CHAPITRE QUATRE
On parle souvent de cette lumière au bout du tunnel, qu’on aperçoit le jour de notre mort. Je ne l’ai pas vu, mais je l’ai eue. Cette lumière a apparu en moi, et soudainement j’ai vu clair. Alors il m’aura fallu tout ça à moi, j’ai dû perdre mon âme pour mieux revivre, et espérer vivre.
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Cela fait maintenant plus de deux ans qu’il est violent avec moi, je ne vous raconterai pas en détails chaque fois qu’il m’a levé la main dessus, je vais juste vous raconter la fois où je l’ai eu, ce fameux déclic! Peu importe le nombre de blessures que j’ai pu avoir par ses coups, ni le nombre d’humiliation qu’il m’a fait subir. Plus rien de tout ça ne comptait, car il était enfin là, le déclic! Ce souffle venu de nul part, qui en une fraction de secondes nous dit « Stop! ». Pas ce stop que j’ai pu déjà hurler à mon ex, non. Ce stop là était silencieux, je l’ai gardé en moi, pour moi. Il était là dans ma tête, et il allait m’accompagner jusqu’au jour de mon évasion.
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C’était en juin, sur Paris. Notre dispute a commencé lors d’une discussion entre un de mes amis, lui et moi. Je ne sais plus exactement le sujet, mais on parlait du racisme et de l’injustice envers les maghrébins, il me semble. Nos avis divergeaient sur un point, et forcément le fait que je le contredise, devant mon ami et soit en accord avec ce dernier, ne lui a pas plus. Il a commencé à mal me parler, et à me regarder avec ses yeux noirs. J’ai compris que j’avais dépassé la limite pour lui, et que j’allais en payer les conséquences. C’est la première fois qu’il se permettait de mal me parler en public, enfin aussi agressivement. J’ai donc décider d’écourter la conversation, et de dire au revoir à mon ami le plus naturellement possible. Mon ami partit, mon calvaire commença.
Nous nous sommes dirigés vers le métro, à Châtelet-Les Halles, tous les parisiens auront une idée de la durée de ce qui va suivre. Il m’a maltraité publiquement durant tout le trajet, de la place Saint Eustache, jusqu’à notre arrivée dans notre appartement à Charenton Le Pont. Il m’a tenu par la nuque en la serrant fort tout le trajet, j’en pleurais de douleurs. Il s’amusait aussi à me faire tomber, soit en me poussant, soit en me faisant des « balayettes ». Il m’aidait à me relever une fois à terre, il décidait de tous mes gestes durant le trajet, j’étais son pantin. Quand il voulait que je sois debout, il tirait vers le haut avec la pression sur ma nuque, quand il voulait que je tombes il poussait en avant, une fois au sol, il me soulevait par la nuque pour que je sois de nouveau sur mes jambes. Il guidait même mon rythme de marche, toujours avec cette pression sur ma nuque.
En même temps que ces gestes physiques, il murmurait dans mon oreille des menaces sur ce qui allait m’arriver une fois à l’appartement. Il m’a informé que j’étais aller trop loin, qu’il allait devoir me corriger. Il me disait à quel point j’étais stupide, et que j’avais tort de penser de cette manière, que c’est lui qui avait raison. Il m’accusait, tout ce qui allait se passer était de ma faute, c’est moi qui le poussait à bout. Il me menaçait en appuyant ses propos par la douleur qu’il m’infligeait simultanément. Il m’annonça que ce que je ressentait actuellement ce n’était rien en rapport à ce qui allait me faire en privé.
J’étais tétanisée, je ne l’avais jamais vu comme ça, il ne m’avait jamais touchée en public, j’étais sous le choc qu’il est dépassé ce stade. Je retenais mes sanglots, au début je les avais laisser s’échapper, mais il m’a menacé. Si je pleurais il allait devoir me faire encore plus de mal. Alors je les gardais en moi, j’essayais de contrôler la douleur, mon corps, ma respiration, et mes larmes.
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Vous vous demandez sûrement si quelqu’un est intervenu? La réponse est non. Pourtant j’en ai croisé des personnes sur le chemin, certaines nous observaient dans la rame. Mais personne n’a réagit. Je pense que la plupart des personnes s’enferment dans leur bulle dans le métro, et ne prêtent pas forcément attention aux choses qui se passent en silence. D’autres ne devaient pas avoir envie de se mêler d’affaires intimes, qui ne les regardaient pas. Et puis il y a ceux qui ont vu quand je tombais par sa faute, ou même ceux qui entendait ses menaces murmurées dans mon oreilles, ou qui voyaient la détresse dans mon regard. Ces personnes là je ne vous comprends pas, comment peut-on ne pas réagir face à une situation comme ça? Je ne sais pas votre excuse, mais en tout cas je ne vous en veux pas. Je ne suis pas vous, je ne réagirai jamais comme vous, mais je ne vous jette pas la pierre.
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Nous avons fini par arriver à l’appartement, il m’a directement poussée dans la chambre puis m’a fait tomber à terre. Il s’est mis sur moi, tenant mon visage d’une main pour me forcer à le regarder. Il bloquait mes bras avec ses genoux, le poids de son corps sur mes poumons m’empêchait de respirer correctement. Il me regardait dans les yeux, et m’obligea à en faire de même. Si je détournais le regard ou si je fermais les yeux, la pression qu’il exerçait avec sa main sur ma mâchoire augmentait. Puis il commença à me gifler, des dizaines, et des dizaines de fois, il n’arrêtait pas, et le faisait de plus en plus fort. Je ne sentais plus mon visage, il me brûlait, me piquait, mais à la fois je le sentais de plus en plus anesthésié. En même temps il me balançait toutes les insultes possibles, j’ai fini par ne plus entendre distinctement ce qu’il disait, car dû à ses gifles mes oreilles sifflaient, et bourdonnaient. Tous les bruits devenaient de plus en plus sourd.
Je n’arrêtais pas de pleurer, et je me débattais en vain. J’ai fini par fermer les yeux, la pression sur ma mâchoire était devenue supportable. J’ai essayé de faire bouger mon corps, de tourner ma tête, mais je n’y arrivais pas, j’avais tout son poids sur moi. Plus les secondes passaient, plus je m’essoufflais et plus ma force me quittait. J’ai fini par le supplier d’arrêter, mais il continua. J’ai arrêté de me débattre, je pleurais, je m’excusais et je le suppliais juste, sans m’arrêter, jusqu’à ce qu’il me libère enfin.
J’ai cru que c’était fini, je suis restée à terre. Je reprenais mes esprits et mon souffle. Il est sorti de la pièce une fraction de seconde, il me semble. Je vous avoue que ma notion du temps était chamboulée. Je gardais mes yeux fermés, et j’entendais à peine ce qu’il criait, mes oreilles ne fonctionnaient plus vraiment bien sur le moment. Puis il est revenu, il m’a donnée plusieurs coups de poing dans le genou, il m’a poussée avec son pied pour que je sois de nouveau sur le dos. Durant mes secondes de répit, je m’étais mise en position fœtus sur le côté. Et il s’est remis sur moi, comme au départ. Il avait un ton plus calme, et me faisait la morale. Il voulait s’assurer que j’avais compris la leçon, et que je ne le contredirais plus devant personne. J’étais incapable de parler, je le regardais avec peur, dans le silence de mes sanglots. Comme aucune réponse n’est venu de ma part après son discours, il m’a redonnée quelques gifles, puis il s’est levé. Sur son chemin vers la porte, il m’a ordonnée de ne pas sortir de la chambre, si je ne voulais pas qu’il recommence. Puis il s’est retourné, il s’est mis au dessus de moi, tout en restant debout, et là, il m’a crachée au visage. À ce moment précis, j’ai perdu toute mon humanité. Ce geste m’a blessée encore plus que tout ce qu’il venait de me faire subir. Je me suis sentie insignifiante, et lui, fier de son acte, et sorti de la chambre tout en riant.
Je n’ai pas bougé durant quelques minutes, toujours dans mon silence, puis j’ai décidé d’aller m’enfermer dans les toilettes. Je suis sortie et j’ai marché dans le couloir en silence, une fois les toilettes fermés à clé, je me suis laissée glisser à terre, le dos appuyait contre le mur. Je me suis essuyée le visage, et c’est à ce moment là que j’ai laissé sortir toute la tristesse, la colère, et surtout la honte qu’il y avait en moi. Je pleurais, je n’arrivais pas à m’arrêter, je pleurais jusqu’à en crier de douleur, jusqu’à en suffoquer. Je suis restée dans cet position durant une heure ou deux, je crois. J’avais vraiment perdue la notion du temps.
Puis il est venu toquer à la porte, il était en pleurs. Il me demandait pardon, il me suppliait à son tour. Il voulait que je lui ouvre la porte, et que je le prennes dans mes bras. Il s’excusait de m’avoir fait autant de peine, et me disait qu’il ne voulait pas en arriver jusque là. Je ne lui répondait pas, il a fini par stopper ses jérémiades. J’ai entendu ses pas s’éloignaient, quelques minutes après je suis sortie pour aller m’enfermer dans la salle de bain cette fois.
Je me suis dirigée vers l’évier, en évitant mon reflet dans le miroir. Je me suis passée de l’eau froide sur le visage et le genou. Mon visage était toujours en feu, je le sentais enflé et mon genou me lançait. Quand je marchais, je bottais. Il était bleu et boursouflé, je me suis improvisée docteur, à faire des exercices pour m’assurer que rien n’était cassé. Je me suis enfin regardée dans le miroir, quand j’ai croisé mon regard, mon réflexe a été de le détourner aussitôt et de me relaver le visage. Je ne sais plus combien de fois je me le suis lavé, mais je me sentais sale, humiliée. Je sentais encore son crachat, il était comme indélébile. Puis j’ai eu le courage de me regarder vraiment, j’avais le visage enflé et rouge, un oeil un peu fermé, et des petits points plus violacés par endroit. Mon cou me faisait mal aussi, ma nuque était raide, et j’avais du mal à tourner la tête. J’avais du mascara partout, ce qui me donnait l’air encore plus déprimée. Je me suis donc démaquillée, et puis je me suis remaquillée, cachant les marques qu’il m’avait faite. Blessures camouflées, je me suis remise dans mon rôle, retournant à mon personnage quotidien que je devais être pour supporter ma réalité, et je suis sortie.
Je suis directement allée me coucher sur un matelas au sol, je me suis allongée silencieuse, et détruite. Dans ma tête je le revoyais me cracher dessus, car oui c’est cet acte qui m’a marqué, pas le reste. Il avait osé faire ça, comme si je n’étais pas assez humiliée en boule au sol à pleurer. C’est seulement par cet acte que je me suis rendue compte que je n’étais rien pour lui. Je me suis rendue compte que c’était impossible qu’il soit amoureux de moi.
Interrompant mes pensées, il a débarqué dans la chambre. Il s’est excusé, m’a déclaré son amour, et il m’a supplié de lui faire l’amour. Je ne répondais pas, j’étais morte de l’intérieur, j’avais aucune réaction. Il a commencé à me dire que si j’acceptais de faire l’amour avec lui, j’allais voir qu’il m’aimait. Je ne voulais pas, il a insisté, il a commencé à me toucher malgré mes refus. Il s’est glissé sur moi, et à commencer à « me faire l’amour » selon lui, à me violer selon moi. Je ne parlais pas, je ne bougeais pas, j’avais le regard vide. Je le laissais faire, je ne me suis pas débattue, sincèrement je n’avais plus de force mentale. Je me sentais vraiment morte, je me disais qu’il pouvait faire de moi ce qu’il voulait cela n’avait plus d’importance. Une fois fini, il avait l’air rassuré et il s’est endormi à côté de moi. Je suis restée allongée toute la nuit sans bouger, et sans m’endormir. J’aurai du mal à mettre des mots sur mon sentiment à ce moment là. Justement le seul sentiment que j’avais c’est que je ne ressentais plus rien. Je ne sentais aucune émotion, je n’avais plus rien en moi, j’avais l’impression d’avoir perdue tout ce qui faisait de moi un être vivant, un humain. J’étais une morte vivante, je crois que c’est ce qui caractérise le mieux ce qui se passait en moi.
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Je vous raconterai plus tard ce qui s’est passé le lendemain. Dans ce chapitre, je voulais juste vous faire part de la dispute qui a déclenché en moi ce déclic. Mon déclic est arrivé le jour où il a tué mon âme. C’est assez paradoxale, mais je suis morte et j’ai commencé à revivre ce jour là. J’ai réellement perdu tous sentiments, ni douleur, ni colère, ni amour. Mon corps était vide, l’unique chose qu’il restait en moi, c’est cette lumière. Celle qui m’a murmurée « Non Cindy, il ne t’aime pas, tu dois partir. Il a tué ton âme, mais trouve la force dans ton corps pour partir loin. Ne le laisse pas gagner. ».
Après cette dispute, je l’ai quitté mais je suis revenue. J’ai vite compris qu’on ne pouvait pas sortir d’une relation comme ça, qu’il me fallait un plan. Je suis restée cinq mois de plus avec lui. Mais ce jour là nous a changé tous les deux, car nous n’étions plus seuls. Désormais il y avait lui, moi et mon déclic. Lui, il n’a plus jamais été violent physiquement, il a comme fait un retour en arrière. Il a vu que je n’ai plus jamais été la même, que je n’étais plus isolée. Je le voyais différemment, et il le ressentait. Alors il recommença son processus de contrôle mental sur moi, mais c’était trop tard et il ne devait pas s’en rendre compte. J’avais mon antidote, je devais juste réfléchir à comment m’en servir.
Quand je parle de « recommencer son processus mental », c’est qu’après cette dispute, il avait peur de perdre sa proie. Il savait qu’il ne me contrôlait plus à 100% donc il n’osait plus me violenter physiquement. Il m’a donc fait subir des violences mentales encore plus forte, pour s’assurer que je ne partes pas. Sa nouvelle arme contre moi était le suicide, si je partais je le tuais.
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Sachez que j’ai eu beaucoup de mal à écrire ce chapitre. Et je suis fière d’avoir réussi à le faire, de me remémorer cette journée a été très difficile pour moi. La seule raison pour laquelle j’ai réussi à le faire, c’est grâce à ma conviction. J’en suis sûre, me dévoiler ainsi, inspirera forcément une personne. Car si je peux partager cet instant avec tout le monde, les victimes, qui sont prisonnières de leurs silences, arriveront peut être à le briser. Quand on commence à parler, on commence à revivre.
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A toutes les victimes de violences conjugales, prenez conscience que la seule issue aux violences est la mort. Elle peut venir à tout moment, le jour où il aura l’intention de vous tuer. Ou peut être le jour où il vous bousculera, et que votre tête cognera en premier la table. Ou bien lorsque que pour vous libérez vous allez mettre fin à vos jours, je devrai plutôt dire le jour où il mettra fin à vos jours en utilisant vos mains. Car ce geste ne sera pas guidé par vous, non, le suicide n’existe pas dans les violences conjugales. Dans tous les cas, il s’agit d’un meurtre. Alors à toutes ces victimes, sachez que vous méritez de vivre votre vie. Non, elle n’est pas fini, il y aura un après. Vous aussi vous allez être heureux et vous épanouir.
Vous avez surement peur, tout cela vous semble insurmontable. Mais commencez simplement à parler, ce premier pas vous aidera énormément par la suite. Dirigez vous vers une association, ou prenez contact avec le 3919. Des personnes sont là pour vous, vous n’êtes pas seule, et vous ne le serez plus jamais.














