambeau, et laisser mon esprit en cendre. Je compte mes amants par dizaines, et qu’importe si parmi les billets que j’envoie seul un mot de tendresse est sincère. Qu’importe si celui que je quitte est justement celui que j’adore. Mon désir est de n’avoir nul sentiment particulier, de n’aimer que les masses, les consciences globales ; faire de toutes les flammes qui me dévorent un foyer pour l’humanité entière. Hélas ! Je ne suis pas Dieu, simplement une putain qui se résigne à son cœur imparfait, aux amours individuelles déjà mort-nées, et à vénérer leur cadavre. L’indifférence est mon graal, la lucidité mon sacerdoce, l’illusion ma réalité.
Janvier 2018
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Je vous envoie un fragment du passé
Picture: Solène Ballesta
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