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Même le christ en redemande.
Aux dernières nouvelles, les animaux d'élevage trouveraient leur épanouissement dans l'exploitation et la mort. Le discours dominant ne recule devant rien quand il s'agit de légitimer les rapports de pouvoir.
▸ Comment décrire ce que vivent les animaux non-humains? On compare souvent leur situation à de l'esclavage, mais cette analogie ne nous apprend rien sur ce qui fait de l'oppression spéciste une oppression spécifique; on a ici affaire à autre chose. Le spécisme est à penser comme un système à part entière, distinct des autres rapports d'oppression et irréductible aux "abus capitalistes".
Ce que l'on peut observer, c'est que le rapport d'appropriation est particulièrement fort dans le cas du spécisme. Probablement aucun autre groupe opprimé n'est traité à ce point comme un corps dépourvu de toute subjectivité. Ou si c'est le cas, on dit que les individus concernés sont traités "comme des animaux"... ce qui en dit long. Les animaux d'élevage sont fabriqués en série comme des corps-machines à produire de la nourriture. Ils deviennent de la "chair sur pattes" modulée au fil de l'évolution et du maintien des rapports de pouvoir, optimisée pour satisfaire les besoins de la classe dominante. Nous faisons des animaux d'élevage des "moins que rien", littéralement. Ils n'acquièrent de la valeur qu'une fois morts et débités. Afin de remplir gentiment le rôle que nous leur avons choisi, ils doivent mourir. Viande avant d'être individus. "Faits pour ça".
Tellement faits pour ça que lorsqu'on parle d'abolition de l'élevage, beaucoup de personnes sont affolées: "maismaismais qu'est-ce qu'on va faire des animaux d'élevage si on arrête de les manger?", comme s'il était invraisemblable que l'individu derrière la viande puisse avoir une vie à lui, puisse faire l'expérience d'une existence qui n'implique pas d'être utile pour autrui.
▸ Les corps des animaux font ainsi l'objet d'enjeux politiques considérables. Afin d'assurer la cohérence et la cohésion interne du spécisme, ils doivent être "animalisés": pas de tête, tous pareils, en morceaux anonymes, surtout pas de signes d'individualité. La viande est un PRODUIT, pas un individu. L'individu mort que l'on coupe, emballe et place dans un rayon de magasin ne peut d'ailleurs qu'être un produit. Ça ferait tâche sinon. Faudrait quand même pas rappeler que les animaux sont des humains comme les autres: sujets d'une vie qui recherchent le plaisir et tentent d'éviter les souffrances.
Et une fois rendus purs objets, c'est simple, on peut leur faire dire tout ce qu'on veut. Y compris qu'ils sont heureux.
▸ Au delà de la naturalisation de ce qu'ils subissent ("ils sont faits pour ça", "c'est un contrat avec l'éleveur", "ils sont naturellement inférieurs"...) s’élèvent pourtant des voix de contestation, des discours dissidents qui font du travail politique de documentation, d'analyse, d'information, de révélation.
La tâche n'est pas simple tant les rapports de pouvoir sont écrasants, l'oppression matérielle solidement ancrée (complicité politique, juridique, économique, patriarcale), les discours spécistes déguisés en neutralité et rendus sens commun.
Mais nous leur devons bien plus qu'un mensonge à la craie; il nous faut travailler à l'abolition des rapports de pouvoir qui les construisent en tant que dominés. Notre lutte a pour but de rendre révoltant ce qui jusque là était "naturel". Ça prend des lectures, des arguments, des actions directes, de la stratégie. Parlons-en, rassemblons-nous! Trouvez-vous un-e partenaire de lutte et mettez en place de nouvelles dynamiques de changement! :)
▸ Pour celles et ceux qui se demandent à quoi ressemblent des individus affranchis des rapports de pouvoir spécistes (autant que faire se peut dans un monde globalement spéciste). L'adjectif "heureux" fait déjà plus de sens, non?
▸ Au sujet des rapports d'appropriation et du discours naturaliste qu'ils produisent: voir cet article. Les écrits de la sociologue féministe Colette Guillaumin sont incontournables à ce sujet (vous pouvez en trouver certains en ligne, par exemple là et là).
Le bateau de la liberté.
L’absence de térébenthine.
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