Le Storyteller Saturday is back, donc moi aussi ! Y-a-t-il des romans ou autres qui t'ont inspirée (en bien ou en mal) dans ton écriture (style ou thèmes) ?
Comme j’ai fait une grosse pause dans les romans après quelques déboires et mauvaises surprises (après, qu’est-ce qu’un bon roman historique sans scène de viol qui donne envie de gerber ? je suis vraiment une personne difficile...), je vais me permettre une petite longue digression. Donc pour la plus grosse partie de la création du projet, j’étais surtout inspirée par les séries télévisées, avec là aussi régulièrement des moments plus ou moins décevants : The Tudors, The Borgias et Rome HBO principalement pour le côté “série historique”, et évidemment Game of Thrones pour l’aspect “worlbuilding”.
Ces quatre séries ont été un peu ma période d’essai au niveau du scénario, qu’il s’agisse de la division en intrigues différentes ou la constitution d’un univers cohérent, mais très vite, un problème de taille s’est posé pour moi, et pas des moindres : les séries étaient clairement à la ramasse niveau personnages féminins, même quand il y avait un focus plus ou moins important dessus, et j'avais du mal à me projeter dans mes propres choix scénaristiques qui étaient clairement dédiés aux femmes. On m’a même culpabilisée à certains moments en suggérant que si je n’arrivais pas à appréhender des sujets ou des thèmes masculins, c’est parce que je manquais d’ouverture d’esprit et que je devrais essayer de sortir de ma “zone de confort”. Le projet en est alors resté là.
Puis, j’ai découvert pour la première fois les séries de “harem”, d’abord avec les Magnificent Century qui m’ont bien occupée pendant plusieurs mois, et ensuite avec la boîte de Pandore que sont les cdramas : The Legend of Zhen Huan, Ruyi’s Royal Love in the Palace, Story of Yanxi Palace, Dreaming Back to the Qing Dynasty, The Legend of Mi Yue, et j’en passe d’autres parce que ce sont toutes celles que j’ai fini pour le moment. J’y ai découvert tout ce que j’aimais et que j’aurais voulu voir dans les précédentes séries : des univers curiaux, des intrigues féminines, des costumes et des bijoux à la hauteur de mes espérances, mais aussi une grosse part accordée dans les séries chinoises à la culture, la philosophie, la poésie, la musique, bref... des thèmes qui me changeaient tellement des furies se battant parfois comme des chiffonnières comme dans Rome ou GoT.
Ça faisait du bien et depuis ça m’a permis d’assumer mes propres choix (merde à tous ceux qui veulent que je “sorte de ma zone de confort”, les femmes aussi ont droit à des séries qui les mettent en valeur sans être des faire-valoirs sulfureux qu’on peut déshabiller pour l’aspect sexy !) et aussi de donner une épaisseur à mes intrigues sans devoir toujours recourir à des situations sexuelles... Plus récemment, je suis revenue à des romans, d’abord en relisant avec un œil plus aguerrie des séries que j’avais adorées plus jeune, et en en commençant de nouveaux (notamment The Priory of the Orange Tree qu’on m’avait chaudement recommandée, merci @ladyniniane ;)).
D’un aspect général, mes thèmes favoris restent les mêmes : les femmes et l’histoire, avec une envie de pouvoir construire des univers cohérents où elles peuvent et doivent parfois évoluer entre elles, d’où pour moi d’ailleurs cet amour des harems qui ont cet avantage de proposer des structures où les femmes établissent des hiérarchies et des façons de vivre particulières. Mais depuis quelques années j’essaie aussi de m’imposer des directions scénaristiques ou rédactionnelles qui ne sont pas toujours simples à tenir, mais qui me plaisent sur le papier :
D’abord, pas de sexualité descriptive, ou très peu, parce que j’ai envie de construire des intrigues qui se tiennent sur d’autres thématiques que celle-ci qui, non seulement est extrêmement facile à utiliser (comptez le nombre de fois où une femme parvient à convaincre un personnage masculin de l’aider en écartant les cuisses, on atteint vite des chiffres astronomiques, pareil pour les femmes lascives qui sont juste “trop libres” pour se respecter elles-mêmes...), mais qui à force d’être utilisée comme ça à outrance, en est venue à presque carrément se substituer à toute autre formes d’interaction sociale, politique et hiérarchique dans l’imaginaire collectif. Et à l’heure où l’on se bat contre “faut coucher pour réussir”, je trouve ça triste de voir des personnages féminins qui ont normalement tout ce qu’il faut pour atteindre leurs objectifs (l’argent, les titres, les alliés financiers ou politiques) n’être définie que par leur capacité à être des love interests prestigieux...
Ensuite, une écriture en PoV : c’est compliqué, parce que j’aime avoir des personnages différents sur des intrigues similaires, mais c’est devenu un de mes objectifs depuis que j’ai lu Le Trône de Fer, et j’essaie de me tenir à un personnage PoV à la fois, surtout pendant des scènes de groupe, pour éviter justement que ça ne parte dans tous les sens.
Enfin, la fantasy historique : un autre reproche qui m’a été fait, c’était d’avoir progressivement retiré tout ce qui au départ participait de l’univers fantasy, comme la magie par exemple. C’est vrai que j’en avais dans les premiers jets du scénario, et c’est vrai aussi que ça m’a très vite gonflée et que c’est vite devenu un élément en retrait, dont je ne me servais pas, d’où le fait que je l’ai supprimé sans remords. Mais du coup, que devenait mon projet s’il n’était plus ni fantasy, ni 100% historique vu que tout était fictif ? Heureusement, les cycles de fantasy historique sont venus me prouver que c’était un genre apprécié et suffisamment courant pour que je ne me sente pas à la ramasse. Bye bye les rageux, bonjour le worldbuidling et la réflexion historique à la fois ! J’y accorde beaucoup d’intérêt (parfois trop, je me perds presque en recherche), mais comme c’est aussi quelque chose que j’aime faire, je n’ai pas de regrets ;)
Pour ce qui est du style d’écriture, je suis encore loin de l’avoir peaufiné : ça fait longtemps que je n’ai pas repris une rédaction de roman régulière, donc j’ai sûrement perdu le peu de dextérité que j’avais mise au point lors de mon premier NaNo, mais j’espère pouvoir combiner à la fois un style mesuré (pas trop de descriptions, ou en tout cas pas de celles qui durent 4 km de long !), avec la nécessité de décrire un univers de fantasy historique où tout doit être expliqué au lecteur, sachant que j’ai aussi fait le choix de ne pas introduire de personnage “transfuge”, ce personnage qui change de mondes et doit tout apprendre en même temps que le lecteur. Ici, mes personnages vivent et appartiennent à une société dont la grande majorité connaissent suffisamment les codes pour évoluer sans trop de problèmes.
Voilà pour ce très long post, j’espère avoir été assez exhaustive ;D