L’antijacobinisme, arme des ignares et des imbéciles
À présent que la réforme territoriale est actée et que les (dernières) élections départementales approchent, l’antijacobinisme refait surface au travers des candidatures passionnées des mouvements régionalistes, de saillies plus discrètes des partis de masse, mais aussi de pseudo-intellectuels qui tentent de se bâtir une gloriole personnelle en surfant sur ce thème.
C’est devenu récurrent ; le jacobinisme serait une plaie dont la moitié de nos maux actuels proviendraient, une idéologie aussi perverse que surannée. Pourtant, pas un des démagogues libéraux débitant ces inepties n’est capable d’expliquer en quoi le jacobinisme serait néfaste. Pas un n’est d’ailleurs en mesure de dire en quoi la réforme territoriale serait jacobine. Ces politiciens à la petite semaine sont dans l’invocatoire ; celui qui balaie toute possibilité de débat de fond et de réflexion. Et pour cause ! Généralement, ces personnages ont une culture historique, parfois même politique, aussi large qu’un dos de cuiller. Ils se fondent sur les élucubrations qu’on a pu leur souffler sur un Robespierre décapitant à tour de bras tout Paris, une centralisation politique et administrative excessive durant son mandat au Comité de Salut Public, et autant d’âneries qui ont pourtant été déconstruites depuis des lustres.
Les tenants de ces propos, pétris d’une mauvaise foi incroyable, refuseront toujours d’admettre que les atrocités commises sous la Terreur furent du fait de Danton, à la tête du Tribunal Révolutionnaire, qui réclamait « une tête par jour ! », ou que la centralisation évoquée est un processus entamé depuis Hugues Capet, structuré et accéléré sous Richelieu, qui importa en France la conception moderne de l’État, comme avaient pu le théoriser Machiavel ou Botero. La vérité fait mal, voilà sans doute pourquoi la plupart préfèrent l’ignorer et maintenir les citoyens dans l’ignorance la plus crasse qui soit. Le bourrage de crâne qu’ils opèrent n’a pour seul but que d’empêcher les gens de réfléchir par eux-mêmes.
Il est pourtant des contre-arguments simples et historiquement fondés qui mettraient à bas ces assertions fallacieuses si elles étaient rappelées comme l’exigerait la déontologie la plus basique des métiers de l’information ; mais nous n’en sommes plus là. Nous l’avons répété, la réforme territoriale ne peut être jacobine ; elle est même antijacobine, et ce, pour des motifs évidents.
Les jacobins ont créé les départements. La région n’existait pas lors de la Révolution Française. Et le but de ce nouveau découpage était alors très simple ; la réforme territoriale instaurant les départements était aussi une réforme sociale. Ils avaient ce double-objectif que de consacrer le peuple, le Quart État, en brisant l’hégémonie de la richesse immobilière (la noblesse) tout en coupant l’herbe sous le pied de la richesse mobilière (celle des capitaux, donc les bourgeois). Et de cela, seuls Robespierre et les jacobins s’en sont souciés, seuls eux ont instauré le suffrage universel direct, sans cens, pour consacrer le citoyen, là ou des Condorcet et des Sieyès estimaient « à voix haute que si tous les Français devaient cesser d’être des sujets pour devenir des citoyens, certains citoyens devaient être toutefois plus citoyens que d’autres, lesquels, en fait, ne le seraient plus. », comme le disait Guillemin. Dès lors, il est intellectuellement malhonnête de mettre sur le dos des jacobins une création anachronique (la région) dans le but d’écraser les citoyens. Voici ce qui fait mal aux libéraux en tout genre ; voir que la première volonté démocratique en France fut instaurée par la première gauche historique, qui mit aussi fin aux dérives que ces mêmes libéraux causèrent en démantelant l’héritage colbertiste.
Et malgré cela, la lutte de ces trompeurs publics se poursuit sous l’œil bienveillant des médias, qui n’ont que faire de la vérité historique ou de l’éthique. Des jacobins du Haut-Rhin et du Bas-Rhin nous ont notamment sollicités sur un cas qui répond à tous ces critères, et va même encore plus loin ! Sous couvert de défendre le département, en s’appropriant le slogan « Je suis Charlie » comme vulgaire outil promotionnel, voici qu’est publié discrètement une espèce de pamphlet qui voit en les grandes régions un retour au jacobinisme centralisateur ! Le paradoxe a ici atteint sa quintessence ; par la suppression des départements, création jacobine, et la recentralisation de certaines prérogatives vers ces aréopages et les EPCI, il s’agirait d’un jacobinisme régional ! Le tout en prétendant avoir analysé les « origines du département » par-dessus le marché ! Jamais nous n’aurions pu imaginer pareille manipulation, qui méprise l’intelligence et fait le lit des candidatures autonomistes, qu’elles soient alsaciennes ou autre. Au lieu de dénoncer le parisianisme, voici qu’ils tentent à présent de séparer le département de ses créateurs, dans une logique de rejet et d’aveuglement où la frontière entre l’ignorance et la mauvaise foi est plus que poreuse.
C’est en luttant contre ce type de béotiens que nous restaurerons la justesse de notre idéologie, mais aussi que nous aiderons nos concitoyens à élever leur esprit, tandis que ces démagogues de bas étage continueront à se complaire dans leur médiocrité. Notre mission est de réinformer le peuple, de lui donner les outils nécessaires à son émancipation, aux antipodes de ce que font ces égotistes.














