salut, j'ai cru comprendre qu tu t'y connais en parfum et je voulais savoir en gros ce qu'il se passe quand tu te pointes dans une parfumerie. Je suis jamais allé dans ce genre de magasin et j'y connais rien donc je flippe. Est-ce que ça se fait d'amener un parfum et de dire que tu cherches un truc similaire? Comment tu choisis quoi tester? Où tu le mets quand y'a plus de place sur ton bras? Au bout de combien t'as les narines trop défoncées pour juger? est-ce que les vendeurs te sautent dessus?
La brigade de sauvetage olfactif est dans la place et sur la brèche ! Euh, yo.
Alors, les parfumeries, mode d'emploi.
D'une, tu peux tout à fait rentrer dans n'importe quel magasin avec un article et demander s'ils ont la même chose, ou quelque chose d'approchant. En matière de parfum, ça peut même être une meilleure idée que d'essayer désespérément de retrouver une odeur que tu as sentie jadis sur quelqu'un mais sans savoir de quel parfum il s'agissait ni même s'il s'agissait bien d'un parfum (et pas, je ne sais pas, d'un gel douche ou d'une crème pour les mains...). L'odorat est un sens extrêmement primitif, le seul qui soit relié directement à la mémoire émotionnelle, et il est à la fois très précis (on se souvient exactement des odeurs) et... tellement précis, justement, qu'il est horriblement difficile de le décrire autrement.
En fait, en gros, il y a trois types de boutiques qui vendent des parfums : les grands magasins type Sephora, Nocibé, Marionnaud, ou pour le côté simili-chic, Le Printemps ; des boutiques spécifiques à une marque (la boutique Diptyque qui vend des produits Diptyque) ; et des petites boutiques indépendantes qui vendent plusieurs marques, en principe moins connues et qu'on ne trouve pas en grand magasin — un segment du marché de la parfumerie (inélégamment) appelé, par calque de l'anglais sans doute, « niche ».
Normalement, il vaut mieux aller en boutique indépendante, déjà parce que ça fait marcher le petit commerce, et puis parce que les gérants sont généralement des passionnés qui connaissent non seulement leurs marques à fond mais qui en connaissent un rayon sur l'histoire de la parfumerie. Dans les grands magasins, même de luxe, les vendeuses ne sont pas souvent bien formées et sont juste là pour caser le dernier produit à la mode. Et oui, elles ont tendance à te sauter dessus, parce qu'on leur a expliqué en B.T.S. Vente qu'il ne fallait jamais laisser le client tout seul — alors que ça donne surtout envie au client de lui verser un litre d'Invictus sur les extensions et d'y mettre le feu.
Étant donné que tu cherches à retrouver un parfum similaire ou identique à un que tu as déjà, tu pourrais quand même avoir intérêt à tenter la parfumerie grand public. D'abord parce que les magasins sont plus nombreux et que suivant la ville la plus proche de tes fréquentations, le choix de la boutique peut être une simple question pratique ; ensuite parce que s'ils ont le même produit, tu pourras faire recharger ton flacon en bénéficiant d'une réduction du prix du liquide. Si tu veux savoir si un magasin vend ton parfum, cherche la liste de leurs marques sur Internet avant d'y aller ! Ça sauve des vies, surtout en matière de parfumerie de niche.
Encore que face à un vendeur connaisseur, on peut s'amuser beaucoup à découvrir des parfums similaires si l'on ne tient pas à trouver exactement le parfum qu'on était venu chercher (il y a beaucoup de parfums qui sentent la rose ; tu peux vouloir un parfum spécifique parce que tu as déjà un nom et une marque, ou tu peux rechercher une odeur spécifique, genre « buisson de roses dans un jardin après la pluie », ou alors tu as juste envie de sentir la rose mais sans idée précise). Autre avantage : tout comme un bon libraire, le bon vendeur en parfumerie n'est absolument déphasé par un client qui lui explique qu'il cherche à sentir l'encens d'église, mais végétal et avec un relent de dessous de bras. Il y a des chances que la vendeuse chez Sephora appelle la sécurité. La vendeuse au Printemps, si elle est intelligente, appellera sa collègue du rayon Hermès.
Normalement, les vendeuses ont le droit de te laisser vivre ta vie dans leur boutique, quand même. Auquel cas, tu n'es pas obligé(e) de t'arroser personnellement façon pot-pourri (ce qui, il est vrai, pourra t'assurer la tranquillité dans les transports en commun aussi) car tu peux faire usage des mouillettes prévues à cet effet ! Bon, les vendeurs appellent ça des « touches », mais tout le monde sait que ce sont des mouillettes :
Techniquement, sur peau, c'est mieux. La touche permet de se faire une idée générale du parfum sur support neutre (et comme ça, si on n'aime pas, on jette à la poubelle au lieu de devoir résister à la furieuse envie de se poncer le bras à la laine d'acier) mais la peau humaine est chaude, ce qui accélère la diffusion des molécules, et couverte de bactéries personnelles qui vont participer à l'évolution du parfum. En d'autres termes, un parfum peut nous émerveiller au premier snif, puis se révéler décevant à porter. Notre odeur personnelle, qui provient en partie de notre système immunitaire, influe énormément sur la tenue des parfums. Donc, l'idéal, quand on veut essayer un nouveau parfum, c'est de repartir sans rien acheter mais avec un échantillon que l'on portera quelques jours pour s'en faire une meilleure idée. Si l'on survit à l'expérience avec sa dignité intacte, on retourne en boutique. (Ou alors, on va sur l'Internet le dénicher d'occasion, c'est encore mieux, ou dans une parfumerie en ligne, c'est de toute façon moins cher. Toujours faire une étude de marché avant de sortir le porte-monnaie.)
Et pour répondre à ta question sur la fatigue olfactive — combien de parfums sentir avant que le nez ne ferme boutique — ça se discute. Je peux en sentir beaucoup, question d'habitude, mais je pense que même le plus naïf des débutants n'aura pas trop de problèmes à condition de faire des pauses. En fait, l'odorat, c'est une dizaine de millions de capteurs qui envoient ensemble des messages au cerveau, généralement pour lui signaler un danger (fumée !!) ou une source de nourriture potentielle (et l'on se met à saliver). Comme le cerveau n'a pas que ça à faire, une fois qu'il a compris que toutes ces odeurs fortes qu'on lui colle sous le nez étaient malgré tout sans danger, il se désintéresse de la situation pour se consacrer à son obsession : est-ce que je le fuis ou est-ce que je le mange. Donc, si le nez fatigue, il suffit d'aller respirer un bon bol d'air pur... Ou de sentir un parfum complètement différent du précédent, ce qui remettra le cerveau en alerte pour un temps. En résumé : si tu commences à saturer après quinze parfums à la rose, va d'abord sentir un parfum au poivre avant de passer au muguet, et ainsi de suite.
Maintenant, à moi de poser une question : c'est quoi, au juste, ce parfum que tu cherches ?!