L’anaphore est le processus par lequel une existence tente de conquérir davantage de réalité tandis que l’instauration est le geste par lequel elle vise à affirmer un droit d’exister. Les deux sont inséparables. L’intensification de la réalité d’une existence a toujours pour corrélat l’affirmation de son droit d’exister. Comme ce droit n’est plus dispensé par un fondement souverain, il faut le conquérir par d’autres moyens. Mais que se passe-t-il lorsqu’on est totalement dépossédé du droit d’exister selon tel ou tel mode ? lorsqu’il n’y a plus aucune issue ? Vous avez le droit d’exister, bien sûr, mais pas de cette manière, ni de cette manière, ni d’aucune manière… La question est politique autant qu’esthétique. C’est la question que pose Kafka, mais c’est la question que posent tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, sont privés de ce droit. Le problème de l’existence n’est pas celui de sa facticité, de son irréductible contingence ou de son absurdité. Le problème est plus élémentaire : il s’agit d’exister réellement.
David Lapoujade, Les Existences moindres, Minuit, 2011












